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	<title>Beno&#238;t Labourdette production</title>
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	<description>Beno&#238;t Labourdette production est une agence d'ing&#233;nierie culturelle et de cr&#233;ation fond&#233;e et dirig&#233;e par Beno&#238;t Labourdette, cin&#233;aste, p&#233;dagogue, chercheur et consultant en innovation culturelle et strat&#233;gies num&#233;riques.
Depuis trente ans, nous concevons avec les collectivit&#233;s, les institutions culturelles, les &#233;coles, les entreprises, les structures du champ social et les lieux de soin des projets artistiques participatifs et num&#233;riques, des accompagnements, des expositions, des formations, des &#233;v&#233;nements, des films et des outils m&#233;tier. Le num&#233;rique est le c&#339;ur de notre expertise : des applications qui cr&#233;ent du lien entre les personnes et outillent la coop&#233;ration. La d&#233;mocratie culturelle est notre but : que chacune et chacun, &#224; commencer par la jeunesse, puisse prendre part &#224; la cr&#233;ation, &#224; la parole et aux choix culturels, jusque dans nos m&#233;thodes de travail. Notre singularit&#233; : les projets sont toujours pilot&#233;s par un regard d'artiste, nourri d'une culture psychologique attentive &#224; la qualit&#233; du lien entre les personnes, dont na&#238;t la qualit&#233; de la cr&#233;ation ; la pratique artistique et l'intelligence collective y servent de m&#233;thode commune ; et les projets sont document&#233;s pour devenir des ressources.
Outre le catalogue de nos comp&#233;tences, ce site web partage des ressources produites par Beno&#238;t Labourdette dans les domaines culturel, artistique, p&#233;dagogique, num&#233;rique et philosophique, ainsi qu'une s&#233;lection de ses films et cr&#233;ations artistiques.</description>
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		<title>Accompagner les politiques culturelles</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/agence/accompagner-les-politiques-culturelles</link>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Votre projet d'&#233;tablissement arrive &#224; &#233;ch&#233;ance ou ne correspond plus &#224; la r&#233;alit&#233; de votre activit&#233;. Votre collectivit&#233; repense sa politique culturelle, sa relation &#224; la jeunesse, ses dynamiques territoriales. Ou votre &#233;quipe traverse une transformation (fusion, changement de direction, baisse de financements, mutation num&#233;rique) qui demande d'&#234;tre pens&#233;e collectivement plut&#244;t que subie. C'est pour ces situations que l'agence con&#231;oit des accompagnements sur mesure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils produisent des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/agence/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_faire_appel_10_accompagner-133e8.jpg?1784320387' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Votre projet d'&#233;tablissement arrive &#224; &#233;ch&#233;ance ou ne correspond plus &#224; la r&#233;alit&#233; de votre activit&#233;. Votre collectivit&#233; repense sa politique culturelle, sa relation &#224; la jeunesse, ses dynamiques territoriales. Ou votre &#233;quipe traverse une transformation (fusion, changement de direction, baisse de financements, mutation num&#233;rique) qui demande d'&#234;tre pens&#233;e collectivement plut&#244;t que subie. C'est pour ces situations que l'agence con&#231;oit des accompagnements sur mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils produisent des documents structurants : projet d'&#233;tablissement, &#233;tat des lieux concert&#233;, livre blanc, r&#233;f&#233;rentiel. Leur solidit&#233; vient de la mani&#232;re dont ils s'&#233;laborent. Le diagnostic est construit avec vos &#233;quipes et non &#224; leur place ; les orientations sont formalis&#233;es et d&#233;fendables devant vos instances et vos financeurs, parce que celles et ceux qui devront les porter les ont r&#233;ellement &#233;crites. Il en reste souvent davantage que les documents eux-m&#234;mes : des m&#233;thodes de coop&#233;ration que votre organisation conserve apr&#232;s notre d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, l'intelligence collective est pratiqu&#233;e &#224; tous les niveaux (gouvernance, &#233;quipes, publics), et la cr&#233;ation artistique participative sert d'instrument pour faire circuler la parole l&#224; o&#249; les r&#233;unions classiques &#233;chouent. Beno&#238;t Labourdette con&#231;oit et conduit le processus, avec le regard d'un praticien de la culture plut&#244;t que celui d'un cabinet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques accompagnements r&#233;cents donnent la mesure de ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;tat des lieux concert&#233; de l'&#233;ducation aux images en Nouvelle-Aquitaine (ALCA, 2025-2026).&lt;/i&gt; Accompagnement m&#233;thodologique complet d'une concertation territoriale pour l'Agence Livre, Cin&#233;ma et Audiovisuel : conception de la d&#233;marche d'intelligence collective, d&#233;veloppement de la plateforme num&#233;rique collaborative, co-animation des consultations d'une vingtaine de professionnels pendant quatre mois, co-&#233;criture et co-&#233;dition d'une publication de huit chapitres, conception et co-animation de la journ&#233;e r&#233;gionale de restitution &#224; la M&#201;CA de Bordeaux. &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Lire le r&#233;cit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Projet national pour l'avenir de l'audiovisuel en biblioth&#232;que (minist&#232;re de la Culture, Images en Biblioth&#232;ques, CNC, 2024-2026).&lt;/i&gt; Participation au comit&#233; de pilotage de cette recherche-action nationale, o&#249; Beno&#238;t Labourdette a port&#233; la dimension politique de la d&#233;marche : conduite des auditions &#171; Politique culturelle &#187; aupr&#232;s des associations d'&#233;lus et des acteurs nationaux, restitution de leur synth&#232;se lors de la journ&#233;e nationale &#224; la BnF, et animation de l'atelier d'&#233;criture collective du plaidoyer &#224; destination des &#233;lus. &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX ou https:/projetnational-av-bib.fr tant que le r&#233;cit n'est pas publi&#233;'&gt;Lire le r&#233;cit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Le Livre Blanc de la d&#233;centralisation culturelle&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la recherche-action &#171; &#201;ducation aux images 2.1 &#187; en &#206;le-de-France&lt;/a&gt; ; les accompagnements et formations avec l'&lt;a href=&#034;https://www.observatoire-culture.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire des Politiques Culturelles&lt;/a&gt; ; les &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Rencontres nationales &#171; Cultures et politiques de la jeunesse &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Cr&#233;er des projets artistiques participatifs et des &#233;v&#233;nements</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/creer-des-projets-artistiques-participatifs-et-des-evenements</link>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vous voulez un projet ou un &#233;v&#233;nement qui associe r&#233;ellement ses publics au lieu de les convoquer en spectateurs : une cr&#233;ation partag&#233;e avec les habitants d'une ville, les visiteurs d'un mus&#233;e, les spectateurs d'une salle de cin&#233;ma, des jeunes, des publics dits difficiles ou emp&#234;ch&#233;s, des personnes accueillies dans des lieux de soin ou &#233;loign&#233;es des institutions culturelles. Peut-&#234;tre avez-vous d&#233;j&#224; essay&#233; de faire participer ces publics sans y parvenir : faire advenir cette participation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous voulez un projet ou un &#233;v&#233;nement qui associe r&#233;ellement ses publics au lieu de les convoquer en spectateurs : une cr&#233;ation partag&#233;e avec les habitants d'une ville, les visiteurs d'un mus&#233;e, les spectateurs d'une salle de cin&#233;ma, des jeunes, des publics dits difficiles ou emp&#234;ch&#233;s, des personnes accueillies dans des lieux de soin ou &#233;loign&#233;es des institutions culturelles. Peut-&#234;tre avez-vous d&#233;j&#224; essay&#233; de faire participer ces publics sans y parvenir : faire advenir cette participation l&#224; o&#249; les dispositifs classiques &#233;chouent est une expertise constitutive de l'agence. Il arrive aussi qu'on vienne nous voir pour renouveler un &#233;v&#233;nement existant dont le format s'est us&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet est con&#231;u, produit et r&#233;alis&#233; par l'agence, et la participation n'y est pas un suppl&#233;ment de communication : elle est le principe m&#234;me du dispositif. Sa tenue artistique en fait la puissance. Ces projets sont toujours con&#231;us et dirig&#233;s par le regard d'artiste de Beno&#238;t Labourdette, ce qui les distingue des dispositifs participatifs sans exigence de forme, dont les publics ne sont pas dupes. L'agence a invent&#233; des formats devenus des r&#233;f&#233;rences du secteur (le Festival Pocket Films avec le Forum des images, la F&#234;te du court m&#233;trage avec le CNC, le projet &#171; Par ma fen&#234;tre &#187; pendant le confinement) et travaille &#224; toutes les &#233;chelles, de l'atelier pour dix personnes &#224; la cr&#233;ation collective pour plusieurs centaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception et la direction artistique sont assur&#233;es par Beno&#238;t Labourdette ; la production et l'animation par les &#233;quipes de l'agence, dimensionn&#233;es selon le projet. Les projets men&#233;s dans le champ social, &#233;ducatif et du soin (sant&#233; mentale, handicap, protection de l'enfance) s'appuient sur des partenariats institutionnels durables et sur le dispositif &#171; Pocket Films Empathie &#187;, fond&#233; avec le psychanalyste Serge Tisseron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les projets r&#233;alis&#233;s : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le Festival Pocket Films&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;La F&#234;te du court m&#233;trage&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Par ma fen&#234;tre &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; M&#233;tamorphoses visio-corporelles &#187; au Louvre-Lens&lt;/a&gt;, action artistique participative co-port&#233;e avec de jeunes m&#233;diateurs de l'&#201;cole de la Deuxi&#232;me Chance ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; La machine &#224; voyager dans le futur &#187; avec Cultures du C&#339;ur&lt;/a&gt;, tourn&#233;e d'ateliers de cr&#233;ation num&#233;rique dans le champ social ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la mus&#233;ographie vivante du Silo&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; M&#233;moire du sport dans la Grande Guerre &#187;&lt;/a&gt;, cr&#233;ation participative d'une exposition photographique ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Filme Tout Court &#187; &#224; Villetaneuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Former les professionnels</title>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



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&lt;p&gt;Vos &#233;quipes ou votre r&#233;seau ont besoin de monter en comp&#233;tence sur un sujet o&#249; les savoirs th&#233;oriques ne suffisent pas : animer des ateliers de cr&#233;ation, accompagner les publics dans leurs pratiques num&#233;riques, comprendre et transmettre les droits culturels, int&#233;grer l'intelligence artificielle dans un m&#233;tier. Ce que vous cherchez alors, c'est une formation qui transforme les pratiques, pas une journ&#233;e d'information. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nos formations passent par le faire : les stagiaires vivent les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/agence/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_faire_appel_30_former-569eb.jpg?1784320388' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vos &#233;quipes ou votre r&#233;seau ont besoin de monter en comp&#233;tence sur un sujet o&#249; les savoirs th&#233;oriques ne suffisent pas : animer des ateliers de cr&#233;ation, accompagner les publics dans leurs pratiques num&#233;riques, comprendre et transmettre les droits culturels, int&#233;grer l'intelligence artificielle dans un m&#233;tier. Ce que vous cherchez alors, c'est une formation qui transforme les pratiques, pas une journ&#233;e d'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos formations passent par le faire : les stagiaires vivent les dispositifs avant d'apprendre &#224; les conduire, et c'est cette exp&#233;rience v&#233;cue qui change durablement leur rapport au sujet. Les participants repartent avec des outils concrets, reproductibles, qu'ils ont exp&#233;riment&#233;s eux-m&#234;mes pendant la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque formation est con&#231;ue avec le commanditaire, &#224; partir des situations r&#233;elles des participants. Beno&#238;t Labourdette forme des professionnels depuis trente ans (la F&#233;mis, universit&#233;s, CNFPT, r&#233;seaux professionnels, organismes de formation du secteur culturel) et co-construit r&#233;guli&#232;rement des stages avec les structures qui les portent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les formations con&#231;ues et anim&#233;es : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le stage &#171; Les outils, jeux et ateliers d'&#233;ducation &#224; l'image &#187;&lt;/a&gt; avec &lt;a href=&#034;https://imagesenbibliotheques.