Les Rencontres de la Poudrerie #3

Biennale de la création participative

Du 11 au 15 octobre 2022, se sont déroulées à Sevran les troisièmes Rencontres de la Poudrerie, la biennale dédiée à la recherche sur la création participative organisée par La Poudrerie.

Cette idée est à l’origine même du projet initial de La Poudrerie qui déplace les spectacles des salles de théâtre vers les salons. C’est au fil des rencontres à domicile et dans tous les autres lieux qui ont accueilli une représentation, qu’a émergé la nécessité de repenser notre manière de travailler et de créer, non pas de manière cloisonnée mais en transversalité. La Poudrerie réunit des personnes d’horizons différents autour de préoccupations communes, pour les aborder de manière sensible et avec une multiplicité de points de vues à travers des créations artistiques. Aussi depuis quelques années, La Poudrerie initie des projets à la croisée de différentes disciplines, en invitant en résidence non seulement des artistes, mais aussi des chercheurs, pour leur proposer de travailler avec des citoyens, des sportifs, des associations…

Se déplacer, c’est déjà une expérience de la transversalité, c’est se mouvoir et s’émouvoir. Chacune des propositions artistiques programmées durant la semaine – 7 au total - explore différentes manières d’aborder ces questions, et sera systématiquement suivie d’un atelier de réflexion collective mené par les équipes de La Poudrerie, l’Observatoire des Politiques Culturelles et Ishyo Arts Centre. Qu’est-ce que cette expérience révèle, provoque ? Comment me déplace-t-elle ?

Durant la semaine, le public est invité à se déplacer dans toute la ville de Sevran, chacune des propositions ayant lieu dans un endroit différent. Du salon d’un appartement à une fabrique de briques en terre, les lieux n’ont pas été choisis au hasard et étaient en lien avec les créations, elles-mêmes à la croisée de plusieurs champs artistiques : création sonore, spectacle, film…

Le samedi 15 octobre 2022, artistes, participant·es, professionnel·les étaient invité·es à se réunir à la salle des fêtes pour partager leurs expériences et mener une réflexion commune sur la création participative, la transversalité et la manière dont cela nous a déplacés.


1. Tout est à commencer - Introduction

Interventions d’Anita Weber (présidente de La Poudrerie), Valérie Suner (directrice de La Poudrerie), Carole Karemera (directrice de Ishyo Arts Centre), Emmanuel Vergès (co-directeur de l’Observatoire des Politiques Culturelles) et Benoît Labourdette (collaborateur Observatoire des Politiques Culturelles)

“Le théâtre ne se fait pas pour mais avec” Anita

La Poudrerie travaille depuis 11 ans sur la création participative, expérimente des formes variées de participation et de rencontres, ainsi que des formes esthétiques très différentes, avec une volonté de traiter des sujets de société, des problématiques qui animent le territoire. Et c’est tout naturellement, au fil des années, que la participation a glissé vers une forme de transversalité : en incluant d’autres champs, comme le sport, les sciences, l’écologie... Ce sont tous ces projets qui nous amènent à nous déplacer.

“On va ailleurs, pour réfléchir ensemble à ce qu’on peut dire de ces choses-là” Valérie

Le Rwanda et la France sont situés à des milliers de km, mais partagent des problématiques communes. Ishyo Arts Centre et La Poudrerie ont en commun d’être des théâtres sans lieu, avec la volonté de travailler au plus près des habitant·es et de leurs préoccupations. Les questions environnementales traversent aujourd’hui le monde entier, et il est intéressant de les aborder par différents points de vue.

