Pistes pour des projets de prévention de la violence par la pratique audiovisuelle

Structure pédagogique d’un atelier.
3 octobre 2020. Publié par Benoît Labourdette.
Temps de lecture : 4 min  
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La violence, et notamment la violence « gratuite », sans explication évidente et opérée par des jeunes a priori non concernés, est un sujet de prévention contemporain assez central. A partir de nombreuses expériences de terrain et de formations professionnelles que j’ai co-animées avec Serge Tisseron sur la prévention des rixes, voici une piste concrète d’atelier de création audiovisuelle dans le cadre de projets de prévention de la violence.

Problématiques de territoire

Les violences entre jeunes peuvent devenir récurrentes aux lieux de « frontières » (géographique et symbolique) entre des quartiers, et/ou des villes limitrophes. La puissance publique se doit d’intervenir pour faire évoluer le contexte local, afin que les jeunes citoyens puissent s’envisager autrement que dans des relations d’antagonismes.

Qu’est-ce que la violence ?

Qu’est-ce que la violence ? Comment elle naît et comment les projets culturels peuvent être des outils de prévention ? La violence est une façon d’imposer sa place dans le monde, c’est un mode d’expression primal, par la prise de pouvoir sur l’autre, envisagé en tant qu’objet et non plus en tant que sujet. L’une des caractéristiques de la violence est le défaut d’empathie, c’est à dire la capacité de se mettre à la place de l’autre. Pour reconstruire l’empathie, il faut tout d’abord travailler à reconnaître et nommer ses propres émotions, afin d’être ensuite en capacité de les envisager chez l’autre.

La violence dans l’espace public se déploie souvent sur le terrain de réalités sociales difficiles. Par contre, la violence intrafamiliale, éducative ou intraprofessionnelle n’est pas critérisée dans les distinctions sociales. Ainsi, la violence peut émerger partout et tout le temps.

Sens des projets culturels pour la prévention de la violence

Un projet culturel qui ouvre des espaces d’expression de soi aux jeunes, que ce soit par l’image, le texte, la musique, etc, ne peut régler à lui seul les questions de violence, bien-sûr. Mais, coordonnés avec des projets sociaux et éducatifs, les projets culturels sont un puissant levier de prévention, car ils permettent de structurer sa propre expression, et donc enlèvent, un à un, les besoins de recours à la violence pour trouver son existence.

La vidéo, outil d’expression du XXIe Siècle

Mener des projets de création vidéo avec des jeunes, ce qui permet à la fois de donner des espaces à l’expression ainsi que de construire des projets de diffusion valorisants et structurants dans l’espace social, est une des pistes les plus efficaces aujourd’hui pour réussir des projets de démocratie culturelle.

Il est important que les jeunes soient accompagnés à créer leurs propres films, leurs propres représentations subjectives du monde, de façon sincère et ouverte. Ainsi, les projets de réalisation classiques de films répondent moins qu’avant à la réalité des problématiques de la jeunesse contemporaine. La démarche « Pocket Film », qui consiste en l’encadrement exigeant de la réalisation de films spontanés, avec les téléphones portables, est une méthode de créativité vivante, motivante pour les jeunes, et étonnamment qualitative en termes de productions.

Un modèle d’atelier pour 4 classes de collège

Quatre classes de collèges pourraient être concernées par ce projet. Chaque classe aura pour objectif de réaliser un film autour de la thématique des violences entre jeunes. Les films seront valorisés par une restitution, en fin de projet, dans un lieu culturel (idéalement salle de cinéma) de la ville. Les jeunes seront responsabilisés sur l’organisation de la restitution, afin de donner une finalité très concrète à leur travail.

Chaque classe sera accompagnée lors de 4 séances d’une demi-journée pour réaliser le film. Il y aura 2 séances supplémentaires pour organiser la restitution.

  • Première séance
    La méthode consiste à commencer non pas par l’écriture d’un scénario au sens classique (qui est discriminant) et difficile à mener en groupe, mais par la réalisation d’un film collectif, semi improvisé, dès la première séance, sur la thématique de la violence, qui sera visionné dans la foulée, et donne confiance à chacun.e dans sa capacité d’expression.
  • Deuxième séance
    La deuxième séance consiste en la création de 6 petites équipes dans le groupe classe, qui auront chacune la responsabilité de créer un film en autonomie, pendant la séance, sur la thématique de l’amour (c’est-à-dire l’inverse de la violence). Les films seront visionnés en fin de séance. Et, dans l’esprit de chacun, la confiance s’agrandit et les sujets à traiter se précisent.
  • Troisième séance
    La troisième séance commence par un brainstorming sur le sujet de la violence entre jeunes, et la conception collective, en appui sur ce qui a été inventé lors des deux premières séances, d’un film en 6 séquences, chaque équipe étant responsable d’une séquence. Des premières versions des séquences sont tournées, puis visionnées.
  • Quatrième séance
    Lors de cette séance, une deuxième version des séquences est tournée et visionnée. Les jeunes étant responsables de leur séquence sont motivés, du fait de leur responsabilisation. Puis une troisième version, finale, est tournée et visionnée.
  • Cinquième séance
    Le film est visionné en entier. En fonction des compétences de chacun.e, des rôles sont donnés pour l’organisation de la séance de restitution : communication, technique, médiation, accueil, etc. Des pistes de travail concrètes (et coordonnées avec les autres classes) sont données.
  • Sixième séance
    Peu de temps avant la séance, c’est un point, une répétition générale, qui est faite, afin de préparer l’investissement plein et entier de la valorisation des films.

La restitution aura été tellement préparée qu’elle rassemblera un grand nombre de personnes. Le fait de la partager entre 4 classes construit un lien précieux, par la découverte du travail des autres. C’est un espace privilégié de construction de l’empathie. Cette projection sera un moment très fort, très investi, à l’impact social indéniable.

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