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Images en biblioth&#232;ques&lt;/a&gt; ; les ateliers &#171; D&#233;velopper le pouvoir d'agir &#187; dans la formation des organisateurs de groupes locaux droits culturels (d&#233;marche Paideia, &lt;a href=&#034;https://reseauculture21.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;seau culture 21&lt;/a&gt;) ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la formation &#171; Culture, jeunesse et num&#233;rique &#187;&lt;/a&gt; avec l'Observatoire des Politiques Culturelles ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Apprendre &#224; voir et &#224; entendre &#187;&lt;/a&gt; pour la DRAC et la DAAC des Pays de la Loire ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le stage &#171; L'Intelligence Artificielle et la cr&#233;ation &#187; pour des enseignants&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Animer l'intelligence collective et les dynamiques de coop&#233;ration</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/animer-l-intelligence-collective-et-les-dynamiques-de-cooperation</link>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vous r&#233;unissez r&#233;guli&#232;rement des professionnels et vous voulez que ces temps produisent autre chose que des comptes rendus. Vous devez construire une position commune sur un sujet qui divise ou qui d&#233;borde chacun : une mutation du m&#233;tier, une controverse, un projet partag&#233;. Vous souhaitez consulter un r&#233;seau, une profession, des publics, et que cette consultation aboutisse &#224; des propositions r&#233;elles. Ou vous voulez installer dans la dur&#233;e une dynamique de coop&#233;ration entre des acteurs qui se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous r&#233;unissez r&#233;guli&#232;rement des professionnels et vous voulez que ces temps produisent autre chose que des comptes rendus. Vous devez construire une position commune sur un sujet qui divise ou qui d&#233;borde chacun : une mutation du m&#233;tier, une controverse, un projet partag&#233;. Vous souhaitez consulter un r&#233;seau, une profession, des publics, et que cette consultation aboutisse &#224; des propositions r&#233;elles. Ou vous voulez installer dans la dur&#233;e une dynamique de coop&#233;ration entre des acteurs qui se connaissent mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, le crit&#232;re que nous nous donnons est le m&#234;me : ce qui a &#233;t&#233; produit doit continuer &#224; servir une fois le dispositif termin&#233;. Le processus aboutit &#224; une production formalis&#233;e (recommandations publiables, charte de pratiques, projet construit, synth&#232;se &#233;ditorialis&#233;e), et les participants en ressortent avec des m&#233;thodes qu'ils peuvent r&#233;employer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le livrable attendu qui dessine le dispositif, et non l'inverse. Nous alternons m&#233;thodes d'animation &#233;prouv&#233;es (ateliers tournants, forum ouvert, arpentage, controverses organis&#233;es, &#233;criture collective) et outils num&#233;riques d&#233;velopp&#233;s par l'agence, aujourd'hui d&#233;multipli&#233;s par l'intelligence artificielle, qui font travailler le groupe en temps r&#233;el et entre les s&#233;ances : plateformes de contribution, cartes mentales partag&#233;es, retranscription et &#233;ditorialisation imm&#233;diates de ce qui se dit et s'&#233;crit. Ces m&#233;thodes sont document&#233;es publiquement dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/rub_XXX'&gt;M&#233;thodes d'animation de l'intelligence collective&lt;/a&gt;, o&#249; vous pouvez les consulter avant de nous solliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois exemples r&#233;cents montrent la vari&#233;t&#233; des &#233;chelles et des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mus&#233;ographie vivante du Silo (Le M&#233;r&#233;villois, Essonne, 2026).&lt;/i&gt; Accompagnement m&#233;thodologique du projet de l'association Le Silo, install&#233;e dans un silo agricole de 1907 : plut&#244;t que de figer l'histoire du lieu dans un mus&#233;e classique, construire avec les habitants, les artistes et les institutions du territoire la forme qui en partagera l'exp&#233;rience. Cycle de s&#233;ances publiques de contribution, adoss&#233; &#224; une plateforme num&#233;rique d&#233;velopp&#233;e par l'agence, o&#249; chacun &#233;crit pendant et entre les s&#233;ances. &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Lire le r&#233;cit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un plaidoyer &#233;crit &#224; douze en une apr&#232;s-midi (BnF, 2026).&lt;/i&gt; Lors de la journ&#233;e nationale de restitution du Projet national pour l'avenir de l'audiovisuel en biblioth&#232;que, animation d'un atelier d'&#233;criture collective : en deux heures, une douzaine de professionnels ont produit le premier jet complet d'un plaidoyer &#224; destination des &#233;lus, mis en ligne et partag&#233; avec eux le soir m&#234;me. &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Lire le r&#233;cit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Concertation ALCA Nouvelle-Aquitaine (2025-2026).&lt;/i&gt; Vingt professionnels de l'&#233;ducation aux images mobilis&#233;s quatre mois durant, par l'articulation de s&#233;ances anim&#233;es et d'une plateforme d'&#233;criture contributive, jusqu'&#224; une publication commune de huit chapitres. &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Lire le r&#233;cit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le Comit&#233; de veille IA du Forum des images (2024-2025)&lt;/a&gt; et son webinaire de restitution ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le s&#233;minaire d'&#233;criture / cr&#233;ation &#171; droits culturels &#187;&lt;/a&gt;, en forum ouvert ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;l'accompagnement de la prise de parole des jeunes et des professionnels&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le brainstorming num&#233;rique g&#233;ant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Int&#233;grer l'intelligence artificielle</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/integrer-l-intelligence-artificielle</link>
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		<dc:date>2026-07-17T18:18:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'intelligence artificielle est entr&#233;e dans votre organisation sans y avoir &#233;t&#233; invit&#233;e : certains l'utilisent d&#233;j&#224;, d'autres la refusent, et aucune position commune n'existe. Vous devez d&#233;cider ce que votre structure en fait, en dit et en transmet, sans c&#233;der ni &#224; l'emballement ni &#224; la panique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accompagnement passe par la pratique. Vos &#233;quipes manipulent les outils au lieu d'&#233;couter un expos&#233;, et en ressortent capables d'usages professionnels r&#233;els et raisonn&#233;s. Sur cette base se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'intelligence artificielle est entr&#233;e dans votre organisation sans y avoir &#233;t&#233; invit&#233;e : certains l'utilisent d&#233;j&#224;, d'autres la refusent, et aucune position commune n'existe. Vous devez d&#233;cider ce que votre structure en fait, en dit et en transmet, sans c&#233;der ni &#224; l'emballement ni &#224; la panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accompagnement passe par la pratique. Vos &#233;quipes manipulent les outils au lieu d'&#233;couter un expos&#233;, et en ressortent capables d'usages professionnels r&#233;els et raisonn&#233;s. Sur cette base se construit collectivement une position institutionnelle : cadre d'usage, gouvernance, discours vers vos publics. Les structures qui le souhaitent peuvent prolonger ce travail par des dispositifs de cr&#233;ation et de m&#233;diation avec l'IA &#224; destination de leurs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beno&#238;t Labourdette con&#231;oit et r&#233;alise des projets avec les intelligences artificielles depuis leur &#233;mergence publique, en cr&#233;ation, en m&#233;diation et en production, et anime des comit&#233;s de veille sur leurs enjeux (cr&#233;ation, &#233;thique, m&#233;tiers, &#233;ducation). Cette double position, praticien et chercheur, permet de tenir ensemble l'efficacit&#233; des usages et la construction de l'esprit critique, qui sont trop souvent trait&#233;s s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail s'est d&#233;ploy&#233;, entre autres, dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le Comit&#233; d'experts europ&#233;ens sur l'intelligence artificielle, l'enseignement et la cr&#233;ation artistique&lt;/a&gt; de la &lt;a href=&#034;https://www.stiftung-genshagen.de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fondation Genshagen&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;le Comit&#233; de veille IA du Forum des images&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Cin&#233;mA.I &#187; au Studio 13-16 du Centre Pompidou&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;Tumo x IA - Voyages cr&#233;atifs au c&#339;ur de l'IA&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Fabriquer les r&#233;cits de la culture avec l'intelligence artificielle &#187;&lt;/a&gt;, journ&#233;e de formation pour un service culturel de collectivit&#233; ; et &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Intelligence artificielle et cr&#233;ation : enjeux et pratiques &#187;&lt;/a&gt;, livre publi&#233; avec l'UNESCO.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;aliser des plateformes web, des outils m&#233;tier et des films</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/realiser-des-plateformes-web-des-outils-metier-et-des-films</link>
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		<dc:date>2026-07-17T18:18:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vous avez besoin d'un outil num&#233;rique qui serve r&#233;ellement votre projet : une plateforme d'&#233;change entre vos publics ou vos membres, un espace de coop&#233;ration pour un r&#233;seau, un outil m&#233;tier adapt&#233; &#224; votre activit&#233;, une strat&#233;gie de patrimoine num&#233;rique pour vos archives et vos contenus. Ou vous avez besoin de films (documentaires, pr&#233;sentations d'institution, bandes annonces, captations &#233;ditorialis&#233;es, podcasts) qui &#233;chappent aux formats convenus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les outils et les films sont livr&#233;s cl&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous avez besoin d'un outil num&#233;rique qui serve r&#233;ellement votre projet : une plateforme d'&#233;change entre vos publics ou vos membres, un espace de coop&#233;ration pour un r&#233;seau, un outil m&#233;tier adapt&#233; &#224; votre activit&#233;, une strat&#233;gie de patrimoine num&#233;rique pour vos archives et vos contenus. Ou vous avez besoin de films (documentaires, pr&#233;sentations d'institution, bandes annonces, captations &#233;ditorialis&#233;es, podcasts) qui &#233;chappent aux formats convenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les outils et les films sont livr&#233;s cl&#233;s en main, mais ils sont con&#231;us en amont avec vous, comme des dispositifs au service de votre projet et non comme de simples objets techniques. Nos plateformes et outils m&#233;tier sont d&#233;velopp&#233;s en logiciels libres, h&#233;berg&#233;s de fa&#231;on souveraine, pens&#233;s pour durer, pour &#234;tre appropri&#233;s par vos &#233;quipes et pour &#233;voluer avec votre projet : le Festival Pocket Films a pu porter son ambition parce que son outil m&#233;tier a grandi avec lui pendant six ans, et c'est cette conception vivante des outils que l'agence pratique depuis. Nos films portent la m&#234;me exigence de coh&#233;rence entre le propos et la mani&#232;re : &#171; Droit &#224; la parole ! &#187;, documentaire sur l'organisation d&#233;mocratique d'une &#233;cole nouvelle (2026), a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; selon une m&#233;thode qui donne aux enfants une place d&#233;mocratique dans le film lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La particularit&#233; de l'agence est de r&#233;unir en son c&#339;ur la strat&#233;gie, la cr&#233;ation et la technique : le m&#234;me regard con&#231;oit le dispositif, en dessine les usages et en assure la r&#233;alisation. Trente ans de production audiovisuelle et vingt ans de d&#233;veloppement web permettent d'engager la responsabilit&#233; de l'agence de la conception &#224; la livraison, puis dans l'accompagnement des usages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les r&#233;alisations : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la plateforme &#171; Azimut &#187; pour la MPAA&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la plateforme collaborative de l'&#233;tat des lieux ALCA Nouvelle-Aquitaine&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la plateforme contributive du Silo&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;la plateforme &#171; Coll&#232;ge des m&#233;dias &#187; pour P&#233;rif&#233;&#233;ries&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Droit &#224; la parole ! &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;les films et podcasts pour la Fondation Afnic&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;les bandes annonces du Festival International de Films de Femmes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Animer des conf&#233;rences</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/animer-des-conferences</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/animer-des-conferences</guid>
