<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.benoitlabourdette.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Beno&#238;t Labourdette production</title>
	<link>https://www.benoitlabourdette.com/</link>
	<description>Beno&#238;t Labourdette production est une agence d'ing&#233;nierie culturelle et de cr&#233;ation fond&#233;e et dirig&#233;e par Beno&#238;t Labourdette, cin&#233;aste, p&#233;dagogue, chercheur et consultant en innovation culturelle et strat&#233;gies num&#233;riques.
Depuis trente ans, nous concevons avec les collectivit&#233;s, les institutions culturelles, les &#233;coles, les entreprises, les structures du champ social et les lieux de soin des projets artistiques participatifs et num&#233;riques, des accompagnements, des expositions, des formations, des &#233;v&#233;nements, des films et des outils m&#233;tier, ainsi que des conf&#233;rences, sur des sujets qui vont des publics et de la jeunesse &#224; l'intelligence artificielle. Le d&#233;veloppement d'outils num&#233;riques est au c&#339;ur de notre pratique, comme instrument d'intelligence collective : des applications sur mesure, souveraines et p&#233;rennes, qui cr&#233;ent du lien entre les personnes, outillent la coop&#233;ration et laissent des traces qui font patrimoine. La d&#233;mocratie culturelle est notre but : que chacune et chacun, &#224; commencer par la jeunesse, puisse prendre part &#224; la cr&#233;ation, &#224; la parole et aux choix culturels, jusque dans nos m&#233;thodes de travail. Notre singularit&#233; : les projets sont toujours pilot&#233;s par un regard d'artiste, appuy&#233; sur une connaissance s&#233;rieuse des dynamiques psychiques &#8212; le parcours de chaque participant est pris en compte, et la qualit&#233; du lien entre les personnes y est tenue pour la source de la qualit&#233; de la cr&#233;ation. La pratique artistique, le num&#233;rique et l'intelligence collective servent de m&#233;thode commune. Et chaque mission porte en elle une pratique de recherche partag&#233;e : au c&#339;ur du projet, on documente, on analyse, on r&#233;fl&#233;chit ensemble &#224; ce qui se vit, et ces traces restent aux &#233;quipes et aux participants, avant de devenir des ressources pour d'autres.
Ce site web met en partage l'offre de l'agence, les r&#233;cits de nos actions, les ressources m&#233;thodologiques et intellectuelles issues de cette recherche, ainsi qu'une s&#233;lection des films et cr&#233;ations artistiques de Beno&#238;t Labourdette.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.benoitlabourdette.com/spip.php?page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>La friche relationnelle</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-du-soin-et-du-collectif/la-friche-relationnelle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-du-soin-et-du-collectif/la-friche-relationnelle</guid>
		<dc:date>2026-09-09T15:26:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Lien</dc:subject>
		<dc:subject>Rencontre</dc:subject>
		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Coop&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Confiance</dc:subject>
		<dc:subject>Solitude</dc:subject>
		<dc:subject>Peur</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;ritage</dc:subject>
		<dc:subject>Famille</dc:subject>
		<dc:subject>Privil&#232;ge</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Serge Tisseron</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Relation</dc:subject>
		<dc:subject>Soin</dc:subject>
		<dc:subject>Collectif</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partout, on organise avec soin la copr&#233;sence, &#224; l'&#233;cole, au travail, dans les colloques, dans le m&#233;tro, et le lien, lui, se fait &#224; la pause et dans les couloirs, quand il se fait. J'appelle &#171; friche relationnelle &#187; ces liens possibles, entre des personnes d&#233;j&#224; r&#233;unies, que personne n'a la charge de cultiver. Nous avons une culture tr&#232;s &#233;labor&#233;e du non-lien, et aucune du lien ; ce qui nous retient, &#224; mon sens, est une peur de l'abondance, dont des psychologues ont montr&#233; qu'elle nous trompe. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-du-soin-et-du-collectif/" rel="directory"&gt;Philosophie du soin et du collectif&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/lien" rel="tag"&gt;Lien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/rencontre" rel="tag"&gt;Rencontre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/amitie" rel="tag"&gt;Amiti&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/cooperation" rel="tag"&gt;Coop&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/confiance" rel="tag"&gt;Confiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/peur" rel="tag"&gt;Peur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/heritage" rel="tag"&gt;H&#233;ritage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/famille" rel="tag"&gt;Famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/privilege" rel="tag"&gt;Privil&#232;ge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pierre-bourdieu" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/serge-tisseron" rel="tag"&gt;Serge Tisseron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/sociologie" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/relation" rel="tag"&gt;Relation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/soin" rel="tag"&gt;Soin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/collectif" rel="tag"&gt;Collectif&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH112/2026_philosophie_la_friche_relationnelle-c2a8d.jpg?1788968007' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Partout, on organise avec soin la copr&#233;sence, &#224; l'&#233;cole, au travail, dans les colloques, dans le m&#233;tro, et le lien, lui, se fait &#224; la pause et dans les couloirs, quand il se fait. J'appelle &#171; friche relationnelle &#187; ces liens possibles, entre des personnes d&#233;j&#224; r&#233;unies, que personne n'a la charge de cultiver. Nous avons une culture tr&#232;s &#233;labor&#233;e du non-lien, et aucune du lien ; ce qui nous retient, &#224; mon sens, est une peur de l'abondance, dont des psychologues ont montr&#233; qu'elle nous trompe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une culture tr&#232;s &#233;labor&#233;e du non-lien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une personne qui prend le m&#233;tro &#224; Paris croise en une journ&#233;e des milliers d'autres personnes, et n'adresse la parole &#224; aucune. Le sociologue Erving Goffman a d&#233;crit avec pr&#233;cision ce qui se passe &#224; ce moment-l&#224;, dans &lt;i&gt;Behavior in Public Places&lt;/i&gt; (1963), traduit en fran&#231;ais sous le titre &lt;i&gt;Comment se conduire dans les lieux publics&lt;/i&gt; (2013). Il nomme &lt;i&gt;inattention civile&lt;/i&gt; le rite par lequel deux inconnu&#183;es qui se croisent &#233;changent un regard juste assez appuy&#233; pour signifier qu'iels ont remarqu&#233; la pr&#233;sence de l'autre, puis d&#233;tournent les yeux pour signifier qu'iels ne lui veulent rien. Goffman compare ce geste &#224; des phares qu'on baisse. Il s'agit d'une politesse, apprise d&#232;s l'enfance, r&#233;gl&#233;e au geste pr&#232;s, et dont le moindre manquement, un regard qui dure, une parole adress&#233;e sans y avoir &#233;t&#233; invit&#233;&#183;e, est aussit&#244;t ressenti comme une menace. Nous avons donc, en mati&#232;re de lien, une culture extr&#234;mement raffin&#233;e, mais elle sert &#224; ne pas en cr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette culture du non-lien ne se limite pas aux transports. Dans une classe, trente &#233;l&#232;ves passent six heures par jour ensemble, et la journ&#233;e est organis&#233;e pour qu'iels ne se parlent pas ; les liens se nouent dans la cour, dans les couloirs, &#224; la cantine. Dans une entreprise, des dizaines ou des centaines de personnes travaillent sous le m&#234;me toit, et les liens qui durent se nouent &#224; la machine &#224; caf&#233;. Dans un colloque, trois cents professionnel&#183;les d'un m&#234;me secteur suivent un programme minut&#233;, et chacun&#183;e sait que les rencontres utiles, s'il y en a, se feront pendant les pauses. Partout, la copr&#233;sence est organis&#233;e avec soin, par des r&#232;gles, des horaires, des places assign&#233;es, des ordres du jour, et le lien est laiss&#233; aux interstices, c'est-&#224;-dire au hasard, &#224; l'audace de quelques-un&#183;es, et au temps qui reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose d'appeler &lt;i&gt;friche relationnelle&lt;/i&gt; l'ensemble des liens possibles entre des personnes qui partagent d&#233;j&#224; un lieu et un temps, et dont personne n'a la charge. Une friche est pleine de vie, mais d'une vie que personne ne cultive, et c'est pour cela qu'elle fait peur. Le mot m'est venu dans le prolongement de &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/cultures-de-la-resilience/la-terre-qu-on-cultive?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La terre qu'on cultive&lt;/a&gt;, o&#249; j'ai compar&#233; la propri&#233;t&#233; des moyens de calcul &#224; celle de la terre ; ici, la terre est faite de liens, et elle n'appartient &#224; personne. Et je donne ainsi un nom au geste que j'ai d&#233;crit dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/defendre-la-culture-autrement-methodes-pour-demain/formaliser-l-informel?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Formaliser l'informel&lt;/a&gt;, qui consiste &#224; prendre l'interstice comme objet du travail, au lieu de le laisser au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La peur de l'abondance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On dit qu'on n'a pas le temps, que cela demande un effort qu'on ne peut pas fournir, qu'on ne sait pas comment aborder les gens. Je crois que ce sont des limites que nous nous fixons, et que derri&#232;re ces limites il y a une peur, celle d'&#234;tre submerg&#233;&#183;e par une abondance sans bornes. Georg Simmel en a donn&#233; la raison d&#232;s 1903, dans &lt;i&gt;Les grandes villes et la vie de l'esprit&lt;/i&gt;, &#224; propos de la r&#233;serve des habitant&#183;es des m&#233;tropoles. Si chaque rencontre dans la grande ville devait provoquer en nous autant de r&#233;actions int&#233;rieures que dans la petite ville, o&#249; l'on conna&#238;t presque toutes les personnes qu'on croise, &#233;crit-il, &#171; on s'atomiserait compl&#232;tement int&#233;rieurement &#187;. La r&#233;serve est donc une protection contre l'atomisation, et Simmel ajoute qu'elle s'accompagne d'une l&#233;g&#232;re aversion, pr&#234;te &#224; tourner &#224; l'hostilit&#233; au moindre contact trop proche. Il note aussi qu'on ne se sent nulle part aussi seul&#183;e et abandonn&#233;&#183;e que dans la foule des grandes villes. Le m&#234;me m&#233;canisme joue dans une salle de colloque ou dans une entreprise, o&#249;, en nous prot&#233;geant de l'exc&#232;s, nous fabriquons aussi notre solitude au milieu de tant de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette peur nous trompe, et des psychologues l'ont mesur&#233;. Nicholas Epley et Juliana Schroeder ont publi&#233; en 2014, dans le &lt;i&gt;Journal of Experimental Psychology : General&lt;/i&gt;, une s&#233;rie de neuf exp&#233;riences men&#233;es dans les trains de banlieue et les bus de Chicago, sous le titre &#171; Mistakenly Seeking Solitude &#187;. Ils ont demand&#233; &#224; des voyageur&#183;euses, tir&#233;&#183;es au sort, soit d'engager la conversation avec la personne inconnue assise &#224; c&#244;t&#233; d'elles, soit de ne parler &#224; personne, soit de faire le trajet comme d'habitude. Les personnes qui avaient parl&#233; disaient avoir fait un trajet nettement plus agr&#233;able que celles des deux autres groupes, sans se sentir moins productives. &#192; d'autres voyageur&#183;euses, ils ont demand&#233; de pr&#233;dire ce qu'elles &#233;prouveraient dans chacune des trois situations, et une large majorit&#233; pr&#233;disait l'inverse, le silence leur paraissant pr&#233;f&#233;rable. Les m&#234;mes personnes sous-estimaient l'envie que les autres auraient de leur parler, et prenaient le silence d'autrui pour la preuve de son d&#233;sint&#233;r&#234;t. Epley et Schroeder observent aussi que le plaisir ne d&#233;pendait pas de la personne rencontr&#233;e, puisque les participant&#183;es n'avaient pas choisi leur voisin&#183;e et que la conversation leur faisait du bien quelle qu'elle soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retiens de ces travaux que nous redoutons moins la personne assise en face de nous que la conversation que nous imaginons avec elle, et que nous nous trompons toujours dans le m&#234;me sens. J'ai d&#233;crit dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-l-alterite/a-priori-et-presence-a-l-autre?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A priori et pr&#233;sence &#224; l'autre&lt;/a&gt; comment nos &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; sur quelqu'un que nous ne connaissons pas se d&#233;font peu &#224; peu quand nous le rencontrons. Je me dis parfois que dans la rue, il y a peu de chances de croiser des gens qui m'int&#233;ressent. En fait, je n'en sais rien. Sur les r&#233;seaux sociaux, on nous pr&#233;sente des personnes tri&#233;es selon nos go&#251;ts ; dans le m&#233;tro, personne ne trie, et rien ne dit que cette absence de tri soit une perte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des emplois trouv&#233;s gr&#226;ce &#224; des gens qu'on voit une fois par an&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Mark Granovetter a interrog&#233; 282 cadres et techniciens de la banlieue de Boston qui venaient de changer d'emploi, et il a demand&#233; &#224; ceux qui avaient trouv&#233; leur poste par une relation &#224; quelle fr&#233;quence ils voyaient cette relation. Les r&#233;sultats, publi&#233;s dans &#171; The Strength of Weak Ties &#187; (1973), vont &#224; rebours de l'intuition commune : 16,7 % voyaient leur contact souvent, 55,6 % occasionnellement, et 27,8 % rarement, c'est-&#224;-dire une fois par an ou moins. C'est par les liens faibles, les ancien&#183;nes coll&#232;gues, les ami&#183;es d'ami&#183;es, les personnes crois&#233;es une fois, que l'information passe le plus souvent. Granovetter l'explique par la forme des r&#233;seaux, o&#249; les personnes avec qui nous avons des liens forts se connaissent entre elles et savent les m&#234;mes choses que nous, tandis que nos liens faibles sont des ponts vers d'autres groupes, o&#249; circulent des informations que notre entourage n'a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve dans cette recherche de quoi apaiser une g&#234;ne que j'&#233;prouve. Dans les colloques, certaines sollicitations sont int&#233;ress&#233;es, et l'on vient vers moi parce que j'aurais peut-&#234;tre un emploi, une commande, un contact &#224; donner. Granovetter montre que cette circulation est r&#233;elle, et qu'elle passe justement par les liens qu'on entretient peu. Mais l'emploi n'est que la partie visible de ce qui passe par ces liens. Par eux circulent aussi des mani&#232;res de voir, et des projets qui n'existaient pas avant la conversation. Les gens avec qui nous discutons fa&#231;onnent nos vies, bien au-del&#224; de ce qu'ils peuvent nous procurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rejoins ici ce que le biologiste Olivier Hamant dit du vivant, et que j'ai d&#233;velopp&#233; dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/cultures-de-la-resilience/robustesse-antifragilite-resilience?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Robustesse, antifragilit&#233;, r&#233;silience&lt;/a&gt; : ce qui permet de tenir malgr&#233; les fluctuations, ce sont les redondances et les marges. Une personne seule est fragile, et elle devient robuste &#224; mesure qu'elle noue des liens de confiance, des amiti&#233;s, des coop&#233;rations, parce que chacun de ces liens est une ressource de plus en cas de coup dur. Serge Tisseron nomme cor&#233;silience le fait que la capacit&#233; d'une personne, d'un groupe ou d'un territoire &#224; surmonter une catastrophe d&#233;pend de celle de tous les autres, et j'ai d&#233;crit dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-du-soin-et-du-collectif/fabriquer-la-coresilience?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Fabriquer la cor&#233;silience&lt;/a&gt; comment on peut s'y entra&#238;ner. Cette robustesse se puise dans la &lt;i&gt;friche relationnelle&lt;/i&gt;, et la friche est un bien non rival, au sens que j'ai propos&#233; dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/politique-de-la-verite-et-du-pouvoir/l-emancipation-non-rivale?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#233;mancipation non rivale&lt;/a&gt;, puisque le lien que je noue n'est pris &#224; personne, et qu'il en rend d'autres possibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux cent vingt personnes qui se parlent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que j'accompagne un groupe, quel qu'il soit, je fais en sorte que les personnes &#233;changent entre elles, se rencontrent, vivent des exp&#233;riences personnelles et collectives. Je le fais parce que je sais &#224; quel point cela construit, et parce qu'une r&#233;union de plus de dix personnes, si l'on n'y prend garde, c'est la copr&#233;sence sans lien : une estrade, des chaises en rangs, un programme, et la friche laiss&#233;e &#224; la pause. Le 2 septembre 2026, &#224; Laval, j'ai anim&#233; le temps de rentr&#233;e des 220 agent&#183;es de la direction de la culture de Laval, le seul moment de l'ann&#233;e o&#249; ces personnes, qui travaillent sur des sites et dans des m&#233;tiers diff&#233;rents, se croisent toutes. Chacune a pris la parole au moins deux fois, dans des bin&#244;mes qui changeaient, et 80 contributions &#233;crites ont &#233;t&#233; partag&#233;es en ligne ; j'ai racont&#233; cette matin&#233;e dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/mieux-travailler-avec-la-jeunesse/une-rentree-a-220-voix?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Une rentr&#233;e &#224; 220 voix&lt;/a&gt;. Le dispositif tient dans une d&#233;cision : consid&#233;rer que le lien entre ces 220 personnes est l'objet de la matin&#233;e, et non son sous-produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;cision qui manque presque partout, parce que personne n'est charg&#233;&#183;e de la prendre. L'enseignant&#183;e est charg&#233;&#183;e du programme, le&#183;la responsable de la r&#233;union de l'ordre du jour, l'organisateur&#183;rice du colloque des intervenant&#183;es et du minutage. Le lien ne figure dans la fiche de poste de personne, et il se fait donc dans les interstices, entre les gens qui osent, qui se connaissent d&#233;j&#224;, ou qui ont quelque chose &#224; obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Neuf mille milliards d'euros qui circulent par le sang&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il existe pourtant des gens qui cultivent leur friche, et ils le font avec m&#233;thode. Pierre Bourdieu, dans un texte court de 1980, &#171; Le capital social. Notes provisoires &#187; (&lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 31), d&#233;crit le r&#233;seau de relations d'une personne comme &#171; le produit du travail d'instauration et d'entretien &#187; qui produit et reproduit des liaisons durables et utiles. Ce travail de sociabilit&#233; demande du temps, une comp&#233;tence, et de l'argent, et Bourdieu observe que les classes dominantes s'en acquittent en fabriquant les occasions, les lieux et les pratiques o&#249; l'on ne rencontre que ses semblables ; on pense aux rallyes, aux clubs, aux bonnes &#233;coles. Cultiver ses liens est donc un privil&#232;ge de classe : celles et ceux qui ont d&#233;j&#224; du capital organisent d&#233;lib&#233;r&#233;ment leurs rencontres, tandis que les autres s'en remettent au hasard des couloirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me asym&#233;trie se retrouve dans l'h&#233;ritage. Le s&#233;nateur Alexandre Ouizille, qui a coordonn&#233; un rapport de la Fondation Jean-Jaur&#232;s publi&#233; fin 2024, y estime avec Th&#233;o Iberrakene et Boris Julien-Vauzelle &#224; plus de 9 000 milliards d'euros le patrimoine que la g&#233;n&#233;ration du baby-boom transmettra &#224; ses h&#233;ritier&#183;&#232;res entre 2025 et 2040, le plus grand transfert de richesse de l'histoire contemporaine de la France. Les &#233;conomistes du Conseil d'analyse &#233;conomique ont montr&#233; que la part de l'h&#233;ritage dans le patrimoine des m&#233;nages est pass&#233;e de 35 % dans les ann&#233;es 1970 &#224; 60 % aujourd'hui, et la Banque de France constate que 10 % des m&#233;nages d&#233;tiennent plus de la moiti&#233; du patrimoine. Ce patrimoine circule par le sang, puisque la loi r&#233;serve aux enfants une part de la succession, et il ira donc, pour l'essentiel, aux enfants de celles et ceux qui en poss&#232;dent le plus. Beaucoup recevront bien plus qu'il ne leur en faut, d'autres ne recevront rien, et rien ne les relie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les anthropologues ont d&#233;crit depuis longtemps des soci&#233;t&#233;s o&#249; le partage passe par d'autres liens que le sang. Carol Stack a v&#233;cu de 1968 &#224; 1971 dans un quartier noir et pauvre d'une ville du Midwest, qu'elle appelle The Flats, et elle raconte dans &lt;i&gt;All Our Kin&lt;/i&gt; (1974) comment les familles y survivaient gr&#226;ce &#224; des r&#233;seaux d'&#233;change permanents, o&#249; l'argent, la nourriture, les v&#234;tements et la garde des enfants circulaient entre parents, voisin&#183;es et ami&#183;es, et o&#249; des personnes sans aucun lien de sang devenaient des parents &#224; part enti&#232;re, par les services rendus et re&#231;us. Kath Weston a nomm&#233; &#171; familles choisies &#187; (&lt;i&gt;Families We Choose&lt;/i&gt;, 1991) les r&#233;seaux de soutien que des gays et des lesbiennes de San Francisco avaient constitu&#233;s &#224; c&#244;t&#233; de leur famille de naissance, ou &#224; sa place. Claude L&#233;vi-Strauss distinguait d&#233;j&#224;, dans &lt;i&gt;Les structures &#233;l&#233;mentaires de la parent&#233;&lt;/i&gt; (1949), la filiation, qui vient de la naissance, et l'alliance, qui se contracte. La parent&#233;, partout, se fait aussi avec autre chose que du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas de solution toute faite pour que 9 000 milliards d'euros circulent autrement. Mais je remarque que le partage suit le lien. On partage avec les personnes qu'on compte parmi les siens, et la parent&#233; du sang est, pour la plupart d'entre nous, la seule que nous ayons cultiv&#233;e. Si des liens de confiance se nouaient dans la friche, entre des gens qui vont h&#233;riter et des gens qui n'h&#233;riteront pas, entre des gens qui ont plus qu'il ne leur en faut et des gens qui n'ont pas de quoi vivre, une partie du partage viendrait des personnes elles-m&#234;mes, comme il venait des habitant&#183;es de The Flats. Ce qui est &#224; cultiver, &#224; mon sens, ce sont des alliances, c'est-&#224;-dire des parent&#233;s qui se choisissent et qui engagent. Elles ne remplaceront pas la fiscalit&#233;, mais elles commencent l&#224; o&#249; nous sommes d&#233;j&#224;, dans la classe, dans l'entreprise, dans la salle de colloque et dans le m&#233;tro, avec des personnes que nous croisons tous les jours sans leur parler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ne pas l&#226;cher la manette</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/ne-pas-lacher-la-manette</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/ne-pas-lacher-la-manette</guid>
