Roaalysieovtfadnn

Un film de Benoît Labourdette (3’09s, 2019). Hommage vu du ciel à l’œuvre de Victor Vasarely. thumbnail Benoît Labourdette
21 juin 2019. Publié par Benoît Labourdette.

Hommage vu du ciel à l’œuvre de Victor Vasarely.

Film réalisé dans le cadre du séminaire de recherche « Images à risques » (2017).

Partenaires :

  • Fondation Vasarely
  • L’office
  • Alphabetville
  • Benoît Labourdette production

Intentions et réalisation de ce film

Pourquoi filmer le bâtiment de la Fondation Vasarely (Aix-en-Provence), avec un drone qui plus est ? Pour apporter quoi, alors que l’œuvre de Vasarely est si puissante, interactive et parlante par elle-même ? Pourquoi en rajouter ? Quel est le sens d’une telle re-médiation ? Pour ce film et en général.

Victor Vasarely (1906-1997) était un artiste-chercheur, fondateur de ce que l’on nomme « l’art optique ». Un art absolument abstrait mais populaire, proposant à son spectateur une véritable expérience de perception. Des images fixes dont l’agencement produit du mouvement dans le cerveau du regardeur. Mouvement optique, mais aussi mouvement philosophique, car ces images nous remettent en question, du fait du trouble essentiel dans lequel elles nous plongent. Elles nous font penser sur nous-mêmes.

Avec un petit groupe « d’explorateurs » (Emmanuel Vergès, Colette Tron, Perrine Boissier, Denis Corgiat, ...), qui réfléchissons au sujet des risques des images et de leurs outils contemporains, nous avons mis en place en 2017 un séminaire de recherche, « Images à risques », à la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence. Des moments d’expérimentations pratiques entre science, art et machines.

Vasarely avait anticipé la fabrication d’images géométriques par les futures machines « intelligentes », qui commencent aujourd’hui à peupler notre quotidien, dont le drone est l’un des avatars les plus évidents. C’était un expérimentateur du mouvement. Pourquoi filmer avec un drone le bâtiment de sa Fondation, ouverte en 1975, qu’il avait lui-même créée et dessinée ? Précisément parce qu’il avait à mon sens déjà dessiné, dans son art, des pistes d’investigations sensibles sur notre future relation à ce type de machines.

Ce film, ces images, résultent d’expérimentations, de questionnements, en profondeur, sur la relation entre l’homme et la machine, entre l’humain et sa peur, entre l’automatisation de la vie et ses risques, en écho et en immersion dans le lieu créé par Vasarely. Ce que ce film propose et le sens de son existence, en relation avec les œuvres de Vasarely, ce n’est pas une réinterprétation, c’est le prolongement d’une dynamique du même ordre. Ainsi ce film, création vivante contemporaine assumant sa filiation et son partage de regard avec ce que Vasarely a légué au monde, tisse en toute humilité un lien entre les représentations, outils et préoccupations actuelles et ce dont Vasarely nous a enrichis.

Pour répondre à la question initiale, pourquoi ce film : pour faire lien, en profondeur, avec ce qui nous a été légué, pour tisser la toile de notre histoire, de nos existences en tant qu’êtres humains, toujours aussi étonnés de se découvrir nous-mêmes face à la mathématique (ou plutôt face à l’informatique) qui nous donne existence, de façon si mystérieuse.

Le drone est un objet volant automatique contrôlé par un algorithme (une « intelligence » rudimentaire). Sa façon de regarder, comme en miroir, les images fixes-mobiles de Vasarely dans l’espace architectural, d’y réagir à sa manière, nous offre, je crois, comme une brèche pour étudier et éprouver de façon sensible des questions philosophiques liées au mystère de notre existence.

Citations

Les trois citations qui suivent (André Breton, Gilles Deleuze et Mark Alizart) apporteront peut-être un peu d’éclairage à ce mystère. Je les mets en regard ensemble, puis en regard avec les œuvres de Vasarely et en regard avec le regard du drone qui a donné naissance à ce film. Elles ont trente ans de distance les unes des autres, le film aussi. Comme une proposition de triade autour de la « génétique ».

  • « La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle, ou ne sera pas. » (André Breton, L’Amour fou, 1937).
  • « Les forces dans l’homme entrent en rapport avec des forces du dehors, celles du silicium qui prend sa revanche sur le carbone, celles des composants génétiques qui prennent leur revanche sur l’organisme, celles des grammaticaux qui prennent leur revanche sur le signifiant. A tous ces égards, il faudrait étudier les opérations de surplis, dont la ’double hélice’ est le cas le plus connu. » (Gilles Deleuze, Foucault, Editions de Minuit, 1986).
  • « Les théoriciens de l’information se sont demandé si on ne pouvait pas comprendre la vie en termes de programme et d’information. La découverte de l’ADN en 1953 par les biologistes Francis Crick et James Watson va leur donner raison. On découvre qu’il existe des lignes de code dans la nature. On apprend que l’informatique n’est pas une invention de l’homme mais une propriété du vivant. [...] Loin d’être un outil à notre disposition, une chose, une machine, l’informatique est un milieu, notre milieu, le milieu qu’est le monde, et qui se produit lui-même, à travers nous. [...] L’homme ne crée pas les ordinateurs. La nature crée les ordinateurs en se servant de cet ordinateur qu’est l’homme. » (Mark Alizart, Informatique céleste, PUF, 2017).

Titre du film

Le titre « Roaalysieovtfadnn » est un tout simple mystère anagrammique, lui aussi petit miroir déformant ludique de la double hélice de l’acide désoxyribonucléique qui nous donne existence.

Diffusions

Téléchargement

Des films tournés exclusivement avec des drones, pour explorer les dimensions politique, philosophique et esthétique auxquelles ces machines au regard automatisées peuvent nous inviter à réfléchir.