		<dc:date>2026-07-17T18:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vous organisez une journ&#233;e d'&#233;tude, des rencontres professionnelles, un colloque, un s&#233;minaire interne, et vous cherchez une intervention qui nourrisse r&#233;ellement la r&#233;flexion de votre public, ancr&#233;e dans une pratique et non dans un discours de synth&#232;se. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque intervention est construite pour votre contexte et votre public, et pr&#233;par&#233;e avec vous : votre situation, les questions vives de votre public, ce que la journ&#233;e doit lui laisser. Elle s'appuie sur trente ans de pratique et sur un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/ingenierie-culturelle/" rel="directory"&gt;Faire appel &#224; l'agence&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous organisez une journ&#233;e d'&#233;tude, des rencontres professionnelles, un colloque, un s&#233;minaire interne, et vous cherchez une intervention qui nourrisse r&#233;ellement la r&#233;flexion de votre public, ancr&#233;e dans une pratique et non dans un discours de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque intervention est construite pour votre contexte et votre public, et pr&#233;par&#233;e avec vous : votre situation, les questions vives de votre public, ce que la journ&#233;e doit lui laisser. Elle s'appuie sur trente ans de pratique et sur un travail de recherche publi&#233; en continu (&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/rub_XXX'&gt;la recherche et l'innovation&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/rub_XXX'&gt;les ressources&lt;/a&gt;), dont le livre &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; D&#233;fendre la culture autrement : m&#233;thodes pour demain &#187;&lt;/a&gt; (2026). Et parce que tous ces cerveaux r&#233;unis peuvent produire davantage qu'une &#233;coute, les conf&#233;rences peuvent &#234;tre prolong&#233;es par des formats participatifs qui mettent la salle au travail. Les interventions se font en fran&#231;ais et en anglais, en France et &#224; l'international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques interventions r&#233;centes : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; La culture autrement : postures et m&#233;thodes pour demain &#187;&lt;/a&gt; pour le r&#233;seau Cultures du C&#339;ur ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Publics : comment le num&#233;rique redessine le rapport au spectacle vivant ? &#187;&lt;/a&gt; pour Chaillot Augment&#233; &#215; TMNlab ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; Sant&#233; mentale, jeunes, images : de quoi parle-t-on ? &#187;&lt;/a&gt; lors de rencontres professionnelles ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXX'&gt;&#171; EAC et droits culturels &#187;&lt;/a&gt; ; et les conf&#233;rences en vid&#233;o de la rubrique &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/rub_XXX'&gt;Conf&#233;rences&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le nom sur la porte close</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/le-nom-sur-la-porte-close</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/le-nom-sur-la-porte-close</guid>
		<dc:date>2026-07-16T23:16:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Pr&#233;sence</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Maison</dc:subject>
		<dc:subject>Vitesse</dc:subject>
		<dc:subject>Train</dc:subject>
		<dc:subject>T&#233;l&#233;phone</dc:subject>
		<dc:subject>Robot</dc:subject>
		<dc:subject>Magie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Mobilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Vide</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous existons de plus en plus en des lieux o&#249; notre corps n'est pas, des maisons secondaires qui portent notre nom aux robots qui prolongent le geste de leurs concepteur&#183;ices. Je propose de nommer pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e cette pr&#233;sence confi&#233;e &#224; des choses mat&#233;rielles qui la gardent pour nous, et j'en analyse la jouissance tr&#232;s ancienne, ainsi que l'asym&#233;trie qu'elle installe entre les personnes qui d&#233;posent et celles qui vivent autour des d&#233;p&#244;ts. &lt;br class='autobr' /&gt;
La maison de mes ami&#183;es, et la mienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/" rel="directory"&gt;Philosophie de la pr&#233;sence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/presence" rel="tag"&gt;Pr&#233;sence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/maison" rel="tag"&gt;Maison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/vitesse" rel="tag"&gt;Vitesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/train" rel="tag"&gt;Train&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/telephone" rel="tag"&gt;T&#233;l&#233;phone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/robot" rel="tag"&gt;Robot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/magie" rel="tag"&gt;Magie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/psychanalyse" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/mobilite" rel="tag"&gt;Mobilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/vide" rel="tag"&gt;Vide&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH84/2026_philosophie_nom_porte_close-53881.jpg?1784244257' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous existons de plus en plus en des lieux o&#249; notre corps n'est pas, des maisons secondaires qui portent notre nom aux robots qui prolongent le geste de leurs concepteur&#183;ices. Je propose de nommer &lt;i&gt;pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e&lt;/i&gt; cette pr&#233;sence confi&#233;e &#224; des choses mat&#233;rielles qui la gardent pour nous, et j'en analyse la jouissance tr&#232;s ancienne, ainsi que l'asym&#233;trie qu'elle installe entre les personnes qui d&#233;posent et celles qui vivent autour des d&#233;p&#244;ts.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La maison de mes ami&#183;es, et la mienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des ami&#183;es &#224; moi poss&#232;dent une maison &#224; Arles, tout pr&#232;s du centre ancien. Iels l'aiment, iels y font des travaux, et quand iels y sont, iels y sont pleinement, accueillant&#183;es, ouvert&#183;es sur la ville. Mais iels vivent &#224; Paris, et la maison reste ferm&#233;e la plus grande partie de l'ann&#233;e. L'autre jour, de passage alors qu'iels n'y &#233;taient pas, je suis pass&#233; devant chez elleux. Les volets &#233;taient clos, la rue &#233;tait silencieuse, et leur nom &#233;tait inscrit sur la porte. Iels n'&#233;taient pas l&#224;, et pourtant quelque chose d'elleux tenait ce lieu, l'occupait, au sens juridique du terme comme au sens affectif. Quand iels sont &#224; Paris, iels pensent &#224; cette maison, iels sont heureux&#183;ses de l'avoir, elle fait partie de leur vie. Leur pr&#233;sence y est r&#233;elle pour elleux, et invisible pour la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais m'arr&#234;ter &#224; cette sc&#232;ne et en faire le portrait d'un travers qui serait celui des autres. Ce serait malhonn&#234;te, parce que cette histoire est aussi la mienne. J'ai moi-m&#234;me poss&#233;d&#233; deux r&#233;sidences secondaires, et dans le village du Maine-et-Loire o&#249; se trouvait l'une d'elles, des ami&#183;es, de bon&#183;nes ami&#183;es que nous connaissions d'avant notre installation, nous reprochaient d'y venir si peu. Ce reproche pouvait sembler injuste, puisque ce lieu comptait beaucoup pour moi, je m'y identifiais, j'&#233;tais heureux de ma pr&#233;sence dans ce village. Mais elleux et moi ne parlions pas de la m&#234;me chose. Je vivais ma pr&#233;sence, iels recevaient mon absence. Les deux &#233;taient vrais en m&#234;me temps, et c'est ce paradoxe de perception, deux v&#233;cus exacts et incompatibles du m&#234;me lieu, que je voudrais penser ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des villes gard&#233;es par des absent&#183;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ai v&#233;cu &#224; l'&#233;chelle d'un village, des villes enti&#232;res le vivent &#224; l'&#233;chelle de leurs quartiers anciens. &#192; Saint-Malo, les r&#233;sidences secondaires et occasionnelles sont d&#233;sormais plus nombreuses, derri&#232;re les remparts, que les logements habit&#233;s &#224; l'ann&#233;e, et la population du centre historique a &#233;t&#233; divis&#233;e par cinq en quarante ans d'apr&#232;s les donn&#233;es de l'&lt;a href=&#034;https://www.insee.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Insee&lt;/a&gt;. &#192; Arles, des affiches coll&#233;es dans les rues &#224; l'&#233;t&#233; 2025 s'adressaient directement aux visiteur&#183;ses, &#171; Touriste, ton Airbnb augmente mon loyer &#187;. On retrouverait des situations comparables &#224; Venise, &#224; Lisbonne, &#224; Annecy, dans les villages du littoral comme dans ceux des montagnes, et en France environ un logement sur dix est une r&#233;sidence secondaire. Les exemples importent moins que la structure, qui est partout la m&#234;me. Des lieux d'une tr&#232;s forte charge symbolique sont habit&#233;s par intermittence, par des personnes sinc&#232;rement attach&#233;es &#224; eux, et cette somme d'attachements sinc&#232;res produit des rues closes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;ographe Mathis Stock a donn&#233; un cadre &#224; cette mutation dans &#171; L'hypoth&#232;se de l'habiter poly-topique &#187;, un article de 2006 publi&#233; dans la revue &lt;a href=&#034;https://www.espacestemps.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;EspacesTemps.net&lt;/a&gt;. Nous vivons selon lui dans des soci&#233;t&#233;s &#224; individus mobiles, o&#249; chacun&#183;e est devenu&#183;e l'habitant&#183;e temporaire de plusieurs lieux plut&#244;t que l'habitant&#183;e permanent&#183;e d'un seul, o&#249; la familiarit&#233; d'un lieu ne d&#233;pend plus de la distance mais de la fr&#233;quence des s&#233;jours, et o&#249; chacun&#183;e cherche pour chaque pratique le lieu qui lui convient, le travail ici, le repos l&#224;. Il r&#233;sume ce mode d'habiter d'une formule que je trouve tr&#232;s juste, &#171; s'impliquer ailleurs, se distancier chez soi &#187;. L'anthropologue Jean-Didier Urbain, dans &lt;i&gt;Paradis verts&lt;/i&gt; paru en 2002, avait d&#233;crit la m&#234;me figure par le terrain, celle du polygame r&#233;sidentiel, cet&#183;te habitant&#183;e qui entre ses lieux a choisi de ne pas choisir, et dont il dit que d&#233;sormais &#171; on ne migre plus, on se d&#233;double &#187;. Ce d&#233;doublement ne porte pas seulement sur nos d&#233;placements, il porte sur nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'espace est tu&#233; par le chemin de fer &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;doublement a des conditions mat&#233;rielles, et elles sont datables. Au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, aller de Paris en Provence demandait plusieurs jours de diligence, et on n'achetait pas une maison &#224; plusieurs jours de chez soi pour y passer des week-ends. Les gens habitaient l&#224; o&#249; iels &#233;taient. Le po&#232;te Heinrich Heine a saisi ce qui commen&#231;ait en 1843, au moment o&#249; s'ouvraient les lignes de chemin de fer de Paris vers Orl&#233;ans et vers Rouen. &#171; L'espace est tu&#233; par le chemin de fer &#187;, &#233;crit-il dans &lt;i&gt;Lut&#232;ce&lt;/i&gt;, &#171; et il ne nous reste plus que le temps. &#187; Il ajoutait qu'il croyait sentir les tilleuls d'Allemagne devant sa porte et la mer du Nord d&#233;ferler contre elle. L'historien Wolfgang Schivelbusch, dans son &lt;i&gt;Histoire des voyages en train&lt;/i&gt; parue en 1977, a montr&#233; que cette sensation d'an&#233;antissement de l'espace &#233;tait l'exp&#233;rience commune des contemporain&#183;es du rail, et que le train ne se contentait pas d'aller plus vite, il arrachait les lieux &#224; leur &#233;loignement, il les rendait disponibles pour la vie de gens qui vivaient ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire fran&#231;aise du rail ajoute &#224; ce tableau un paradoxe, qui corrige l'id&#233;e d'un progr&#232;s continu de la vitesse. Au tournant des ann&#233;es 1930, le r&#233;seau ferr&#233; fran&#231;ais comptait environ 63 000 kilom&#232;tres de lignes, dont plus de 20 000 kilom&#232;tres de lignes locales qui irriguaient les campagnes jusqu'aux plus petits bourgs. Il en reste aujourd'hui environ 28 000 kilom&#232;tres en service. L'apr&#232;s-guerre, le p&#233;trole bon march&#233; et le choix du tout-routier ont ferm&#233; plus de la moiti&#233; du r&#233;seau, la vitesse s'est concentr&#233;e sur 2 700 kilom&#232;tres de lignes &#224; grande vitesse, et pendant ce temps, faute d'entretien, des lignes classiques comme Paris-Orl&#233;ans ou Paris-Clermont ont vu s'imposer des ralentissements qui rendent certains trajets plus lents que leurs temps historiques, comme l'a document&#233; l'&#233;conomiste des transports Patricia P&#233;rennes. Le g&#233;ographe Donald Janelle avait propos&#233; d&#232;s 1969 les concepts de convergence et de divergence espace-temps pour d&#233;crire ce double mouvement. L'espace ne r&#233;tr&#233;cit pas uniform&#233;ment, il se plisse. Certains couples de lieux se rapprochent pendant que d'autres s'&#233;loignent, et la carte des pr&#233;sences d&#233;pos&#233;es suit tr&#232;s exactement ces plis, les maisons secondaires se concentrant l&#224; o&#249; la vitesse arrive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Op&#233;rer depuis New York une patiente de Strasbourg&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le train a raccourci le trajet des corps. Les t&#233;l&#233;communications ont fait autre chose, elles ont permis d'agir sans trajet. Avec le t&#233;l&#233;phone, puis le t&#233;l&#233;phone mobile, puis la visiophonie, on peut