		<dc:date>2026-09-07T07:59:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Intelligence artificielle</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Adolescents</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Auteur</dc:subject>
		<dc:subject>Capacit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Intelligence collective</dc:subject>
		<dc:subject>Comp&#233;tences psychosociales</dc:subject>
		<dc:subject>Droits culturels</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation populaire</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En juillet 2026, le TUMO Center for Creative Technologies a publi&#233; un document strat&#233;gique pour repenser l'&#233;ducation, &#224; partir d'un constat : l'intelligence artificielle rend la capacit&#233; intellectuelle abondante, et ce qui devient rare, c'est l'autorat et la connexion. J'en propose ici une synth&#232;se compl&#232;te, et une mise en perspective &#224; partir de mes pratiques de m&#233;diation, d'intelligence collective et de d&#233;mocratie culturelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un document n&#233; d'une &#233;coute des adolescent&#183;e&#183;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Pegor (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/" rel="directory"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence-artificielle" rel="tag"&gt;Intelligence artificielle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/education" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/ecole" rel="tag"&gt;&#201;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/adolescents" rel="tag"&gt;Adolescents&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/auteur" rel="tag"&gt;Auteur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/capacite" rel="tag"&gt;Capacit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence-collective" rel="tag"&gt;Intelligence collective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/competences-psychosociales" rel="tag"&gt;Comp&#233;tences psychosociales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/droits-culturels" rel="tag"&gt;Droits culturels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/education-populaire" rel="tag"&gt;&#201;ducation populaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/mediation" rel="tag"&gt;M&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/autonomie" rel="tag"&gt;Autonomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH123/2026_ia_tumo_making-1d02c.jpg?1788768303' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;En juillet 2026, le &lt;a href=&#034;https://www.tumo.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TUMO Center for Creative Technologies&lt;/a&gt; a publi&#233; un document strat&#233;gique pour repenser l'&#233;ducation, &#224; partir d'un constat : l'intelligence artificielle rend la capacit&#233; intellectuelle abondante, et ce qui devient rare, c'est l'autorat et la connexion. J'en propose ici une synth&#232;se compl&#232;te, et une mise en perspective &#224; partir de mes pratiques de m&#233;diation, d'intelligence collective et de d&#233;mocratie culturelle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un document n&#233; d'une &#233;coute des adolescent&#183;e&#183;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pegor Papazian, directeur du d&#233;veloppement de TUMO, m'a transmis ce document. Nous avons travaill&#233; ensemble au sein du comit&#233; de veille sur l'intelligence artificielle du &lt;a href=&#034;https://www.forumdesimages.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Forum des images&lt;/a&gt;, que j'ai anim&#233; en 2024 et 2025 et dont il &#233;tait membre ; j'ai rendu compte de ce travail au long cours dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/integrer-l-intelligence-artificielle/webinaire-de-restitution-du-comite-de-veille-ia-du-forum-des-images?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Webinaire de restitution du comit&#233; de veille IA du Forum des images&lt;/a&gt;. TUMO est un programme &#233;ducatif extrascolaire gratuit, fond&#233; &#224; Erevan en 2011, pr&#233;sent aujourd'hui dans plus de vingt pays, o&#249; plus de 40 000 adolescent&#183;e&#183;s apprennent l'animation, le jeu vid&#233;o, le cin&#233;ma, la programmation, la musique ou le design, sans notes, sans examens, sans dipl&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte, intitul&#233; &lt;i&gt;Making, thinking and learning when capability is no longer scarce&lt;/i&gt; (&#171; Faire, penser et apprendre quand la capacit&#233; n'est plus rare &#187;), est &lt;a href=&#034;https://www.tumo.org/authorship-and-connection/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;l&#233;chargeable librement&lt;/a&gt;, sous licence Creative Commons. Ses auteur&#183;rices sont parti&#183;e&#183;s de la parole des adolescent&#183;e&#183;s, recueillie lors de la conf&#233;rence mondiale ai/teens de mars 2025, con&#231;ue et anim&#233;e par environ 90 jeunes dans seize villes. J'ai racont&#233; cette conf&#233;rence dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/ce-que-les-adolescent-e-s-ont-a-nous-apprendre-sur-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ce que les adolescent&#183;e&#183;s ont &#224; nous apprendre sur l'intelligence artificielle&lt;/a&gt;. Un participant y r&#233;sumait sa position dans le vocabulaire du jeu vid&#233;o : utiliser l'IA, c'est comme utiliser un code de triche, &#171; mais cela ne signifie pas que je l&#226;che la manette &#187;. Deux pr&#233;occupations traversaient ces &#233;changes : garder ce qui est &#224; soi dans le travail, et prot&#233;ger ce qui est r&#233;el dans les liens aux autres. Le document de TUMO repose tout entier sur ces deux pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La capacit&#233; devenue marchandise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute l'histoire humaine, la capacit&#233; de faire (coder, &#233;crire, produire des images ou du son) a &#233;t&#233; rare, donc pr&#233;cieuse en elle-m&#234;me. Et produire quelque chose qui vaille demandait d'autres personnes : des personnes aupr&#232;s de qui apprendre, avec qui construire, contre qui penser. Le travail nous liait, l'appartenance venait par surcro&#238;t. Avec l'intelligence artificielle g&#233;n&#233;rative, cette capacit&#233; devient une ressource abondante, une marchandise. J'ai d&#233;velopp&#233; de mon c&#244;t&#233; cette analyse de la commoditisation dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/l-intelligence-comme-ressource?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'intelligence comme ressource&lt;/a&gt; ; les auteur&#183;rices de TUMO en tirent les cons&#233;quences pour l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la capacit&#233; est abondante, deux choses deviennent rares. L'autorat (&lt;i&gt;authorship&lt;/i&gt;) d'abord : la part du travail qui nous est propre, l'intention et le jugement, puisque produire ne suppose plus de ma&#238;triser. La connexion ensuite : les liens qui naissaient spontan&#233;ment du besoin des autres ne vont plus de soi, et doivent &#234;tre nou&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce basculement touche trois domaines :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Faire (produire des artefacts).&lt;/strong&gt; Quand n'importe qui peut g&#233;n&#233;rer &#224; la demande un travail de bonne facture, la valeur se d&#233;place vers ce que la personne apporte : d&#233;cider ce qui vaut d'&#234;tre fait, y apporter un point de vue, diriger et &#233;valuer le r&#233;sultat, en r&#233;pondre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Penser (raisonner, former des id&#233;es).&lt;/strong&gt; Quand les r&#233;ponses fluides arrivent instantan&#233;ment, ce qui devient rare est le jugement autour du raisonnement : poser les bonnes questions, distinguer ce qui tient la route de ce qui en a seulement l'air, ne pas l&#226;cher un probl&#232;me, garder assez de ma&#238;trise d'un domaine pour juger les productions au lieu de s'y soumettre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Apprendre (construire des capacit&#233;s dans le temps).&lt;/strong&gt; Quand la capacit&#233; peut s'obtenir &#224; la demande au lieu de s'acqu&#233;rir, l'incitation traditionnelle &#224; apprendre s'effondre. Restent essentiels la patience qu'exige la ma&#238;trise, le discernement que seule la connaissance d'un domaine procure, et les communaut&#233;s de pratique qui transmettent le savoir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Faire, penser et apprendre sont le terrain sur lequel poussent l'autorat et la connexion, et c'est ce terrain que l'abondance &#233;rode. Un jeune peut d&#233;sormais grandir capable de faire produire &#224; la demande n'importe quel artefact sans jamais se forger une voix propre, capable d'obtenir n'importe quelle r&#233;ponse sans jamais rencontrer personne en chemin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dix pouvoirs, de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le document s'organise autour d'une grille de dix &#171; pouvoirs &#187;, regroup&#233;s en quatre ensembles ordonn&#233;s de la personne vers la soci&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La pr&#233;sence (tourn&#233;e vers soi).&lt;/strong&gt; Garder la ma&#238;trise de son attention, par deux pouvoirs : la &lt;i&gt;r&#233;flexion&lt;/i&gt; (se m&#233;nager l'espace de l'&#233;tonnement, de l'exploration) et la &lt;i&gt;profondeur&lt;/i&gt; (s'attacher &#224; ce qui est lent et difficile, s'engager sur la dur&#233;e).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;L'agentivit&#233; (le moteur de l'ensemble).&lt;/strong&gt; Contribuer plut&#244;t que consommer, par trois pouvoirs : la &lt;i&gt;voix&lt;/i&gt; (originalit&#233;, go&#251;t, point de vue personnel, courage de faire du neuf), l'&lt;i&gt;initiative&lt;/i&gt; (vouloir faire, agir dans l'incertitude) et la &lt;i&gt;pers&#233;v&#233;rance&lt;/i&gt; (mener &#224; terme malgr&#233; les difficult&#233;s).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La ma&#238;trise.&lt;/strong&gt; Savoir et comprendre assez pour travailler avec autorit&#233; et jugement, par trois pouvoirs : la &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; (savoir &#233;tendu, curiosit&#233;, recherche du vrai), le &lt;i&gt;savoir-faire&lt;/i&gt; (la technique et les outils, et la capacit&#233; d'en apprendre de nouveaux) et le &lt;i&gt;raisonnement&lt;/i&gt; (pens&#233;e analytique, critique et syst&#233;mique).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La confiance (tourn&#233;e vers la soci&#233;t&#233;).&lt;/strong&gt; Se soucier des effets de son travail sur les autres, par deux pouvoirs : la &lt;i&gt;responsabilit&#233;&lt;/i&gt; (&#233;thique, conscience de ce qui est bon pour les gens) et le &lt;i&gt;partage&lt;/i&gt; (communiquer sa contribution et le sens qu'elle porte, pour que d'autres puissent s'en saisir).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les auteur&#183;rices prennent soin de pr&#233;ciser que ces pouvoirs ne forment pas un &#233;ni&#232;me r&#233;f&#233;rentiel de comp&#233;tences. Chacun est d&#233;fini avec pr&#233;cision : le partage n'est pas une comp&#233;tence g&#233;n&#233;rale de communication, mais le fait de rendre son travail transmissible (un&#183;e apprenant&#183;e silencieux&#183;se qui documente son travail au point qu'un&#183;e inconnu&#183;e pourrait le poursuivre sera mieux &#233;valu&#233;&#183;e sur ce pouvoir qu'un&#183;e apprenant&#183;e d'une grande aisance sociale dont personne ne peut rien reprendre). La voix n'est pas la confiance en soi, la profondeur n'est pas l'assiduit&#233;. Et ces pouvoirs ne s'agr&#232;gent pas en un score unique : chaque pouvoir requiert un niveau minimal, en dessous duquel les autres se d&#233;gradent (la voix sans r&#233;flexion devient r&#233;flexe, l'initiative sans pers&#233;v&#233;rance commence tout et n'ach&#232;ve rien), et au-dessus duquel chaque personne d&#233;veloppe une combinaison qui lui est propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; abondante, &#233;crivent les auteur&#183;rices, ne diminue pas l'agentivit&#233; et la ma&#238;trise. En rendant l'ex&#233;cution bon march&#233;, elle rend visible ce qui faisait depuis toujours l'essentiel du travail : d&#233;cider ce qui vaut d'&#234;tre poursuivi, et en faire quelque chose qu'on assume. Si l'on d&#233;l&#232;gue l'ex&#233;cution, le travail peut rester le n&#244;tre ; si l'on d&#233;l&#232;gue l'intention ou le jugement, on perd l'autorat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les occasions ne viennent plus toutes seules&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La partie p&#233;dagogique du document repose sur une id&#233;e qui me para&#238;t juste. Quand la capacit&#233; &#233;tait rare, le travail ordinaire fournissait de lui-m&#234;me les occasions de d&#233;velopper ces pouvoirs : il fallait compter les uns sur les autres, peser ses d&#233;cisions, attendre, comprendre, faire des efforts, r&#233;pondre de ce qu'on faisait. Avec l'abondance, ces occasions disparaissent. Les pouvoirs se d&#233;veloppent toujours de la m&#234;me mani&#232;re, par l'exercice, mais les occasions de les exercer doivent d&#233;sormais &#234;tre con&#231;ues par les &#233;ducateur&#183;rices, &#224; travers les quatre composantes d'un programme : le contenu (les supports et les t&#226;ches), la m&#233;canique p&#233;dagogique (la s&#233;quence des gestes demand&#233;s &#224; l'apprenant&#183;e), le curriculum (l'organisation dans le temps) et l'environnement (les personnes, les espaces, les interfaces).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six principes de conception permettent de restaurer, une &#224; une, les occasions perdues, et la pratique de TUMO les illustre un par un :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Alterner travail seul et travail ensemble.&lt;/strong&gt; Ce principe redonne l'occasion de compter les uns sur les autres. Chez TUMO : auto-apprentissage individuel c&#244;te &#224; c&#244;te dans des espaces partag&#233;s, ateliers collaboratifs, et absence d&#233;lib&#233;r&#233;e de cohortes, avec des &#226;ges et des parcours m&#233;lang&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Concevoir pour l'autonomie, pas la conformit&#233;.&lt;/strong&gt; Ce principe restaure la d&#233;cision. Chez TUMO : chaque apprenant&#183;e compose son propre chemin &#224; travers quatorze domaines d'apprentissage, et peut s'en aller &#224; tout moment.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Prot&#233;ger du temps o&#249; l'on n'a rien &#224; rendre.&lt;/strong&gt; Ce principe restaure l'attente, dont d&#233;pendent la r&#233;flexion et la profondeur. Chez TUMO : pas d'&#233;ch&#233;ances, pas de dur&#233;e impos&#233;e, des parcours pens&#233;s sur des ann&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Ancrer l'apprentissage dans le questionnement et le jugement.&lt;/strong&gt; Ce principe restaure la compr&#233;hension. Chez TUMO : le &#171; colearner &#187;, un pair virtuel qui apprend aux c&#244;t&#233;s de l'apprenant&#183;e, tant&#244;t montre, tant&#244;t demande qu'on lui apprenne, ce qui rejoint la p&#233;dagogie du &#171; cr&#233;er plut&#244;t qu'expliquer &#187; que je d&#233;fends dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/pedagogie-de-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;P&#233;dagogie de l'Intelligence Artificielle&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Rendre la difficult&#233; sans danger.&lt;/strong&gt; Ce principe restaure l'effort. Chez TUMO : pas de notes, pas d'examens, pas de dipl&#244;mes ; un &#233;chec ne co&#251;te que le temps de recommencer ; le portfolio s'&#233;toffe au fil des projets et tient lieu de &#171; dipl&#244;me vivant &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Traiter les apprenant&#183;e&#183;s comme des cr&#233;ateur&#183;rices, pas des stagiaires.&lt;/strong&gt; Ce principe remet chacun&#183;e en situation de r&#233;pondre de son travail. Chez TUMO : des projets publi&#233;s, propos&#233;s &#224; des festivals, pr&#233;sent&#233;s en public par leurs auteur&#183;rices.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les auteur&#183;rices proposent enfin de tenir ensemble deux horizons temporels. Le &lt;i&gt;pr&#233;sent dentel&#233;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;jagged present&lt;/i&gt;), o&#249; l'IA excelle dans certains domaines seulement, et o&#249; il faut donc continuer &#224; d&#233;velopper les comp&#233;tences fondamentales qu'elle n'a pas supplant&#233;es. Et un &lt;i&gt;futur maximaliste&lt;/i&gt;, o&#249; elle accomplirait la plupart des t&#226;ches intellectuelles complexes mieux que la plupart des humains, &#224; envisager &#224; la fois comme exp&#233;rience de pens&#233;e et comme sc&#233;nario qu'on ne peut plus exclure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole des occasions contre l'&#233;cole de la livraison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre que je trouve le plus fort porte sur l'&#233;cole. On pourrait croire que le tuteur IA parfait, ce vieux r&#234;ve de la recherche en &#233;ducation depuis les travaux de Benjamin Bloom sur le tutorat individuel (1984), rend l'&#233;cole obsol&#232;te. Les &#233;quipes de TUMO r&#233;pondent par une formule maison : &#171; L'IA peut vous enseigner ce que vous n'avez pas besoin d'apprendre. &#187; Si une machine peut vous enseigner une comp&#233;tence, elle peut aussi l'ex&#233;cuter pour vous, et l'incitation &#224; la ma&#238;triser s'affaiblit. Or le tuteur perfectionne l'instruction, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment la part de l'&#233;cole qui perd sa valeur. Les pouvoirs, eux, ne se d&#233;l&#232;guent pas ; ils ne se d&#233;veloppent que par l'exercice, dans des occasions que l'&#233;cole est la seule institution &#224; pouvoir garantir pour toutes et tous. &#171; Quand la capacit&#233; devient une marchandise, l'&#233;cole ne devient pas moins n&#233;cessaire. Elle gagne en importance, mais devient autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis dans ce renversement une r&#233;ponse, &#224; un demi-si&#232;cle de distance, &#224; Ivan Illich, qui dans &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; sans &#233;cole&lt;/i&gt; (1971) attaquait l'&#233;cole comme monopole de l'instruction et proposait de la d&#233;sinstitutionnaliser. Les auteur&#183;rices reprennent la critique de l'instruction, mais en tirent la conclusion inverse : maintenant que l'instruction est disponible partout, l'&#233;cole retrouve sa raison d'&#234;tre la plus ancienne, un temps et un espace prot&#233;g&#233;s qui garantissent &#224; toutes et tous les conditions de leur d&#233;veloppement. Iels nomment sans d&#233;tour l'enjeu d'&#233;galit&#233; : ces occasions, les familles ais&#233;es les organisent d&#233;j&#224; chez elles (temps prot&#233;g&#233;, mentors, une pi&#232;ce transform&#233;e en atelier, un public pour les premiers essais). Si les occasions deviennent un bien priv&#233;, la fracture qui passait par l'acc&#232;s &#224; l'instruction r&#233;appara&#238;t, plus profonde, dans l'acc&#232;s aux conditions du d&#233;veloppement de l'autorat et de la connexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducateur&#183;rice change avec l'&#233;cole. Lib&#233;r&#233;&#183;e du r&#244;le de source principale de capacit&#233;, iel occupe les positions que seule une personne peut tenir : le t&#233;moin dont le regard compte (risquer quelque chose de soi ne demande du courage que devant quelqu'un qui pourrait vous juger), la personne &#224; qui l'on r&#233;pond (une attente port&#233;e par quelqu'un peut &#234;tre discut&#233;e, d&#233;&#231;ue, d'une mani&#232;re qu'un cahier des charges ne le permet pas), et l'auteur&#183;rice des occasions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteur&#183;rices opposent enfin deux &#233;coles possibles, b&#226;ties avec les m&#234;mes outils. L'&#233;cole des occasions, qu'on vient de d&#233;crire. Et l'&#233;cole de la livraison, o&#249; l'abondance sert &#224; intensifier la transmission : contenus g&#233;n&#233;r&#233;s &#224; la vitesse des machines, notation automatique en masse, personnalisation pouss&#233;e jusqu'&#224; isoler chacun&#183;e dans son flux. Chaque &#171; gain d'efficacit&#233; &#187; de cette seconde &#233;cole co&#251;te une occasion. La diff&#233;rence entre les deux ne tient pas &#224; l'&#233;quipement mais &#224; la conception, et les six principes servent de test pratique pour les distinguer. Les auteur&#183;rices reconnaissent que l'&#233;cole de la livraison est la plus facile &#224; construire, et m&#234;me la plus rationnelle sous les r&#233;gimes actuels d'&#233;valuation et de comptes &#224; rendre : le philosophe C. Thi Nguyen appelle &lt;i&gt;value capture&lt;/i&gt; ce m&#233;canisme par lequel une institution adopte une version simplifi&#233;e et comptable de ce qu'elle valorise, jusqu'&#224; ce que la version simplifi&#233;e prenne la place de la valeur elle-m&#234;me. Sortir de l&#224; ne d&#233;pend pas des &#233;coles seules, mais de la politique publique : faire de la place dans le temps scolaire, fonder l'obligation de rendre des comptes sur des instruments qui mesurent les pouvoirs, admettre le portfolio aux c&#244;t&#233;s de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;valuer le programme, pas la personne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier chapitre porte sur une difficult&#233; que je rencontre dans tous mes accompagnements : comment &#233;valuer, quand le travail peut &#234;tre produit sans les capacit&#233;s dont il t&#233;moignait, et qu'un r&#233;cit fluide du processus peut l'&#234;tre tout autant ? Interdire les outils ne r&#233;sout rien, puisqu'on mesure alors une performance dans des conditions que l'apprenant&#183;e ne retrouvera jamais. Les auteur&#183;rices proposent un renversement : faire de l'abondance la source de la preuve. On met en sc&#232;ne des situations o&#249; la capacit&#233; automatis&#233;e est &#224; port&#233;e de main (une solution toute faite propos&#233;e d&#232;s le d&#233;but du travail, un changement de commande &#224; mi-parcours, une option s&#233;duisante mais inadapt&#233;e dans un travail qui sera diffus&#233;), et ce sont les choix de l'apprenant&#183;e qui r&#233;v&#232;lent les pouvoirs. L'usage massif de l'assistant n'est pas p&#233;nalis&#233;, tant que l'id&#233;e reste celle de l'apprenant&#183;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instrument principal est une s&#233;rie de trois d&#233;fis, un par domaine :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le d&#233;fi du faire.&lt;/strong&gt; Une petite commande pour un client, par exemple une affiche pour une association locale. Pouvoirs observ&#233;s : la voix, la pers&#233;v&#233;rance, la responsabilit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le d&#233;fi du penser.&lt;/strong&gt; Une enqu&#234;te sur une question ouverte, &#224; partir de documents de qualit&#233; in&#233;gale, dont une analyse p&#233;remptoire mais fausse, avec un jugement final &#224; communiquer &#224; un destinataire pr&#233;cis. Pouvoirs observ&#233;s : la connaissance, le raisonnement, le partage.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le d&#233;fi de l'apprendre.&lt;/strong&gt; Prendre en main un outil inconnu, produire quelque chose avec, &#233;crire un guide qu'une autre personne pourrait suivre. Pouvoirs observ&#233;s : l'initiative, le savoir-faire, la profondeur, le partage.