La projection itinérante pour retisser le lien entre les salles et leurs spectateurs

Projet d’action culturelle post-confinement.
12 mai 2020. Publié par Benoît Labourdette.
Temps de lecture : 3 min  

Des projections itinérantes sur les murs de la ville, dans le quartier autour d’une salle de cinéma, pour vivre à nouveau le bonheur de la projection partagée, sans aucune crainte de santé, grâce à l’extérieur et au respect facile de la distanciation sociale.

Pendant la période de confinement de mars-avril-mai 2020, les salles de cinéma, comme toutes les structures culturelles accueillant du public, ont dû fermer, sans date de réouverture précise prévue. Outre l’énorme manque à gagner et la difficulté de la construction de la future programmation du fait de l’embouteillage des films, une question plus fondamentale se pose, et elle a d’ores et déjà été largement commentée : le désir d’images des spectateurs sera-t-il intact dans l’avenir, du fait de l’ancrage de nouvelles habitudes avec les plateformes ? N’y aura-t-il aussi, pendant encore de longs mois, une simple crainte sanitaire à fréquenter des lieux publics, désormais potentiellement dangereux. La dimension du plaisir du partage, même avec des inconnus, qui fait vivre dans la salle de cinéma une expérience d’une puissance inégalée, se trouve attaquée dans ses fondements les plus intimes.

Reconstruire le désir

Bien-sûr, les spectateurs retrouveront un jour le désir d’aller en salle et le plaisir d’y partager des films, comme le formule bien Richard Patry (président de la Fédération nationale des cinémas français). Mais il me semble essentiel de travailler à aider à la reconstruction de ce désir. Pendant le confinement les initiatives de séances collectives à distance (La 25è heure), les projections en plein air (Cinéma La Clef, Paris), les initiatives de drive-in (projet à Cabourg pour l’été 2020) eurent déjà une grand pertinence et un certain succès.

Retisser les liens

Voici une proposition, complémentaire, qui fait ses preuves depuis dix ans pour tisser des liens forts autour du plaisir partagé de l’image : la projection itinérante. Il s’agit, autour d’une salle de cinéma ou d’une médiathèque, de construire un programme de courts métrages professionnels ou amateurs, d’extraits de films ou bandes annonces, qui sera projeté sur les murs du quartier, la nuit. Le public vit lors de ces séances une expérience exceptionnelle, on redécouvre la magie de la projection, qui est fascinante, et les films donnent aux lieux du quotidien une dimension totalement inattendue. Donc, outre le plaisir fort d’une projection, d’une expérience unique partagée, cela produit aussi un profond réinvestissement de son lieu de vie et de circulation (à l’instar de ce que produit le théâtre de rue).

Ces projections itinérantes peuvent être de simples propositions de la salle à son public, pendant la période de fermeture, très ludiques et inscrivant de belles et originales expériences de cinéma. Elles peuvent être aussi des propositions d’ateliers : c’est alors un groupe de spectateurs qui construit la projection et qui l’anime. L’implication est ainsi encore plus forte. Nous avons testé ce dispositif avec des salles de cinéma à plusieurs reprises avec succès (Aubervilliers, La Courneuve, Martigues, Valence, Montbéliard, Rennes, Saint-Nazaire…).

La médiation, outil essentiel

La médiation est ce qui fera toute la différence : ce n’est pas, en soi, projeter une image sur un mur qui rend l’expérience extraordinaire, c’est le choix du film, le choix du lieu par rapport à ce film, le sens de cette rencontre, les mots qui sont donnés aux spectateurs avant et après la projection, la façon dont le quartier a été investi, dont la projection a été préparée en lien avec les habitants, le temps de répétition, notamment technique, la bonne gestion de la distanciation sociale, etc. Que ce soit sous forme d’atelier ou sous forme de projection unique, c’est de l’attention avec laquelle on prépare la projection itinérante que découlera une expérience forte et constructive pour le public.

La technologie

L’outil technique employé est le « pico-projecteur » (vidéoprojecteur portable) associé à une enceinte portable autonome pour le son. Il existe une multitude de modèles de pico-projecteurs, seuls certains sont adaptés à cet usage (puissance, ergonomie, autonomie, etc.).

Exemples

Dans la rubrique Projections itinérantes de ce site, vous trouverez des exemples concrets et inspirants de mise en œuvre de ce concept.

Voir aussi
A quoi sert la culture ? Qu’est-ce que le cinéma ? Va-t-on retourner dans les lieux culturels ? Faut-il repenser les propositions culturelles pour les adapter ? Mais les adapter à quoi et comment ? Ce sont des questions fondamentales qui se posent aujourd’hui aux acteurs du domaine culturel (comme dans bien d’autres domaines...). Dès le début du confinement en mars 2020, de nombreuses initiatives et alternatives à distance ont été inventées. La pratique culturelle d’après-confinement sera, peut-être, bien différente de celle d’avant. Quoi qu’il en soit, dans la période de transition, les lieux culturels (...)