“Pour nous qu’est-ce que écologie veut dire ? Est-ce que ce mot existe-même en kinyarwanda ? Non. Mais comment alors on traduit notre rapport à la nature ? Les gens répondent qu’il n’y a pas de rapport à la nature, on est la nature.” Carole

2. Les différentes créations

  1. Petit Kesho (Carole Karemera – Ishyo Arts Centre) : Spectacle musical de contes philosophiques et écologiques.
    Spectacle présenté à la Micro-Folie de Sevran (quartier Beaudottes)
  2. Une vague dans la ville (Dorothée Zumstein et Valérie Suner – La Poudrerie-Scène conventionnée Art en territoire) : Création pour le domicile écrit d’après une enquête menée sur le territoire
    Spectacle présenté à domicile (quartier Sablons)
  3. Sevran, la Terre et le Banquet (Nil Dinç - groupe GONGLE) : Film retraçant les 3 années de résidence du groupe d’artistes et de chercheur·euses GONGLE et l’organisation des Rencontres de l’écologie populaire avec l’association Rougemont Solidarité
    Film présenté à la médiathèque l’@telier (quartier Rougemont)
  4. Contrevoix (Clémence Seurat, Thomas Tari et Robin de Mourat - médialab de Sciences Po) : Création sonore d’après les ateliers Controverses en action mené avec un groupe d’habitant·es et le médialab de Science-Po
    Création sonore présentée aux Jardins biologiques Aurore de Sevran (quartier Montceleux-Pont Blanc)
  5. L’Odyssée à Sevran (Valérie Suner - La Poudrerie-Scène conventionnée Art en territoire) : Film retraçant la 3ème édition de L’Odyssée à Sevran, création participative impliquant près de 400 participants et une vingtaine de structures du territoire
    Film présenté à l’Ourcq Can’Ohe Club Sevranais (quartier des Trèfles)
  6. Nos Cœurs en Terre (David Wahl et Olivier de Sagazan – Incipit) : Spectacle-performance artistique et poétique autour de la vie des pierres
    Spectacle présenté à la fabrique Cycle Terre (quartier des Beaudottes)
  7. Atelier-Spectacle Où atterrir ? (Chloé Latour et Jean-Pierre Seyvos) : Restitution de la résidence du collectif Où atterrir ? Avec un groupe d’habitant·es de Sevran
    Spectacle présenté à la salle des fêtes de Sevran (centre-ville)

3. Pourquoi se déplacer ?

Se déplacer pour voir une œuvre autrement

Le lieu de présentation d’une œuvre influe sur la perception que l’on en a. C’est un constat que nous avons d’abord réalisé lors des très nombreuses représentations à domicile organisées depuis 12 ans et qui s’est encore confirmé lors de cette biennale : le rapport de proximité et d’intimité change le rapport.

« On a l’impression d’être avec les comédiens », « C’est l’oeuvre qui vient aux gens et non l’inverse »

Ce constat s’est également confirmé dans la semaine avec notamment la présentation du podcast Contrevoix créé d’après les ateliers Controverses en action du médialab de Sciences-Po et présenté dans le hangar des Jardins biologiques Aurore, ou encore lors de la représentation du spectacle Nos cœurs en Terre de David Wahl et Olivier de Sagazin à la fabrique de briques en terre crue Cycle Terre.

« On se sent proche de la terre », « On prend le temps d’écouter »

Se déplacer pour créer du lien

L’œuvre permet à des personnes d’horizons divers de se réunir et créer du lien. C’est une des grandes forces des projets participatifs et transversaux. De nombreuses personnes ont témoigné de leur recherche de sociabilité à travers différents projets – comme par exemple lors des repas organisés par le groupe GONGLE et l’association Rougemont Solidarité, que l’on découvre dans Sevran, la Terre et le banquet.

“Moi je viens même si je ne sais pas exactement ce qu’on va faire, mais parce que je sais qu’on va faire de belles rencontres”

Ces différents projets permettent également de modifier le rapport au territoire en réunissant des quartiers différents, des villes différentes. Le projet Controverses en action a ainsi réuni des habitant·es du quartier Montceleux-Pont Blanc, sur lequel se situe le terrain d’enquête des 32ha, mais aussi des personnes d’autres quartiers qui n’avaient jamais vu cette plaine, ou même d’autres villes qui se sentaient concernés par les enjeux écologiques. Même cas de figure pour les Rencontres de l’écologie populaire, dont la 3ème édition au pied d’un immeuble de Rougemont a vu converger des habitant·es de différents quartiers. La convergence était d’ailleurs la thématique de cette 3ème édition de L’Odyssée, afin de faire du canal de l’Ourcq un endroit de rassemblement, un lieu fédérateur plutôt qu’une frontière.