demander &#224; une personne de faire quelque chose pour nous pendant qu'elle le fait, la guider, corriger son geste, valider le r&#233;sultat. La main d'un&#183;e autre devient le prolongement de notre corps. Quiconque a guid&#233; par visio un parent dans un r&#233;glage d'ordinateur, ou suivi &#224; distance un chantier dans sa maison lointaine, a &#233;prouv&#233; cette exp&#233;rience &#233;trange d'avoir des mains &#224; sept cents kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;l&#233;gation du geste a une histoire, qui va tr&#232;s loin. Le 7 septembre 2001, le chirurgien Jacques Marescaux, install&#233; &#224; New York, a op&#233;r&#233; de la v&#233;sicule biliaire une patiente qui se trouvait &#224; Strasbourg, ses mouvements de mains &#233;tant transmis par liaison transatlantique aux bras d'un robot chirurgical. Cette op&#233;ration, dite op&#233;ration Lindbergh, a montr&#233; qu'un geste aussi engageant que le geste chirurgical pouvait &#234;tre accompli par un corps absent. Et l'&#233;tape suivante, celle o&#249; la machine agit seule, &#233;tait d&#233;j&#224; ancienne dans les esprits. D&#232;s 1898, Nikola Tesla pr&#233;sentait &#224; New York un petit bateau command&#233; par ondes radio, et imaginait des machines de guerre sans &#233;quipage. Pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, les &#233;tats-majors ont cherch&#233; &#224; retirer l'humain des machines volantes, avec l'Aerial Target radiocommand&#233; de l'ing&#233;nieur Archibald Low en 1916, la torpille a&#233;rienne de Sperry en 1917, le Kettering Bug de 1918, et en France les vols sans pilote du capitaine Max Boucher en 1917, suivis d&#233;but 1918 d'un programme d'&#171; avions sans pilotes &#187; lanc&#233; &#224; l'initiative de Clemenceau. Aucun de ces engins n'a &#233;t&#233; op&#233;rationnel, et c'est en partie par cette impossibilit&#233; technique que le pilote est rest&#233; un si&#232;cle dans l'avion militaire. Le drone contemporain accomplit tardivement ce programme initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette g&#233;n&#233;alogie &#233;claire ce qu'est un robot. On se le repr&#233;sente comme une machine autonome, un autre que nous qui agit &#224; notre place. Son histoire dit autre chose. Le robot na&#238;t de la commande &#224; distance, et il en est le prolongement port&#233; &#224; un degr&#233; tel que la distance semble s'&#234;tre annul&#233;e, alors qu'elle est devenue abyssale, au point qu'on ne la voit plus. Un robot dit autonome a &#233;t&#233; con&#231;u, fabriqu&#233;, entra&#238;n&#233; par des humain&#183;es, et quand il agit seul, c'est leur geste diff&#233;r&#233; qu'il accomplit, une pr&#233;sence humaine d&#233;pos&#233;e dans la machine, qui continue d'agir sans elleux. L'automate joueur d'&#233;checs construit en 1770 par Wolfgang von Kempelen, ce Turc m&#233;canique qui fascina l'Europe et qui dissimulait un joueur humain dans son socle, montrait d&#233;j&#224; la structure du d&#233;sir en jeu. On voulait tellement croire qu'une chose pouvait agir seule qu'on payait pour contempler une supercherie. La fascination pour le robot pr&#233;c&#232;de le robot.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bobine de bois et la loi de contigu&#239;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient cette fascination pour l'action d&#233;sincarn&#233;e, et pourquoi y prenons-nous un plaisir si vif ? Dans &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt;, paru en 1920, Freud d&#233;crit son petit-fils d'un an et demi jouant avec une bobine de bois attach&#233;e &#224; une ficelle. L'enfant jette la bobine hors de son lit &#224; rideaux en pronon&#231;ant un son qui veut dire &#171; parti &#187;, puis la ram&#232;ne &#224; lui avec un &#171; voil&#224; &#187; joyeux, et recommence inlassablement. Freud y lit la mani&#232;re dont l'enfant surmonte l'absence de sa m&#232;re, qu'il subit, en la rejouant sur un objet qu'il commande. Faire dispara&#238;tre et revenir &#224; volont&#233;, r&#233;gner sur la pr&#233;sence et l'absence au moyen d'une chose et d'un fil, procure une jouissance profonde parce que cette ma&#238;trise r&#233;pare la premi&#232;re impuissance de notre vie. Le t&#233;l&#233;phone qui fait surgir une voix, la maison lointaine qu'on rouvre quand on veut, le robot qu'on envoie et qu'on rappelle, prolongent la bobine de bois. Nos techniques d'action &#224; distance sont des fort-da d'adultes, et la jouissance qu'elles procurent est celle, tr&#232;s archa&#239;que, de commander &#224; l'absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur &lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la magie&lt;/i&gt;, parue en 1902-1903, Marcel Mauss et Henri Hubert montrent de leur c&#244;t&#233; que la magie repose sur des lois de sympathie, dont la loi de contigu&#239;t&#233;, selon laquelle les choses qui ont &#233;t&#233; une fois en contact restent unies &#224; distance, de sorte qu'agir sur l'une, c'est agir sur l'autre. Envo&#251;ter une personne par ses cheveux ou son v&#234;tement, c'est mobiliser ce lien. La magie est d'abord une technique d'action &#224; distance, et Freud lui-m&#234;me, dans &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; en 1913, la rattachait &#224; la toute-puissance des pens&#233;es. Nos technologies r&#233;alisent mat&#233;riellement le programme que la magie ne faisait que mettre en sc&#232;ne. Agir l&#224; o&#249; l'on n'est pas, faire ex&#233;cuter son geste par une main lointaine, rester li&#233;&#183;e &#224; une chose qu'on ne touche plus, tout cela rel&#232;ve d'un tr&#232;s vieux d&#233;sir humain que la technique a fini par exaucer, et c'est ce qui explique que nos machines gardent quelque chose d'enchant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je peux maintenant pr&#233;ciser le concept que je propose. J'appelle &lt;i&gt;pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e&lt;/i&gt; la pr&#233;sence qu'une personne confie &#224; une chose mat&#233;rielle durable, qui la garde et la manifeste en son absence. La maison secondaire en est le cas le plus visible, mais le d&#233;p&#244;t de pr&#233;sence est partout. Le bureau qui reste mon bureau la nuit, avec mes objets dessus. Le casier &#224; mon nom. La plaque du donateur ou de la donatrice sur le banc public. La tombe, qui est peut-&#234;tre la forme arch&#233;typale du d&#233;p&#244;t, un nom grav&#233; qui tient une place pour quelqu'un qui ne reviendra pas. Et le robot, on vient de le voir, qui garde et prolonge le geste de celles et ceux qui l'ont form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept s'articule &#224; deux notions que j'ai propos&#233;es pour d'autres r&#233;gimes de pr&#233;sence sans corps. J'ai appel&#233; pr&#233;sence fonctionnelle, dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-l-ere-numerique-et-de-l-intelligence-artificielle/la-presence-delicate-du-metaverse?lang=fr&#034;&gt;La pr&#233;sence d&#233;licate du m&#233;taverse&lt;/a&gt;, la pr&#233;sence que nous rendons effective par notre fonction sociale sans y porter notre corps, et j'ai analys&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/la-presence-vocale?lang=fr&#034;&gt;La pr&#233;sence vocale&lt;/a&gt; les pr&#233;sences que produit la voix s&#233;par&#233;e du corps. Ces pr&#233;sences-l&#224; sont port&#233;es par des flux, elles durent ce que dure la connexion. La pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e a une autre propri&#233;t&#233;, elle est port&#233;e par une chose qui demeure. La voix passe, la visioconf&#233;rence s'&#233;teint, la maison reste, et c'est ce qui lui donne sa puissance comme sa gravit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois traits me semblent la d&#233;finir. D'abord, elle fonctionne selon la loi de contigu&#239;t&#233; de Mauss. La maison que j'ai habit&#233;e, touch&#233;e, am&#233;nag&#233;e, reste unie &#224; moi, et le droit de propri&#233;t&#233; est au fond l'institutionnalisation juridique de ce lien magique, la garantie sociale que cette chose continue d'&#234;tre moi m&#234;me quand je n'y suis pas. Le nom sur la porte en est le sceau. Ensuite, elle est un acte entretenu et non une trace. Un lieu o&#249; j'ai seulement v&#233;cu autrefois garde de moi un souvenir, qui rel&#232;ve d'un autre r&#233;gime, passif et s&#233;diment&#233;. La pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e, elle, se maintient activement, par le titre de propri&#233;t&#233;, les imp&#244;ts pay&#233;s, les travaux, les pens&#233;es, les retours p&#233;riodiques, et elle se retire quand on cesse de l'entretenir. Enfin, elle pr&#233;sentifie, au sens que l'historien Louis Marin donnait au portrait du roi, qui ne repr&#233;sentait pas le monarque mais le faisait exister comme monarque, et que l'anthropologue Carlo Severi retrouve dans les statues rituelles qui ne figurent pas un esprit mais le convoquent. La maison au nom de mes ami&#183;es ne signale pas leur absence, elle les fait exister dans cette rue d'Arles, comme le portrait faisait exister le roi dans les mairies o&#249; il ne viendrait jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois traits expliquent le paradoxe de perception par lequel j'ai commenc&#233;. Pour celui ou celle qui d&#233;pose, la pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e est pleine, elle le ou la nourrit &#224; distance, elle &#233;largit son existence. Pour les personnes qui vivent autour du d&#233;p&#244;t, elle est une absence rendue permanente, entretenue, garantie par le droit, et manifest&#233;e chaque jour par des volets clos. Mes ami&#183;es du Maine-et-Loire ne recevaient pas une part de ma pr&#233;sence, iels recevaient mon absence institu&#233;e. Aucune meilleure communication entre nous n'aurait dissip&#233; ce d&#233;saccord, parce que l'asym&#233;trie est constitutive du d&#233;p&#244;t lui-m&#234;me, qui nourrit le&#183;la d&#233;posant&#183;e et impose le creux &#224; l'entourage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Celles et ceux qui d&#233;posent, celles et ceux qui gardent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors dire qui d&#233;pose, parce que tout le monde ne le peut pas. Le sociologue Vincent Kaufmann a propos&#233; le concept de motilit&#233; pour d&#233;signer le potentiel de mobilit&#233; d'une personne, fait d'acc&#232;s aux moyens de transport, de comp&#233;tences pour s'en servir et de capacit&#233; &#224; se projeter dans d'autres lieux, et il montre que ce potentiel est un capital, aussi in&#233;galement r&#233;parti que les autres. &#201;ric Le Breton, dans &lt;i&gt;Bouger pour s'en sortir&lt;/i&gt; paru en 2005, a enqu&#234;t&#233; sur celles et ceux qu'il appelle les insulaires, ces personnes durablement assign&#233;es &#224; des territoires &#233;troits, pour qui un d&#233;placement de quelques kilom&#232;tres est une &#233;preuve, et dont les rares mobilit&#233;s rel&#232;vent de l'astreinte plus que du choix. Les professionnel&#183;les du travail social connaissent ces enfants des quartiers nord de Marseille qui n'ont jamais vu la mer pourtant proche, ces habitant&#183;es de Seine-Saint-Denis qui ne sont jamais all&#233;&#183;es dans le Paris que le RER met &#224; un quart d'heure. Et l'on mesure ce que l'acc&#232;s &#224; la vitesse a de socialement structurant en montant dans un &lt;a href=&#034;https://www.ouigo.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouigo&lt;/a&gt;, ces TGV &#224; bas prix lanc&#233;s en 2013, dont le public ne ressemble ni &#224; celui des TGV classiques ni &#224; celui des TER, preuve en creux que le prix du billet triait les corps autoris&#233;s &#224; la grande vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e est donc aussi un rapport social. D'un c&#244;t&#233;, les personnes dont l'existence s'&#233;tend en plusieurs lieux, qui d&#233;posent leur pr&#233;sence ici et l&#224; et circulent entre leurs d&#233;p&#244;ts. De l'autre, celles qui sont assign&#233;es &#224; un seul lieu, et qui, lorsqu'elles habitent &#224; l'ann&#233;e une ville d&#233;sir&#233;e, se retrouvent de surcro&#238;t gardiennes des d&#233;p&#244;ts des premi&#232;res, vivant dans des rues dont les murs appartiennent &#224; des pr&#233;sences qui ne viennent pas, et dont les prix, tir&#233;s par la valeur de d&#233;p&#244;t des logements, finissent par les chasser elles-m&#234;mes. Les mesures que prennent les villes, plafonnement des locations touristiques, surtaxe des r&#233;sidences secondaires, agissent sur cette pression. Elles n'&#233;puisent pas la question, qui est celle d'une asym&#233;trie entre des vies &#224; plusieurs lieux et des vies &#224; lieu unique, les secondes portant le co&#251;t des premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; existons-nous ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les maisons vides ne sont que la partie visible de quelque chose de beaucoup plus vaste. Si une pr&#233;sence peut &#234;tre d&#233;pos&#233;e, alors il faut se demander o&#249;, en tout, nous existons. J'existe dans mon corps, ici et maintenant, mais j'existe aussi dans ma maison quand je n'y suis pas, dans mon bureau la nuit, dans les objets que j'ai dispos&#233;s, dans les textes qui parlent pour moi &#224; des inconnu&#183;es, dans les images de moi qui circulent, dans les machines que j'ai param&#233;tr&#233;es et dans les donn&#233;es que j'y ai laiss&#233;es. J'ai d&#233;velopp&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-creation-artistique/l-etre-et-l-image?lang=fr&#034;&gt;L'&#234;tre et l'image&lt;/a&gt; l'id&#233;e que les images que nous cr&#233;ons et partageons produisent en retour notre &#234;tre social, et une photo de profil fait pour chacun&#183;e de nous, modestement, ce que son portrait faisait pour le roi. La question &#171; o&#249; suis-je ? &#187; n'a plus une seule r&#233;ponse, et l'&#233;cart entre le lieu de mon corps et les lieux de mon existence me semble l'un des faits anthropologiques majeurs de notre &#233;poque, dont on peut suivre les manifestations dans le logement, dans le travail, dans les images, dans les machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se repr&#233;senter cet archipel devient alors n&#233;cessaire, dans le prolongement de ce que j'ai appel&#233; la &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/geographie-de-la-presence?lang=fr&#034;&gt;g&#233;ographie de la pr&#233;sence&lt;/a&gt;, cette cartographie mouvante de nos &#233;tats de pr&#233;sence. Chacun&#183;e de nous a d&#233;sormais une g&#233;ographie de ses d&#233;p&#244;ts, qu'iel conna&#238;t mal, dont iel ne mesure ni ce qu'elle lui donne ni ce qu'elle co&#251;te &#224; celles et ceux qui la gardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai plus de maison de campagne. Le village o&#249; j'avais d&#233;pos&#233; ma pr&#233;sence pendant des ann&#233;es est redevenu pour moi un lieu parmi d'autres, charg&#233; de souvenirs mais qui ne me tient plus, et cette exp&#233;rience du d&#233;p&#244;t lev&#233; m'a appris quelque chose que la possession me cachait. Ma pr&#233;sence l&#224;-bas n'&#233;tait pas dans les murs, elle &#233;tait dans le lien entretenu entre les murs et moi, et ce lien engageait, sans que je le voie vraiment, celles et ceux qui vivaient autour. Une pr&#233;sence d&#233;pos&#233;e n'est jamais d&#233;pos&#233;e dans une chose seulement, elle est d&#233;pos&#233;e chez les autres, qui la gardent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un sp&#233;cialiste dans la poche</title>