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion se mesure dans les trois d&#233;fis par le m&#234;me dispositif : une premi&#232;re id&#233;e consign&#233;e, une pause impos&#233;e de quelques jours, l'id&#233;e consign&#233;e &#224; nouveau ; l'&#233;cart entre les deux versions sert de mesure. Le sc&#233;nario est construit (le client est fictif, les interactions sont &#233;crites &#224; l'avance pour que chacun&#183;e affronte les m&#234;mes situations), mais le r&#233;sultat est r&#233;el : le travail fini entre dans le portfolio, parfois remis &#224; un commanditaire r&#233;el. Et les crit&#232;res de notation d&#233;crivent la mani&#232;re dont l'apprenant&#183;e a travaill&#233;, pas le fini de ce qu'iel a produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mesure vise le programme, pas l'individu, et c'est &#224; mes yeux le point le plus important. Les r&#233;sultats sont agr&#233;g&#233;s par cohortes, personne n'est not&#233; ni class&#233;, et ce choix est coh&#233;rent avec le fond de l'approche, puisque chaque apprenant&#183;e est cens&#233;&#183;e arriver &#224; sa propre combinaison de pouvoirs. La question l&#233;gitime n'est pas de classer les personnes, mais de savoir si le programme d&#233;veloppe toute la palette des pouvoirs. J'ai soulev&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-question-des-criteres?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La question des crit&#232;res&lt;/a&gt; la question de la fonction des crit&#232;res &#224; l'&#233;cole ; je trouve dans ce dispositif une r&#233;ponse que l'on peut mettre en &#339;uvre, qui d&#233;place l'&#233;valuation de la personne vers l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cinq points de rencontre avec mes pratiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce document me touche parce que j'y retrouve, port&#233;es par une strat&#233;gie, des arguments et des outils, des intuitions que je travaille depuis des ann&#233;es dans la m&#233;diation, l'intelligence collective et la d&#233;mocratie culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est la posture de la personne capable. Le sixi&#232;me principe, traiter les apprenant&#183;e&#183;s comme des cr&#233;ateur&#183;rices et non des stagiaires, est le fondement de toute m&#233;diation digne de ce nom : consid&#233;rer d'embl&#233;e chaque personne comme capable, et construire le cadre qui lui permet d'exercer cette capacit&#233;, ce que j'ai d&#233;crit dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/le-cadre-qui-autorise?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le cadre qui autorise&lt;/a&gt;. C'est le postulat d'&#233;galit&#233; des intelligences, et tout le dispositif de TUMO en d&#233;coule : si l'on croit les jeunes capables, alors on leur confie de vraies commandes et de vraies responsabilit&#233;s, devant de vrais publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me est de faire passer le processus avant le r&#233;sultat. Dans mes ateliers, l'important, ce que je restitue, c'est le processus v&#233;cu par les personnes, jamais la seule qualit&#233; des objets produits. Avec son dispositif d'&#233;valuation, TUMO institutionnalise ce d&#233;placement : &#224; l'&#232;re o&#249; le r&#233;sultat peut &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233;, seul le processus t&#233;moigne encore de ce qu'une personne d&#233;veloppe. Ce que les m&#233;diateur&#183;rices savaient par intuition devient une n&#233;cessit&#233; de m&#233;thode pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me est l'intelligence collective. La question que je me pose en permanence dans mes animations, et que j'ai travaill&#233;e dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/cultures-de-la-resilience/animer-l-intelligence-collective-face-aux-crises?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Animer l'intelligence collective face aux crises&lt;/a&gt;, est celle-ci : &#224; quelles conditions l'intelligence collective surgit-elle vraiment quand on r&#233;unit des personnes ? Les auteur&#183;rices de TUMO &#233;clairent cette question en montrant que la connexion, hier un sous-produit du travail, devient un objet de conception : l'alternance entre travail seul et travail ensemble, le m&#233;lange des &#226;ges, les pairs et les vrais destinataires sont des choix d'architecture sociale, pas des &#233;vidences. Quand la coop&#233;ration n'est plus n&#233;cessaire techniquement, il faut la rendre d&#233;sirable et la construire d&#233;lib&#233;r&#233;ment, et c'est le m&#233;tier m&#234;me des animateur&#183;rices d'intelligence collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me est le lien avec les comp&#233;tences psychosociales, que je d&#233;veloppe par les pratiques artistiques dans mes formations, comme je l'ai racont&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/accompagnement-des-politiques-culturelles/developper-les-competences-psychosociales-par-les-pratiques-artistiques?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;velopper les comp&#233;tences psychosociales par les pratiques artistiques&lt;/a&gt;. Les dix pouvoirs recouvrent en partie ce champ (la responsabilit&#233;, le partage, la pers&#233;v&#233;rance), tout en s'en distinguant explicitement. Les auteur&#183;rices y insistent : leurs d&#233;finitions ne se r&#233;duisent pas aux r&#233;f&#233;rentiels socio-&#233;motionnels existants, parce que la commoditisation de la capacit&#233; en a d&#233;plac&#233; le sens. Cette articulation peut rendre service aux acteur&#183;rices fran&#231;ais&#183;es des comp&#233;tences psychosociales : elle donne un fondement anthropologique nouveau &#224; ce qu'iels font d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la d&#233;mocratie culturelle. Le programme de TUMO repose sur une question pos&#233;e par ses fondateur&#183;rices, celle d'une p&#233;dagogie du d&#233;part possible : que serait une &#233;cole dont on pourrait partir &#224; tout moment ? Les mouvements d'&#233;ducation populaire se posent cette question en acte depuis un si&#232;cle, puisque personne n'est jamais oblig&#233; de venir &#224; leurs ateliers. L'id&#233;e que chaque personne arrive &#224; une combinaison de pouvoirs qui lui est propre, irr&#233;ductible &#224; un score, rejoint l'affirmation, centrale dans les droits culturels, de la dignit&#233; et de la singularit&#233; de chacun&#183;e. Et quand les auteur&#183;rices concluent que le non-formel deviendra la norme g&#233;n&#233;rale (&lt;i&gt;mainstreamed&lt;/i&gt;, &#233;crivent-iels), parce que ce qu'il a toujours vis&#233; directement (les pouvoirs &#224; l'&#339;uvre dans le travail plut&#244;t que le travail lui-m&#234;me) devient ce que l'&#233;cole devra livrer, iels placent l'&#233;ducation non formelle en position de laboratoire : c'est l&#224; que peut d'abord s'&#233;tablir la preuve qui fera changer les r&#232;gles. Pour les acteur&#183;rices de la culture et de l'&#233;ducation avec qui je travaille, c'est un renversement de l&#233;gitimit&#233;, et un argument politique &#224; saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste vigilant sur un point. Les auteur&#183;rices l'&#233;crivent, leurs pouvoirs ne sont pas un r&#233;f&#233;rentiel ; mais les institutions finissent toujours par vouloir appliquer une grille aux individus, et le m&#233;canisme de capture d&#233;crit par Nguyen pourrait s'appliquer aux pouvoirs comme il s'est appliqu&#233; aux notes. La protection tient au choix, r&#233;affirm&#233; tout au long du document, de ne jamais noter ni classer les personnes ; ce choix est politique, et il faudra le d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fabrication du document comme d&#233;monstration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un dernier d&#233;tail donne au texte sa coh&#233;rence. Dans la section &#171; Comment ce document a &#233;t&#233; fait &#187;, les auteur&#183;rices indiquent avoir r&#233;dig&#233; le texte avec des outils d'intelligence artificielle tout du long ; certains passages sont partis de brouillons produits par la machine, puis retravaill&#233;s, et aucune affirmation n'est entr&#233;e dans le texte &#171; sur la seule autorit&#233; d'un mod&#232;le &#187; : les questions, les concepts, les principes et les conclusions restent ceux de l'&#233;quipe. La division du travail d&#233;crite est celle-l&#224; m&#234;me que les auteur&#183;rices th&#233;orisent : l'ex&#233;cution partiellement d&#233;l&#233;gu&#233;e, l'intention, le jugement et la responsabilit&#233; conserv&#233;s. C'est aussi la mienne, que j'ai d&#233;crite dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/le-skill-comme-oeuvre?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le skill comme &#339;uvre&lt;/a&gt; : ce document sur l'autorat &#224; l'&#232;re de l'abondance est lui-m&#234;me une pi&#232;ce &#224; verser au dossier de ce que devient un auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.benoitlabourdette.com/IMG/pdf/2026_ia_tumo_making-making_thinking_and_learning_tumo_center_for_creative_technologies.pdf" length="1254357" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La climatisation cognitive</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-climatisation-cognitive</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-climatisation-cognitive</guid>
		<dc:date>2026-09-06T07:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Intelligence artificielle</dc:subject>
		<dc:subject>Outil</dc:subject>
		<dc:subject>Technologie</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Je&#251;ne</dc:subject>
		<dc:subject>Chaleur</dc:subject>
		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Burkina Faso</dc:subject>
		<dc:subject>Bruno Latour</dc:subject>
		<dc:subject>Intelligence collective</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosyst&#232;me</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Archives</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je propose un concept, la climatisation cognitive : l'intelligence artificielle comme adjuvant de la pens&#233;e et de l'action, comme le frais remet un corps en &#233;tat de fonctionner. Un adjuvant n'est ni un progr&#232;s &#224; c&#233;l&#233;brer ni une d&#233;mission &#224; d&#233;plorer ; il se juge &#224; sa technologie, &#224; sa construction et &#224; sa place dans le milieu. Je m'appuie sur Ivan Illich, Bruno Latour, Olivier Hamant et l'&#233;cole TUMO, et j'en tire quatre questions que chacun&#183;e peut se poser pour construire son climatiseur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/" rel="directory"&gt;Intelligence artificielle, cr&#233;ation et esprit critique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence-artificielle" rel="tag"&gt;Intelligence artificielle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/outil" rel="tag"&gt;Outil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/technologie" rel="tag"&gt;Technologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/jeune" rel="tag"&gt;Je&#251;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/chaleur" rel="tag"&gt;Chaleur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/burkina-faso" rel="tag"&gt;Burkina Faso&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/bruno-latour" rel="tag"&gt;Bruno Latour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence-collective" rel="tag"&gt;Intelligence collective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/ecosysteme" rel="tag"&gt;&#201;cosyst&#232;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/science" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/archives" rel="tag"&gt;Archives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/medecine" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_ia_climatisation_cognitive-a0ef8.jpg?1788768303' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je propose un concept, la climatisation cognitive : l'intelligence artificielle comme adjuvant de la pens&#233;e et de l'action, comme le frais remet un corps en &#233;tat de fonctionner. Un adjuvant n'est ni un progr&#232;s &#224; c&#233;l&#233;brer ni une d&#233;mission &#224; d&#233;plorer ; il se juge &#224; sa technologie, &#224; sa construction et &#224; sa place dans le milieu. Je m'appuie sur Ivan Illich, Bruno Latour, Olivier Hamant et l'&#233;cole TUMO, et j'en tire quatre questions que chacun&#183;e peut se poser pour construire son climatiseur cognitif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trop chaud pour penser&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai trop chaud, je ne peux rien faire. Mon corps souffre, il s'ab&#238;me, et toute mon attention se r&#233;duit &#224; chercher de l'ombre. Le frais ne pense pas &#224; ma place, il me rend mes moyens. Beaucoup d'entre nous connaissent, au travail, l'&#233;quivalent cognitif de cette chaleur : des &#233;quipes r&#233;duites qui croulent sous les courriels, des synth&#232;ses impossibles &#224; produire, des obligations de rendre compte qui d&#233;vorent le temps de faire. Dans cet &#233;tat, on ne pense plus, on tient. L'intelligence artificielle prend en charge une part de cette d&#233;pense mentale, les premiers jets, les synth&#232;ses, les reformulations, comme le climatiseur prend en charge la chaleur, et j'appelle climatisation cognitive cet usage de la machine comme adjuvant, qui remet des personnes en &#233;tat de penser et d'agir. Je formule ce concept parce que le d&#233;bat public reste coinc&#233; entre celles et ceux qui c&#233;l&#232;brent l'outil sans en regarder les co&#251;ts, et celles et ceux qui le d&#233;plorent et tiennent tout adjuvant pour une d&#233;mission de l'esprit. Or un adjuvant n'est ni bon ni mauvais en soi. La p&#233;nicilline est un adjuvant, les lunettes en sont un, le climatiseur aussi. Les questions utiles portent sur autre chose : de quelle technologie cet adjuvant est-il fait, comment est-il construit et par qui, et quelle place occupe-t-il dans le milieu, celui o&#249; tout le monde vit et pense.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole de Gando&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La formule attribu&#233;e &#224; Lavoisier, rien ne se perd, rien ne se cr&#233;e, tout se transforme, est vraie &#224; l'&#233;chelle de l'univers, et elle ne dit rien d'une situation tant qu'on n'a pas &#233;tudi&#233; le syst&#232;me. Pour me d&#233;placer d'un point &#224; un autre, je peux prendre un v&#233;lo ou un semi-remorque ; le d&#233;placement sera le m&#234;me, la d&#233;pense sans commune mesure. Le climatiseur &#224; compression, celui qu'on accroche aux fa&#231;ades, rejette bien dehors la chaleur qu'il pr&#233;l&#232;ve, augment&#233;e de celle de son compresseur, mais c'est vrai de cette machine-l&#224;, pas de la fra&#238;cheur en g&#233;n&#233;ral. Il suffit de quitter une dalle de ciment au soleil pour la terre ombrag&#233;e sous des arbres, vingt m&#232;tres plus loin, et l'on change de monde thermique, plus de vingt degr&#233;s d'&#233;cart au sol, plusieurs degr&#233;s dans l'air, sans rien consommer ni rien rejeter. L'architecte burkinab&#232; Di&#233;b&#233;do Francis K&#233;r&#233; a construit l&#224;-dessus son premier b&#226;timent, l'&#233;cole primaire de Gando, achev&#233;e en 2001, que j'ai visit&#233;e en 2015. Des murs en briques de terre comprim&#233;e, fabriqu&#233;es et mont&#233;es par le village lui-m&#234;me, amortissent la chaleur du jour ; une grande toiture de t&#244;le, sur&#233;lev&#233;e au-dessus du plafond, prot&#232;ge du soleil et laisse le vent emporter la chaleur ; on peut y faire classe quand il fait quarante degr&#233;s dehors, sans un appareil. Pour le lyc&#233;e, l'air entrant passe par des conduits enterr&#233;s, parce que le sol garde en profondeur une temp&#233;rature &#224; peu pr&#232;s constante. Ce travail a valu &#224; K&#233;r&#233; le prix Aga Khan en 2004, puis en 2022 le prix Pritzker, d&#233;cern&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; un architecte africain. L'&#233;cole de Gando donne le mod&#232;le : un adjuvant con&#231;u avec les mat&#233;riaux du lieu, construit par les personnes qui s'en servent, articul&#233; au vent et &#224; la terre, et qui enrichit son milieu, en fra&#238;cheur, en comp&#233;tences et en fiert&#233;, au lieu de rejeter sa chaleur sur les voisins. La technologie de l'adjuvant n'est jamais donn&#233;e d'avance, elle se con&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'outil convivial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ivan Illich, qu'on r&#233;duit trop souvent &#224; sa part critique, a pass&#233; un livre entier &#224; d&#233;fendre cette id&#233;e. Dans &lt;i&gt;La Convivialit&#233;&lt;/i&gt; (1973), il ne condamne pas l'outil, il trace une ligne de partage entre deux mani&#232;res pour l'outil d'exister parmi les humains :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'appelle soci&#233;t&#233; conviviale une soci&#233;t&#233; o&#249; l'outil moderne est au service de la personne int&#233;gr&#233;e &#224; la collectivit&#233;, et non au service d'un corps de sp&#233;cialistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ivan Illich, &#171; La Convivialit&#233; &#187;, 1973.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la ligne, Illich d&#233;crit le monopole radical, l'outil qui n'&#233;vince plus seulement ses concurrents mais les r&#233;ponses non techniques au besoin qu'il couvre ; l'automobile n'a pas seulement remplac&#233; le tramway, on a construit autour d'elle des villes o&#249; marcher est devenu impossible. Le besoin que couvre l'intelligence artificielle, savoir, formuler, d&#233;cider, a ses r&#233;ponses non techniques, demander &#224; une coll&#232;gue, chercher, laisser m&#251;rir une question, et elles m&#233;ritent d'&#234;tre entretenues comme on entretient les arbres d'une ville qui a aussi des climatiseurs. La ligne d'Illich me sert de boussole : la climatisation cognitive reste conviviale tant que l'outil est au service des personnes int&#233;gr&#233;es &#224; la collectivit&#233;, tant que chacun&#183;e peut s'en servir ou s'en passer, et elle bascule dans le monopole radical quand il devient la seule r&#233;ponse disponible. Tenir l'outil du bon c&#244;t&#233; de cette ligne est un travail, pas un destin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin des moyens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bruno Latour apporte au concept son deuxi&#232;me appui. Dans &#171; Morale et technique : la fin des moyens &#187; (&lt;i&gt;R&#233;seaux&lt;/i&gt;, n&#176; 100, 2000), il soutient que les techniques ne sont jamais de simples moyens au service de fins qui leur pr&#233;existeraient : elles sont des m&#233;diations, elles transforment nos fins en m&#234;me temps que nos moyens, elles nous font vouloir des choses que nous ne voulions pas avant elles. C'est pour cela qu'on ne juge pas un adjuvant une fois pour toutes, on y revient sans cesse. L'effet rebond, que l'&#233;conomiste William Stanley Jevons d&#233;crit d&#232;s 1865 et qu'Olivier Hamant raconte avec l'histoire des r&#233;frig&#233;rateurs (&lt;i&gt;Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant&lt;/i&gt;, Gallimard, &#171; Tracts &#187;, 2023), en est l'illustration exacte : les gains d'efficience abaissent le co&#251;t de l'usage, l'usage s'&#233;tend, et le moyen a d&#233;plac&#233; les fins. On peut lire cet effet comme une condamnation, et ce serait la pente du &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187;, dont je me m&#233;fie, parce qu'elle ne dit jamais quand se situe cet avant ni pour qui il &#233;tait mieux. Le canal de Suez donne la mesure de ce qu'on oublie dans cette nostalgie. &#192; partir de 1859, il a &#233;t&#233; creus&#233; &#224; la main par la corv&#233;e, un travail forc&#233; qui a mobilis&#233; quatre cent mille fellahs &#233;gyptiens et en a tu&#233; plusieurs dizaines de milliers, le chiffre de cent vingt mille morts avanc&#233; plus tard par Nasser restant discut&#233; faute d'archives ; apr&#232;s l'abolition de la corv&#233;e en 1864, des dragues &#224; vapeur ont pris le relais, et personne ne regrette les pelles. La p&#233;nicilline, autre adjuvant, a chang&#233; le sort de millions de malades. L'avanc&#233;e des connaissances et des techniques n'est pas un mal, et l'effet rebond n'est pas une fatalit&#233; morale : il faut seulement y lire que les gains d'un adjuvant ne trouvent pas d'eux-m&#234;mes leur destination, et qu'elle est &#224; d&#233;cider, par nous. C'est la le&#231;on de Latour : puisque le moyen d&#233;place les fins, il faut reprendre le tri de ce &#224; quoi l'on tient, r&#233;guli&#232;rement, ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des prot&#233;ines aux archives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cognition devenue abondante permet de faire des choses que nous ne pouvions pas faire, et il faut le dire aussi nettement qu'on &#233;nonce les critiques. Le programme AlphaFold a pr&#233;dit la structure de plus de deux cents millions de prot&#233;ines, mises &#224; la libre disposition des chercheur&#183;euses du monde entier, un travail que des d&#233;cennies de cristallographie n'auraient pas suffi &#224; accomplir, et le prix Nobel de chimie 2024 a r&#233;compens&#233; des travaux fond&#233;s sur ces machines, et celui de physique les d&#233;couvertes qui les ont rendues possibles. Des conservateur&#183;rices du patrimoine avec qui je travaille me disent que l'intelligence artificielle va changer la fa&#231;on de faire l'histoire, parce qu'elle rend explorables d'immenses corpus d'archives qu'aucune vie de chercheur&#183;euse ne suffirait &#224; lire, et qu'une cognition diff&#233;rente de la n&#244;tre y trouvera des liens que nous n'aurions pas faits ; j'ai d&#233;velopp&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/sa-betise-c-est-sa-force?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sa b&#234;tise, c'est sa force&lt;/a&gt; pourquoi cette diff&#233;rence de cognition est ce que ces machines ont de plus pr&#233;cieux &#224; nous apporter. Et le m&#234;me adjuvant sert aussi &#224; produire des articles &#224; la cha&#238;ne : les usines &#224; articles scientifiques, d&#233;sormais &#233;quip&#233;es de mod&#232;les g&#233;n&#233;ratifs, repr&#233;sentent de 1 &#224; 3 % des publications selon les estimations basses discut&#233;es au CNRS fin 2025, et la production mondiale, en forte croissance, d&#233;borde les capacit&#233;s de relecture par les pairs. La question du climatiseur se pose ici dans les m&#234;mes termes : ce mieux enrichit-il le milieu, comme les structures de prot&#233;ines offertes &#224; tous&#183;tes, ou enrichit-il certains en appauvrissant le milieu o&#249; les autres cherchent, comme les publications fabriqu&#233;es pour compter ? Le m&#234;me outil, selon sa place, fait l'un ou l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le frais rendu au lien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;prouv&#233; le concept avant de le formuler. En 2025 et 2026, j'ai men&#233; avec &lt;a href=&#034;https://alca-nouvelle-aquitaine.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ALCA Nouvelle-Aquitaine&lt;/a&gt; un &#233;tat des lieux concert&#233; de l'&#233;ducation aux images &#224; l'&#233;chelle de la r&#233;gion, que j'ai racont&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/animer-l-intelligence-collective-et-les-dynamiques-de-cooperation/etat-des-lieux-concerte-de-l-education-aux-images-en-nouvelle-aquitaine?