Contes philosophiques du quotidien
Images écrites du monde qui évoquent et construisent des pensées philosophiques, glanées au fil des rencontres et des chocs dont la vie est tissée. Écriture dans le réel de la confrontation. Confiance. Comme de courts contes philosophiques. Écriture initiée dans un dialogue avec emmanuel vergès.
Texte écrit entre le 11 septembre 2021 et le 12 mars 2024.
Dans cette rame le midi d’un quartier parisien calme, métro clairsemé, une voix très forte au téléphone. Deux adolescents assis côte à côte sur deux strapontins. C’est celui qui s’ennuie qui parle. Il raccroche et demande à son ami ce qu’il a prévu qu’ils fassent, affirmant que rien n’est prévu. Il évoque une lointaine banlieue où il pourrait se rendre, l’après-midi même, ce qui semble surprendre l’autre.
L’autre est interdit, n’a rien à proposer. La station suivante les a vu descendre sur son quai, de façon imprévue car la station Gare d’Austerlitz est fermée en ce moment, je crois d’ailleurs qu’ils ont parlé des travaux. Sur le quai, avant de disparaître à nos yeux, ils sont là, debout l’un face à l’autre, immobiles, grisés de leurs ennuis et de leurs indécisions, ou plutôt de leurs vacuités mutuelles. L’un attend, l’autre ne propose pas.
12 mars 2024
Dans un petit restaurant thailandais, deux femmes retraitées face à face, assises à une petite table, devant la vitrine d’une petite rue. Encore une écriture dans un espace commerçant.
Elles se sentent très importantes, surtout celle qui parle le plus, qui montre à l’autre qu’elle lui est supérieure. Elle ne l’écoute pas du tout, elle s’appuie sur elle pour déployer son récit. Elle lui coupe la parole un peu tout le temps. Dans le restaurant ça fait comme une musique, avec la voix principale qui chante sa chanson, mue par ses inflexions, sa mélodie, sa texture. Et puis de temps en temps, quelques traînées d’une voix plus grave, en contrepoint, qui apportent la douceur nécessaire à l’écoute.
Au départ, le décalage entre leur image de vieilles femmes retraitées et l’importance sociale qu’elles se donnaient était frappant : comme une incohérence. Et plus le temps avance, plus leurs mots collent à leur image. Elles deviennent plus sympathiques, plus touchantes, plus vraies. Peut-être voulaient-elles se donner de l’importance vis à vis des autres clients. Le récit se recentre sur leurs souvenirs du passé héroisé. Elles viennent ici en public tromper leur ennui, qui semble abyssal. Plus la conversation avance et plus la meneuse révèle son vide, sort de son rôle du début.
Elles sont comme un miroir de notre vanité. Et peu à peu, le brillant s’estompe, elles se rapprochent des ombres humaines, qui font notre consistance, nos nuances…
À les écouter, j’apprends que lorsqu’on n’est pas aligné avec soi-même, cela se voit, c’est même criant.
La deuxième femme est malade aujourd’hui. Peut-être est-elle différente quand elle est dans son état normal. Mille fois, l’autre lui dit de refaire sa flore intestinale. Elles ont repris leur discussion, pétrie de jargon maçonnique, je crois. « Le droit humain », la loge ouverte aux femmes, qui n’est pas loin de là. Je pense qu’elles en font partie, mais ce n’est que ma supposition.
Elles sont d’une jalousie systémique. Leurs enjeux sont pouvoir, politique, positions hiérarchiques. « Caritas ». « Harmonia ». Des prénoms, des noms, des fonctions, des insultes à destination de ces absents fusent en tous sens. Tous les autres ou presque sont arrivistes ou parvenus. « Tout ce qu’ils veulent, c’est faire le tour du monde aux frais de la princesse ». Tout est question de place dans un espace social. L’énergie est toute entière consacrée aux jugements sur les autres, pour se donner de l’importance ; il n’y a pas d’autre sujet. Tout est mobilisé pour se faire exister en prouvant sa supériorité. Tous ces autres plus riches et plus influents, qu’il est urgent de discréditer, pour une question de vie ou de mort, semble-t-il.
