À propos du XXIe Siècle : Rencontre avec Paul Virilio

Un film de Martine Stora et Benoît Labourdette (26 minutes, 1995).
1er février 2021. Publié par Benoît Labourdette.

Paul Virilio, grand philosophe des technologies au XXe Siècle, nous livre, en 1994, une vision du XXIe Siècle qui nous semble très éclairante pour donner du sens à notre présent, 26 ans plus tard.

Ce film, Grand Prix (Loup argenté) du Festival du nouveau cinéma de Montréal 1996, est adapté d’un ouvrage de Martine Stora, « A propos du XXIe Siècle » (L’Harmattan, 1994). Ce film fut indisponible pendant plus de 20 ans, le voici à nouveau.

Chapitrage du film :

  1. L’art et la contemplation (1’44s).
  2. Lieux et mémoire (3’55s).
  3. Parcours littéraire (9’10s).
  4. La vitesse (13’05s).
  5. La réalité virtuelle (15’45s).
  6. La biotechnologie (19’45s).
  7. Epilogue (23’40s).

Avant-propos du livre

Ce qui demeure est le futur non le présent qui désole.
Edmond Jabes

Le développement à outrance du progrès dans les pays industrialisés, I’expérimentation débridée, I’aveuglement provoqué par les dogmes engendrent, en cette fin de siècle, une situation d’urgence.

Face à des interrogations si brûlantes, Andrée Chedid, Hubert Reeves, Daniel Sibony, Jacques Testart, Paul Virilio répondent. Tous épris de liberté, engagés dans cette lutte pour « tenter », de préserver les générations futures, ils ouvrent le champ de nos consciences. Ils évoquent aussi les buts et les désirs d’une attitude dont le propos n’est ni de donner des solutions, ni de conclure mais simplement de dresser un « état des lieux » et persister dans leur action.

Ce voyage entre poète, scientifiques, psychanalyste, urbaniste et philosophes restitue un témoignage devant l’incertain et l’inattendu. Il se situe dans une durée bien précise : celle d’avril 1993 à avril 1994.

Le choc de la rencontre des connaissances acquises aux cours des siècles alliée à celle des nouvelles technologies n’annonce-t-il pas le ciment d’une nouvelle civilisation ? « Une évolution de quinze milliards d’années pour faire naître un personnage incapable de ne pas s’auto-détruire : voilà la crise fondamentale ! » constate Hubert Reeves malgré son optimisme.

A ce point précis de l’histoire, il est vrai que plus rien désormais ne peut nous dispenser de repenser sérieusement notre futur. - « On va réinterpréter le rapport au monde, à l’image, à la parole, à la génération ; c’est un enrichissement du possible » nous dit Daniel Sibony - Un monde est donc aujourd’hui à réinventer, l’espace est illimité pour l’homme et ses techniques. Mais le point de butée ne se trouve-t-il pas précisément là ? Prise de conscience et vigilance deviennent d’une absolue nécessité. Jacques Testart nous met d’ailleurs en garde contre les manipulations génétiques : « ... améliorer l’espèce est le type même de projet prométhéen avec des risques considérables pour la vie humaine puisque le mouvement est par définition illimité. » Comment alors ne pas être à l’écoute car le chercheur comme l’artiste vit un secret qu’il lui faut manifester.

Dans un même temps le contexte démographique s’aggrave alors que l’environnement écologique se détériore. Hubert Reeves rappelle que « ... La nature a une capacité d’adaptation. Importante, mais celle–ci est diminuée par la vitesse des changements, et elle ne résiste pas aux excès ! » Il situe bien là le problème dans un présent avec une certaine urgence dont l’aboutissement est la fin d’un siècle.

En entrant dans le XXIe Siècle on crée donc une inconnue qui débouche dans un monde imprévisible et qui se double de vitesse. Paul Virilio, grand spécialiste du sujet explique « qu’il faut comprendre la réalité virtuelle, en déterminer à l’avance ses conséquences et ce que l’on veut en faire d’utile, au lieu de se laisser déborder ». Les moyens faramineux dont dispose notre époque, doublés de la manière dont ils sont utilisés expliquent la peur et l’inquiétude qui s’infiltrent et conduisent à l’inertie généralisée.

Il n’est pas encore top tard, comme certains persistent à le laisser entendre ; cela dépend encore de nous. Le monde de demain ne peut être que différent. Alors on le supporte ou on le maîtrise. « La lucidité qui vient au fur et à mesure ne devrait pas détruire en nous le goût de la vie », s’insurge la poète Andrée Chedid et plus loin cite un proverbe libanais « Plongez l’homme au fond de la mer pour le noyer, il remontera avec un poisson dans la bouche ». Belle image d’espérance. Depuis la nuit des temps l’obstination du vivant n’a-t-elle pas été la quête d’une certaine lumière en opposition aux situations des plus insoutenables ?

Elle forge ainsi des principes d’endurance auxquels nos générations ne peuvent désormais se soustraire.

Martine Stora

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Numérisation du film par Pauline Scopetani.

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