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#201;tat des lieux concert&#233; de l'&#233;ducation aux images en Nouvelle-Aquitaine&lt;/a&gt;. L'intelligence artificielle y a pris en charge des t&#226;ches cognitives lourdes, les premiers jets des synth&#232;ses d'entretiens et d'ateliers, que nous reprenions et validions ensuite. Le gain ne s'est pas lu dans les documents, il s'est vu sur les personnes : moins de fatigue, plus de disponibilit&#233;, et toute l'&#233;nergie humaine report&#233;e sur ce qui ne se d&#233;l&#232;gue pas, la qualit&#233; du lien, l'&#233;coute, la confiance qui rend les contributions possibles. Sans cet adjuvant, il aurait fallu payer ces synth&#232;ses en salaires, en d&#233;placements, en soir&#233;es, et nous serions arriv&#233;s aux rencontres fatigu&#233;s, occup&#233;s, moins ouverts ; les contributions auraient &#233;t&#233; moins nombreuses et moins riches. D'ordinaire, ce genre d'&#233;tat des lieux produit des tableaux, combien d'actions, combien de s&#233;ances, des chiffres utiles aux tutelles et qui ne changent rien au travail des acteur&#183;rices, ce que j'ai analys&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/education-aux-images-compter-ou-accompagner?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#201;ducation aux images : compter ou accompagner ?&lt;/a&gt; ; l&#224;, nous nous sommes enrichis mutuellement, et nous avons prolong&#233; la d&#233;marche par une journ&#233;e d'intelligence collective. C'est la conclusion &#224; laquelle arrivent aussi les auteur&#183;rices de l'&#233;cole &lt;a href=&#034;https://www.tumo.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TUMO&lt;/a&gt;, dont j'ai pr&#233;sent&#233; le document strat&#233;gique dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/ne-pas-lacher-la-manette?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#233;cole de ce qui ne se d&#233;l&#232;gue pas&lt;/a&gt; : quand la capacit&#233; intellectuelle devient abondante, ce qui devient rare, c'est l'autorat et la connexion, et l'adjuvant bien plac&#233; sert &#224; les cultiver, pas &#224; les remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand la capacit&#233; devient une marchandise, l'&#233;cole ne devient pas moins n&#233;cessaire. Elle gagne en importance, mais devient autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TUMO Center for Creative Technologies, &#171; Making, thinking and learning when capability is no longer scarce &#187;, 2026.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le corps, premier utilisateur d'adjuvants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le vivant use d'adjuvants depuis toujours, et il en r&#232;gle l'usage mieux que nous. Olivier Hamant d&#233;crit la fi&#232;vre comme une performance sur d&#233;rogation : notre temp&#233;rature de croisi&#232;re, trente-sept degr&#233;s, m&#233;nage une marge, et l'organisme la mobilise quand un pathog&#232;ne l'exige, pour un temps, car une fi&#232;vre permanente d&#233;truirait les prot&#233;ines qu'elle d&#233;fend. Et la maladie fait conna&#238;tre &#224; tout le monde un second geste. Quand nous sommes malades, m&#234;me sans fi&#232;vre, le corps nous retire l'&#233;nergie de la relation, parler, agir, dig&#233;rer co&#251;tent trop, et il nous couche ; il cesse de se d&#233;penser vers l'ext&#233;rieur pour consacrer toute son &#233;nergie &#224; se r&#233;parer. La m&#233;decine aide ce travail, les antibiotiques, les vaccins, les op&#233;rations font parfois pencher la balance entre la gu&#233;rison et la mort, mais ce sont des adjuvants au sens strict : au bout du compte, c'est toujours le corps qui se soigne, et le meilleur m&#233;decin du monde est celui qui l'y aide le mieux. Je le sais aussi par une pratique. Je je&#251;ne depuis huit ans, selon la m&#233;thode dite hygi&#233;niste, &#224; l'eau seulement ; le corps s'y met &#224; l'arr&#234;t comme dans la maladie, plus d'&#233;nergie de digestion, plus d'&#233;nergie de communication, et je ne peux rien faire, m&#234;me quand je le voudrais, le corps d&#233;cide. Il emploie alors toute son &#233;nergie &#224; l'entretien int&#233;rieur, il vit sur ses r&#233;serves et recycle ses composants ab&#238;m&#233;s, ce que les biologistes nomment l'autophagie, dont Yoshinori Ohsumi, prix Nobel de m&#233;decine 2016, a &#233;lucid&#233; les m&#233;canismes ; on trouve d'ailleurs le je&#251;ne dans presque toutes les religions, et notre langue en garde la trace, d&#233;jeuner venant du latin &lt;i&gt;disjejunare&lt;/i&gt;, rompre le je&#251;ne. J'en retiens la r&#232;gle d'usage que le corps applique &#224; ses propres adjuvants : ils aident un travail qu'ils ne font pas &#224; notre place, ils se d&#233;clenchent quand la situation l'exige, et ils s'effacent quand le travail est int&#233;rieur. La climatisation cognitive gagne &#224; se r&#233;gler ainsi, mobilis&#233;e pour faire face, &#233;teinte pour laisser m&#251;rir et prot&#233;ger ce temps o&#249; rien n'est d&#251;, que d&#233;fendent les auteur&#183;rices de TUMO.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatre questions pour construire son climatiseur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce concept n'a d'int&#233;r&#234;t que s'il se traduit en actes. Je propose, pour chaque usage personnel et chaque d&#233;ploiement dans une organisation, de nous poser quatre questions, qui sont celles qu'on poserait &#224; un climatiseur :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Quelle est sa technologie ?&lt;/strong&gt; Un mod&#232;le proportionn&#233; &#224; la t&#226;che, comme on prend le v&#233;lo pour aller chercher le pain ; j'ai d&#233;fendu dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/l-arte-povera-de-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'arte povera de l'intelligence artificielle&lt;/a&gt; le parti cr&#233;atif qu'on peut tirer des mod&#232;les modestes, et il existe des mod&#232;les petits, sp&#233;cialis&#233;s, installables sur sa propre machine.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Comment est-il construit, et par qui ?&lt;/strong&gt; L'&#233;cole de Gando a &#233;t&#233; b&#226;tie par le village, qui en a gard&#233; les comp&#233;tences ; la propri&#233;t&#233; des machines et des mod&#232;les est une question politique, que j'ai propos&#233;e dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/cultures-de-la-resilience/la-terre-qu-on-cultive?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La terre qu'on cultive&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Quelle est sa place dans le milieu ?&lt;/strong&gt; Le test de sant&#233; commune d'Olivier Hamant sert ici de jauge : l'usage doit alimenter la sant&#233; des personnes, la sant&#233; sociale et la sant&#233; des milieux, sans exception ; un usage qui all&#232;ge une personne en chargeant le milieu o&#249; les autres cherchent &#233;choue au test.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Que fait-on du frais ?&lt;/strong&gt; Le temps et l'&#233;nergie que l'adjuvant d&#233;gage ne trouvent pas d'eux-m&#234;mes leur destination ; elle se d&#233;cide, et la meilleure que je connaisse est celle de l'&#233;tat des lieux n&#233;o-aquitain : le lien, l'&#233;coute, la qualit&#233; des contributions, tout ce qui ne se d&#233;l&#232;gue pas.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Un climatiseur ne se subit pas, il se con&#231;oit, et cette conception est &#224; notre port&#233;e : elle commence &#224; la prochaine r&#233;union, quand quelqu'un demande &#224; quoi servira le temps que la machine vient de rendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que sont les comp&#233;tences psychosociales ?</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/que-sont-les-competences-psychosociales</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/que-sont-les-competences-psychosociales</guid>
		<dc:date>2026-09-05T04:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Comp&#233;tences psychosociales</dc:subject>
		<dc:subject>Empathie</dc:subject>
		<dc:subject>Jeunes</dc:subject>
		<dc:subject>Adolescents</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; mentale</dc:subject>
		<dc:subject>Protection Judiciaire de la Jeunesse</dc:subject>
		<dc:subject>Protection de l'enfance</dc:subject>
		<dc:subject>Serge Tisseron</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;motion</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;vention</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ativit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le terme figure dans les circulaires, les appels &#224; projets et les r&#233;unions d'&#233;quipe, et beaucoup de professionnel&#183;les de la jeunesse travaillent ces comp&#233;tences sans les nommer. Je propose ici de le d&#233;finir : d'o&#249; il vient, ce que contient la classification fran&#231;aise en neuf comp&#233;tences, pourquoi l'empathie en est le socle. Trois choses en d&#233;coulent pour l'action : ces comp&#233;tences se construisent &#224; tout &#226;ge, elles d&#233;pendent des conditions autant que des personnes, et celles des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/" rel="directory"&gt;Culture, jeunesse et num&#233;rique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/competences-psychosociales" rel="tag"&gt;Comp&#233;tences psychosociales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/empathie" rel="tag"&gt;Empathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/jeunes" rel="tag"&gt;Jeunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/adolescents" rel="tag"&gt;Adolescents&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/sante-mentale" rel="tag"&gt;Sant&#233; mentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/protection-judiciaire-de-la-jeunesse" rel="tag"&gt;Protection Judiciaire de la Jeunesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/protection-de-l-enfance" rel="tag"&gt;Protection de l'enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/serge-tisseron" rel="tag"&gt;Serge Tisseron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/emotion" rel="tag"&gt;&#201;motion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/prevention" rel="tag"&gt;Pr&#233;vention&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/creativite" rel="tag"&gt;Cr&#233;ativit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH100/2026_jeunesse_definition_cps-fe218.jpg?1788764827' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le terme figure dans les circulaires, les appels &#224; projets et les r&#233;unions d'&#233;quipe, et beaucoup de professionnel&#183;les de la jeunesse travaillent ces comp&#233;tences sans les nommer. Je propose ici de le d&#233;finir : d'o&#249; il vient, ce que contient la classification fran&#231;aise en neuf comp&#233;tences, pourquoi l'empathie en est le socle. Trois choses en d&#233;coulent pour l'action : ces comp&#233;tences se construisent &#224; tout &#226;ge, elles d&#233;pendent des conditions autant que des personnes, et celles des professionnel&#183;les sont en jeu autant que celles des jeunes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un programme contre le tabac, puis une d&#233;finition de l'OMS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1980, le psychologue am&#233;ricain Gilbert Botvin et deux coll&#232;gues publient dans la revue &lt;i&gt;Preventive Medicine&lt;/i&gt; les r&#233;sultats d'un programme scolaire con&#231;u pour retarder la premi&#232;re cigarette chez des adolescent&#183;es scolaris&#233;&#183;es. L'expression figure dans le titre de l'article : &lt;i&gt;life skills training&lt;/i&gt;, entra&#238;nement aux comp&#233;tences de vie. Botvin et son &#233;quipe partent d'un constat : expliquer aux adolescent&#183;es que fumer est dangereux ne les emp&#234;che pas de commencer. Avec leur programme, iels exercent les adolescent&#183;es &#224; autre chose : r&#233;sister &#224; la pression du groupe, prendre une d&#233;cision par soi-m&#234;me, supporter l'anxi&#233;t&#233; d'une situation sociale. Cette mani&#232;re de faire s'est r&#233;pandue dans toute la pr&#233;vention. Le &#171; perfectionnement des aptitudes indispensables &#224; la vie &#187; figure dans la Charte d'Ottawa de 1986, texte fondateur de la promotion de la sant&#233;. En 1993, la Division de la sant&#233; mentale de l'&lt;a href=&#034;https://www.who.int/fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Organisation mondiale de la sant&#233;&lt;/a&gt; publie un document sur l'&#233;ducation aux &lt;i&gt;life skills&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;cole, avec une d&#233;finition qui sert encore de r&#233;f&#233;rence : les comp&#233;tences psychosociales y sont &#171; la capacit&#233; d'une personne &#224; r&#233;pondre avec efficacit&#233; aux exigences et aux &#233;preuves de la vie quotidienne &#187;, et la suite de la d&#233;finition porte sur l'aptitude &#224; maintenir un &#233;tat de bien-&#234;tre mental en adoptant un comportement appropri&#233; dans ses relations avec les autres, sa culture et son environnement. En fran&#231;ais, on a d'abord parl&#233; d'&#171; aptitudes indispensables &#224; la vie &#187; et de &#171; comp&#233;tences utiles &#224; la vie &#187; ; c'est &#171; comp&#233;tences psychosociales &#187; qui s'est impos&#233;, avec une liste de dix aptitudes pr&#233;sent&#233;es par couples : r&#233;soudre les probl&#232;mes et prendre des d&#233;cisions, avoir une pens&#233;e critique et une pens&#233;e cr&#233;ative, communiquer et &#234;tre habile dans les relations, avoir conscience de soi et de l'empathie pour les autres, g&#233;rer ses &#233;motions et son stress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;dopsychiatre Marie-No&#235;lle Cl&#233;ment, qui dirige l'h&#244;pital de jour pour enfants du &lt;a href=&#034;https://www.cerep-phymentin.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CEREP&lt;/a&gt; &#224; Paris, a relev&#233; le 27 novembre 2025, lors d'&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/l-art-et-la-culture-au-service-des-competences-psychosociales?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un s&#233;minaire territorial de la Protection judiciaire de la jeunesse du Limousin&lt;/a&gt; que j'animais, le mot &#171; efficacit&#233; &#187; dans cette d&#233;finition. On peut la lire de deux mani&#232;res : l'une o&#249; les comp&#233;tences psychosociales servent l'&#233;panouissement de la personne, l'autre o&#249; elles servent son adaptation aux normes de la soci&#233;t&#233;. Dans ses mots, &#171; il y a toujours cette tension entre ce qui va faire du bien &#224; la personne, de quelle mani&#232;re elle va pouvoir tracer son propre chemin, et ce qui fait du bien &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;. Les deux versions existent dans les textes et dans les pratiques, et je ne crois pas qu'il faille choisir. Les professionnel&#183;les qui accompagnent des jeunes en difficult&#233; travaillent pr&#233;cis&#233;ment dans cette tension : aider &#224; s'adapter assez pour s'en sortir, sans renoncer &#224; ce que la personne devienne davantage elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois familles, neuf comp&#233;tences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2022, &lt;a href=&#034;https://www.santepubliquefrance.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sant&#233; publique France&lt;/a&gt; a publi&#233; un &#233;tat des connaissances scientifiques dans lequel la d&#233;finition et la classification sont actualis&#233;es. Les comp&#233;tences psychosociales y deviennent &#171; un ensemble coh&#233;rent et interreli&#233; de capacit&#233;s psychologiques &#187;, cognitives, &#233;motionnelles et sociales, gr&#226;ce auxquelles une personne gagne en pouvoir d'agir, maintient son bien-&#234;tre psychique et noue des relations plus constructives. C'est cette classification en trois familles qu'on retrouve aujourd'hui dans les textes officiels, et je la restitue ici avec ce que j'en comprends &#224; partir de mes ateliers :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Les comp&#233;tences cognitives.&lt;/strong&gt; La conscience de soi, d'abord, qui consiste &#224; conna&#238;tre ses forces et ses limites, savoir qu'on peut &#234;tre influenc&#233;&#183;e, avoir un avis sur soi-m&#234;me, prendre soin de soi. La ma&#238;trise de soi, ensuite, qui n'est pas la m&#234;me chose : g&#233;rer ses impulsions, se donner un but, planifier pour l'atteindre. On y pense pour la violence ; la capacit&#233; de tenir un projet dans la dur&#233;e en rel&#232;ve tout autant. Enfin la prise de d&#233;cision constructive : faire des choix, r&#233;soudre un probl&#232;me avec de la cr&#233;ativit&#233;. Je m'attarde sur cette derni&#232;re, parce que la cr&#233;ativit&#233; est un risque social. Oser proposer quelque chose de soi aux autres, c'est s'exposer au jugement, et presque tout le monde, moi compris, trouve cela difficile. C'est pourtant dans cette difficult&#233; que se construisent la confiance en soi et la l&#233;gitimit&#233; sociale.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Les comp&#233;tences &#233;motionnelles.&lt;/strong&gt; La conscience de ses &#233;motions et de son stress, c'est-&#224;-dire les identifier et les comprendre. Nous confondons volontiers ce que nous sommes et ce que nous ressentons. Un&#183;e jeune en col&#232;re croit que la col&#232;re dit qui iel est, et s'installe dans l'opposition comme dans une identit&#233;. Les &#233;motions nous traversent, elles ne disent pas qui nous sommes. Mettre un mot sur l'&#233;motion que je suis en train de vivre, c'est d&#233;j&#224; prendre de la distance avec elle. Vient ensuite la r&#233;gulation des &#233;motions, comment je fais avec ma col&#232;re, ma tristesse, et aussi avec ma joie, qu'on peut tr&#232;s mal g&#233;rer. Puis la gestion du stress, qui rel&#232;ve de l'organisation quotidienne : comment je me pr&#233;pare &#224; une situation qui pourrait devenir stressante.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Les comp&#233;tences sociales.&lt;/strong&gt; La communication constructive, o&#249; l'empathie revient : &#233;couter, demander de reformuler quand on n'a pas compris, savoir faire un retour &#224; quelqu'un. Le d&#233;veloppement de relations constructives : aller vers les autres, coop&#233;rer, s'entraider, mettre son ego de c&#244;t&#233; pour le bien de la relation et du collectif. Et la r&#233;solution des difficult&#233;s : savoir demander de l'aide, ce qui est l'une des choses les plus difficiles qui soient, savoir refuser, et faire quelque chose d'un conflit au lieu de le subir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;coupages sont, pour moi, des outils de pens&#233;e. Mettre des mots plus pr&#233;cis sur ce que nous faisons avec les jeunes aide &#224; concevoir un projet, et, sur le terrain, &#224; comprendre ce qui est en train de se passer. Dans le document qu'elle a publi&#233; en mars 2024 sur la place des comp&#233;tences psychosociales dans son action &#233;ducative, la &lt;a href=&#034;https://www.justice.gouv.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Direction de la Protection judiciaire de la jeunesse&lt;/a&gt; dresse la liste des difficult&#233;s que rencontrent le plus souvent les jeunes qu'elle suit : une motivation fragile qui prend la forme de l'inertie ou de l'agressivit&#233;, des discours de d&#233;couragement et d'auto-d&#233;valorisation, la difficult&#233; &#224; supporter un refus ou une r&#233;ponse diff&#233;r&#233;e, une mauvaise connaissance de soi, un parcours scolaire jalonn&#233; d'&#233;checs, le besoin de garder sa place parmi des pairs d&#233;viants. Lue avec la grille ci-dessus, chacune de ces difficult&#233;s se relit comme une comp&#233;tence insuffisamment construite, donc comme une comp&#233;tence qui peut l'&#234;tre. En lisant ainsi, on n'efface rien des difficult&#233;s ; on change ce qu'on peut en faire, et on se prot&#232;ge aussi de l'usure, parce qu'on ne prend plus pour soi ce qu'on a compris comme un d&#233;veloppement emp&#234;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'empathie, socle des comp&#233;tences psychosociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marie-No&#235;lle Cl&#233;ment travaille avec le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron au sein des &lt;a href=&#034;https://sergetisseron.com/petits-laboratoires-dempathie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Petits Laboratoires d'Empathie&lt;/a&gt;, et je collabore avec l'un et l'autre depuis de longues ann&#233;es. L'empathie figure dans la liste de l'OMS, et on la retrouve dans la classification fran&#231;aise sous la forme de l'&#233;coute empathique ; Marie-No&#235;lle Cl&#233;ment en fait le socle de toutes les autres comp&#233;tences, et je partage cette position, parce que l'empathie est la construction m&#234;me de la personne dans son rapport aux autres et &#224; elle-m&#234;me. Elle d&#233;finit l'empathie en trois dimensions : comprendre ce que vit l'autre, &#234;tre touch&#233;&#183;e par ce qu'iel vit, et engager quelque chose d'aidant &#224; partir de cette compr&#233;hension. Serge Tisseron a mod&#233;lis&#233; la construction de l'empathie par &#233;tages, la coque, le pont et la chemin&#233;e d'un bateau, et j'ai expos&#233; ce mod&#232;le en d&#233;tail dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/ecrans-adolescence-et-vie-psychique/le-bateau-des-empathies?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le bateau des empathies&lt;/a&gt;. J'en retiens ici deux &#233;l&#233;ments pour la d&#233;finition des comp&#233;tences psychosociales :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le premier est l'auto-empathie.&lt;/strong&gt; L'empathie pour soi se construit par les m&#234;mes &#233;tapes que l'empathie pour autrui : identifier ses propres &#233;motions, se soucier de son propre bien-&#234;tre, comprendre ses propres &#233;tats mentaux, se projeter dans une situation &#224; venir pour s'y pr&#233;parer. Ce sont les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille, et c'est pour cela que les comp&#233;tences dites &#233;motionnelles et les comp&#233;tences dites sociales ne se travaillent pas s&#233;par&#233;ment, puisque ce qui semble un d&#233;veloppement personnel a des effets sociaux, et ce qui se joue dans un groupe a des effets sur la construction de chaque personne. C'est aussi pour cela que les dynamiques de groupe comptent autant, dans mes ateliers, que ce que chacun&#183;e y fait.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le second est qu'il n'est jamais trop tard.&lt;/strong&gt; Une professionnelle a demand&#233; &#224; Marie-No&#235;lle Cl&#233;ment, ce 27 novembre, ce qu'on peut faire quand certaines &#233;tapes ont manqu&#233; dans la petite enfance, avec un&#183;e jeune de quinze ans. Sa r&#233;ponse : il existe des p&#233;riodes favorables, des &#226;ges o&#249; une acquisition se fait plus facilement, mais rien ne se referme ; &#171; avec des grands, on peut reprendre des &#233;tapes qui auraient d&#251; se faire avec des b&#233;b&#233;s &#187;, par l'imitation motrice, la mise en mots des &#233;motions, le jeu symbolique, parce que le cerveau reste plastique. C'est plus lent, cela demande plus de cr&#233;ativit&#233;, et cela passe souvent par des m&#233;diations, l'art, le sport, le jeu, qui permettent d'atteindre ce qu'on ne peut pas aborder de front &#224; cet &#226;ge. Je le dis aux &#233;quipes avec qui je travaille : ce que nous faisons sert &#224; quelque chose, et ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les p&#233;dopsychiatres.