Fais-je de même ?
Ce que je trouve intéressant, c’est qu’elles me forcent à être, moi aussi, dans le jugement vis à vis d’elles. Donc, je dois apprendre à les aimer, pour ne pas me faire embarquer dans leur tourbillon.
30 mai 2023
Huit enfants de CM2, dans une petite école bucolique, à qui j’ai donné les caméras, les magnétophones, la responsabilité et l’autonomie pour créer des films. Aujourd’hui, nous faisons collectivement le montage de leur film. Je suis à la machine, on voit le travail en train de se faire sur le grand écran. Ils ont des suggestions. Je dois les recevoir. Mon travail, c’est de réussir à les écouter. Et si je les écoute, je découvre que leurs propositions, dans la rencontre avec les miennes, amènent le film à des endroits, de sens, de finesse, de sensible et de pertinence auxquels je ne serais jamais arrivé seul. Ils m’impressionnent.
L’enseignant leur pointe les capacités professionnelles qui sont les miennes, pour arranger les sons, etc., dans un rapport d’admiration-domination. Mais moi ce n’est pas cela que je construis. Ce que je cultive, c’est une relation constructive, un enrichissement mutuel. Bien-sûr, j’ai mes capacités, mais eux aussi ont tout autant de capacités, qui vont se révéler à eux-mêmes dans la rencontre avec une activité dans laquelle on leur donne la place de s’exprimer. Ce qui compte, c’est que moi je m’ouvre à découvrir leurs richesses. C’est un travail de chaque instant, de confiance.
L’adulte référent n’est pas référent par ses compétences, écrasantes, qu’il aurait développées au cours de sa vie, présentant aux enfants comme un modèle de cheminement (études, expérience professionnelle, etc.). Non, l’adulte référent, c’est celui qui est en mesure, dans le présent, d’aller à la rencontre des enfants, pour mettre en partage et en complémentarités les apports de chacun, dans une activité commune, qui va mutuellement révéler des qualités. C’est donc un accompagnement à la construction des capacités des enfants, via la rencontre avec celles d’un adulte, qui va en apprendre aussi.
17 mai 2023
Une séance d’atelier de création dans une classe de terminale en banlieue parisienne. J’apporte beaucoup de matériel. Je transforme l’espace pour que la classe devienne un studio de cinéma d’animation : caméra, éclairage, vidéoprojecteur, matériel graphique, feutres, paires de ciseaux, feuilles de papier de couleur, micros, ordinateurs, beaucoup d’instruments de musique... J’arrive à l’avance, je déplace toutes les chaises, je crée des ilôts pour les équipes de travail... Je suis venu à plusieurs reprises dans cette classe. L’enseignante est ravie de la créativité et de la motivation des élèves. Mais les créneaux sont courts, et l’enseignante est toujours pressée après la séance, pour ranger la salle, aller à son cours suivant, ce que je comprends très bien. Elle m’a demandé, la fois précédente, de terminer à l’avance, car elle court trop. Ce matin, en arrivant, je lui dis que je vais faire de mon mieux pour finir plus tôt. Nous devons être sortis pour treize heures. Je m’organise avec la collègue animatrice qui m’accompagne, je presse les élèves, gentiment toujours. L’enseignante commence à ranger pendant les derniers enregistrements, on fait moins de prises pour être sûrs de ne pas déborder, on bâcle un peu. Je redemande l’heure exacte de la fin du cours à l’enseignante, elle me ment de dix minutes. Finalement, ouf ! On a gagné ce quart d’heure, sur un créneau d’une heure. Les élèves attendent la sonnerie. Je comprends que l’enseignante ne m’avait pas dit la vraie heure de fin. Nous sortons de la classe. Je me dis que l’activité a quand même été bouleversée par ce changement, et que les élèves en ont un peu pâti par rapport à la séance précédente. Nous nous disons au revoir, et l’enseignante nous dit qu’elle court donner un autre cours.