Ces liens créés laissent des traces, parfois imperceptibles mais durables. On peut citer le cas d’Hélène, habitante du centre-ville de Sevran, qui n’avait jamais mis les pieds dans le quartier Montceleux-Pont Blanc avant le projet Controverses en action et qui est aujourd’hui bénévole à la maison de quartier

Se déplacer pour transmettre

Favoriser les liens entre générations permet de s’inspirer du passé et de savoirs anciens pour espérer construire un futur meilleur. Petit Kesho est un spectacle créé avec de jeunes artistes rwandais, qui renouent avec les traditions orales du conte philosophique, de la musique, mais aussi pour imaginer les histoires que l’on racontera aux générations futures. Et face aux questions écologiques actuelles, la question de renouer avec des savoirs anciens est très présente. C’est pourquoi la représentation de Nos cœurs en Terre, où il est question d’une théorie très ancienne sur la vie des minéraux, dans une fabrique où l’on renoue justement avec une pratique très ancienne également pour créer un matériau de construction durable et écologique résonnait particulièrement.

“ Si j'avais un souhait ce serait qu’on enseigne dans les écoles la biologie des sols, qu’on apprenne aux plus jeunes ce gros mot qu'on appelle anthropocène, qu’on abime tout. Il faut changer, ça doit être notre sujet n°1 ” “Ce projet a mis en lumière nos pratiques, on devrait faire un recueil sur toutes ces pratiques “”

Se déplacer pour regarder les choses avec un autre point de vue

Ces créations et projets déplacent notre réflexion : regarder le monde à travers d’autres points de vue, c’est accepter de se décentrer et prendre conscience de nos inter-dépendances. Que ce soit dans le spectacle Une vague dans la ville, pour lequel Valérie Suner et Dorothée Zumstein ont interviewé des personnes avec des points de vue différents sur une même question, dans Petit Kesho où la question écologique est abordée d’un point de vue non occidental, dans le projet Controverses en action, où l’on s’est intéressé aux animaux, mais aussi aux plantes, ou même dans Nos cœurs en Terre où le point de vue devient minéral, chacun des projets invitait à entendre une autre parole.

“L'Afrique, ce n'est pas le continent qui a le plus pollué et je suis étonné que ce soit une rwandaise qui nous donne cette leçon.” “Moi ce que j’appréciais c’est qu’on avait une autre vision du territoire”

Dans un projet comme L’Odyssée, le fait de travailler avec artistes, des sportifs, des personnes en situation de handicap oblige chacun et chacune à faire un pas de côté pour trouver un langage commun et créer une œuvre ensemble.

“Avoir un autre regard à l’autre ça permet que les gens se rencontre. Les barrières existent parce qu’on stigmatise naturellement les choses. Parfois on a une image d’un milieu et on a du mal à passer cette frontière”