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'environnement compte autant que la personne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Protection judiciaire de la jeunesse, dans son document de 2024, distingue trois dimensions qui interagissent : les aptitudes individuelles des jeunes, les postures des professionnel&#183;les, et les environnements et lieux de vie. Je tiens &#224; cette formulation parce qu'avec elle on &#233;vite de trop psychologiser. Au-del&#224; de la question de savoir si tel&#183;le jeune, ou moi-m&#234;me, avons ces comp&#233;tences, il y a celle des conditions que nous mettons en place pour qu'elles puissent s'exercer et pour que l'empathie puisse se d&#233;ployer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple que je donne souvent. On emm&#232;ne un groupe de jeunes au th&#233;&#226;tre ou au mus&#233;e. Iels sont un peu turbulent&#183;es, et &#224; l'arriv&#233;e le personnel d'accueil les remet &#224; leur place avec rudesse. Iels viennent de subir une agression, au sens psychique, et pour continuer d'exister iels doivent se prot&#233;ger, donc fermer les &#233;coutilles. D&#232;s lors, la proposition artistique qui leur est faite ne peut plus les atteindre, quelle que soit sa qualit&#233;. On dira que les jeunes sont responsables, ou que le personnel l'est ; je crois que les deux le sont, et que la question qui m'occupe est diff&#233;rente : qu'est-ce que moi, qui accompagne ce groupe, je peux faire pour que le trajet, l'attente, l'arriv&#233;e soient pens&#233;s au m&#234;me titre que le spectacle ? Peut-&#234;tre faire moins de choses, ou des choses plus modestes. Les comp&#233;tences psychosociales se jouent dans tout le parcours, pas seulement dans l'atelier ou la repr&#233;sentation, et un projet culturel n'a rien de magique, on peut faire beaucoup avec la culture et on peut aussi faire des choses d&#233;plorables avec un projet culturel. &#192; l'inverse, quand la sortie se passe bien parce que les professionnel&#183;les des deux c&#244;t&#233;s se sont organis&#233;&#183;es, cela marque durablement le v&#233;cu des jeunes, qui y construisent leur rapport aux autres. L'empathie sociale s'&#233;duque dans les deux sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit aussi, avec cet exemple, pourquoi les comp&#233;tences psychosociales des professionnel&#183;les sont en jeu autant que celles des jeunes. Le personnel d'accueil qui r&#233;agit avec brusquerie n'a pas pens&#233; sa r&#233;action, et elle porte pr&#233;judice &#224; tout le monde, lui compris. Aider des jeunes &#224; d&#233;velopper leurs comp&#233;tences touche forc&#233;ment aux n&#244;tres : notre capacit&#233; &#224; nommer nos &#233;motions, &#224; supporter qu'un groupe ne fasse pas ce que nous avions pr&#233;vu, &#224; accueillir un d&#233;saccord. C'est la raison pour laquelle &lt;a href=&#034;https://promotion-sante-na.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Promotion Sant&#233; Nouvelle-Aquitaine&lt;/a&gt;, quand elle a pr&#233;sent&#233; &#224; Limoges les crit&#232;res d'efficacit&#233; des interventions, a plac&#233; en premier le travail avec les professionnel&#183;les, avant celui avec les jeunes, puis une p&#233;dagogie active et exp&#233;rientielle, puis l'am&#233;nagement d'espaces qui donnent un sentiment de s&#233;curit&#233;. On ne peut pas demander &#224; des professionnel&#183;les d'accompagner le d&#233;veloppement des comp&#233;tences psychosociales des jeunes sans leur donner les conditions pour travailler les leurs : des temps de formation et d'analyse de pratique, des communaut&#233;s de pratique. Et prendre soin de sa propre vie int&#233;rieure, comme le dit Marie-No&#235;lle Cl&#233;ment, est une comp&#233;tence professionnelle, pas un luxe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nommer, ou faire sans le dire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Samera Zemani, conseill&#232;re technique en promotion de la sant&#233; &#224; la direction territoriale de la PJJ du Limousin, le disait en cl&#244;ture du &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/quand-trente-cinq-professionnel-le-s-decouvrent-leurs-competences?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;minaire interprofessionnel du 12 janvier 2026&lt;/a&gt; : &#171; nous faisons tous des comp&#233;tences psychosociales &#187;, de mani&#232;re informelle, sans les nommer. C'est vrai des &#233;ducateur&#183;rices, des enseignant&#183;es, des soignant&#183;es, des animateur&#183;rices culturel&#183;les. Le cadre th&#233;orique vient apr&#232;s, et il sert &#224; nommer, &#224; relier, et &#224; partager entre coll&#232;gues et entre institutions ce que chacun&#183;e faisait dans son coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il, directement avec les jeunes, expliciter les comp&#233;tences qu'on travaille ? Cela d&#233;pend, et je n'ai pas de r&#232;gle. Une situation que j'ai v&#233;cue en formation illustre le risque. Lors d'une formation d'&#233;ducateur&#183;rices que je conduisais avec Serge Tisseron, une intervenante ext&#233;rieure est arriv&#233;e un apr&#232;s-midi devant un groupe qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; travailler ensemble et qui se connaissait, et a commenc&#233; par de longues consignes : soyez bienveillant&#183;es les un&#183;es avec les autres, ne vous jugez pas, &#233;coutez-vous. Le groupe se regardait. Tout cela fonctionnait d&#233;j&#224; entre nous, et elle ne l'avait pas vu, parce qu'elle n'avait pas &#233;cout&#233; les personnes qu'elle venait rencontrer. Quelqu'un a fini par lever la main pour lui dire qu'on pouvait y aller. Ce qu'elle croyait poser comme un cadre &#233;tait re&#231;u comme de la condescendance. Avec des adultes, cela s'est r&#233;gl&#233; en une phrase ; avec des jeunes, &#234;tre pris&#183;es pour des incapables &#224; qui on explique comment se comporter aurait fait des d&#233;g&#226;ts. &#192; l'inverse, quand un groupe a v&#233;cu quelque chose ensemble, mettre des mots apr&#232;s coup sur ce qui s'est pass&#233; peut &#234;tre extr&#234;mement riche, parce que les mots se posent alors sur une exp&#233;rience et non &#224; sa place. J'ai d&#233;crit cette dialectique dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/action-ou-information?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Action ou information ?&lt;/a&gt;, et dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/accompagnement-des-politiques-culturelles/developper-les-competences-psychosociales-par-les-pratiques-artistiques?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;velopper les comp&#233;tences psychosociales par les pratiques artistiques&lt;/a&gt; la mani&#232;re dont je construis des ateliers de cr&#233;ation courts pour que l'exp&#233;rience pr&#233;c&#232;de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mots que j'emploie avec pr&#233;caution dans ce domaine. Le premier est &#171; valoriser &#187;. Qui dit valorisation dit hi&#233;rarchie, et c'est la hi&#233;rarchie qui est violente : le premier prix suppose un dernier. Ce que nous faisons avec les jeunes, c'est de la construction de soi, et une valorisation est bien plus &#233;ph&#233;m&#232;re qu'une construction. Le second est &#171; r&#233;sultat &#187;. L'empathie se construit par &#233;tapes, nous l'avons vu ; la seule chose que nous travaillons, dans un projet culturel au service des comp&#233;tences psychosociales, c'est un processus. S'il n'y a pas le film ou le spectacle qu'on avait pr&#233;vu mais qu'il y a eu un bon processus, le projet est r&#233;ussi. Et si les personnes d'un groupe ont des opinions oppos&#233;es, c'est aussi quelque chose &#224; pr&#233;server. Je le dis souvent aux jeunes : on a le droit de ne pas &#234;tre d'accord. Notre syst&#232;me d&#233;mocratique repose sur la controverse, l'&lt;a href=&#034;https://www.assemblee-nationale.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Assembl&#233;e nationale&lt;/a&gt; en est faite. Un groupe qui croirait devoir &#234;tre toujours d'accord pour fonctionner ne d&#233;velopperait pas des comp&#233;tences sociales, il apprendrait &#224; se taire. Accueillir le d&#233;saccord sans que personne y perde sa dignit&#233; est peut-&#234;tre, de toutes les comp&#233;tences de la liste, celle qui demande le plus aux adultes qui accompagnent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le premier harc&#232;lement scolaire</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/ecrans-adolescence-et-vie-psychique/le-premier-harcelement-scolaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/ecrans-adolescence-et-vie-psychique/le-premier-harcelement-scolaire</guid>
		<dc:date>2026-09-04T08:27:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>La jeunesse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cole</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Harc&#232;lement</dc:subject>
		<dc:subject>Violence</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Neurosciences</dc:subject>
		<dc:subject>Empathie</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie</dc:subject>
		<dc:subject>Olivier Houd&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Ranci&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;motion</dc:subject>
		<dc:subject>Confiance</dc:subject>
		<dc:subject>Domination</dc:subject>
		<dc:subject>Adolescents</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand on parle de harc&#232;lement scolaire, on pense aux &#233;l&#232;ves entre eux. La violence que les &#233;l&#232;ves subissent de la part des adultes, la notation publique, le classement, la punition, on ne la regarde pas, et le simple fait d'en parler passe pour une attaque contre les enseignant&#183;es. Ce n'est pas mon propos. Personne n'a choisi cette situation, les enseignant&#183;es la subissent eux aussi, et c'est ce que j'appelle syst&#233;mique. Je voudrais seulement apporter ici un &#233;clairage inhabituel, que je (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/ecrans-adolescence-et-vie-psychique/" rel="directory"&gt;&#201;crans, adolescence et vie psychique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/domaines/la-jeunesse" rel="tag"&gt;La jeunesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/ecole" rel="tag"&gt;&#201;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/education" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/harcelement" rel="tag"&gt;Harc&#232;lement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/violence" rel="tag"&gt;Violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/neurosciences" rel="tag"&gt;Neurosciences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/empathie" rel="tag"&gt;Empathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/autonomie" rel="tag"&gt;Autonomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/olivier-houde" rel="tag"&gt;Olivier Houd&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/jacques-ranciere-1965" rel="tag"&gt;Jacques Ranci&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/michel-foucault" rel="tag"&gt;Michel Foucault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/emotion" rel="tag"&gt;&#201;motion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/confiance" rel="tag"&gt;Confiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/domination" rel="tag"&gt;Domination&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/adolescents" rel="tag"&gt;Adolescents&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_ados_harcelement_scolaire-395a5.jpg?1788510717' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand on parle de harc&#232;lement scolaire, on pense aux &#233;l&#232;ves entre eux. La violence que les &#233;l&#232;ves subissent de la part des adultes, la notation publique, le classement, la punition, on ne la regarde pas, et le simple fait d'en parler passe pour une attaque contre les enseignant&#183;es. Ce n'est pas mon propos. Personne n'a choisi cette situation, les enseignant&#183;es la subissent eux aussi, et c'est ce que j'appelle syst&#233;mique. Je voudrais seulement apporter ici un &#233;clairage inhabituel, que je crois utile &#224; celles et ceux qui font ce travail sur le terrain. Le sujet est &#233;tudi&#233; depuis plus de quarante ans, et il reste presque absent du d&#233;bat public.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; C'est pour ton bien &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyste Alice Miller a publi&#233; en 1980 le livre fondateur de ce champ, &lt;i&gt;C'est pour ton bien. Racines de la violence dans l'&#233;ducation de l'enfant&lt;/i&gt;. Elle y d&#233;crit ce qu'elle nomme, en reprenant l'expression de Katharina Rutschky, la &lt;i&gt;p&#233;dagogie noire&lt;/i&gt;, cette tradition &#233;ducative qui brise la volont&#233; de l'enfant pour son bien suppos&#233;. Sa d&#233;couverte la plus d&#233;rangeante concerne le d&#233;ni. La violence &#233;ducative ne survit pas malgr&#233; sa justification, elle survit par elle. L'enfant doit croire qu'on le frappe ou qu'on l'humilie pour son bien, l'adulte le croit aussi, puisqu'il a lui-m&#234;me &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; ainsi, et la violence devient invisible aux deux. C'est le m&#233;canisme exact du tabou que je d&#233;cris, on ne voit pas ce qu'on a appris &#224; tenir pour un bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Maurel a prolong&#233; ce travail en France avec &lt;i&gt;La Fess&#233;e. Questions sur la violence &#233;ducative&lt;/i&gt;, paru en 2001 &#224; La Plage, puis en fondant l'&lt;a href=&#034;https://www.oveo.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire de la violence &#233;ducative ordinaire&lt;/a&gt;. Dans le concept de &lt;i&gt;violence &#233;ducative ordinaire&lt;/i&gt;, tout tient dans le mot ordinaire. Cette violence n'est pas cach&#233;e, elle est normale, exerc&#233;e en public, approuv&#233;e, conseill&#233;e. La loi du 10 juillet 2019 a fini par inscrire dans le code civil que l'autorit&#233; parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. Cette loi s'adresse aux familles. &#192; l'&#233;cole, rendre les copies par ordre d&#233;croissant de note reste parfaitement l&#233;gal, et le classement est m&#234;me l'un des instruments officiels de l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Bonnardel a donn&#233; une th&#233;orie d'ensemble de cette asym&#233;trie dans &lt;i&gt;La domination adulte. L'oppression des mineurs&lt;/i&gt;, en 2015. Sa th&#232;se tient en une phrase : la &lt;i&gt;domination adulte&lt;/i&gt; est le dernier rapport de domination que nos soci&#233;t&#233;s ne questionnent pas, celui dont la remise en cause para&#238;t encore absurde ou dangereuse. On peut discuter sa radicalit&#233;. Elle a le m&#233;rite de nommer la raison pour laquelle ce que j'&#233;cris ici semblera pol&#233;mique &#224; certains lecteurs, alors que je ne fais que d&#233;crire des pratiques quotidiennes et document&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les copies rendues par ordre d&#233;croissant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;cole fran&#231;aise, cette documentation existe. Le sociologue Pierre Merle a publi&#233; en 2005 &lt;i&gt;L'&#233;l&#232;ve humili&#233;. L'&#233;cole, un espace de non-droit ?&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; en 2012. Sa m&#233;thode a quelque chose de troublant. Il a demand&#233; &#224; de jeunes adultes inscrits en IUFM, donc &#224; de futur&#183;es enseignant&#183;es, de se souvenir d'un moment de leur propre scolarit&#233; o&#249; ils ou elles s'&#233;taient senti&#183;es humili&#233;&#183;es et priv&#233;&#183;es d'un droit. Le corpus qu'il obtient n'est donc pas fait de cas extr&#234;mes, il est fait des souvenirs ordinaires de gens qui ont plut&#244;t bien r&#233;ussi &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces personnes racontent, dans leur grande majorit&#233;, des situations d'&#233;valuation. Les copies rendues par ordre d&#233;croissant de note, la lecture &#224; voix haute des plus mauvaises, la r&#233;partition des &#233;l&#232;ves dans la classe selon leurs r&#233;sultats. Merle rattache ces pratiques &#224; ce qu'il nomme l'&lt;i&gt;id&#233;ologie du classement&lt;/i&gt;, au nom de laquelle on se croit autoris&#233; &#224; d&#233;signer publiquement l'&#233;l&#232;ve jug&#233; faible. Il montre &#233;galement qu'une partie des r&#232;glements int&#233;rieurs de coll&#232;ges et de lyc&#233;es n'est pas conforme au droit scolaire, et il pose &#224; partir de l&#224; une question qui me para&#238;t la bonne : l'&#233;cole r&#233;publicaine est-elle une organisation d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire une organisation qui garantit la dignit&#233; de ses membres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merle prend soin de rappeler que des enseignant&#183;es vivent aussi des situations d'humiliation en classe. Il choisit d'&#233;tudier l'autre versant parce qu'il est moins &#233;tudi&#233;, les &#233;l&#232;ves n'&#233;crivant pas de livres. Je fais le m&#234;me choix, et pour la m&#234;me raison, sans rien retirer &#224; la violence que subissent les adultes dans les &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cortisol et l'hippocampe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La neuropsychologue Sonia Lupien &#233;tudie depuis plus de trente ans les effets des hormones de stress sur le cerveau humain. Deux r&#233;sultats de ses travaux touchent directement l'&#233;cole. D'abord, comme elle l'a expos&#233; avec Fran&#231;oise Maheu en 2003 dans la revue &lt;i&gt;m&#233;decine/sciences&lt;/i&gt;, une situation perturbatrice nuit &#224; l'apprentissage de l'information qui s'y pr&#233;sente, alors qu'on se rappelle au contraire tr&#232;s bien un &#233;v&#233;nement marquant sur le plan &#233;motionnel. Autrement dit, &#234;tre stress&#233; et apprendre ne se combinent pas bien. Ensuite, avec Suzanne King, Michael Meaney et Bruce McEwen, elle a montr&#233; en 2001 que les enfants de milieux socio-&#233;conomiques d&#233;favoris&#233;s pr&#233;sentent des taux de cortisol plus &#233;lev&#233;s que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une institution qui organise l'&#233;valuation permanente sous menace de sanction place donc les &#233;l&#232;ves dans l'&#233;tat o&#249; l'on retient le moins bien, et elle y place davantage celles et ceux qui arrivent d&#233;j&#224; avec un niveau de stress plus &#233;lev&#233;. La psychologie cognitive permet d'aller plus loin, et de comprendre pourquoi cet &#233;tat ne d&#233;grade pas seulement la m&#233;moire, mais l'apprentissage lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Penser contre sa propre pens&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le psychologue Olivier Houd&#233;, qui a longtemps dirig&#233; le laboratoire LaPsyD&#201; au &lt;a href=&#034;https://www.cnrs.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CNRS&lt;/a&gt;, appelle &lt;i&gt;r&#233;sistance cognitive&lt;/i&gt; la capacit&#233; d'apprendre en r&#233;sistant &#224; ses propres automatismes. Il en a fait un livre au titre programmatique, &lt;i&gt;Apprendre &#224; r&#233;sister&lt;/i&gt;, paru au Pommier en 2014, puis une th&#233;orie d'ensemble. Notre cerveau dispose de deux r&#233;gimes bien d&#233;crits depuis Daniel Kahneman, une pens&#233;e &lt;i&gt;heuristique&lt;/i&gt;, rapide, automatique, &#233;conome, qui applique ce qui a d&#233;j&#224; march&#233;, et une pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie, lente et co&#251;teuse, qui construit du nouveau. Houd&#233; ajoute un troisi&#232;me syst&#232;me, log&#233; dans le cortex pr&#233;frontal, dont la fonction est d'inhiber le r&#233;flexe pour laisser sa chance &#224; la r&#233;flexion. Apprendre quelque chose de nouveau, c'est tr&#232;s concr&#232;tement cr&#233;er de nouvelles connexions neuronales, et cette op&#233;ration co&#251;te cher, le cerveau repr&#233;sentant environ 2 % de la masse du corps et consommant autour de 20 % de son &#233;nergie au repos. Houd&#233; le r&#233;sume d'une formule : apprendre suppose de &#171; penser contre soi-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette inhibition, justement, ne r&#233;siste pas au stress. La neuroscientifique Amy Arnsten a &#233;tabli, dans un article de r&#233;f&#233;rence paru dans &lt;i&gt;Nature Reviews Neuroscience&lt;/i&gt; en 2009, qu'un stress aigu m&#234;me mod&#233;r&#233;, d&#232;s lors qu'on ne contr&#244;le pas la situation, prive rapidement le cortex pr&#233;frontal de ses moyens, et qu'au m&#234;me moment se renforcent les r&#233;ponses &#233;motionnelles et les habitudes, port&#233;es par l'amygdale et le striatum. On disait autrefois &lt;i&gt;cerveau reptilien&lt;/i&gt;, l'image date des ann&#233;es 1960 et les scientifiques l'ont abandonn&#233;e, mais le ph&#233;nom&#232;ne qu'elle d&#233;signait est solidement document&#233;. En situation de menace, on bascule en mode r&#233;flexe et protection. C'est une excellente nouvelle quand il faut fuir un danger, et une catastrophe quand il faudrait apprendre, puisque apprendre exige l'inverse, suspendre le r&#233;flexe pour construire du neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#232;ve qui a peur d'&#234;tre not&#233;, moqu&#233;, class&#233;, se trouve ainsi, neurologiquement, dans l'incapacit&#233; de faire ce qu'on lui demande. Et cette peur n'est pas seulement celle de la note. Penser par soi-m&#234;me, c'est sortir de la norme, et sortir de la norme, c'est risquer sa place sociale, ce qui, &#224; l'adolescence, quand cette place est en pleine construction, co&#251;te plus cher qu'&#224; tout autre &#226;ge. La confiance, le respect, la place de chacun&#183;e dans le groupe ne sont pas un suppl&#233;ment d'&#226;me p&#233;dagogique, ce sont les conditions biologiques et sociales de l'apprentissage. J'en avais dit un mot dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/accompagnement-des-politiques-culturelles/eduquer-aux-images-organiser-le-desaccord?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#201;duquer aux images, organiser le d&#233;saccord&lt;/a&gt;, je voulais ici l'&#233;tablir plus compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vingt et un pour cent de la variation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On entend souvent dire que la France figure parmi les pires syst&#232;mes &#233;ducatifs du monde. Ce n'est pas ce qu'on lit dans les enqu&#234;tes PISA, men&#233;es tous les trois ans par l'&lt;a href=&#034;https://www.oecd.