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		<dc:date>2026-07-16T16:45:47Z</dc:date>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chacun et chacune porte d&#233;sormais dans sa poche une machine qui r&#233;pond en sp&#233;cialiste de presque tout. De quoi peut-on encore &#234;tre sp&#233;cialiste ? Je propose ici une r&#233;ponse, le lien, et je la mets &#224; l'&#233;preuve de l'histoire de l'&#233;dition, depuis les r&#233;sistances &#224; l'imprimerie jusqu'aux abonnements num&#233;riques qui d&#233;font nos patrimoines. &lt;br class='autobr' /&gt;
La part du sp&#233;cialiste qui ne tient pas dans la poche &lt;br class='autobr' /&gt;
Un t&#233;l&#233;phone donne aujourd'hui acc&#232;s, en quelques secondes, &#224; un interlocuteur artificiel capable de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chacun et chacune porte d&#233;sormais dans sa poche une machine qui r&#233;pond en sp&#233;cialiste de presque tout. De quoi peut-on encore &#234;tre sp&#233;cialiste ? Je propose ici une r&#233;ponse, le lien, et je la mets &#224; l'&#233;preuve de l'histoire de l'&#233;dition, depuis les r&#233;sistances &#224; l'imprimerie jusqu'aux abonnements num&#233;riques qui d&#233;font nos patrimoines.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La part du sp&#233;cialiste qui ne tient pas dans la poche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un t&#233;l&#233;phone donne aujourd'hui acc&#232;s, en quelques secondes, &#224; un interlocuteur artificiel capable de r&#233;pondre en juriste, en cardiologue, en historien&#183;ne de l'art ou en ing&#233;nieur&#183;e du son, avec un niveau de pr&#233;cision qui d&#233;passe ce que la plupart des professionnel&#183;les de ces domaines peuvent restituer de m&#233;moire. La question se pose donc, et elle me travaille depuis plusieurs ann&#233;es : de quoi peut-on encore &#234;tre sp&#233;cialiste, quand n'importe qui a dans sa poche un sp&#233;cialiste de n'importe quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re r&#233;ponse consiste &#224; regarder ce que ces machines portent r&#233;ellement. Elles poss&#232;dent une &#233;rudition immense, c'est-&#224;-dire un stock d'&#233;nonc&#233;s et la capacit&#233; de les mettre en relation. Mais l'&#233;rudition n'a jamais suffi &#224; faire un sp&#233;cialiste, et c'&#233;tait d&#233;j&#224; vrai entre humains, puisque nous connaissons toutes et tous des personnes qui savent &#233;norm&#233;ment de choses sans penser par elles-m&#234;mes, et qui restent incapables de tirer parti de leur savoir dans les situations r&#233;elles de la vie. J'ai d&#233;velopp&#233; cette distinction entre cognition et intelligence dans l'article &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/la-recherche-et-l-innovation/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/intelligence-artificielle-travail-et-metiers?lang=fr&#034;&gt;Intelligence artificielle, travail et m&#233;tiers&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sociologues des sciences Harry Collins et Robert Evans ont donn&#233; &#224; cette intuition une assise que je trouve tr&#232;s solide dans &lt;i&gt;Rethinking Expertise&lt;/i&gt; (University of Chicago Press, 2007). Ils montrent que l'expertise r&#233;elle est un savoir tacite, c'est-&#224;-dire un savoir qui ne peut pas &#234;tre enti&#232;rement mis en mots, et qui ne s'acquiert que par immersion prolong&#233;e dans le collectif des praticien&#183;nes d'un domaine. On devient chirurgien&#183;ne en fr&#233;quentant des chirurgien&#183;nes, en op&#233;rant sous leur regard, en absorbant mille mani&#232;res de faire que personne n'a jamais &#233;crites, bien plus qu'en lisant des livres de chirurgie. Collins et Evans distinguent d'ailleurs deux formes d'expertise : l'expertise contributive, celle de qui pratique r&#233;ellement le domaine, et l'expertise interactionnelle, celle de qui en ma&#238;trise la langue sans en avoir la pratique, comme un sociologue qui a pass&#233; vingt ans avec des physiciens finit par parler physique de fa&#231;on cr&#233;dible sans savoir mener une exp&#233;rience. Cette distinction &#233;claire d'un jour nouveau les mod&#232;les de langage, qui sont une expertise interactionnelle pure, port&#233;e &#224; un degr&#233; jamais atteint, sans aucune expertise contributive. Harry Collins a lui-m&#234;me tir&#233; cette cons&#233;quence dans &lt;i&gt;Artifictional Intelligence&lt;/i&gt; (Polity, 2018), o&#249; il soutient que ces machines ne sont pas socialis&#233;es, qu'elles n'appartiennent &#224; aucune communaut&#233; de pratique, et que cette non-appartenance d&#233;finit leur limite bien plus que leur puissance de calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine met donc dans la poche l'&#233;rudition d'un domaine et sa langue. Restent hors de la poche l'appartenance &#224; un collectif de praticien&#183;nes, la pratique incarn&#233;e qui s'y transmet, et la responsabilit&#233; de ce qu'on avance devant des pairs et devant les personnes concern&#233;es. &#202;tre sp&#233;cialiste, &#224; l'heure o&#249; le stock de savoir est externalis&#233;, c'est peut-&#234;tre d'abord cela, appartenir &#224; une pratique et r&#233;pondre de ce qu'on y fait. S'y ajoute une comp&#233;tence qui devient centrale, savoir embrasser la globalit&#233; des syst&#232;mes, pour tirer parti d'un savoir sp&#233;cialis&#233; qui se trouve d&#233;sormais hors de notre cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le savoir qui n'est dans la t&#234;te de personne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re comp&#233;tence a &#233;t&#233; d&#233;crite avec une grande finesse par l'anthropologue cognitif Edwin Hutchins, dans un livre qui m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;couvert en France, &lt;i&gt;Cognition in the Wild&lt;/i&gt; (MIT Press, 1995). Hutchins a pass&#233; des mois &#224; bord d'un navire de la marine am&#233;ricaine pour observer comment une &#233;quipe de navigation calcule la position du bateau. Sa d&#233;couverte est que ce calcul n'est dans la t&#234;te de personne. Il est distribu&#233; entre plusieurs personnes, des instruments, des cartes, des proc&#233;dures, des paroles &#233;chang&#233;es selon des formes r&#233;gl&#233;es, et c'est ce syst&#232;me tout entier, humains et objets ensemble, qui pense. Aucun membre de l'&#233;quipe ne pourrait faire seul ce que le syst&#232;me fait, et le syst&#232;me continue de fonctionner alors m&#234;me que chacun de ses membres, pris isol&#233;ment, commet des erreurs. Hutchins en conclut que l'unit&#233; pertinente de la cognition n'est pas l'individu mais le syst&#232;me socio-technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conclusion rejoint ce que j'exp&#233;rimente depuis des ann&#233;es dans les contextes de cr&#233;ation partag&#233;e, et que j'ai formul&#233; notamment dans l'article &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/le-lien-qui-emancipe?lang=fr&#034;&gt;Le lien qui &#233;mancipe&lt;/a&gt; : la qualit&#233; de ce qu'un groupe produit, dans une cr&#233;ation artistique comme dans une d&#233;cision collective, d&#233;pend de la qualit&#233; du lien entre les personnes, avant toute consid&#233;ration de comp&#233;tence individuelle. Si l'on prend Hutchins au s&#233;rieux, ce constat n'a rien de sentimental. Si le savoir op&#233;rant vit dans le syst&#232;me des relations, alors la qualit&#233; du lien d&#233;termine la qualit&#233; du calcul que le collectif est capable de faire. Un groupe o&#249; la parole circule mal calcule mal, quelle que soit l'&#233;rudition de ses membres, et l'on peut y ajouter aujourd'hui toutes les machines qu'on voudra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant se garder d'un contresens que je vois se r&#233;pandre. Le lien n'est pas une discipline. Beaucoup de professionnel&#183;les de la facilitation et de l'intelligence collective croient que faciliter est une sp&#233;cialit&#233; en soi, avec ses m&#233;thodes dites participatives, ses formats, ses outils. Or ces m&#233;thodes, appliqu&#233;es comme des recettes, deviennent des formatages, qui produisent de la conformit&#233; l&#224; o&#249; ils pr&#233;tendent produire de l'expression, comme je l'ai analys&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-d-animation-de-l-intelligence-collective/s-autoriser-a-creer?lang=fr&#034;&gt;S'autoriser &#224; cr&#233;er&lt;/a&gt;. Le lien ne s'outille pas, il se soigne, et il se soigne depuis l'int&#233;rieur d'un contenu r&#233;el qu'on travaille ensemble. C'est pourquoi la qualit&#233; du lien ne fera jamais une discipline autonome, un m&#233;tier de plus dans la liste des m&#233;tiers, parce qu'elle est la condition transversale qui permet &#224; tous les autres savoirs, y compris ceux des machines, de produire quelque chose qui vaille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Sorbonne installe la premi&#232;re presse en 1470, le roi interdit d'imprimer en 1535&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour situer ce qui nous arrive, la comparaison avec l'imprimerie revient souvent, et je l'ai moi-m&#234;me mobilis&#233;e &#224; plusieurs reprises, notamment dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/l-intelligence-artificielle-outil-d-emancipation-dans-la-mediation?lang=fr&#034;&gt;L'intelligence artificielle, outil d'&#233;mancipation dans la m&#233;diation&lt;/a&gt;, pour montrer que les discours sur l'ab&#234;tissement des populations &#233;taient des discours de pouvoir. Je voudrais entrer ici dans le d&#233;tail de cette histoire, parce qu'elle est plus riche, et plus instructive, que le r&#233;cit convenu des copistes s'opposant &#224; Gutenberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imprimerie n'est pas entr&#233;e en France contre l'universit&#233;, elle y est entr&#233;e &#224; son invitation. En 1470, Jean Heynlin, prieur de la Sorbonne, et l'humaniste Guillaume Fichet font venir de Mayence trois imprimeurs, Ulrich Gering, Michael Friburger et Martin Crantz, qu'ils installent dans les murs m&#234;mes du coll&#232;ge pour y produire des textes classiques corrects, d&#233;barrass&#233;s des fautes accumul&#233;es par des g&#233;n&#233;rations de copies. Le premier livre imprim&#233; en France sort de cet atelier. L'institution qui contr&#244;lait depuis le Moyen &#194;ge la production du livre manuscrit &#224; Paris, par son r&#233;seau de libraires jur&#233;s soumis &#224; son autorit&#233;, a d'abord vu dans la presse un instrument &#224; son service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sistances existent, mais elles sont plus int&#233;ressantes que la caricature. Le b&#233;n&#233;dictin Jean Trith&#232;me, abb&#233; de Sponheim, r&#233;dige en 1492 un &lt;i&gt;De laude scriptorum&lt;/i&gt;, un &#233;loge des copistes, dans lequel il d&#233;fend le maintien des ateliers de copie monastiques. Son argument principal porte moins sur l'ab&#234;tissement que sur le support m&#234;me : l'imprim&#233; est chose de papier, &#233;crit-il, et le papier se consume en peu de temps, tandis que le copiste qui confie ses lettres au parchemin s'&#233;tend, avec ce qu'il &#233;crit, dans un temps lointain. Trith&#232;me s'inqui&#232;te de la durabilit&#233; du nouveau m&#233;dia, de la p&#233;rennit&#233; de la m&#233;moire qu'on lui confie. Et le plus savoureux est qu'il fait imprimer son &#233;loge des copistes &#224; Mayence en 1494, chez Peter von Friedberg, parce qu'il veut &#234;tre lu. &#192; Venise, le dominicain Filippo de Strata adresse au doge une supplique pour chasser les imprimeurs de la ville, avec une formule rest&#233;e c&#233;l&#232;bre : la plume est une vierge, la presse une prostitu&#233;e. Son inqui&#233;tude porte sur la qualit&#233; et sur la moralit&#233; de ce qui circule d&#233;sormais sans contr&#244;le, produit par des artisans &#233;trangers qui impriment n'importe quoi pourvu que cela se vende. Et l'humaniste v&#233;nitien Hieronimo Squarciafico &#233;crit d&#232;s 1477 que l'abondance des livres rend les hommes moins studieux, qu'elle d&#233;truit la m&#233;moire et affaiblit l'esprit en le d&#233;chargeant de trop de travail. Squarciafico est un cas remarquable, parce qu'il travaille lui-m&#234;me pour des imprimeurs. Il formule de l'int&#233;rieur du nouveau syst&#232;me l'inqui&#233;tude que ce syst&#232;me lui inspire, comme le font aujourd'hui bien des professionnel&#183;les de l'intelligence artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois voix disent trois inqui&#233;tudes que nous reconnaissons mot pour mot : la p&#233;rennit&#233; du support, la qualit&#233; de ce qui circule, l'affaiblissement cognitif par l'abondance. Aucune des trois n'a arr&#234;t&#233; quoi que ce soit, et ce qui s'est jou&#233; ensuite est d'un autre ordre. Les pouvoirs n'ont pas combattu la technique, ils se sont battus pour en capturer le contr&#244;le. En octobre 1534, l'affaire des Placards, des affiches protestantes contre la messe coll&#233;es jusque sur la porte de la chambre du roi, provoque une panique du pouvoir royal. Le 13 janvier 1535, Fran&#231;ois I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, ce roi qu'on surnomme le P&#232;re des lettres, signe des lettres patentes qui interdisent d'imprimer aucun livre dans le royaume, sous peine de la hart, c'est-&#224;-dire de pendaison. L'interdiction totale est si intenable qu'elle est lev&#233;e quelques semaines plus tard, fin f&#233;vrier, mais au profit d'un dispositif plus durable, une commission de censeurs nomm&#233;e par le Parlement de Paris, seule habilit&#233;e &#224; autoriser les impressions. La facult&#233; de th&#233;ologie de la Sorbonne, qui avait install&#233; la premi&#232;re presse fran&#231;aise dans ses murs soixante-cinq ans plus t&#244;t, examine d&#233;sormais les livres et publie ses premiers catalogues d'ouvrages interdits dans les ann&#233;es 1540. Et en d&#233;cembre 1537, l'ordonnance de Montpellier oblige tout imprimeur du royaume &#224; d&#233;poser un exemplaire de chaque livre &#224; la librairie du roi, l'anc&#234;tre de la &lt;a href=&#034;https://www.bnf.