Se déplacer pour se sentir concerné·e

Les œuvres présentées lors de cette biennale invitaient toutes à faire le chemin du local vers l’universel. Une vague dans la ville, présenté dans un salon, parle d’un projet de vague à Sevran, mais à travers ce projet on parle de questions environnementales, et dans un salon sevranais s’invitent alors des débats sur notre pouvoir en tant que citoyen·nes, dans Sevran, la Terre et le banquet, on cuisine au pied d’un immeuble d’un quartier de grands ensemble de Sevran des légumes qui ont poussé dans un autre quartier de la même ville, les jardins biologiques Aurore, et on parle de bien manger, de revégétaliser la ville relocaliser la production.. Avec le processus de travail du collectif Où atterrir ? , les participant·es ont mené de véritables enquêtes sur un concernement qui leur est propre, apprenant ainsi à prêter attention différemment au territoire. Se sentir concerné par le monde qui nous entoure, c’est réinvestir notre capacité d’agir en tant que citoyen•nes, peu importe qui l’on est : Jean-Luc, qui a repris son amicale de locataire à l’issue du projet Controverses en action, ou Stéphane Blanchet, maire de Sevran qui souhaite appliquer les outils de travail de Où atterrir ? pour de prochaines consultations citoyennes.

4. “Retrouver une forme de souveraineté” - Où atterrir ?

Pour avoir des positions politiques incarnées, nous avons besoin de comprendre de quoi nous dépendons. Le processus « Où atterrir ? » propose à chacun·e de se pencher sur ses conditions de vie, et de réaliser son auto-description.

Quel est le territoire sur lequel nous habitons ? Pouvons-nous le de´crire ? Quelles sont les entite´s indispensables à notre existence ? Ces e´le´ments sont- ils menace´s ? De quoi de´pend notre subsistance ?

A partir des auto-descriptions et des combats intimes que les participants à cette création ont décidé de partager, l’atelier spectacle proposait une traduction toute singulière du concept de zone critique, concept qui désigne cette mince pellicule sur Terre qui concentre toute vie et toutes nos interdépendances.

Interventions de Jean-François Bacon, Loreleï Morisseau (participant·es) et Jean-Pierre Seyvos ( S-Composition)

“Ce processus m’a permis d’ouvrir les yeux et d’élargir mes horizons” Loreleï

“On arrive à cheminer et à avoir un regard sur l’inter-dépendance (…) à valoriser cette inter-dépendance avec au final des moments où on prend plaisir à être inter-dépendants et comprendre qu’on peut en dégager une forme de souveraineté.” Jean-François

“Il y a cette question de devenir sensible à des choses auxquelles on ne l’était pas, devenir sensible à des concernements, des préoccupations d’autres personnes.” Jean-Pierre

5. “Faire de la terre un partenaire” Nos coeurs en Terre

Le spectacle a été présenté à Cycle Terre, une fabrique de briques en terre crue à Sevran, qui récupère la terre des chantiers du Grand Paris pour produire des briques et réemplyer les terres excavées non polluées.

PLus d’infos : www.cycle-terre.eu

Intervention de David Wahl

“Avec un spectacle pareil, dans un lieu pareil, avec une conversation avec les spectateurs, on essaie de donner du relief à la chose qui semble la plus commune, la plus allant de soi : la terre, le minéral, la roche. Et nous qui ne la travaillons plus trop, mais dans un lieu où l’on recommence à la travailler, en faire un partenaire.”

6. “Tout pour créer du lien” Sevran, la Terre et le banquet

Guidées dans cette enquête par les associations Darktraining, Potenti’elles Cité et Ternikano Berno, elles ont organisé en lien étroit avec l’association Rougemont Solidarité des banquets, lors desquels habitant·es, artistes et chercheur·euses étaient invité·es à cuisiner ensemble des légumes tantôt invendus du marché de Sevran, tantôt fournis par les jardins biologiques Aurore de Sevran. Chaque table partageait également des récits et recettes pour rendre ce monde vivable, avant de déguster ensemble les plats préparés ou de les distribuer en maraude. Le film Sevran, la Terre et le Banquet retrace cette enquête.

Interventions de Nil Dinç (groupe GONGLE et Chérifa Bounoua (Rougemont Solidarité)

“Pour toucher l’habitant, il faut étudier le territoire avant tout, et qui dit territoire dit créer du lien” Cherifa

“Ce lien, à travers la création des repas, c’est quelque chose que vous travaillez dans la durée” Nil

L’association Rougemont Solidarité est implantée depuis 23 ans au cœur du quartier prioritaire de Rougemont.