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;OCDE&lt;/a&gt;. En 2022, les &#233;l&#232;ves fran&#231;ais de quinze ans se situaient dans la moyenne des pays de l'OCDE en math&#233;matiques, en compr&#233;hension de l'&#233;crit et en sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y lit en revanche autre chose, avec constance, et c'est plus grave. La France reste l'un des pays o&#249; le lien entre l'origine sociale et les r&#233;sultats est le plus fort. En 2022, l'&#233;cart de score en math&#233;matiques entre &#233;l&#232;ves favoris&#233;s et d&#233;favoris&#233;s y atteignait 113 points, contre 93 en moyenne dans l'OCDE, et l'indice de milieu socio-&#233;conomique et culturel expliquait 21 % de la variation des performances, contre 15 % en moyenne. L'OCDE note qu'on n'observe des &#233;carts plus importants que dans tr&#232;s peu de pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me fran&#231;ais n'est donc pas m&#233;diocre en moyenne, il est in&#233;galitaire. On y trie efficacement. C'est ce qu'on fait avec un dispositif d'&#233;valuation et de classement, on trie, et on trie d'autant mieux qu'on mesure en r&#233;alit&#233;, pour une bonne part, ce que les familles ont transmis avant l'&#233;cole. Les travaux de Lupien cit&#233;s plus haut ajoutent &#224; ce constat une dimension physiologique, les enfants les moins favoris&#233;s arrivent en classe avec davantage de cortisol, c'est-&#224;-dire moins disponibles pour l'effort cognitif qu'on s'appr&#234;te pourtant &#224; mesurer chez elles et eux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; On va travailler sur la pr&#233;vention de la violence &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On m'a longtemps demand&#233; des projets de films sur la pr&#233;vention de la violence. Annoncer &#224; des jeunes qu'on va travailler avec eux sur la pr&#233;vention de la violence, c'est d'abord postuler leur violence. Ils ne sont pas dupes, ils ont tr&#232;s bien compris les attentes de l'institution et ils savent y r&#233;pondre, montrer patte blanche aux adultes dans ce cadre pr&#233;cis pour y obtenir une l&#233;gitimation sociale. Alors ils fabriquent des films scolaires et bien-pensants, puisque la r&#233;ponse attendue figure dans l'&#233;nonc&#233;. Et cela n'a aucun rapport avec leur vie. Des enfants le formulent d'ailleurs tr&#232;s bien, et des professionnel&#183;les me le rapportent r&#233;guli&#232;rement, en classe on dit des choses, mais dehors, dans la vie, &#231;a n'a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une confusion compl&#232;te entre l'&#233;nonciation d'un objectif et sa r&#233;alisation. Dire que la violence c'est mal, tout le monde sait le faire, et personne n'a jamais montr&#233; en quoi cela pr&#233;venait quoi que ce soit. Si l'on veut r&#233;ellement pr&#233;venir la violence, on travaille l'empathie, et l'empathie ne s'enseigne pas frontalement, elle se vit. On fait des films ensemble, on se retrouve, on organise des projections, on s'&#233;coute, et on ne met rien du tout dans l'&#233;nonc&#233;. Les personnes d&#233;couvrent alors par leur v&#233;cu qu'une mani&#232;re d'&#234;tre attentive aux autres est plus riche pour tout le monde, et c'est cela qui les forme, quel que soit le sujet. J'ai d&#233;taill&#233; ce raisonnement dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/mettre-le-feminisme-en-pratique-dans-l-action-culturelle/accompagner-les-jeunes-sur-ce-qui-les-regarde?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Accompagner les jeunes sur ce qui les regarde&lt;/a&gt; et j'ai racont&#233; un dispositif construit sur cette base dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/ecrans-adolescence-et-vie-psychique/le-bateau-des-empathies?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le bateau des empathies&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sept ans d'espagnol&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me confusion entre l'&#233;nonc&#233; et la chose se retrouve au centre du m&#233;tier enseignant. Pour enseigner en coll&#232;ge, en lyc&#233;e ou &#224; l'universit&#233;, il faut conna&#238;tre une discipline, et l'on tient pour acquis que cela suffit &#224; la transmettre. J'ai appris l'espagnol pendant sept ans, au coll&#232;ge puis au lyc&#233;e, aupr&#232;s d'enseignant&#183;es qui connaissaient tr&#232;s bien leur discipline. Je ne sais pas parler espagnol, et je ne le comprends pas. On m'a install&#233; pendant sept ans dans la position de celui qui ne sait pas et &#224; qui des gens qui savent mieux vont expliquer, on m'y a jug&#233; et humili&#233;, et je porte encore aujourd'hui cette &lt;i&gt;incomp&#233;tence institu&#233;e&lt;/i&gt;. Celles et ceux qui s'en sortaient mieux le devaient &#224; d'autres causes, leur milieu, leur facilit&#233;, une soumission plus confortable &#224; l'autorit&#233;, ou parfois un amour r&#233;el de cette langue, qui arrivait &#224; na&#238;tre m&#234;me dans ce cadre, et je ne veux pas dire que cela n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Ranci&#232;re a donn&#233; sa forme la plus nette &#224; ce paradoxe dans &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, en 1987 : &#171; qui enseigne sans &#233;manciper abrutit &#187;. Expliquer quelque chose &#224; quelqu'un, c'est d'abord lui signifier qu'il ne pourrait pas le comprendre seul, et cette position, r&#233;p&#233;t&#233;e des ann&#233;es durant, fabrique l'incapacit&#233; qu'elle pr&#233;tend pallier. Le r&#244;le d'un&#183;e enseignant&#183;e n'est pas d'abord de transmettre un contenu, il est de faire que les personnes apprennent, par elles-m&#234;mes, et pour cela il n'est pas m&#234;me n&#233;cessaire de conna&#238;tre ce qu'elles apprennent, c'est toute la le&#231;on du livre, dont j'ai racont&#233; l'exp&#233;rience fondatrice dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/ecrans-adolescence-et-vie-psychique/qu-est-ce-qu-on-propose?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Qu'est-ce qu'on propose ? &#187;&lt;/a&gt;. Le harc&#232;lement dont je parle est donc syst&#233;mique, il se loge dans la conception m&#234;me de programmes fond&#233;s sur des savoirs disciplinaires &#224; expliquer, avant m&#234;me tout geste d'un adulte en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole et la prison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je propose alors de regarder ce que les &#233;l&#232;ves apprennent r&#233;ellement dans une organisation de ce type. On apprend de ce qu'on vit, l'apprentissage s'inscrit en nous par les &#233;motions, les travaux de Lupien sur la m&#233;moire &#233;motionnelle le confirment &#224; leur mani&#232;re. Des jeunes qu'on hi&#233;rarchise, qu'on soumet &#224; des ordres et des interdictions, dont la libert&#233; et la dignit&#233; ne sont pas toujours respect&#233;es, apprennent d'abord cela, ces modalit&#233;s-l&#224; du fonctionnement social. Le harc&#232;lement entre &#233;l&#232;ves, qui existe et qui d&#233;truit, ne tombe pas du ciel, il reproduit entre pairs une domination que l'institution exerce et met en sc&#232;ne chaque jour. Le sociologue &#201;ric Debarbieux, qui a introduit en France les enqu&#234;tes de victimation en milieu scolaire, aboutit &#224; une conclusion voisine par une autre voie : on ne fait pas reculer le harc&#232;lement par la punition, on le fait reculer par le climat d'ensemble de l'&#233;tablissement, c'est-&#224;-dire par la qualit&#233; des relations que l'institution elle-m&#234;me organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault avait d&#233;crit la parent&#233; de structure il y a cinquante ans. &#192; la fin du chapitre sur le panoptisme de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, en 1975, il demande s'il faut s'&#233;tonner que la prison ressemble aux usines, aux &#233;coles, aux casernes et aux h&#244;pitaux, &#171; qui tous ressemblent aux prisons &#187;. On peut juger la formule excessive, et des enseignant&#183;es font vivre chaque jour, dans ce cadre, tout autre chose que de la surveillance. Elle nomme du moins ce que l'architecture des emplois du temps, des rangs, des autorisations de sortie et des sanctions a de commun avec les institutions disciplinaires, et rappelle que cette organisation n'a rien de naturel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On n'apprend pas l'autonomie par l'entrave&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque rentr&#233;e scolaire apporte d&#233;sormais son lot d'annonces de restrictions nouvelles, au nom de la protection des enfants. Certaines mesures peuvent se d&#233;fendre une &#224; une. Le message d'ensemble que les jeunes re&#231;oivent est autre chose : vous &#234;tes incapables de vous conduire, il faut vous entraver pour que vous soyez simplement en &#233;tat de vivre. Derri&#232;re ces annonces, il y a une conception de l'enfant comme petit sauvage &#224; cadrer, et cette conception est fausse. &#199;a n'existe pas, un enfant qui n'a pas envie d'apprendre. Tous les enfants veulent apprendre, et la question r&#233;elle est ce que l'institution fait de ce d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne construit pas l'autonomie d'une personne en lui signifiant son incapacit&#233;, pour la raison que j'ai d&#233;velopp&#233;e tout au long de cet article : ce qu'elle apprendra, c'est ce qu'elle vit, la contrainte et la d&#233;fiance. Si l'on veut des adultes autonomes, il faut des lieux o&#249; les jeunes exercent leur autonomie, avec des adultes qui les accompagnent, et des comp&#233;tences psychosociales travaill&#233;es comme un contenu &#224; part enti&#232;re et non comme un suppl&#233;ment. L'institution elle-m&#234;me est le premier programme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un film ne se corrige pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un atelier de cr&#233;ation, quelque chose se d&#233;place. Il n'y a pas de bonne r&#233;ponse &#224; donner. On invente des personnages, on met en sc&#232;ne, on rit de ce qui rate, on montre &#224; d'autres ce qu'on a fabriqu&#233;. La tension du juste et du faux dispara&#238;t, et avec elle une partie de la peur. Au sens de Houd&#233;, un atelier est un lieu o&#249; l'inhibition redevient possible, puisque personne n'y est en danger. Ce qui reste de difficult&#233;, c'est qu'on est toujours mauvais juge de soi-m&#234;me, surtout devant ce qu'on vient d'inventer, pour lequel il n'existe pas encore de crit&#232;res. Montrer aux autres, dans un contexte bienveillant, est justement ce qui permet de traverser cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas qu'il n'y a plus d'exigence, il y en a beaucoup, et les jeunes y sont d'ailleurs tr&#232;s attentifs. Je dis qu'elle ne prend pas la forme d'un jugement port&#233; sur la personne. C'est pour cette raison que je passe par la cr&#233;ativit&#233; quand on me demande de travailler l'esprit critique, et que je crois qu'on en re&#231;oit une meilleure &#233;ducation aux m&#233;dias qu'en abordant frontalement le sujet, ce que j'ai d&#233;velopp&#233; dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/integrer-l-intelligence-artificielle/l-education-aux-medias-et-a-l-ia-par-la-creativite?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#233;ducation aux m&#233;dias et &#224; l'IA par la cr&#233;ativit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;valuer un cheminement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole &#233;value l'atteinte des objectifs de l'institution, et non le d&#233;veloppement d'une personne. Cette inversion me para&#238;t &#234;tre le n&#339;ud. Dans tout dispositif &#233;ducatif, ce qui compte, c'est le chemin que la personne parcourt, et non la bonne r&#233;ponse qu'elle a fini par donner. Et ce chemin, au fond, personne ne peut le mesurer. Ce que chacun&#183;e a appris dans une exp&#233;rience partag&#233;e, on n'en sait rien, cela ressortira peut-&#234;tre des ann&#233;es plus tard. La seule chose qu'un adulte peut &#233;valuer honn&#234;tement, c'est le cadre qu'il a pos&#233;, la place qu'il a donn&#233;e aux autres, la qualit&#233; de son &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ignore pas la difficult&#233;. Une soci&#233;t&#233; a besoin de rep&#232;res, de certifications, de moments o&#249; l'on atteste que quelque chose est acquis, et je ne pr&#233;tends pas savoir comment on refonde cela &#224; l'&#233;chelle d'un pays. Mais on peut d&#233;j&#224;, dans une classe, dans un atelier, dans un projet, distinguer ce qui rel&#232;ve de l'attestation et ce qui rel&#232;ve de l'accompagnement, et refuser que le second soit contamin&#233; par le premier. J'ai propos&#233; des fa&#231;ons de le faire dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-question-des-criteres?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La question des crit&#232;res&lt;/a&gt; et dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/la-validation-n-est-pas-la-transformation?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La validation n'est pas la transformation&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images ont leur place dans ce chantier, parce qu'elles sont l'un des rares terrains scolaires o&#249; l'on peut faire quelque chose sans &#234;tre not&#233; pour l'avoir fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mieux travailler avec la jeunesse</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/mieux-travailler-avec-la-jeunesse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/mieux-travailler-avec-la-jeunesse</guid>
		<dc:date>2026-09-04T07:32:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Mieux travailler avec la jeunesse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question vous arrive sous des formes diff&#233;rentes. Les jeunes ne viennent pas chez vous, et vous ne savez pas si le probl&#232;me vient d'eux ou de vous. Votre projet de territoire parle des &#233;tudiant&#183;es sans savoir par quel bout les prendre. Vos &#233;quipes sont partag&#233;es entre le d&#233;couragement et le discours alarmiste sur les &#233;crans. Votre service culture et votre service jeunesse travaillent c&#244;te &#224; c&#244;te sans se conna&#238;tre. Vos animateur&#183;rices, vos m&#233;diateur&#183;rices ou une &#233;quipe artistique demandent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/" rel="directory"&gt;Travailler ensemble&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/mieux-travailler-avec-la-jeunesse" rel="tag"&gt;Mieux travailler avec la jeunesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question vous arrive sous des formes diff&#233;rentes. Les jeunes ne viennent pas chez vous, et vous ne savez pas si le probl&#232;me vient d'eux ou de vous. Votre projet de territoire parle des &#233;tudiant&#183;es sans savoir par quel bout les prendre. Vos &#233;quipes sont partag&#233;es entre le d&#233;couragement et le discours alarmiste sur les &#233;crans. Votre service culture et votre service jeunesse travaillent c&#244;te &#224; c&#244;te sans se conna&#238;tre. Vos animateur&#183;rices, vos m&#233;diateur&#183;rices ou une &#233;quipe artistique demandent des m&#233;thodes pour cr&#233;er avec des adolescent&#183;es. Ces demandes portent le m&#234;me besoin : mieux comprendre la jeunesse pour mieux travailler avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y r&#233;pondons par le format qui convient &#224; votre situation : une matin&#233;e ou une journ&#233;e professionnelle qui r&#233;unit tous vos m&#233;tiers autour de cette question, une formation, une formation-action o&#249; les participant&#183;es &#233;laborent leurs propres projets pendant le parcours, un accompagnement au long cours, une conf&#233;rence, un webinaire. Ces temps gagnent &#224; &#234;tre intersectoriels : r&#233;unir la culture, la jeunesse, l'&#233;ducation, le social et le soin autour du m&#234;me sujet, c'est souvent l&#224; que les choses se mettent &#224; bouger, parce que chaque m&#233;tier d&#233;couvre ce que les autres savent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu part des pratiques r&#233;elles des 15-25 ans, document&#233;es par la sociologie et par nos propres terrains, et non des id&#233;es re&#231;ues qui circulent sur eux. La jeunesse n'existe qu'au pluriel. Les pratiques culturelles des jeunes n'ont jamais &#233;t&#233; aussi intenses ; elles ont chang&#233; de lieux et de formes, et le num&#233;rique m&#233;rite qu'on le regarde de pr&#232;s avant de le juger. Ce socle sociologique se croise avec la psychologie, qui &#233;claire ce qu'un cadre s&#233;curisant rend possible dans un groupe, avec la p&#233;dagogie, o&#249; l'on apprend des exp&#233;riences v&#233;cues bien plus que des informations, et avec les droits culturels, qui rappellent que respecter la culture d'une personne est la condition pour qu'elle contribue. Beaucoup de jeunes, quand on leur demande leurs go&#251;ts, r&#233;pondent &#171; j'aime &#231;a, mais c'est nul &#187; : c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que le travail commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans tous nos accompagnements, les professionnel&#183;les vivent les dispositifs qu'ils et elles pourront ensuite conduire : des questions auxquelles on r&#233;pond en se levant ou en restant assis&#183;e, des &#233;changes en bin&#244;mes, des contributions &#233;crites partag&#233;es en ligne gr&#226;ce &#224; nos outils souverains. Les dispositifs v&#233;cus sont nomm&#233;s et expliqu&#233;s en fin de s&#233;ance, parce qu'ils sont r&#233;utilisables tels quels, avec des jeunes, avec un public, avec une &#233;quipe. Et ce qui a &#233;t&#233; produit reste : bibliographie collective, mur de contributions, synth&#232;se &#233;ditorialis&#233;e, accessibles apr&#232;s la journ&#233;e pour les pr&#233;sent&#183;es comme pour les absent&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beno&#238;t Labourdette travaille avec la jeunesse depuis trente ans, en ateliers de cr&#233;ation, en mission locale, en h&#244;pital de jour, dans le champ de la protection de l'enfance, et forme les professionnel&#183;les qui l'accompagnent. Cette pratique croise la cr&#233;ation artistique, la p&#233;dagogie, la psychologie, les droits culturels et le num&#233;rique, et c'est ce croisement qui permet de donner aux encadrant&#183;es des rep&#232;res et des m&#233;thodes dont ils et elles peuvent se servir d&#232;s le lendemain, et par elles et eux, une place r&#233;elle aux jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les actions r&#233;alis&#233;es : &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/art_XXXX?lang=fr'&gt;la matin&#233;e de rentr&#233;e sur les pratiques culturelles des 15-25 ans, anim&#233;e pour les 220 agent&#183;es de la direction de la culture de Laval&lt;/a&gt; [id &#224; confirmer ?lang=fr] ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/culture-et-jeunesse-deux-cultures-professionnelles-qu-une-ville-a-choisi-de?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la formation-action qui a reli&#233; le service culture et le service jeunesse de Fontenay-sous-Bois&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/experimenter-ensemble-pour-devenir-autonomes-sept-annees-avec-la-direction-de-l?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sept ann&#233;es d'accompagnement de la direction de l'action culturelle des Lilas&lt;/a&gt;, o&#249; les &#233;quipes ont appris en passant par l'exp&#233;rience ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/quand-les-professionnel-le-s-de-la-culture-interrogent-leurs-postures-face-aux?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la journ&#233;e interprofessionnelle sur les postures des professionnel&#183;les de la culture face aux adolescent&#183;es&lt;/a&gt;, &#224; &#201;quinoxe, Sc&#232;ne nationale de Ch&#226;teauroux ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/former-les-professionnels/formations-politique-culturelle/opc-formation-culture-jeunesse-et-numerique?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la formation nationale &#171; Culture, jeunesse et num&#233;rique &#187; de l'Observatoire des politiques culturelles&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/accompagner-les-professionnels-a-concevoir-de-nouvelles-modalites-de-projets?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;son laboratoire de nouvelles modalit&#233;s de projets&lt;/a&gt; ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/reinventer-l-accueil-des-jeunes-en-salle-de-cinema?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la formation des exploitant&#183;es de cin&#233;ma du Lot-et-Garonne &#224; l'accueil des jeunes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin : la rubrique de ressources &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Culture, jeunesse et num&#233;rique&lt;/a&gt;, le domaine &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/domaines/la-jeunesse?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La jeunesse&lt;/a&gt;, et les fiches voisines &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/intervenir-dans-le-champ-du-soin-et-de-la-protection-de-l-enfance?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Intervenir dans le champ du soin et de la protection de l'enfance&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/developper-l-education-aux-images?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;velopper l'&#233;ducation aux images&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/former-les-professionnels?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Former les professionnel&#183;les&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sa b&#234;tise, c'est sa force</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/sa-betise-c-est-sa-force</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/sa-betise-c-est-sa-force</guid>
		<dc:date>2026-09-03T06:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Intelligence artificielle</dc:subject>
		<dc:subject>Intelligence</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Erreur</dc:subject>
		<dc:subject>Alt&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Animal</dc:subject>
		<dc:subject>Singe</dc:subject>
		<dc:subject>Chat</dc:subject>
		<dc:subject>Cerveau</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;checs</dc:subject>