Puis nous sortons de l’établissement avec ma collègue, et restons dix minutes devant à discuter avant de nous séparer. Pendant notre conversation, l’enseignante sort nonchalamment du lycée, accompagnée par un beau jeune homme. Elle nous fait un sourire gêné, et continue sa route. Nous les voyons partir lentement sur le trottoir. Deux tout petits mensonges. Elle a obtenu ce qu’elle voulait avec deux petits mensonges. Mais si elle nous avait dit vrai, nous aurions pu être solidaires, comme je le fus, en confiance, en sincérité sur nos besoins mutuels. Je suis sûr qu’elle aurait obtenu encore mieux avec la vérité et la confiance. Moi je n’ai pas menti, j’ai fait sincèrement de mon mieux pour elle, mais elle a menti quand même. Difficile de changer les habitudes. Qu’aurais-je dû faire, dans l’intérêt des élèves ? Me tenir à une quête de sincérité comme je l’ai fait, ou partir du principe que tout le monde ment et manipule, donc tirer la couverture à moi ? Je préfère perdre et avoir respecté mon éthique.
Mais je crois aussi que sans le vouloir, j’ai fait empirer la situation. Pourquoi ? Car j’avais reconnu la demande de l’enseignante comme un besoin légitime. En réalité, cette demande était illégitime, car c’est à elle de s’assurer qu’un atelier a l’espace et le temps de bien se dérouler, c’est son choix d’accueillir ce type d’activité dans sa classe, ce n’est pas à moi de le prendre en charge pour elle. Donc, pour essayer de bien faire, j’avais reconnu comme légitime quelque chose qui ne l’était pas. Pendant la séance, j’ai eu l’impression qu’elle jouait une sorte de rôle, pour justifier ce soi-disant besoin. Donc, elle a produit des mensonges pour valider le système mensonger que j’avais moi-même contribué à mettre en place, sans m’en rendre compte. Ce que je veux exprimer par là, c’est que ces mensonges ne viennent pas seulement d’une malhonnêteté qui serait intrinsèque à cette personne, ou d’un inconscient collectif pervers, mais aussi et beaucoup d’un système d’interactions, dont chacun est acteur, moi y-compris.
15 mai 2023
Un homme est installé dans le restaurant indien. Il dit qu’il attend une femme. Je le vois de dos. Sa voix est haut perchée. On est à Paris. Il demande au serveur, qui ne parle pas français, quelle est l’adresse exacte du restaurant, car « elle » va arriver. Cette adresse est une angoisse, à laquelle les deux serveurs qui se succèdent ont du mal à répondre.
Puis j’entre dans mon monde, je mets mon casque sur les oreilles, et je lis des textes anarchistes. Au bout d’un moment, je lève la tête. C’est une jeune femme, assise face à lui, trois tables plus loin. Je la vois floue, car je suis myope et je ne mets plus de lunettes. Je suis surpris. Elle me semble très jeune, la vingtaine. J’avais l’impression qu’il était bien plus âgé, car je crois comprendre qu’il s’agit d’un rendez-vous amoureux/sexuel avec les applications de rencontres d’aujourd’hui. Alors j’enlève mon casque, pour comprendre.
Elle est assez étrange, à la fois détendue, avec un champ lexical de jeune femme, et à la fois très névrotique, car elle demande de façon compulsive des détails sur le menu, tant et si bien que les serveurs doivent revenir plusieurs fois et se relayer pour donner des explications. Elle raconte à son interlocuteur qu’elle voyage beaucoup, elle cite des noms de villes étrangères dont elle vient de rentrer. Donc, oui, c’est un rendez-vous galant. Je pense qu’il a dû lui mentir sur son âge. Il lui dit qu’il est en stage à l’Inspection académique, qu’il organise des voyages scolaires et qu’on lui renvoie qu’il travaille très bien. Alors je m’interroge : ne serait-il pas en fait bien plus jeune que l’impression que j’en avais eue ?