7. “Renouer avec des pratiques de soin” Petit Kesho

C’est un spectacle poétique, énergique et engageant, aux esthétiques et références culturelles et musicales protéiformes, qui associe à la fois le conte, le slam, la soul, le funk, l’Afro Fusion et la musique traditionnelle du Rwanda et d’Afrique de l’Est. KESHO en Swahili signifie demain, et dans ce spectacle créé par de jeunes artistes rwandais âgés de 17 à 27 ans, sont abordés de manière créative des thématiques essentielles et urgentes pour imaginer demain et le futur-en-commun: le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, le déséquilibre de notre rapport à la nature, non-respect et l’absence de protection/préservation de notre environnement, la pollution, la surexploitation entrainant l’appauvrissement des sols, de l’air, et les choix et la prise de responsabilités qui s’offrent à nous et surtout aux jeunes générations. Petit KESHO c’est une interrogation, une rencontre, un voyage et plus encore un partage de notre regard sur le monde et les questionnements qu’il suscite et les actions que requiert notre statut d’habitant temporaire de cette belle planète.

Le spectacle a été créé en collaboration avec des scientifiques, artistes et philosophes dans le cadre du projet Kesho mené avec La Poudrerie depuis 2021.

Intervention de Carole Karemera (mise en scène) et Hervé Twahirwa (direction musicale)

“Il faut guérir les choses, et avec un chant on guérit, avec les mots on guérit, avec les gestes, avec les énergies” Carole

“Recréer des rites où ensemble on essaie de prendre soin du vivant” Carole

“Je suis moi parce que je peux échanger, je peux partager, la pensée seule ne sert à rien” Hervé

8. “Ça nous donne de la force” Une vague dans la ville

Une vague de surf géante doit être construite au cœur d’un quartier prioritaire, dans une ville de la banlieue parisienne, dont toute ressemblance avec Sevran n’est pas purement fortuite. Une concertation de citoyens est mise en place pour approuver le projet – ou juger de sa pertinence. Ysé, vingt ans, élève ingénieure, en fait partie. Elle a un frère, Igor, passionné de philosophie qui achève un mémoire justement intitulé La Vague et l’infini… Igor et Ysé fréquentent assidument leur grand-mère Rose, adepte des mini-vagues, qui collectionne les miniatures d’animaux en porcelaine ou en verre soufflé, consacre une grande partie de son temps au bénévolat et à son club de tir à l’arc, et semble avoir découvert le secret de l’éternelle jeunesse.

Intervention de Francis Redon (militant écologiste) et Gilles Boitte (élu à Sevran, opposé au projet de vague de surf), tous deux interviewés pour la création du spectacle

“La manière que vous avez eu de retranscrire ce qu’on a vécu ici était excellente, et ça nous donne de la force” Francis

“Parce qu’on fait des choses ensemble, on se fait confiance, et on peut construire ensuite” Gilles

9. “Un autre regard sur l’autre” L’Odyssée à Sevran

L’enjeu de ce chantier naval était de développer encore le « faire-ensemble » et la collaboration inter-quartier. Le canal de l’Ourcq est parfois perçu comme une frontière dans la ville. Alors qu’il fêtait en 2022 son bicentenaire, quelle meilleure façon de le célébrer que de se le réapproprier pour en faire non pas une barrière mais un trait d’union, un symbole des liens qui se tissent dans la ville, un point de rassemblement vers lequel convergeraient tous les quartiers. La Méduse, l’embarcation construite en 2021, a été retravaillée et relookée pour représenter elle-même ce symbole d’unité et de rassemblement.

Interventions de Pascal Mauny, président de l’Ourcq Can’Ohe Club Sevranais et Jean-Charles Di Zazzo, chorégraphe du projet.