		<dc:subject>Math&#233;matiques</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On reproche aux intelligences artificielles de ne rien comprendre, de se tromper sur des questions qu'un enfant r&#233;sout, et de consommer des ressources &#233;normes pour y parvenir quand elles y parviennent. Je propose de regarder les choses autrement : ces machines &#233;chouent l&#224; o&#249; nous r&#233;ussissons parce qu'elles ne pensent pas par les m&#234;mes chemins que nous, et c'est par ces chemins-l&#224; qu'elles trouvent des choses que nous n'aurions pas trouv&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Compter les r de &#171; strawberry &#187; et les s&#339;urs (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/" rel="directory"&gt;Intelligence artificielle, cr&#233;ation et esprit critique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence-artificielle" rel="tag"&gt;Intelligence artificielle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence" rel="tag"&gt;Intelligence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pensee" rel="tag"&gt;Pens&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/erreur" rel="tag"&gt;Erreur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/alterite" rel="tag"&gt;Alt&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/animal" rel="tag"&gt;Animal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/singe" rel="tag"&gt;Singe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/chat" rel="tag"&gt;Chat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/cerveau" rel="tag"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/echecs" rel="tag"&gt;&#201;checs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/mathematiques" rel="tag"&gt;Math&#233;matiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_ia_betise_et_force-59797.jpg?1788507701' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;On reproche aux intelligences artificielles de ne rien comprendre, de se tromper sur des questions qu'un enfant r&#233;sout, et de consommer des ressources &#233;normes pour y parvenir quand elles y parviennent. Je propose de regarder les choses autrement : ces machines &#233;chouent l&#224; o&#249; nous r&#233;ussissons parce qu'elles ne pensent pas par les m&#234;mes chemins que nous, et c'est par ces chemins-l&#224; qu'elles trouvent des choses que nous n'aurions pas trouv&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Compter les r de &#171; strawberry &#187; et les s&#339;urs d'Alice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2024, une plaisanterie a circul&#233; sur les r&#233;seaux sociaux : demandez &#224; un assistant conversationnel combien le mot anglais &#171; strawberry &#187; contient de lettres r, il r&#233;pond deux, et il s'obstine. La m&#234;me ann&#233;e, une &#233;quipe du &lt;a href=&#034;https://www.fz-juelich.de/en/jsc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J&#252;lich Supercomputing Centre&lt;/a&gt;, de l'&lt;a href=&#034;https://www.bristol.ac.uk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;universit&#233; de Bristol&lt;/a&gt; et du laboratoire &lt;a href=&#034;https://laion.ai&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LAION&lt;/a&gt;, autour de Marianna Nezhurina et Jenia Jitsev, a test&#233; les meilleurs mod&#232;les du moment sur un probl&#232;me d'&#233;cole primaire : &#171; Alice a N fr&#232;res et M s&#339;urs. Combien de s&#339;urs a le fr&#232;re d'Alice ? &#187; La r&#233;ponse est M plus un, puisqu'Alice est elle-m&#234;me la s&#339;ur de son fr&#232;re. La plupart des mod&#232;les se trompaient, et ce qui frappait les chercheur&#183;euse&#183;s, plus encore que l'erreur, c'&#233;tait l'assurance avec laquelle les machines la justifiaient par des raisonnements fabriqu&#233;s de toutes pi&#232;ces. Fran&#231;ois Chollet, l'un des concepteurs de la biblioth&#232;que logicielle Keras, a construit en 2019 une s&#233;rie de petits puzzles visuels, l'ARC (&lt;i&gt;Abstraction and Reasoning Corpus&lt;/i&gt;), que la plupart des humains r&#233;solvent en quelques secondes, en devinant la r&#232;gle qui transforme une grille de couleurs en une autre. Pendant quatre ans, les mod&#232;les de langage y ont obtenu des scores &#224; peu pr&#232;s nuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yann LeCun, chercheur fran&#231;ais install&#233; aux &#201;tats-Unis, prix Turing 2018, l'un des inventeurs de l'apprentissage profond dont les mod&#232;les actuels sont issus, et longtemps responsable de la recherche en intelligence artificielle de &lt;a href=&#034;https://www.meta.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Meta&lt;/a&gt;, voit dans ce type d'&#233;chec la confirmation d'un diagnostic qu'il r&#233;p&#232;te depuis des ann&#233;es et qu'il a r&#233;sum&#233; dans le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; en octobre 2024 : ces machines sont plus b&#234;tes qu'un chat. Un chat a un mod&#232;le du monde physique, une m&#233;moire qui dure, une capacit&#233; de raisonner et de planifier ; un mod&#232;le de langage, dit-il, manipule la langue en virtuose sans que cette virtuosit&#233; prouve quoi que ce soit, puisqu'on peut manipuler le langage sans &#234;tre intelligent. J'ai discut&#233; ce diagnostic dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-parole-ensourcee?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La parole ensourc&#233;e&lt;/a&gt;, o&#249; je le prends au s&#233;rieux, parce qu'il touche juste sur un point : ces machines raisonnent sur des phrases qui parlent du monde, pas sur le monde. LeCun a quitt&#233; Meta fin 2025 pour construire des architectures qui apprendraient le monde par la vid&#233;o plut&#244;t que par le texte, et son pari est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce diagnostic a aussi quelque chose de rassurant. Dire que la machine est plus b&#234;te qu'un chat, c'est se dire que nous sommes beaucoup plus intelligents qu'elle, que la hi&#233;rarchie est sauve, et que ces machines ne sont au fond qu'un outil de plus entre nos mains. Je crois que cette lecture passe &#224; c&#244;t&#233; de ce qui nous arrive, et qu'on peut lire dans les &#233;checs de la machine, si on les prend au s&#233;rieux, autre chose que sa faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le gibbon de Benjamin Beck et la ficelle pos&#233;e au sol&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thologue n&#233;erlandais Frans de Waal a publi&#233; en 2016 un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Sommes-nous trop b&#234;tes pour comprendre l'intelligence des animaux ?&lt;/i&gt; (Les Liens qui lib&#232;rent), et il y raconte une exp&#233;rience des ann&#233;es 1960. Les gibbons &#233;chouaient &#224; un test que les chimpanz&#233;s et beaucoup de singes r&#233;ussissent sans h&#233;siter, tirer une ficelle pos&#233;e au sol pour ramener de la nourriture hors de port&#233;e. On en concluait &#224; la m&#233;diocrit&#233; cognitive des gibbons, ce qui &#233;tait &#233;trange pour des primates aussi proches de nous. Le primatologue am&#233;ricain Benjamin Beck a regard&#233; leurs mains. Les gibbons vivent dans les arbres, se d&#233;placent en se suspendant par les bras, et leurs mains sont des crochets, avec un pouce minuscule et des doigts allong&#233;s, faites pour saisir des branches et incapables de ramasser un objet sur une surface plane. Le sol ne fait presque pas partie de leur monde. Beck a relev&#233; la ficelle &#224; hauteur d'&#233;paule, et les gibbons ont r&#233;ussi le test aussit&#244;t. De Waal reprend &#224; Jakob von Uexk&#252;ll le mot d'&lt;i&gt;Umwelt&lt;/i&gt;, le monde propre de chaque esp&#232;ce, d&#233;coup&#233; par ses organes et ses mani&#232;res de vivre, et il en tire une r&#232;gle de m&#233;thode : quand un animal &#233;choue &#224; un test, il faut d'abord se demander si le test a &#233;t&#233; con&#231;u pour le monde de l'animal ou pour le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre r de &#171; strawberry &#187; est une ficelle pos&#233;e au sol. Un mod&#232;le de langage ne lit pas des lettres, il lit des unit&#233;s appel&#233;es &lt;i&gt;tokens&lt;/i&gt;, des fragments de mots, d&#233;coup&#233;s selon leur fr&#233;quence au moment de l'entra&#238;nement, et le mot &#171; strawberry &#187; lui arrive en deux ou trois morceaux dont il ne voit jamais l'orthographe. Lui demander de compter des lettres, c'est demander &#224; un gibbon de ramasser un objet par terre. Le probl&#232;me d'Alice tient &#224; autre chose, &#224; ce que la machine n'a pas de corps et donc pas de famille : &#171; s&#339;ur &#187; est pour elle un mot reli&#233; &#224; d'autres mots, jamais une personne dont on s'est senti la s&#339;ur. Quant aux puzzles de Chollet, o&#249; il faut deviner une r&#232;gle &#224; partir de deux ou trois exemples, ils font appel &#224; ce que nous faisons depuis notre naissance en regardant le monde, et que personne n'apprend dans un texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roboticien Hans Moravec avait d&#233;crit en 1988, dans &lt;i&gt;Mind Children&lt;/i&gt;, le paradoxe qui porte son nom : il est facile de donner &#224; un ordinateur le niveau d'un adulte aux tests d'intelligence ou au jeu de dames, et presque impossible de lui donner les capacit&#233;s d'un enfant d'un an en perception et en motricit&#233;. Son explication tient &#224; l'histoire de l'&#233;volution. Reconna&#238;tre un visage, saisir un objet, comprendre qu'une s&#339;ur a un fr&#232;re, ce sont des comp&#233;tences qui se sont inscrites, au cours d'un milliard d'ann&#233;es de s&#233;lection, dans les parties les plus vastes de notre cerveau, et qui nous paraissent faciles parce qu'elles nous sont devenues inconscientes. Le raisonnement abstrait, &#233;crit Moravec, est le vernis le plus mince de la pens&#233;e humaine, une invention r&#233;cente, que nous trouvons difficile parce que nous ne la ma&#238;trisons pas encore. Ce que nous appelons le bon sens est le fruit le plus lent et le plus co&#251;teux de l'&#233;volution, et une machine qui n'a pas de corps n'en h&#233;rite rien, elle n'h&#233;rite que du texte. Sa b&#234;tise est donc d'abord un effet de mesure, puisque nous la jugeons sur des t&#226;ches qui sont notre sol &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1947, alors que les premiers ordinateurs sortaient &#224; peine des laboratoires, Alan Turing posait dans une conf&#233;rence &#224; la London Mathematical Society, le 20 f&#233;vrier, qu'une machine dont on exige qu'elle ne se trompe jamais ne peut pas &#234;tre intelligente. Une machine qui ne se trompe jamais, expliquait-il, se contente d'ex&#233;cuter ce qu'on lui a demand&#233;. Pour qu'elle propose un jour une chose que personne ne lui a demand&#233;e, il faut accepter qu'elle puisse aussi produire des r&#233;ponses fausses : chez une machine, la capacit&#233; d'inventer et la possibilit&#233; de se tromper vont ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ce n'est pas comme &#231;a que les gens jouent aux &#233;checs &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste la seconde partie du reproche, la plus s&#233;rieuse &#224; mon sens : ces machines consomment &#233;norm&#233;ment pour des r&#233;sultats enfantins. L&#224; aussi le fait est exact. En d&#233;cembre 2024, le mod&#232;le o3 d'&lt;a href=&#034;https://openai.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;OpenAI&lt;/a&gt; a r&#233;solu 87,5 % des puzzles de Chollet dans une configuration o&#249;, selon les estimations de la fondation &lt;a href=&#034;https://arcprize.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ARC Prize&lt;/a&gt;, chaque puzzle co&#251;tait plusieurs milliers de dollars de calcul, l&#224; o&#249; Chollet &#233;valuait le travail humain &#224; cinq dollars par puzzle et l'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e par un cerveau &#224; quelques centimes. Un an plus tard, le co&#251;t &#233;tait tomb&#233; &#224; une douzaine de dollars par puzzle pour un score comparable, et les meilleurs syst&#232;mes d&#233;passaient 90 % sur cette premi&#232;re s&#233;rie ; mais au printemps 2026, sur la deuxi&#232;me s&#233;rie de puzzles, con&#231;ue pour rester facile pour les humains, les meilleurs syst&#232;mes atteignaient 69 %, et 13 % sur la troisi&#232;me, l&#224; o&#249; les humains r&#233;ussissent presque tout. Ce co&#251;t est r&#233;el, et j'ai d&#233;crit dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/ecologie-et-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#201;cologie et Intelligence Artificielle&lt;/a&gt; ce qu'il repr&#233;sente concr&#232;tement en &#233;lectricit&#233; et en eau. Il me semble surtout que ce co&#251;t tient &#224; la nature m&#234;me de cette cognition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard Sutton, l'un des fondateurs de l'apprentissage par renforcement, a publi&#233; en mars 2019 un court texte, &#171; The Bitter Lesson &#187;, la le&#231;on am&#232;re. On peut tirer de soixante-dix ans de recherche en intelligence artificielle une seule le&#231;on, &#233;crit-il : les m&#233;thodes g&#233;n&#233;rales qui exploitent la puissance de calcul l'emportent toujours, et de loin, sur les m&#233;thodes qui cherchent &#224; mettre dans la machine notre propre connaissance du domaine. Il prend l'exemple des &#233;checs. Quand Deep Blue a battu Kasparov en 1997 par la recherche massive de coups, la majorit&#233; des chercheur&#183;euse&#183;s en &#233;checs informatiques, qui avaient pass&#233; leur vie &#224; coder la compr&#233;hension humaine du jeu, ont mal pris la chose ; ils ont dit que la force brute avait gagn&#233; cette fois-ci, que ce n'&#233;tait pas une m&#233;thode g&#233;n&#233;rale, et de toute fa&#231;on que ce n'&#233;tait pas comme &#231;a que les gens jouaient aux &#233;checs. La le&#231;on est am&#232;re, &#233;crit Sutton, parce qu'elle contredit l'approche que les chercheur&#183;euse&#183;s pr&#233;f&#233;raient, celle qui partait de la connaissance humaine. Je le dirais ainsi : nous voudrions que la machine gagne en nous ressemblant, et elle gagne en ne nous ressemblant pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;conomisons le calcul parce que nous n'en avons presque pas ; notre cerveau fonctionne avec une vingtaine de watts, et il compense cette pauvret&#233; par un savoir immense, acquis par l'&#233;volution et par l'exp&#233;rience, qui lui permet de ne pas explorer ce qu'il sait d'avance &#234;tre vain. La machine n'a pas ce savoir, et elle a le calcul. Elle remplace la compr&#233;hension par l'exploration, elle essaie des milliers de chemins que nous n'aurions m&#234;me pas envisag&#233;s, et elle garde ceux qui aboutissent. Ce qui est, vu de notre c&#244;t&#233;, une d&#233;pense insens&#233;e pour un r&#233;sultat qu'un enfant obtient en une seconde est, du c&#244;t&#233; de la machine, la seule mani&#232;re de venir &#224; bout d'un probl&#232;me quand on ne porte en soi aucun monde. La consommation et la b&#234;tise sont deux faces du m&#234;me fait : cette cognition ne prend pas nos raccourcis, parce qu'elle n'a pas de sol o&#249; les prendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatre grands ma&#238;tres apprennent des concepts que personne n'avait formul&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Or c'est en ne prenant pas nos raccourcis qu'elle trouve. J'ai racont&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/intelligence-biologique-intelligence-electronique?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Intelligence biologique, intelligence &#233;lectronique&lt;/a&gt; le coup 37 d'AlphaGo contre Lee Sedol en 2016, ce coup que les commentateur&#183;rice&#183;s ont d'abord pris pour une erreur et qu'aucune partie humaine ne contenait. Je voudrais ajouter ici trois r&#233;sultats plus r&#233;cents, choisis parce qu'ils montrent le m&#234;me mouvement &#224; trois &#233;chelles diff&#233;rentes, le jeu, les math&#233;matiques, et le fonctionnement intime du mod&#232;le :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le premier vient du jeu d'&#233;checs.&lt;/strong&gt; En mars 2025, Lisa Schut, de l'&lt;a href=&#034;https://www.ox.ac.uk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;universit&#233; d'Oxford&lt;/a&gt;, et une &#233;quipe de &lt;a href=&#034;https://deepmind.google&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Google DeepMind&lt;/a&gt;, dont Demis Hassabis, ont publi&#233; dans les &lt;i&gt;Proceedings of the National Academy of Sciences&lt;/i&gt; une &#233;tude intitul&#233;e &#171; Combler le foss&#233; de connaissance entre l'humain et l'IA &#187;. AlphaZero, le programme qui a appris les &#233;checs en jouant contre lui-m&#234;me sans aucune partie humaine, repr&#233;sente le jeu dans un espace math&#233;matique de tr&#232;s grande dimension. Ces chercheur&#183;euse&#183;s y ont cherch&#233;, sans savoir d'avance ce qu'iels y trouveraient, des concepts que le programme utilise et qui n'ont pas de nom dans la th&#233;orie humaine des &#233;checs. Iels en ont extrait plusieurs, ont v&#233;rifi&#233; qu'ils &#233;taient enseignables, puis les ont enseign&#233;s, sous forme de positions &#224; r&#233;soudre, &#224; quatre grands ma&#238;tres, Vladimir Kramnik, Dommaraju Gukesh, Hou Yifan et Maxime Vachier-Lagrave. Les quatre ont progress&#233; de mani&#232;re mesurable sur ces positions. La conclusion des auteur&#183;rice&#183;s est prudente : AlphaZero encode une connaissance qui d&#233;passe la connaissance humaine actuelle, mais qui n'est pas hors de port&#233;e de l'esprit humain. Des joueuses et des joueurs parmi les plus forts du monde ont appris quelque chose des &#233;checs aupr&#232;s d'une machine qui n'a jamais lu un livre d'&#233;checs, et ce qu'iels ont appris n'existait dans aucun livre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le deuxi&#232;me vient des math&#233;matiques.&lt;/strong&gt; En 1969, le math&#233;maticien allemand Volker Strassen avait montr&#233; qu'on pouvait multiplier deux matrices quatre par quatre en 49 multiplications au lieu des 64 de la m&#233;thode classique. Pendant cinquante-six ans, personne n'a fait mieux dans ce cadre. En mai 2025, AlphaEvolve, un syst&#232;me de DeepMind qui fait &#233;voluer des programmes en s'appuyant sur un mod&#232;le de langage, a trouv&#233; une m&#233;thode en 48 multiplications pour les matrices &#224; coefficients complexes. Une multiplication de moins, cela semble d&#233;risoire ; mais la multiplication de matrices est l'op&#233;ration de base des calculs des intelligences artificielles elles-m&#234;mes, et surtout, ce r&#233;sultat est sorti d'un syst&#232;me qui fait muter des programmes par milliers et ne garde que ceux qui font mieux, une mani&#232;re de chercher qui n'est pas celle d'un math&#233;maticien.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le troisi&#232;me vient de l'int&#233;rieur du mod&#232;le.&lt;/strong&gt; J'ai d&#233;crit dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/la-machine-qui-s-ecrit-a-elle-meme?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La machine qui s'&#233;crit &#224; elle-m&#234;me&lt;/a&gt; les travaux d'interpr&#233;tabilit&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.anthropic.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthropic&lt;/a&gt; publi&#233;s en mars 2025 : quand on observe les circuits qui s'activent dans Claude pendant qu'il additionne deux nombres, on voit plusieurs chemins de calcul parall&#232;les, dont aucun ne ressemble &#224; l'addition pos&#233;e que nous avons apprise &#224; l'&#233;cole, alors que le mod&#232;le, interrog&#233;, d&#233;crit la m&#233;thode scolaire. La machine a appris dans nos textes comment nous racontons une addition, et elle additionne autrement. Cet &#233;cart est la trace d'une cognition qui a trouv&#233; ses propres chemins vers un r&#233;sultat juste, sans avoir aucun moyen de les conna&#238;tre elle-m&#234;me.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des brouillons de raisonnement que personne ne peut lire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis fin 2024, les mod&#232;les de langage &#171; raisonnent &#187; avant de r&#233;pondre, c'est-&#224;-dire qu'ils &#233;crivent un brouillon d'&#233;tapes interm&#233;diaires, et qu'ils ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s par r&#233;compense &#224; ce que ce brouillon les m&#232;ne plus souvent &#224; une r&#233;ponse juste. J'ai retrac&#233; cette histoire dans le m&#234;me article, &#171; La machine qui s'&#233;crit &#224; elle-m&#234;me &#187;. Ce changement est r&#233;el. Le probl&#232;me d'Alice, que les mod&#232;les de 2024 rataient, est r&#233;solu bien plus souvent par les mod&#232;les de raisonnement ; les puzzles de Chollet, qu'ils ne savaient pas aborder, le sont en majorit&#233;. &#201;crire des &#233;tapes, c'est se donner du temps de calcul et une m&#233;moire de travail, et cela suffit &#224; franchir des seuils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'int&#233;resse, c'est que ce raisonnement, qui ressemble tant au n&#244;tre puisqu'il s'&#233;crit en langue humaine, reste &#233;tranger au n&#244;tre. Arun Jose a pr&#233;sent&#233; &#224; la conf&#233;rence NeurIPS de d&#233;cembre 2025 une &#233;tude sur la lisibilit&#233; des brouillons de quatorze mod&#232;les de raisonnement. Plusieurs d'entre eux, dont les mod&#232;les ouverts R1 de &lt;a href=&#034;https://www.deepseek.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;DeepSeek&lt;/a&gt; et QwQ, produisent en cours de raisonnement des passages illisibles, des phrases sans queue ni t&#234;te, des mots au hasard, des caract&#232;res d'autres alphabets, avant de revenir &#224; une r&#233;ponse finale parfaitement coh&#233;rente. Ces passages servent &#224; quelque chose, puisque quand on force le mod&#232;le &#224; ne s'appuyer que sur les parties lisibles de son brouillon, son taux de bonnes r&#233;ponses chute de plus de moiti&#233;. Plus le mod&#232;le est grand, dans un m&#234;me r&#233;gime d'entra&#238;nement, plus son raisonnement devient illisible. L'auteur le formule sans d&#233;tour : le mod&#232;le apprend &#224; raisonner d'une mani&#232;re qui nous est &#233;trang&#232;re. Ce que l'on r&#233;compense &#224; l'entra&#238;nement, c'est ce qui marche, et ce qui marche n'a aucune raison de ressembler &#224; ce que nous saurions lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;quipe d'&lt;a href=&#034;https://machinelearning.apple.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple&lt;/a&gt;, autour de Parshin Shojaee, a fait grand bruit en juin 2025 avec une &#233;tude intitul&#233;e &#171; L'illusion de la pens&#233;e &#187;, o&#249; iels montraient que ces mod&#232;les de raisonnement s'effondrent au-del&#224; d'un certain niveau de complexit&#233; sur des casse-t&#234;te classiques, les tours de Hano&#239; par exemple, et qu'ils &#171; surpensent &#187; les probl&#232;mes simples, continuant &#224; explorer apr&#232;s avoir trouv&#233; la r&#233;ponse. Une r&#233;ponse est venue dans les jours suivants, sous la plume d'Alex Lawsen, qui montrait, dans un texte d'abord cosign&#233; en mani&#232;re de clin d'&#339;il avec le mod&#232;le Claude Opus, que les points d'effondrement co&#239;ncidaient avec la limite du nombre de mots que les mod&#232;les peuvent &#233;crire, que ceux-ci le disaient d'ailleurs dans leurs r&#233;ponses, et que certains probl&#232;mes de travers&#233;e de rivi&#232;re pos&#233;s dans l'&#233;tude n'avaient math&#233;matiquement aucune solution. C'&#233;tait, une fois de plus, la ficelle pos&#233;e au sol. Les deux &#233;tudes me semblent vraies l'une et l'autre : ces machines pensent autrement, et nous continuons &#224; les &#233;valuer avec des tests faits pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pied-de-biche de Daniel Andler&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Daniel Andler, l'une des figures fondatrices des sciences cognitives en France, a publi&#233; en 2023 chez Gallimard &lt;i&gt;Intelligence artificielle, intelligence humaine : la double &#233;nigme&lt;/i&gt;. Sa th&#232;se tient en une observation : l'intelligence artificielle a beau progresser, la distance qui la s&#233;pare de son objectif proclam&#233;, reproduire l'intelligence humaine, ne diminue pas. Pour comprendre cette &#233;nigme, il faut selon lui en affronter une seconde, celle de l'intelligence humaine elle-m&#234;me, qui ne se r&#233;duit pas &#224; la capacit&#233; de r&#233;soudre des probl&#232;mes. Andler nomme &#171; panprobl&#233;misme &#187; la tentation de tout ramener &#224; la r&#233;solution de probl&#232;mes ; l'intelligence humaine, &#233;crit-il, est la mani&#232;re dont nous faisons face aux situations dans lesquelles nous sommes, quelles qu'elles soient, et un artefact ne se rapporte pas &#224; son environnement comme &#224; une situation. Il propose alors un geste de vocabulaire que je trouve lib&#233;rateur : prendre l'expression &#171; intelligence artificielle &#187;, cet oxymore aux concepts flous, comme un mot nouveau d&#233;signant une chose tangible, &#224; la mani&#232;re dont nous parlons d'un pied-de-biche sans nous demander ce qu'il a du pied ni de la biche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage le constat d'Andler sur la distance qui ne diminue pas, et j'en tire une cons&#233;quence qu'il ne tire peut-&#234;tre pas lui-m&#234;me. Si cette distance ne diminue pas alors que les capacit&#233;s progressent, c'est qu'elle ne correspond pas &#224; un retard, qu'on pourrait combler, mais &#224; une diff&#233;rence de nature. Quand on tient ensemble les &#233;checs de la machine et ses r&#233;ussites, on voit une cognition qui n'est pas en chemin vers la n&#244;tre, qui n'en est pas une version faible ni une version future, mais une autre mani&#232;re d'aller d'une question &#224; une r&#233;ponse, sans corps, sans situation, sans bon sens, avec du texte et du calcul. J'ai propos&#233; dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/trouble-dans-l-intelligence?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Trouble dans l'intelligence&lt;/a&gt; le mot de &lt;i&gt;polyintelligence&lt;/i&gt; pour nommer la cohabitation de formes d'intelligence qu'aucune &#233;chelle commune ne mesure, celle des plantes, des animaux, des machines et la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois mani&#232;res de travailler avec une cognition qui n'est pas la n&#244;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De cette compr&#233;hension je tire, pour mon propre travail et pour celles et ceux qui, dans le champ culturel, se demandent quoi faire de ces machines, quelques mani&#232;res de faire que je pratique ou que je propose, sans dire que ce sont les seules :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Lui demander ce que nous n'aurions pas cherch&#233;.