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biblioth&#232;que nationale de France&lt;/a&gt;. Ainsi na&#238;t le d&#233;p&#244;t l&#233;gal, un geste de contr&#244;le devenu, avec les si&#232;cles, notre plus grand instrument de patrimonialisation. Les historiens Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, dans &lt;i&gt;L'apparition du livre&lt;/i&gt; (Albin Michel, 1958), puis l'historienne am&#233;ricaine Elizabeth Eisenstein, dans &lt;i&gt;La r&#233;volution de l'imprim&#233;&lt;/i&gt; (traduction fran&#231;aise, La D&#233;couverte, 1991), ont document&#233; ce basculement. En quelques d&#233;cennies, la question n'est plus de savoir si l'on imprime, mais de savoir qui autorise et qui d&#233;tient les privil&#232;ges, ces monopoles d'exploitation accord&#233;s par le roi &#224; tel libraire sur tel texte. Le privil&#232;ge d'imprimerie est d'ailleurs l'anc&#234;tre direct de notre droit d'auteur, que la R&#233;volution fran&#231;aise instituera par les lois de 1791 et 1793 en transf&#233;rant le droit du libraire vers l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de cette histoire tient en une observation : les inqui&#233;tudes cognitives et morales occupent le devant de la sc&#232;ne, pendant que la bataille d&#233;cisive, juridique et commerciale, se joue sur le contr&#244;le des circuits. Il me semble que nous vivons la m&#234;me configuration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des professionnel&#183;les form&#233;&#183;es par ce qu'ils et elles doivent condamner&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'internet rejoue cette configuration, et j'en connais de pr&#232;s un &#233;pisode. Dans le cin&#233;ma et l'audiovisuel, une part importante des professionnel&#183;les d'aujourd'hui a construit sa culture cin&#233;matographique par le t&#233;l&#233;chargement ill&#233;gal, parce que les &#339;uvres qui les ont form&#233;&#183;es n'&#233;taient tout simplement pas disponibles autrement. Ces personnes apportent &#224; leurs m&#233;tiers une cin&#233;philie d'une ampleur que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, limit&#233;es &#224; ce que les salles et la t&#233;l&#233;vision voulaient bien montrer, ne pouvaient pas constituer. Et elles occupent une position impossible, puisqu'elles doivent d&#233;sormais condamner publiquement le piratage qui les a faites. J'ai analys&#233; les dimensions juridiques et &#233;conomiques de cette histoire, la licence globale vot&#233;e puis vid&#233;e de sa substance, la loi Hadopi &#233;crite au service des interm&#233;diaires plut&#244;t que des auteur&#183;rices, dans les articles &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/la-recherche-et-l-innovation/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-goutte-d-eau?lang=fr&#034;&gt;La goutte d'eau&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/politiques-culturelles-et-revolution-numerique/le-piratage-une-benediction-qui-s-ignore-pour-le-secteur-audiovisuel?lang=fr&#034;&gt;Le piratage, une b&#233;n&#233;diction qui s'ignore pour le secteur audiovisuel&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je veux ajouter ici concerne l'anthropologie de la comp&#233;tence. Michel de Certeau, dans &lt;i&gt;L'invention du quotidien&lt;/i&gt; (1980), d&#233;crivait la lecture comme un braconnage : les lecteurs et lectrices circulent sur les terres d'autrui, pr&#233;l&#232;vent, d&#233;tournent, se construisent avec des biens qui ne leur &#233;taient pas destin&#233;s. Cette image d&#233;crit avec justesse la formation de ces cin&#233;philes du t&#233;l&#233;chargement, et celle des millions de personnes qui ont appris leur m&#233;tier sur internet, par des tutoriels, des forums, des &#339;uvres copi&#233;es, des logiciels crack&#233;s. Le braconnage n'est pas la marge de la formation, il en est une voie majeure, parce que les apprentissages r&#233;els passent par des circuits que les institutions ne contr&#244;lent pas, et que les institutions requalifient volontiers apr&#232;s coup en d&#233;linquance ce qui &#233;tait de la formation. La comp&#233;tence de ces braconnier&#183;&#232;res ne venait d'ailleurs pas seulement des &#339;uvres consult&#233;es. Elle venait des communaut&#233;s qui se constituaient autour du partage, des forums o&#249; l'on discutait des films, des sous-titres traduits b&#233;n&#233;volement, de toute une sociabilit&#233; du savoir qui ressemble &#224; ce que Collins d&#233;crit comme le milieu r&#233;el de l'expertise. L&#224; encore, le lien faisait le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Un livre n'a besoin de rien pour exister &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question qui me pr&#233;occupe le plus, au fond, est celle de la d&#233;pendance. Un livre que j'ach&#232;te est &#224; moi. Il est dans ma biblioth&#232;que, je peux m'en servir quand je veux, le pr&#234;ter, l'annoter, le l&#233;guer. On me dira que je d&#233;pends tout de m&#234;me de mon habitat, et c'est vrai, si ma biblioth&#232;que br&#251;le je n'ai plus le livre. Mais un livre n'a besoin de rien pour exister. Il est analogique, il se lit &#224; l'&#339;il nu et traverse les si&#232;cles sans qu'aucune infrastructure ne le fasse fonctionner. Un fichier vid&#233;o, lui, a besoin d'un logiciel pour &#234;tre d&#233;cod&#233;, qui a besoin d'un syst&#232;me d'exploitation, qui a besoin d'une machine, qui a besoin d'&#233;lectricit&#233;. L'inqui&#233;tude de Trith&#232;me s'est r&#233;v&#233;l&#233;e infond&#233;e pour le papier, qui a travers&#233; les si&#232;cles, mais elle pointait une question juste, celle de la p&#233;rennit&#233; des supports, et le num&#233;rique la repose d'une fa&#231;on in&#233;dite, puisque pour la premi&#232;re fois la m&#233;moire enregistr&#233;e ne se lit plus sans machines. Vint Cerf, l'un des p&#232;res d'internet, a alert&#233; en 2015 sur ce qu'il appelle un possible &#226;ge sombre num&#233;rique, o&#249; des archives enti&#232;res de notre &#233;poque deviendraient illisibles, non parce que les fichiers auraient disparu, mais parce que les logiciels capables de les interpr&#233;ter n'existeraient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette d&#233;pendance technique s'ajoute une d&#233;pendance commerciale, qui est une construction juridique r&#233;cente et d&#233;lib&#233;r&#233;e. Les juristes am&#233;ricains Aaron Perzanowski et Jason Schultz l'ont document&#233;e dans &lt;i&gt;The End of Ownership&lt;/i&gt; (MIT Press, 2016), o&#249; ils montrent que, dans l'&#233;conomie num&#233;rique, nous n'achetons plus, nous acqu&#233;rons des licences, r&#233;vocables, conditionn&#233;es par des contrats que personne ne lit. Leur livre s'ouvre sur un &#233;pisode devenu embl&#233;matique. En 2009, &lt;a href=&#034;https://www.amazon.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Amazon&lt;/a&gt; a effac&#233; &#224; distance, sur les liseuses Kindle de ses client&#183;es, des exemplaires de &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; d'Orwell vendus par erreur, et des lecteur&#183;rices qui croyaient poss&#233;der leur livre ont d&#233;couvert qu'ils et elles n'en avaient qu'un droit d'acc&#232;s provisoire. La musique a suivi le m&#234;me chemin. On achetait des disques, on se constituait une discoth&#232;que, un patrimoine singulier qui disait qui l'on &#233;tait et qui pouvait se transmettre, tandis qu'avec les abonnements de streaming, tout ce que l'on a &#233;cout&#233; et aim&#233; pendant des ann&#233;es s'&#233;teint le jour o&#249; l'on cesse de payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les biblioth&#232;ques publiques fran&#231;aises vivent la m&#234;me mutation, et de fa&#231;on presque caricaturale. Dans le dispositif de pr&#234;t num&#233;rique en biblioth&#232;que, dit PNB, une biblioth&#232;que n'ach&#232;te pas les livres num&#233;riques qu'elle propose. Elle acquiert des licences, limit&#233;es dans le temps, six &#224; dix ans le plus souvent, et limit&#233;es en nombre de pr&#234;ts, compt&#233;s en jetons fix&#233;s par chaque &#233;diteur. Quand les jetons sont consomm&#233;s, ou quand la dur&#233;e expire, le livre dispara&#238;t du catalogue et il faut racheter la licence. Le &lt;a href=&#034;https://reseaucarel.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;seau Carel&lt;/a&gt;, qui n&#233;gocie les ressources num&#233;riques pour les biblioth&#232;ques, d&#233;crit sans fard ce syst&#232;me o&#249; l'usure du livre, qui &#233;tait une r&#233;alit&#233; physique, est reconstruite artificiellement par contrat. Les cons&#233;quences d&#233;passent le budget. Une biblioth&#232;que qui poss&#232;de ses livres construit un fonds, c'est-&#224;-dire une m&#233;moire singuli&#232;re, s&#233;diment&#233;e par des d&#233;cennies de choix, qui fait qu'aucune biblioth&#232;que ne ressemble &#224; une autre. Une biblioth&#232;que qui loue des licences ne s&#233;dimente rien, son offre est un flux, align&#233; sur les nouveaut&#233;s que les jetons rendent rentables, et sa singularit&#233; se dissout dans le catalogue standard que tout le monde loue aux m&#234;mes &#233;diteurs. La patrimonialisation, ce geste que l'ordonnance de 1537 avait institu&#233; pour l'imprim&#233;, est ce que le mod&#232;le de la licence rend impossible. La d&#233;pendance aux grandes industries ne rel&#232;ve donc pas seulement d'une souverainet&#233; abstraite, elle d&#233;truit concr&#232;tement la possibilit&#233; de constituer des patrimoines, personnels et publics, et avec eux la diversit&#233; des m&#233;moires. J'ai d&#233;velopp&#233; les dimensions mat&#233;rielles et g&#233;opolitiques de cette d&#233;pendance en m'appuyant sur &lt;i&gt;G&#233;opolitique du num&#233;rique&lt;/i&gt; d'Oph&#233;lie Coelho (&#201;ditions de l'Atelier, 2023) dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/la-recherche-et-l-innovation/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/ecologie-et-intelligence-artificielle?lang=fr&#034;&gt;&#201;cologie et Intelligence Artificielle&lt;/a&gt;, et sur &lt;i&gt;La servitude &#233;lectrique&lt;/i&gt; de G&#233;rard Dubey et Alain Gras (Seuil, 2021) dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/la-recherche-et-l-innovation/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/l-avenement-potentiel-d-un-meta-humain?lang=fr&#034;&gt;L'av&#232;nement potentiel d'un &#171; m&#233;ta-humain &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La toile d'araign&#233;e de Paul Baran&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait pas conclure de tout cela que la d&#233;pendance serait le mal et l'autonomie le bien, car la d&#233;pendance est notre condition ordinaire. Quiconque habite une ville d&#233;pend, pour manger chaque jour, d'une cha&#238;ne de syst&#232;mes interconnect&#233;s, cultures, transports, entrep&#244;ts, chambres froides, paiements &#233;lectroniques, dont chacun peut sembler tr&#232;s fragile, et cette d&#233;pendance ne scandalise personne parce qu'elle est ancienne et distribu&#233;e entre des milliers d'acteurs. Nous d&#233;pendons des livres, des biblioth&#232;ques, des coll&#232;gues, des &#233;diteur&#183;rices, de tout ce qui nous pr&#233;c&#232;de et nous entoure, et c'est m&#234;me la condition de toute pens&#233;e. La question n'est donc pas de d&#233;pendre ou non, mais de savoir quelle architecture ont nos d&#233;pendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'internet fournit ici un rep&#232;re pr&#233;cieux. Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, l'ing&#233;nieur Paul Baran, &#224; la &lt;a href=&#034;https://www.rand.