Et puis… il lui demande si elle paie toujours peu cher les avions. Elle lui répond que son père a changé les codes, donc qu’elle ne peut plus, car elle vient de se brouiller avec lui. Et elle enjoint cet homme de lui donner des informations sur son propre père. Comment était-il quand il était jeune ? Je comprends donc que c’est un oncle, ou un vieil ami de la famille, il a quatre ans de plus que le père. Je suis rassuré. Pourquoi suis-je rassuré ? Pourquoi portais-je un jugement sur ces deux personnes ? Car j’y projetais l’image d’un couple hors normes, qui dérangeait ma morale ?
Enfin, il lui annonce qu’il est bipolaire, il lui cite les médicaments qu’il prend. Je retiens le Dépakote, antiépileptique qui est aussi un régulateur d’humeur. Et elle lui réplique très naturellement qu’elle a des troubles anxieux, qu’elle est obsessionnelle compulsive et qu’elle est aussi dépressive. Il se met debout pour chercher dans sa poche, en la remerciant, car cela lui fait penser à prendre ses médicaments. Son corps plus visible, de dos, me met mal à l’aise. Comme la sensation d’un corps qui ne serait pas « tenu ». Elle cherche aussi ses médicaments. Je me lève, je sors en n’osant pas les regarder, malgré l’envie que j’en ai.
Ces « autres » m’ont renvoyé à ma peur de la folie, ou plutôt à ma peur de la folie de la prise en charge médicamenteuse. Et puis à mon fils Hippolyte, dont l’ampleur des drames psychiatriques me fut savamment cachée, jusqu’à son suicide. Dans sa lettre, il évoque un parcours médicamenteux douloureux, sans prendre le temps de préciser. Je pense à cette vision de soi comme un symptôme à normaliser, à réguler, à tuer à petit feu.
13 mai 2023
Tard dans la nuit. Sous la pluie. La voiture s’arrête. Je cours sous les cordes pour m’y engouffrer. Je dis mon prénom, pour que le chauffeur puisse être sûr. Mais c’est évident pour lui. Ce n’est pas la peine de le dire, il n’y avait que moi dans la rue. Il s’en fiche. Il parle le français, je crois, mais je ne comprends pas ses mots. Devant lui, trois immenses cadrans cartographiques informatiques. Haute technologie automobile. Lui assis un peu de travers, comme s’il était dans dans un salon, plutôt que dans une voiture. Son téléphone sonne. Il parle une langue inconnue, de laquelle sort un mot français, « client ». Il raccroche rapidement. Aucun autre mot échangé. Il m’amène à bon port, mais un peu loin de ma porte. Je le lui dis, il fait demi-tour avec bienveillance, et me pose juste devant. Sa conduite est experte et légère. Il ne le montre pas. Mais il est généreux. Il est dans son monde, dans son temps, et moi dans le mien. Tellement différents ! Je sors en courant sous la pluie, et je m’engouffre dans l’entrée de l’immeuble. Une belle et simple coopération. Altérité.
7 mai 2023
Le matin, le libraire et son employée « font le point » sur la bonne tenue des livres posés sur les tables. Ceux qui sont souvent achetés, ceux qu’il faut déplacer. L’employée raconte certains livres et leur intérêt à son patron. Elle en donne des images, elle en fait des « pitches ». Moi, client qui tient déjà une pile de livres dans les bras, client inhabituel, je reçois un regard timide et un bonjour du bout des lèvres de la part du libraire, avec son gros ventre. Il est encore relativement jeune, pourtant. Pas un assentiment de sa part, mais une relation comme à un étranger. Nous sommes mutuellement gênés. Car les livres que nous choisissons nous racontent, touchent à l’intime. Et trop de livres, c’est trop d’intime, ou plutôt une quantité anormale d’intime. Il faudrait trouver une explication rationnelle à cette quantité, par exemple les cadeaux. Parfois, je prétexte les cadeaux pour ne pas gêner la personne à la caisse face à cette quantité. Parfois, je n’achète pas tel livre, pour ne pas trop exposer mon intimité.
