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Art plastique

La photographie, de par la nature mécanique de son fonctionnement technique, est pour moi une matière de temps plus qu’une matière visuelle : dans ses sels d’argent, ou ses pixels aujourd’hui, c’est du temps qui est capté, conservé, réinventé à chaque regard. Temps de vie, temps de vision, temps de poésie.

La peinture est la matière originelle du travail plastique, qui se relie intimement à la photographie à mon sens, car elle contient aussi le temps de son geste et de son imaginaire.

L’installation, c’est à dire l’existence dans l’espace et le temps des formes artistiques est cruciale, car il s’agit de la façon dont l’œuvre se modifie par sa mise en relation avec le spectateur.

Ces pratiques dialoguent avec mon travail de cinéaste, s’interpénètrent depuis toujours.

Le fil

31 octobre 2016

Série de 100 tableaux de Benoît Labourdette (acrylique et techniques mixtes sur toile) du format 100x100cm au format 12x12cm, 2016.

Exposition dans l’atelier de l’artiste au quatrième trimestre 2016.

« Au départ, j’avais un projet de film : travailler dans la matière du temps audiovisuel l’inscription de la trace d’un passé révolu. Mais le film ne se faisait pas, traînait. Puis les objets et matières collectés pour ce dessein se sont tout à coup déplacés vers la toile pour y laisser leur trace puis disparaître. J’ai décidé d’être à l’écoute de cela, de laisser faire. Bribe après bribe, sur plusieurs mois, des protocoles chorégraphiques, comme autant de mini tournages de films, ont laissé leurs traces sur des carrés tendus de toile (j’avais employé le format carré pour un certain nombre de films précédents). Un jour, ce fut terminé. J’ai compté par curiosité le nombre de toiles : précisément cent. Le titre de cette série de toiles s’était imposé de lui-même : « Le fil », pour des raisons symboliques et aussi du fait que les seules matières employées furent le bois, la peinture et le fil. Et puis... je viens de comprendre que « FIL », c’est « FILM » sans le « M ». « FIL-M ». »

Texte de Jean-Marie Baldner à propos de l’exposition

Un placard dans une maison aux souvenirs antérieurs ou dans un appartement parisien. À l’intérieur, quelques objets, une importance toute personnelle, bouts de bois, bobines de fil, pelotes de laine, chiffons anciens, bâtons d’encens, quelques tubes d’acrylique… De cet entassement mêlé naît la volonté de faire trace, d’une écriture arrêtée, d’une mise à plat, une photographie de l’arrêt, d’un avant et d’un après d’où ne persiste que le signe ; le désir d’un geste où chaque objet serait le producteur et le produit de sa trace colorée, celle de sa disparition. Une forêt de toiles, cent carrés apprêtés, de différents formats, comme en bosquets, dans lesquelles la matérialité du cadre de bois et de la toile de coton forment empreinte, présence à deviner et à imaginer, attend d’autres empreintes rehaussées de fils, de tissus, de bois. Faire des objets et des supports la matière et l’outil éphémère, du résultat la matrice, une mémoire et une histoire de fil et d’arbre.