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RAND Corporation&lt;/a&gt;, cherche comment un r&#233;seau de communication militaire pourrait survivre &#224; une attaque nucl&#233;aire. Sa r&#233;ponse, publi&#233;e en 1964 dans &lt;i&gt;On Distributed Communications&lt;/i&gt;, est une architecture : un r&#233;seau distribu&#233;, en toile d'araign&#233;e, sans centre, o&#249; chaque n&#339;ud est reli&#233; &#224; plusieurs autres et o&#249; l'information, d&#233;coup&#233;e en paquets, trouve son chemin m&#234;me quand des pans entiers du r&#233;seau sont d&#233;truits. Les concepteurs d'Arpanet, &#224; la fin de la d&#233;cennie, ont toujours dit que leur r&#233;seau n'avait pas &#233;t&#233; construit pour survivre &#224; une guerre nucl&#233;aire, et la l&#233;gende simplifie donc un peu les choses, mais ils ont repris les principes de Baran, et l'internet que nous utilisons a bien h&#233;rit&#233; de cette architecture distribu&#233;e, qui fait sa robustesse. Ce que Baran a formul&#233;, au fond, c'est qu'une d&#233;pendance distribu&#233;e est vivable et qu'une d&#233;pendance centralis&#233;e est une vuln&#233;rabilit&#233;. Or ce qui s'est construit ces vingt derni&#232;res ann&#233;es sur cette infrastructure distribu&#233;e, ce sont des services centralis&#233;s, une poign&#233;e de centres de donn&#233;es et de plateformes qui concentrent les catalogues du monde, c'est-&#224;-dire, du point de vue de l'architecture, le contraire de ce qui rendait le r&#233;seau robuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture me semble donner des pistes concr&#232;tes, pour les institutions comme pour chacun&#183;e. La premi&#232;re est de patrimonialiser d&#233;lib&#233;r&#233;ment : poss&#233;der des copies locales de ce qui compte, dans des formats ouverts, lisibles sans le logiciel d'un seul industriel, et, pour une institution, exiger l'achat p&#233;renne plut&#244;t que la licence chaque fois que c'est possible, en consid&#233;rant la conservation de ses donn&#233;es num&#233;riques avec le m&#234;me s&#233;rieux que celle de ses collections physiques. C'est le geste de 1537 &#224; r&#233;inventer, et je le pratique modestement &#224; mon &#233;chelle, en h&#233;bergeant mes propres contenus sur des outils libres dont je ma&#238;trise les donn&#233;es. La deuxi&#232;me piste est de choisir, quand on le peut, les d&#233;pendances distribu&#233;es contre les d&#233;pendances centralis&#233;es : les logiciels libres, les mod&#232;les d'intelligence artificielle ouverts qui fonctionnent sur des machines locales, les h&#233;bergements ma&#238;tris&#233;s, tout ce qui maintient une pluralit&#233; de chemins l&#224; o&#249; les plateformes construisent des points de passage oblig&#233;s. La troisi&#232;me est de rendre nos d&#233;pendances visibles, de les nommer, de faire r&#233;guli&#232;rement le point sur ce qu'on a d&#233;l&#233;gu&#233;, d&#233;marche que j'ai d&#233;taill&#233;e dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/la-recherche-et-l-innovation/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/compromission-consciente-avec-l-intelligence-artificielle?lang=fr&#034;&gt;Compromission consciente avec l'intelligence artificielle&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochaines ann&#233;es ajouteront &#224; ce paysage les robots humano&#239;des, qui externaliseront le geste apr&#232;s la m&#233;moire et le raisonnement, dans des corps volontairement anthropomorphes, et qui nous feront traverser cette vall&#233;e de l'&#233;trange collective que j'ai d&#233;crite dans &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/la-recherche-et-l-innovation/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/presence-des-petits-hommes-verts?lang=fr&#034;&gt;Pr&#233;sence des petits hommes verts&lt;/a&gt;. Nous aurons alors, non plus dans la poche mais en face de nous, des sp&#233;cialistes de presque tout, et la question que je pose ici se posera avec encore plus de force. Ma conviction est qu'elle appellera la m&#234;me r&#233;ponse. Ce qui restera proprement humain, c'est ce qui ne s'externalise pas parce que cela n'a jamais &#233;t&#233; dans un cerveau : la qualit&#233; du lien entre les personnes, dans laquelle le savoir devient op&#233;rant, et le soin des architectures, techniques, juridiques et patrimoniales, qui d&#233;cident si nos d&#233;pendances nous portent ou nous enferment. &#202;tre sp&#233;cialiste de quelque chose, demain, ce sera d'abord savoir prendre soin de ce lien et de ces architectures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Accompagner les jeunes sur ce qui les regarde</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/mettre-le-feminisme-en-pratique-dans-l-action-culturelle/accompagner-les-jeunes-sur-ce-qui-les-regarde</link>
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		<dc:date>2026-07-15T07:20:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Domination</dc:subject>
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		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
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		<dc:subject>Action culturelle</dc:subject>
		<dc:subject>Tabou</dc:subject>
		<dc:subject>Lien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les violences et les in&#233;galit&#233;s sont des effets. Leurs causes se logent en partie dans la repr&#233;sentation de soi construite dans l'intimit&#233;, l&#224; o&#249; la domination vient compenser le lien qu'on ne sait pas construire. Accompagner les jeunes sur ce terrain est un mon sens un travail essentiel du f&#233;minisme en action. Voici des mani&#232;res concr&#232;tes de le faire, des fa&#231;ons d'&#234;tre, d'accueillir et de parler. &lt;br class='autobr' /&gt;
La cause et l'effet &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, je participe &#224; des projets qui s'intitulent &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/mettre-le-feminisme-en-pratique-dans-l-action-culturelle/" rel="directory"&gt;Mettre le f&#233;minisme en pratique dans l'action culturelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/feminisme" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/domination" rel="tag"&gt;Domination&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/ecoute" rel="tag"&gt;&#201;coute&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/jeunes" rel="tag"&gt;Jeunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/sexualite-6" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intimite" rel="tag"&gt;Intimit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/violence" rel="tag"&gt;Violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/egalite" rel="tag"&gt;&#201;galit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/action-culturelle" rel="tag"&gt;Action culturelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/tabou" rel="tag"&gt;Tabou&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/lien" rel="tag"&gt;Lien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH84/2026_feminisme_ce_qui_les_regarde-80ea9.jpg?1784121551' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les violences et les in&#233;galit&#233;s sont des effets. Leurs causes se logent en partie dans la repr&#233;sentation de soi construite dans l'intimit&#233;, l&#224; o&#249; la domination vient compenser le lien qu'on ne sait pas construire. Accompagner les jeunes sur ce terrain est un mon sens un travail essentiel du f&#233;minisme en action. Voici des mani&#232;res concr&#232;tes de le faire, des fa&#231;ons d'&#234;tre, d'accueillir et de parler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La cause et l'effet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, je participe &#224; des projets qui s'intitulent &#171; pr&#233;vention de la violence &#187;, &#171; sensibilisation &#224; l'&#233;galit&#233; &#187;, &#171; lutte contre les st&#233;r&#233;otypes de genre &#187;. J'y ai souvent &#233;prouv&#233; un sentiment d'absurdit&#233; que j'ai mis du temps &#224; formuler. Ces dispositifs travaillent sur des effets en croyant travailler sur des causes. La violence n'est pas une cause, c'est un r&#233;sultat. L'in&#233;galit&#233; n'est pas une cause, c'est un r&#233;sultat. Quand on r&#233;unit des jeunes pour faire un film contre la violence ou un atelier sur l'&#233;galit&#233;, on s'adresse au sympt&#244;me, et on peut y passer des ann&#233;es sans toucher &#224; ce qui le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas qu'il ne faut pas travailler sur les effets. Nommer les violences, les rendre visibles, outiller les personnes qui les subissent, tout cela a sa n&#233;cessit&#233;. Mais confondre les effets avec les causes condamne &#224; recommencer sans fin, et cette confusion est massive dans les formations &#224; l'&#233;galit&#233; comme dans les projets de pr&#233;vention. On y parle des comportements &#224; corriger, presque jamais de ce qui les fabrique. Or ce qui les fabrique a un lieu, et ce lieu est celui-l&#224; m&#234;me dont les dispositifs &#233;ducatifs ne veulent pas entendre parler : la construction intime de la repr&#233;sentation de soi, dont la sexualit&#233; est l'un des principaux lieux de fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#224; o&#249; la domination vient remplacer le lien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La sexualit&#233; n'est pas seulement une affaire de corps et de plaisir, c'est un lieu symbolique o&#249; chacun&#183;e construit sa repr&#233;sentation de soi dans le lien &#224; l'autre. Et c'est dans cette construction que les rapports de domination peuvent s'ancrer. Il existe des personnes, des hommes le plus souvent, pour qui la sexualit&#233; v&#233;cue est pauvre, peu satisfaisante, y compris physiologiquement, mais qui y trouvent une satisfaction d'un autre ordre, narcissique, celle d'occuper la position dominante. Quand le lien manque, quand on ne sait pas le construire, quand personne ne nous a appris &#224; le conna&#238;tre, la domination vient &#224; sa place. Elle offre une assurance de substitution &#224; qui n'a pas les moyens de la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intuition, des travaux venus de plusieurs disciplines la fondent. bell hooks, dans &lt;i&gt;La Volont&#233; de changer&lt;/i&gt; (2004), montre que la masculinit&#233; patriarcale exige d'abord des hommes qu'ils amputent leur propre vie &#233;motionnelle, et que cette amputation les laisse sans acc&#232;s au lien ; faute de savoir aimer, ils cherchent le pouvoir, qui en est le substitut socialement valoris&#233;. La domination n'y appara&#238;t pas comme un trop-plein de force mais comme le sympt&#244;me d'un manque, ce qui rejoint ce que j'observe. Pierre Bourdieu, dans &lt;i&gt;La Domination masculine&lt;/i&gt; (1998), d&#233;crit une &lt;i&gt;libido dominandi&lt;/i&gt;, une &#233;rotisation de la position dominante elle-m&#234;me : l'acte sexuel y est socialement construit, pour les hommes, comme une forme de possession, si bien que la satisfaction se loge dans le rapport de pouvoir plus que dans la rencontre. Et l'anthropologue Maurice Godelier, dans &lt;i&gt;La Production des Grands Hommes&lt;/i&gt; (1982), a montr&#233; &#224; partir du peuple baruya de Nouvelle-Guin&#233;e que la domination masculine ne va jamais de soi : elle doit &#234;tre fabriqu&#233;e, par des institutions et des rituels qui organisent minutieusement la sexualit&#233;, sa repr&#233;sentation et ses interdits. Ce que l'ethnologie &#233;tablit l&#224; est d&#233;cisif pour nous : si la domination se fabrique dans l'organisation symbolique de la sexualit&#233;, c'est aussi l&#224; qu'elle peut se d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure alors ce que rate l'objection courante selon laquelle ces questions d'intimit&#233; seraient un sujet personnel, p&#233;riph&#233;rique, et non un vrai sujet du f&#233;minisme et de l'&#233;galit&#233;. C'est l'inverse. L'&#233;galit&#233; et la violence se jouent en surface ; leurs causes se nouent dans la repr&#233;sentation de soi au sein du lien, dont la sexualit&#233; est un espace central de leur construction. Ouvrir un espace o&#249; les jeunes peuvent travailler ce rapport-l&#224;, c'est travailler au c&#339;ur du sujet, au niveau des causes. Et parce que cet espace est tabou, tout y est fig&#233;, verrouill&#233;, valid&#233; en silence ; ce qui ne peut pas se parler ne peut pas se transformer. C'est une raison de plus d'y aller, pas une raison de s'en d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'abandon d&#233;guis&#233; en protection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur ce terrain, presque tous les discours &#233;ducatifs actuels parlent &#224; la place des jeunes. Ils d&#233;cident d'avance de ce qui est sain et de ce qui ab&#238;me, transmettent le verdict, et appellent cela prot&#233;ger. Paulo Freire l'a formul&#233; une fois pour toutes dans sa &lt;i&gt;P&#233;dagogie des opprim&#233;s&lt;/i&gt; (1968) : toute action men&#233;e pour des personnes sans elles, si g&#233;n&#233;reuse soit-elle, les traite en objets et reconduit la domination qu'elle pr&#233;tend combattre. Un&#183;e jeune &#224; qui l'on ass&#232;ne ce qu'il faut penser de sa propre intimit&#233; n'est pas prot&#233;g&#233;&#183;e, il ou elle est abandonn&#233;&#183;e, puisque la seule chose qui l'aiderait, un espace pour &#233;laborer ce qu'il ou elle vit, lui est retir&#233;e au moment m&#234;me o&#249; on pr&#233;tend la lui donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice Miller a consacr&#233; son &#339;uvre &#224; d&#233;crire ce m&#233;canisme, et sa pens&#233;e est plus nuanc&#233;e que l'usage qui en est souvent fait. Dans &lt;i&gt;C'est pour ton bien&lt;/i&gt; (1980, traduit en fran&#231;ais en 1984), elle analyse ce qu'elle nomme la p&#233;dagogie noire, une expression qu'elle reprend &#224; Katharina Rutschky : l'ensemble des violences &#233;ducatives exerc&#233;es sur les enfants au nom de leur bien. Sa th&#232;se n'est pas que la souffrance rend violent, ce qui serait un d&#233;terminisme sans issue. Sa th&#232;se est que c'est la souffrance ni&#233;e qui se retransmet : l'enfant &#224; qui l'on interdit de ressentir et de dire ce qu'on lui fait, qui doit m&#234;me en &#234;tre reconnaissant puisque c'est &#171; pour son bien &#187;, ne peut pas &#233;laborer cette exp&#233;rience, et ce qui ne peut pas &#234;tre &#233;labor&#233; se r&#233;p&#232;te, retourn&#233; contre soi ou contre d'autres. D'o&#249; l'importance que Miller accorde &#224; ce qu'elle appelle le t&#233;moin secourable, cette personne, parfois une seule dans toute une enfance, qui &#233;coute, qui valide le ressenti, qui atteste que ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu a bien &#233;t&#233; v&#233;cu. La pr&#233;sence d'un tel t&#233;moin suffit souvent &#224; interrompre la cha&#238;ne de r&#233;p&#233;tition. Olivier Maurel a prolong&#233; ce travail en France avec &lt;i&gt;La Fess&#233;e&lt;/i&gt; (2001), que Miller a pr&#233;fac&#233;, puis en fondant en 2005 l'&lt;a href=&#034;https://www.oveo.