“Le fait de travailler avec du public en situation de handicap nous a permis d’avoir un autre regard sur l’autre et aussi de faire des choses ensemble” Pascal

“Se déplacer c’est aussi se réapproprier l’image qu’on a de ce qui nous entoure” Jean-Charles

10. “Ecouter, voir, ressentir la nature” Controverses en action

L’analyse de controverses offre un moyen de naviguer et de se repérer dans des situations d’incertitude et permet ainsi d’agir collectivement. Elle est, en ce sens, un ressort précieux de la vie démocratique.

L’enquête avait pour objet les 32 hectares de la plaine Montceleux à Sevran, un territoire sur lequel une piscine à vagues de surf devait voir le jour. Elle a mis en place un protocole de recherche original et expérimental qui mobilise les savoirs des habitant·es expert·es de leur ville et de son histoire. Décrire, définir et inventorier ne relève pas de l’évidence : c’était là tout l’enjeu de cette enquête. À partir de récits, d’histoires locales, d’outils méthodologiques, de visites de terrain, de rencontres, le groupe d’enquêteur·ices a dressé une cartographie et une description de ce site afin de mieux en cerner les enjeux.

De ces ateliers, est née Contrevoix, une création sonore présentée lors de cette biennale et Le champs des possible, une publication dont la sortie est prévue fin 2023.

Interventions de Clémence Seurat (chercheuse) et Dauren Omarov (participant à l’enquête et ornithologue amateur). Texte de Jean-Luc Jacquot (participant) lu par Clémence Seurat.

“On a eu la chance de voir cette commune à travers les yeux d’une paysagiste-urbaniste, à travers la nature, les oiseaux, à travers d’autres regards” Dauren

“Lorsque l’on prend le temps de regarder, on voit plein de choses invisibles en temps normal. Je regarde ce terrain presque tous les jours, et je ne voyais rien.” Jean-Luc

“Ce projet a aussi été un déplacement pour nous. On mobilise cet outil qu’est l’enquête, qu’est la cartographie de controverses, qu’on a beaucoup expérimenté au sein de Science-Po, et là le déplacer et le mettre entre les mains de citoyens c’était quelque chose de nouveau.” Clémence

11. “Provoquer des déplacements chez les commanditaires, les artistes et la ville” - Laure Gayet

Cette expérience a aussi été développée dans des projets de coopération entre Oakland en Californie et Saint Denis en région parisienne. Il s'agissait de créer un même cadre d'exposition dans ces deux villes situées à la périphérie de grands centres urbains, très proches socialement et dotées d'une forte vitalité artistique.

Les deux commissaires, américaine et française, ont aussi réalisé un important travail sémantique autour de plusieurs la notion comme la “banlieue” très présente en France mais peu représentative des Etats-Unis, où l'on parle plus d'inégalités ethniques que géographiques. Aux Etats-Unis, il s'agit de développer la façon de faire l’urbain, qui deviennent un contre-pouvoir face aux opérateurs privés. Ainsi, Les artistes sont des activistes au cœur du conflit.

Dans chaque espace nous interrogeons le rôle du conflit interroge dans la construction et la déconstruction de nos manières de vivre et de penser ensemble. Ainsi à Kigali, la capitale du Rwanda, la planification des transformations urbaines bouleverse également les histoires sociales et familiales. Pour Carole Karemera, l'art permet d'entrer en dialogue pour trouver des solutions en dehors du conflit. En capturant les mots et les récits, les artistes offrent une manière pertinente de repenser la planification urbaine en s'appuyant sur l'expérience quotidienne.

12. "Il faut trouver d’autres formulations de débats”

Les regards des habitant·es, des élu·es et des artistes d'ici et d'ailleurs sont rassemblés dans un même lieu pour construire des ponts et repenser la communauté. Plusieurs thèmes sont abordés, comme la collaboration entre l'art et le sport, notre rapport à la ville, son histoire et son évolution, ou encore la complexité du débat public dans un monde de spécialistes. Ainsi, chacun·e peut raconter son histoire et la partager avec les autres comme cet habitant de Sevran depuis 1973, qui se souvient d’une ville agricole et partage sa crainte de l'urbanisation à outrance.