6 mai 2023
Un an jour pour jour après l’écriture de cette image d’un jeune homme qui filme un fil électrique, le 13 septembre 2022, mon fils Hippolyte décidait de mourir, il allait avoir 23 ans. J’écris cela aujourd’hui, le 6 mai 2023, mais je date ce texte du jour de la mort d’Hippolyte. Beaucoup de chiffres, de dates, de périodes, d’anniversaires, le long d’un fil, qui est le fil de la vie. La vie se définit par une mort inéluctable, je le comprends d’autant plus désormais. La durée de la vie de chaque personne est singulière, pourquoi en juger ? Pourquoi ma vie devrait-elle être freinée, parce que je n’aurais pas su endiguer la pulsion de mort de mon fils ? Est-ce que je suis capable de considérer mon fils comme une autre personne, pleine et entière, qui est issue de moi, bien-sûr, mais qui n’est pas une partie de moi ? La nuance est de taille. Ma peine est immense, car je lui avais donné la vie et je l’accompagnais dans son mouvement de vie. La vie. Ma vie, la mienne, elle est pleine et entière. Elle contient désormais un terrible vide, mais elle est présente, sur ce fil. Et je réalise à quel point la vie d’Hippolyte fut aussi présente, un présent. Provisoire, comme la vie. Et d’une immense valeur.
13 septembre 2022
Un jeune homme italien, les bras tendus, un appareil photo dans les mains, qui filme un fil électrique, en racontant une conversation téléphonique imaginaire qui s’y déroulerait. Très beau mouvement, projection de l’extérieur sur ce qui se passe à l’intérieur. Ce qui passe dans les fils électriques, ce sont des données. Elles nous font vivre. L’électricité est devenue le flux de nos vies. Nos vies dépendent non plus seulement de la biologie, mais de l’information transmise par l’électricité. L’information, c’est ce qui fait lien. En fait, la transmission d’information est aussi au cœur de notre biologie, du fonctionnement de nos cellules, qui, grâce à de l’information, créent les protéines qui nous font vivre. Lorsqu’au XXe Siècle, dans la suite de Jacques Lacan, un grand nombre de philosophes ont affirmé que « l’humain est un être de langage », eh bien c’est parfaitement vrai. Même si nous ne parlons pas, nous sommes structurés par un langage intérieur et biologique.
13 septembre 2021
Je suis dans un métro, isolé par la musique. Je ressens du mouvement, et je vois une femme qui remarque qu’un homme de son âge, la trentaine, saigne au doigt. Elle s’intéresse à lui, lui met de l’eau sur le mouchoir dont il emballe son doigt. Ils parlent. Ils se regardent. C’est beau. Cette attention mutuelle. Elle sort de son sac un pansement. On lui libère alors la place en face d’elle. Et elle le soigne. Il y a de l’amour entre eux, autour du soin, de l’attention à l’autre. Une rencontre. Ils se sont trouvés. Il est blessé dans son âme aussi. Son rôle d’homme. Je ne sais comment il formule la demande d’amour. Elle lui répond qu’elle a des enfants, que c’est pourquoi elle a des pansements sur elle. Ils devront se séparer bientôt.
12 septembre 2021
C’est le pluriel qui autorise le singulier, et ce sont les singuliers qui, s’ajoutant, créent des pluriels. Le singulier est au cœur du pluriel. Il n’y a pas de collectif, pas de cité, pas de société, pas de coopération si les singularités ne sont pas encouragées, cultivées. Quand le pluriel devient système et en oublie quel était son centre, qu’il cherche à se « protéger des singularités » qui semblent le mettre en danger, il oublie que sa nature intrinsèque de pluriel est d’être en transformation constante, au gré des émancipations des singularités. Les humains qui ne défendent plus les singularités surprenantes et toujours déstabilisantes, au profit d’un pluriel qui devient système, qui devient norme, croient qu’ils ont une conscience sociale et collective, alors qu’ils sont au contraire précisément en train d’œuvrer, par peur, à détruire le cœur battant du commun : les singularités plurielles.
11 septembre 2021