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire de la violence &#233;ducative ordinaire&lt;/a&gt;, dont l'apport propre est d'avoir montr&#233; &#224; quel point cette violence est naturalis&#233;e, au point que le m&#234;me geste s'appelle cruaut&#233; quand il vise un animal, agression quand il vise un adulte, et &#233;ducation quand il vise un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tour fonde ce que je propose. Si la violence na&#238;t de l'exp&#233;rience dont l'&#233;laboration a &#233;t&#233; interdite, alors l'&#233;coute n'est pas un suppl&#233;ment de gentillesse dans l'accompagnement des jeunes, elle est le m&#233;canisme exact par lequel la cha&#238;ne s'interrompt. L'adulte qui re&#231;oit la parole d'un&#183;e jeune sur son intimit&#233;, sans juger, occupe la fonction du t&#233;moin secourable. Et l'adulte qui la refuse, ou qui la retourne aussit&#244;t en le&#231;on de morale, reconduit la p&#233;dagogie noire sous sa forme contemporaine : le m&#233;pris de l'exp&#233;rience intime des jeunes, naturalis&#233; en &#171; protection &#187; comme la violence &#233;ducative fut naturalis&#233;e en &#171; &#233;ducation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La certitude de la m&#233;thode, pas l'expertise du sujet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il reste un obstacle, et c'est souvent lui qui paralyse les &#233;quipes : le sentiment de ne pas &#234;tre l&#233;gitime. Comment accompagner les jeunes sur la sexualit&#233;, les images intimes, le d&#233;sir, quand on n'est pas sp&#233;cialiste de ces questions ? Cette inqui&#233;tude repose sur une conception de la l&#233;gitimit&#233; qu'il faut d&#233;placer. Elle suppose que pour accompagner, il faudrait d&#233;tenir une connaissance encyclop&#233;dique du sujet, savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est sain et ce qui est risqu&#233;, dans toutes les situations. Personne ne d&#233;tient ce savoir, et surtout pas sur l'intimit&#233; d'autrui, qui est par d&#233;finition singuli&#232;re et situ&#233;e. Alors, faute de cette expertise impossible, on se rabat sur le normatif, on r&#233;cite des g&#233;n&#233;ralit&#233;s prudentes, on fait ce qu'on sent &#234;tre &#224; c&#244;t&#233;, et on le sent d'autant plus que les jeunes le sentent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;placement consiste &#224; fonder sa confiance ailleurs : non pas sur la connaissance du sujet, mais sur la certitude de la m&#233;thode. Jacques Ranci&#232;re, dans &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt; (1987), a montr&#233; qu'on peut enseigner ce qu'on ignore, &#224; condition de poser l'&#233;galit&#233; des intelligences comme point de d&#233;part et non comme horizon. La m&#234;me logique vaut ici. Je n'ai pas besoin de savoir ce que vit ce&#183;tte jeune ni ce qu'il ou elle devrait en penser, et je n'ai pas &#224; le savoir, puisque c'est lui ou elle qui d&#233;tient ce savoir. Ce que je peux savoir avec certitude, parce que l'exp&#233;rience et les travaux que je viens de citer le confirment, c'est que la m&#233;thode de l'&#233;coute &#233;mancipe : qu'un espace o&#249; la parole peut se former sans &#234;tre jug&#233;e permet aux personnes d'&#233;laborer ce qu'elles vivent, et que cette &#233;laboration est ce qui transforme. L'&#233;ducateur&#183;rice qui tient cette certitude m&#233;thodologique n'a plus besoin de faire semblant de savoir. Sa position devient tenable, honn&#234;te, et solide, parce qu'elle ne repose plus sur un savoir qu'il ou elle n'a pas. C'est la diff&#233;rence que je fais depuis longtemps entre aider et prendre en charge : aider, c'est rendre possible que la personne pense par elle-m&#234;me ; prendre en charge, c'est penser &#224; sa place. On ne prend jamais l'intimit&#233; de quelqu'un en charge sans la lui confisquer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des fa&#231;ons de faire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici, concr&#232;tement, ce que cette m&#233;thode demande. Ce ne sont pas des recettes &#224; appliquer m&#233;caniquement, ce sont des gestes que j'ai &#233;prouv&#233;s, &#224; mobiliser selon les situations, et dont chacun demande un travail sur soi plus que des moyens mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;couter avant de parler.&lt;/strong&gt; J'ai d&#233;crit dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/l-ecoute-et-le-silence?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'article &#171; L'&#233;coute et le silence &#187;&lt;/a&gt; l'injonction paradoxale qui structure une classe par exemple : on exige des &#233;l&#232;ves le silence, puis on exige qu'ils parlent, et l'on obtient mal l'un et l'autre parce que l'&#233;coute ne se commande pas, elle s'installe. La voie que je propose inverse l'ordre : c'est l'adulte qui &#233;coute d'abord, pour de bon, sans prendre pour lui le bruit du groupe, et cette &#233;coute fonde un principe d'interaction que le groupe reprend &#224; son compte. Sur l'intimit&#233;, cet ordre est encore plus d&#233;cisif. Un espace o&#249; l'on pourra parler de ce qui touche ne peut pas s'ouvrir par un discours, il s'ouvre par une qualit&#233; d'attention dont les jeunes font l'exp&#233;rience avant qu'on leur demande quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Passer par un tiers, ne jamais demander l'intime en face &#224; face.&lt;/strong&gt; On ne dit pas &#224; un&#183;e jeune &#171; parle-moi de ta sexualit&#233; &#187;, pas plus qu'on ne demande &#224; quelqu'un ses traumatismes au d&#233;tour d'un couloir. La parole sur l'intime a besoin d'un objet entre les personnes, un film &#224; fabriquer, une photo, un personnage, une fiction, une cr&#233;ation sonore, sur lequel les projections peuvent se d&#233;poser sans que personne soit expos&#233; frontalement. C'est ce que je nomme &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/le-tiers-symbolique-un-outil-pour-relier?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le tiers symbolique&lt;/a&gt; : l'objet tiers permet une relation entre deux sujets, l&#224; o&#249; le face-&#224;-face installe une relation duelle satur&#233;e de projections. Une &#233;tudiante me l'a dit un jour avec une justesse parfaite, &#224; propos d'&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-d-animation-de-l-intelligence-collective/le-secret-partage?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un dispositif de chuchotements&lt;/a&gt; que j'avais improvis&#233; : &#171; j'ai besoin d'une excuse pour entrer dans l'intimit&#233; avec l'autre &#187;. La m&#233;thode fournit cette excuse, ce cadre qui autorise ce que la vie sociale ordinaire interdit. Et elle laisse &#224; chacun&#183;e la ma&#238;trise du curseur : dans une fiction, on parle de soi autant qu'on le d&#233;cide, puisque c'est le personnage qui parle. Personne n'a &#224; savoir quelle part est la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;voir la honte, lui pr&#233;parer des sorties.&lt;/strong&gt; La sexualit&#233; est, dans notre culture, satur&#233;e de honte, et la honte est l'&#233;motion qui emp&#234;che de parler : Boris Cyrulnik l'a montr&#233;, le honteux voudrait &#234;tre entendu et ne peut pas prendre le risque de l'&#234;tre. J'ai d&#233;taill&#233; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/la-honte-emotion-invisible-du-spectateur-adolescent?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dans cet article&lt;/a&gt;, &#224; propos des adolescent&#183;es spectateur&#183;rices, ce que cette &#233;motion fait aux &#233;changes collectifs et comment travailler avec elle. Les gestes valent tels quels ici : des formulations qui autorisent sans d&#233;signer (&#171; il y a peut-&#234;tre des choses difficiles &#224; dire, c'est normal &#187;), des temps en bin&#244;mes plut&#244;t qu'en grand groupe, une trace &#233;crite ou dessin&#233;e qui permet de d&#233;poser sans se montrer, un droit au silence donn&#233; explicitement, et ce que j'appelle la douceur empathique, qui consiste &#224; se mettre &#224; la place de qui va recevoir chaque phrase avant de la prononcer. Un rep&#232;re de lecture, enfin. Un groupe silencieux quand le sujet de l'intime approche n'est pas un groupe que le sujet n'int&#233;resse pas, c'est le plus souvent un groupe que le sujet touche. Le silence est une donn&#233;e de travail, pas un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poser un cadre qui prot&#232;ge, de l'int&#233;rieur de la relation.&lt;/strong&gt; La parole sur l'intime a besoin de r&#232;gles explicites, dites &#224; voix haute : ce qui se dit ici n'en sortira pas, personne n'est oblig&#233; de rien, on peut participer &#224; toute l'activit&#233; sans jamais rien livrer de personnel. Ce cadre ne prot&#232;ge pas seulement les jeunes, il prot&#232;ge aussi les adultes, &#224; qui il donne une contenance claire face &#224; ce qui pourrait les d&#233;border. Et il se pose de l'int&#233;rieur de la relation, pas en surplomb. Une &#233;ducatrice &#224; qui des jeunes envoyaient des images intimes non sollicit&#233;es a trouv&#233; la formulation juste : &#171; je ne regarderai pas tes stories, mais ce que tu m'envoies directement, j'en tiens compte &#187;. Elle nomme les contours de la relation sans juger le geste, et &#224; l'int&#233;rieur de ces contours elle reste pleinement pr&#233;sente. C'est toute la diff&#233;rence entre un cadre et un verdict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'engager soi-m&#234;me.&lt;/strong&gt; bell hooks, qui a enseign&#233; toute sa vie &#224; des &#233;tudiant&#183;es marqu&#233;&#183;es par les dominations, en avait fait un principe : ne jamais demander aux personnes des risques qu'on ne prend pas soi-m&#234;me (&lt;i&gt;Apprendre &#224; transgresser&lt;/i&gt;, 1994). Si je propose &#224; un groupe une activit&#233; qui touche &#224; l'intime, j'y participe, et ma production passe sous le m&#234;me regard collectif que les autres. Si une parole personnelle est appel&#233;e, je peux dire la mienne, situ&#233;e, dat&#233;e, pr&#233;sent&#233;e comme celle d'une personne pr&#233;cise et non comme la v&#233;rit&#233; : &#171; moi, &#224; votre &#226;ge, voil&#224; ce qui me troublait &#187;. Cet engagement n'abolit pas ma position d'adulte, il la rend habitable. Il montre que la vuln&#233;rabilit&#233; n'est pas ce qu'on exige des autres, c'est ce qu'on partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne pas viser l'aveu.&lt;/strong&gt; C'est le garde-fou qui emp&#234;che tous les gestes pr&#233;c&#233;dents de basculer dans leur contraire. L'objectif n'est jamais de faire parler les jeunes de leur intimit&#233;, il est de rendre cette parole possible. La diff&#233;rence est celle qui s&#233;pare un espace d'une extraction. Un dispositif r&#233;ussi n'est pas celui o&#249; tout le monde s'est confi&#233;, c'est celui dont chacun&#183;e sort en sachant qu'il existe des adultes capables de recevoir ce genre de choses, et que le jour o&#249; il ou elle en aura besoin, l'espace sera l&#224;. Certains des effets les plus profonds de ce travail sont invisibles et diff&#233;r&#233;s. Vouloir des confidences comme preuves d'efficacit&#233;, c'est reconstituer une pression, c'est-&#224;-dire une domination, avec les outils m&#234;mes qu'on avait forg&#233;s contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;minisme en pratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Travailler l'&#233;galit&#233; et pr&#233;venir les violences, si l'on veut le faire au niveau des causes et pas seulement des effets, c'est ouvrir aux jeunes des espaces o&#249; leur repr&#233;sentation d'elles-m&#234;mes et d'eux-m&#234;mes dans le lien peut s'&#233;laborer, se dire, se transformer, au lieu de se figer en silence dans le tabou. C'est un travail modeste en apparence, fait de salles pr&#233;par&#233;es, de bin&#244;mes, de fictions, de silences respect&#233;s, de phrases pes&#233;es. Il ne produit pas de livrables spectaculaires. Mais c'est lui qui touche &#224; l'endroit o&#249; la domination s'installe quand personne n'accompagne, et c'est pour cela qu'il appartient de plein droit au f&#233;minisme en action culturelle, non comme un sujet annexe qu'on aborderait si le temps le permet, mais comme son c&#339;ur. Les &#233;ducateur&#183;rices n'ont pas besoin d'&#234;tre des expert&#183;es de la sexualit&#233; pour le mener. Ils et elles ont besoin d'une m&#233;thode dont la solidit&#233; est &#233;tablie, l'&#233;coute, le tiers, le cadre, l'engagement, et de la confiance que cette solidit&#233; leur donne le droit d'avoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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