« Cette ville c’est aussi une terre, c’est aussi une mémoire, c’est aussi une histoire »

« Pour que les habitants puissent se saisir des programme (d’urbanisme), il faut trouver d’autres formulation de débat »

13. “Qu’est-ce qui vous déplace ?” - emmanuel vergès


14. “Je suis venue en voisine” - Séverine Kodjo-Grandvaux

En dehors de l'université, elle a poursuivi ce parcours en devenant journaliste, pour les pages culture de Jeune Afrique, et actuellement pour Le Monde. Aujourd'hui, elle collabore régulièrement aux Ateliers de la pensée de Dakar, un espace qui réunit des chercheurs en sciences humaines de tout le continent, contribuant au grand renouveau de la pensée critique en Afrique francophone. Sortir de cet ethnocentrisme de la pensée lui a permis d'aborder le sujet du vivant, en dehors d'un prisme occidental très éloigné de sa propre perception. En passant par le prisme africain, la question du lien entre les vivants et les membres de la communauté s'ouvre. Séverine Kodjo-Grandvaux met en pratique cette réflexion en tant que conservatrice scientifique de la Fabrique de Souza (Cameroun), un lieu de recherche et d'expérimentation qui réunit scientifiques, artistes, juristes et agriculteurs pour concevoir et mettre en œuvre une utopie active pensant l'humain dans son lien avec le vivant. Aujourd’hui, elle se demande comment faire œuvre ensemble ? Comment créer une écologie du soin à travers nos préoccupations quotidiennes ?

15. “Un espace où l’on trouve un langage commun” Maya Spanu


16. ”Il y a un moment où l’on commence, à force de traverser des choses, à les comprendre” Benoît Verjat

Ces expériences ne font pas de lui un spécialiste, mais un traducteur qui transforme l'information pour la rendre intelligible d'une pratique à l'autre et permettre une dynamique collective de transformation. Ces processus d'intercompréhension s'inscrivent dans la durée, car il faut être très sensible à chaque pratique et à son écologie propre. Il ne s'agit jamais d'exclure des pratiques qui semblent plus fragiles ou qui ne donnent pas un sens direct, ce qui mènerais à rejouer les rapports de domination. Pour éviter cela, nous devons être très prudents dans nos descriptions. Créer cet espace prend du temps et demande à chacun de ralentir, d'être suffisamment flexible pour permettre la curiosité et l'intégration des pratiques des autres, jusqu'alors inconnues. Les débuts peuvent donner lieu à des frictions, qui ne peuvent être résolues que long terme à travers les pratiques partagées, qui se maintiennent grâce à la confiance collective.

17. “Faisons-nous confiance” - les pistes de Severine Kodjo-Grandvaux, Benoît Verjat et Maja Spanu

Severine Kodjo-Grandvaux nous propose de nous faire confiance, car les solutions sont sous nos yeux, il faut simplement réaliser leur existence. Comme à la Fabrique de Souza au Cameroun, il s’agit de retrouver des savoirs anciens lié depuis toujours aux écosystèmes qui ont était détruit par le colonialisme. Les solutions peuvent émerger au niveau micro local, dans un travail de lien entre les savoirs scientifiques, traditionnels, artistiques et poétiques.

Benoit Verjat souhaite que l’on assumer nos intentions, notre but de fabriquer de la transformation, qu’importe les déperditions, tout ne doit pas nécessairement être productif. En replaçant l’intention au centre, on valoriser des projets dont les qualités sont de ne pas être reproductible.

Maja Spanu insiste sur l’importance de l’intersectionnalité dans les arts participatifs, qui nous permet de remettre en question les relations sociales existante, et peut être de renverser les rapports de force en rendant l’invisible visible.

Réalisation vidéo de Fabien Luszezyszyn | Page web construite par Benoît Labourdette

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