&lt;/strong&gt; La valeur de cette cognition ne tient pas &#224; ce qu'elle nous confirme, mais &#224; ce qu'elle apporte de son c&#244;t&#233;, et cet apport vient quand on lui laisse de la place. Dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/metiers-de-la-culture-et-intelligence-artificielle/l-enquete-culturelle-avec-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'enqu&#234;te culturelle avec l'intelligence artificielle&lt;/a&gt;, j'ai propos&#233; de confier &#224; une machine des heures de conversations enregistr&#233;es avec les visiteur&#183;euse&#183;s d'un lieu culturel, sans lui poser aucune question directive, et de regarder ce qu'elle en d&#233;gage. Une lecture faite sans nos &#233;vidences produit des rapprochements que nos &#233;vidences nous interdisaient. C'est le coup 37, transpos&#233; dans un th&#233;&#226;tre ou une biblioth&#232;que.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Prendre ses erreurs comme un r&#233;v&#233;lateur de nos &#233;vidences.&lt;/strong&gt; Quand la machine rate le probl&#232;me d'Alice, elle nous montre que ce que nous appelions du raisonnement &#233;tait en r&#233;alit&#233; un savoir du corps, une exp&#233;rience de la famille, que nous n'avions jamais eu &#224; formuler. Dans chaque b&#234;tise de la machine, on peut ainsi lire une chose que nous savons sans le savoir, et une &#233;quipe qui prend le temps de s'en &#233;tonner apprend beaucoup sur elle-m&#234;me. J'ai d&#233;crit dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/pedagogie-de-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;P&#233;dagogie de l'Intelligence Artificielle&lt;/a&gt; comment faire de cette d&#233;couverte des r&#233;sistances de l'outil le point de d&#233;part d'un atelier, plut&#244;t qu'une le&#231;on donn&#233;e d'avance.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#201;couter ses accidents comme une mati&#232;re.&lt;/strong&gt; J'ai d&#233;fendu dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/l-arte-povera-de-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'arte povera de l'intelligence artificielle&lt;/a&gt; les formes &#233;tranges que produisent les mod&#232;les imparfaits, et dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/intelligence-artificielle-creation-et-esprit-critique/intelligence-artificielle-et-decouverte-creative?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Intelligence Artificielle et d&#233;couverte cr&#233;ative&lt;/a&gt; l'int&#233;r&#234;t d'une musique que personne n'aurait compos&#233;e. Les artistes ont toujours fait des &#339;uvres avec les r&#233;sistances de leurs outils. Les chemins d'une cognition qui n'a pas nos raccourcis en sont une, et je ne connais pas de mati&#232;re plus &#233;trange &#224; travailler.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces trois mani&#232;res supposent qu'on renonce &#224; mesurer ces machines &#224; notre aune, o&#249; l'on ne voit que des retards et des d&#233;penses, pour les prendre pour ce qu'elles sont, une cognition d'un autre type, qui vient &#224; bout des probl&#232;mes par des chemins que nous ne prendrions pas, dont les &#233;checs nous renseignent sur nous-m&#234;mes, et dont les trouvailles nous arrivent sans que nous les ayons attendues.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une cognition &#224; c&#244;t&#233; de la n&#244;tre, ni au-dessus ni au-dessous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mot de b&#234;tise garde la machine au-dessous de nous, sur cette &#233;chelle unique que Frans de Waal a d&#233;mont&#233;e pour les animaux. Je crois la machine &#224; c&#244;t&#233; de nous, ni au-dessus ni au-dessous, et ce voisinage est nouveau dans l'histoire humaine : pour la premi&#232;re fois, une cognition qui n'est pas la n&#244;tre nous parle dans notre langue. Les gibbons ne nous ont jamais racont&#233; le monde tel qu'il appara&#238;t &#224; des mains faites pour les branches ; la machine, elle, nous r&#233;pond. C'est en ce sens que sa b&#234;tise est sa force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une rentr&#233;e &#224; 220 voix</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/mieux-travailler-avec-la-jeunesse/une-rentree-a-220-voix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/mieux-travailler-avec-la-jeunesse/une-rentree-a-220-voix</guid>
		<dc:date>2026-09-02T21:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>Droits culturels</dc:subject>
		<dc:subject>Num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Intelligence collective</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>TikTok</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cran</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Territoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation Artistique et Culturelle</dc:subject>
		<dc:subject>Participation</dc:subject>
		<dc:subject>John Dewey</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Collectivit&#233; territoriale</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
		<dc:subject>La jeunesse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le d&#233;partement &#171; Cultures pour tous &#187; de Laval et Laval Agglom&#233;ration m'a confi&#233; l'animation de son temps de rentr&#233;e, une matin&#233;e enti&#232;re consacr&#233;e aux pratiques culturelles des 15-25 ans. 150 personnes &#233;taient attendues, 220 sont venues, des professeur&#183;es du conservatoire aux &#233;quipes de la lecture publique, du patrimoine, des mus&#233;es, des archives et de l'accueil. Chacune a pris la parole au moins deux fois, et 80 contributions &#233;crites ont &#233;t&#233; partag&#233;es en ligne. Je raconte ici cette matin&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/mieux-travailler-avec-la-jeunesse/" rel="directory"&gt;Mieux travailler avec la jeunesse&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/mediation" rel="tag"&gt;M&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/droits-culturels" rel="tag"&gt;Droits culturels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/intelligence-collective" rel="tag"&gt;Intelligence collective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/reseaux-sociaux" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/tiktok" rel="tag"&gt;TikTok&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/ecran" rel="tag"&gt;&#201;cran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/democratie" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/territoire" rel="tag"&gt;Territoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/education-artistique-et-culturelle" rel="tag"&gt;&#201;ducation Artistique et Culturelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/participation" rel="tag"&gt;Participation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/john-dewey" rel="tag"&gt;John Dewey&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/collectivite-territoriale" rel="tag"&gt;Collectivit&#233; territoriale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/bibliotheque" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/domaines/la-jeunesse" rel="tag"&gt;La jeunesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH100/2026_culture_laval-192e5.jpg?1788472895' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;partement &#171; Cultures pour tous &#187; de Laval et Laval Agglom&#233;ration m'a confi&#233; l'animation de son temps de rentr&#233;e, une matin&#233;e enti&#232;re consacr&#233;e aux pratiques culturelles des 15-25 ans. 150 personnes &#233;taient attendues, 220 sont venues, des professeur&#183;es du conservatoire aux &#233;quipes de la lecture publique, du patrimoine, des mus&#233;es, des archives et de l'accueil. Chacune a pris la parole au moins deux fois, et 80 contributions &#233;crites ont &#233;t&#233; partag&#233;es en ligne. Je raconte ici cette matin&#233;e comme elle s'est d&#233;roul&#233;e, avec ce que j'y ai propos&#233;, ce que j'y ai dit, et pourquoi je m'y prends ainsi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un territoire qui investit sa culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Laval est une ville d'environ 50 000 habitants, dans une agglom&#233;ration qui en compte 110 000. Son conservatoire est l'un des plus importants de France rapport&#233; &#224; sa population, avec 4 000 &#233;l&#232;ves et une centaine d'&#233;quivalents temps plein d'enseignement artistique. La ville compte aujourd'hui six mille &#233;tudiant&#183;es, contre trois &#224; quatre mille il y a peu, et s'en donne dix mille pour objectif ; une &#233;cole de design s'y est install&#233;e. L'&#233;ducation artistique et culturelle y est tr&#232;s construite jusqu'&#224; la fin du coll&#232;ge. Depuis peu, un lieu rassemble une grande partie de ces forces, &lt;a href=&#034;https://www.agglo-laval.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Quarante&lt;/a&gt;, qui abrite le conservatoire, une &#171; place du village &#187; int&#233;rieure, un auditorium, des espaces de travail que les &#233;tudiant&#183;es se sont d&#233;j&#224; appropri&#233;s. C'est l&#224; que la matin&#233;e s'est tenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai construit ce projet avec Emmanuel T&#234;tedoie, directeur du d&#233;partement Cultures pour tous, Fran&#231;ois-Marie Foucault, directeur du Quarante et du conservatoire, et Clarisse Dire, directrice de la lecture publique et du patrimoine. Les personnes du d&#233;partement travaillent sur des sites diff&#233;rents, dans des m&#233;tiers diff&#233;rents ; cette matin&#233;e de rentr&#233;e est le seul moment de l'ann&#233;e o&#249; elles se croisent toutes. On pourrait n'y faire qu'une r&#233;union fonctionnelle, les emplois du temps, les informations service par service. Le choix a &#233;t&#233; autre, et je le tiens pour un choix politique : consacrer ce moment rare &#224; une question de fond, commune &#224; tous les m&#233;tiers, et le vivre ensemble du d&#233;but &#224; la fin. Pour Emmanuel T&#234;tedoie, ne pas c&#233;der au catastrophisme engageait ses &#233;quipes, la coop&#233;ration avec les jeunes et le sens m&#234;me de leur travail ; et il voulait que chaque personne reparte riche de quelque chose, ne serait-ce que d'avoir pris la parole.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;parer longtemps pour improviser juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pr&#233;par&#233; cette matin&#233;e durant tout l'&#233;t&#233;, en plusieurs visioconf&#233;rences, avec un document de d&#233;roul&#233; que je remettais &#224; jour apr&#232;s chaque &#233;change. Tout y est pass&#233;, le minutage &#224; cinq minutes pr&#232;s, les questions exactes des temps en bin&#244;me, le choix de feutres qui ne tachent pas les si&#232;ges de l'auditorium, la taille de l'&#233;cran, le micro. Mes interlocuteur&#183;rices m'ont racont&#233; leur territoire et leurs &#233;quipes ; j'ai beaucoup appris d'eux, sur le projet p&#233;dagogique du conservatoire qui accompagne les &#233;l&#232;ves vers leurs pratiques autonomes, ou sur la Magma, cette marche artistique et revendicative port&#233;e en juin par un collectif de jeunes Lavallois&#183;es avec l'accompagnement de l'institution. On se pr&#233;pare comme on r&#233;p&#232;te, pr&#233;cis&#233;ment pour pouvoir improviser le moment venu. La veille, je suis arriv&#233; &#224; Laval en fin de journ&#233;e ; le matin &#224; huit heures, nous installions les espaces tous ensemble : Emmanuel T&#234;tedoie, Fran&#231;ois-Marie Foucault, Clarisse Dire, les &#233;quipes du lieu et moi. O&#249; placer les tables, comment r&#233;partir les livres : cet accueil-l&#224; aussi s'est pr&#233;par&#233; collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_20063 spip_documents spip_documents_center media media_vignette'&gt;&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/IMG/jpg/2026_culture_laval_01.jpg' class=&#034;spip_in&#034; title=&#034;jpg/2026_culture_laval_01.jpg&#034; hreflang=&#034;&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2026_culture_laval_01-0b760.jpg?1788472896' height='333' width='500' alt='JPEG - 1.3 Mio' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des livres au milieu du passage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 9h15, l'accueil sur la place du village, autour d'un petit-d&#233;jeuner. J'avais apport&#233; de ma biblioth&#232;que environ trois cents livres (sociologie de la jeunesse, num&#233;rique, m&#233;diation, p&#233;dagogie, psychanalyse), que nous avions dispos&#233;s sur des tables plac&#233;es en plein passage. Sur les tables, des QR codes : chacun&#183;e pouvait photographier les couvertures qui l'attiraient et les d&#233;poser dans un dossier commun, pour constituer une bibliographie collective en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne savais pas si cela fonctionnerait un jour de rentr&#233;e, entre coll&#232;gues qui ne se sont pas vu&#183;es de l'&#233;t&#233;. Cela a fonctionn&#233; au-del&#224; de ce que j'esp&#233;rais. Les gens lisaient, se montraient des couvertures, photographiaient, discutaient ; certain&#183;es sont arriv&#233;&#183;es bien avant l'heure. La raison est m&#233;thodologique. Un objet pos&#233; entre les personnes permet de se rencontrer sans &#234;tre l'objet de l'autre. On se retrouve autour des livres, chacun&#183;e en fait ce qu'il ou elle veut, les feuillette ou non, les photographie ou non. Personne ne dit &#224; personne quoi faire. J'avais pr&#233;vu de faire ce commentaire pendant la matin&#233;e et je l'ai oubli&#233; ; le voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_20062 spip_documents spip_documents_center media media_vignette'&gt;&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/IMG/jpg/2026_culture_laval_02.jpg' class=&#034;spip_in&#034; title=&#034;jpg/2026_culture_laval_02.jpg&#034; hreflang=&#034;&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2026_culture_laval_02-c105f.jpg?1788472896' height='333' width='500' alt='JPEG - 915.6 kio' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; l'&#233;cran, leurs photos&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; 10h, en entrant dans l'auditorium, les personnes ont d&#233;couvert sur un &#233;cran immense leur bibliographie collective, les photos qu'elles venaient de faire, toutes m&#233;lang&#233;es. Pas de premi&#232;re diapositive avec le titre de la matin&#233;e ; &#224; l'&#233;cran, ce que les personnes pr&#233;sentes avaient d&#233;j&#224; cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel T&#234;tedoie a introduit la matin&#233;e, entour&#233; de Clarisse Dire et de Fran&#231;ois-Marie Foucault, en expliquant le choix de ce format et de ce th&#232;me, puis en diffusant une chronique r&#233;cente de &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;France Culture&lt;/a&gt; sur le recul des pratiques culturelles, au ton alarmiste, pos&#233;e l&#224; comme mati&#232;re &#224; travailler. Agn&#232;s Camarena, adjointe &#224; la culture et aux droits culturels de la ville de Laval, entr&#233;e en fonction depuis peu, a dit ensuite son refus du catastrophisme et sa confiance dans les pratiques des habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'ai pris le micro, et j'ai commenc&#233; par donner le programme complet de la matin&#233;e, jusqu'aux consignes d'&#233;criture de la fin. Quand on est assis dans une salle sans savoir ce qui va arriver, le temps nous est confisqu&#233;, m&#234;me par quelqu'un de bienveillant. Quand on sait o&#249; l'on va, on peut se projeter, choisir sa mani&#232;re d'&#234;tre l&#224;. Sur ma table, une cam&#233;ra est reli&#233;e &#224; l'&#233;cran : ce que je pose dessous appara&#238;t en grand. J'y ai plac&#233; ma montre, bien en vue, en commentant ce geste : je surveillerai le temps, le cadre annonc&#233; sera tenu, je ne prends personne en otage. Ce sont des d&#233;tails, et ces d&#233;tails disent aux personnes qu'elles sont respect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre choix visible, pas de diaporama. Sous cette m&#234;me cam&#233;ra, des piles de livres ; je montre les couvertures en grand, je feuillette, je choisis sur le moment selon ce qui se passe et ce qui se dit. Le mat&#233;riau est l&#224;, plus vaste que ce qui sera utilis&#233;, et chacun&#183;e voit que rien n'est format&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de me pr&#233;senter, j'ai propos&#233; un premier exercice : dix questions, on se l&#232;ve si la r&#233;ponse est oui, on reste assis sinon. Qui a moins de 30 ans, qui est parent d'adolescent&#183;es, qui se sent encore jeune dans sa t&#234;te, qui est venu&#183;e &#224; v&#233;lo, qui porte des v&#234;tements de r&#233;emploi, qui a regard&#233; une vid&#233;o sur son t&#233;l&#233;phone hier, qui pense que les r&#233;seaux sociaux sont dangereux, qui croise des 15-25 ans dans son travail, qui passe plus de trois heures par jour devant un &#233;cran, qui a TikTok sur son t&#233;l&#233;phone. Deux minutes, des rires, et les communaut&#233;s r&#233;elles du groupe qui apparaissent. Deux contrastes m'int&#233;ressaient particuli&#232;rement : tout le monde debout sur les trois heures d'&#233;cran quotidiennes, presque personne sur TikTok, l'application la plus utilis&#233;e par les jeunes, dont les utilisateur&#183;rices ont en moyenne 29 ans. Et j'ai fait tout de suite le commentaire de m&#233;thode : cet exercice est r&#233;utilisable tel quel, avec des jeunes, avec un public, avec une &#233;quipe ; il est dr&#244;le, peu impliquant, et il donne au groupe une image de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie : la jeunesse n'existe qu'au pluriel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai ouvert mon premier temps d'apport par la cat&#233;gorie elle-m&#234;me : la jeunesse est d'abord un d&#233;coupage. L'adolescence est une invention du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une construction sociale plus qu'une r&#233;alit&#233; biologique ; Pierre Bourdieu l'a r&#233;sum&#233; en 1978 : &#171; la jeunesse n'est qu'un mot &#187;, un d&#233;coupage des &#226;ges qui organise des places et des rapports de pouvoir. De l&#224;, quelques rep&#232;res, livres en main sous la cam&#233;ra :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La stigmatisation de la jeunesse ne date pas d'hier. Salom&#233; Saqu&#233;, dans &lt;i&gt;Sois jeune et tais-toi&lt;/i&gt; (Payot, 2023), cite H&#233;siode, vers 700 avant notre &#232;re, d&#233;plorant d&#233;j&#224; une jeunesse &#171; insupportable, sans retenue &#187;. Clarisse Dire m'avait transmis une r&#233;f&#233;rence que j'ai d&#233;couverte avec bonheur : les lois somptuaires de l'Italie m&#233;di&#233;vale, &#233;tudi&#233;es par l'historienne Ilaria Taddei, qui taxaient les v&#234;tements des jeunes jug&#233;s trop courts. Rire ensemble de cette permanence aide &#224; rep&#233;rer nos propres jugements.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les chiffres contredisent le discours du d&#233;clin. Les 16-29 ans sont la classe d'&#226;ge qui sort le plus : 76 % ont eu au moins une sortie culturelle dans l'ann&#233;e, contre 56 % des 50-64 ans et 38 % des 65 ans et plus (Insee, donn&#233;es 2022). 27 % des moins de 25 ans sont all&#233;s en festival dans l'ann&#233;e, pour 19 % des Fran&#231;ais&#183;es en moyenne. 84 % des 15-24 ans vont au cin&#233;ma. Et ils passent en moyenne 3h34 par jour sur leur t&#233;l&#233;phone, o&#249; l'essentiel de ce qu'ils font rel&#232;ve des pratiques culturelles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une classe d'&#226;ge n'est pas une classe de go&#251;ts. Le sociologue Camille Peugny (&lt;i&gt;Pour une politique de la jeunesse&lt;/i&gt;, Seuil, 2022) montre l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; culturelle et politique totale de la jeunesse ; les go&#251;ts form&#233;s vers 15 ans persistent tout au long de la vie. &#171; &#199;a va plaire aux jeunes &#187; n'a donc pas de sens. Ce que les jeunes partagent vraiment, tous milieux confondus, c'est l'inqui&#233;tude face &#224; l'avenir.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les enqu&#234;tes donnent des chiffres, pas des consignes. Dans nos m&#233;tiers, nous sommes aupr&#232;s de personnes r&#233;elles ; leur demander ce qu'elles font et ce qu'elles pensent n'est pas de la d&#233;magogie, c'est le premier lien. Et c'est &#224; nous, les encadrant&#183;es, d'aller vers elles et eux.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;J'en ai profit&#233; pour un d&#233;tour par l'esprit critique, en revenant sur la chronique entendue en ouverture. Un message est toujours produit par quelqu'un, depuis un endroit, pour quelqu'un, dans un but ; Marshall McLuhan et Bourdieu l'ont &#233;tabli chacun &#224; leur mani&#232;re, et cela vaut pour les journalistes comme pour moi. Encore faudrait-il, avant d'annoncer le recul des pratiques culturelles, d&#233;finir ce qu'on appelle pratique culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'ai propos&#233; le premier temps en bin&#244;me, chacun&#183;e avec sa voisine ou son voisin. Une minute trente pour parler pendant que l'autre &#233;coute seulement, puis on inverse, chronom&#232;tre &#224; l'&#233;cran. La question : qu'est-ce que j'ai d&#233;j&#224; modifi&#233; dans ma mani&#232;re de faire, ou de penser, &#224; la suite d'un &#233;change avec un ou une jeune ? Les trios se sont organis&#233;s autrement, je leur ai adapt&#233; la consigne. Et j'ai dit ensuite pourquoi je tiens &#224; cet exercice : chacun&#183;e parle et est &#233;cout&#233;&#183;e, sans jugement public ; et moi, l'animateur, je ne sais pas ce qui s'est dit. C'est frustrant, et c'est pr&#233;cieux. Cela m'invite &#224; l&#226;cher le fantasme de ma&#238;trise sur les &#233;laborations des autres, un fantasme de bonne volont&#233;, mais un fantasme de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_20064 spip_documents spip_documents_center media media_vignette'&gt;&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/IMG/jpg/2026_culture_laval_03.jpg' class=&#034;spip_in&#034; title=&#034;jpg/2026_culture_laval_03.jpg&#034; hreflang=&#034;&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2026_culture_laval_03-bb9b4.jpg?1788472896' height='333' width='500' alt='JPEG - 1.4 Mio' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie : le num&#233;rique, un milieu d'existence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me temps d'apport, le num&#233;rique. Ma d&#233;finition, que chacun &#233;tait libre de discuter : le num&#233;rique n'est pas un outil parmi d'autres, c'est un milieu d'existence, comme l'air, l'eau ou l'&#233;lectricit&#233;. Sans num&#233;rique, plus d'h&#244;pitaux, plus d'&#233;coles, plus de s&#233;curit&#233;. On ne peut pas &#234;tre pour ou contre un milieu ; on peut regarder ce qu'on y fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Serres, dans &lt;i&gt;Petite Poucette&lt;/i&gt; (2012), le disait &#224; propos de la g&#233;n&#233;ration des pouces : ces outils ne rendent pas moins intelligent, ils forment les cerveaux autrement, avec des comp&#233;tences diff&#233;rentes. Le langage SMS, tant moqu&#233; en son temps, &#233;tait l'invention d'une langue par une g&#233;n&#233;ration, faite expr&#232;s pour que les adultes n'y entrent pas. Cr&#233;er une langue, c'est le contraire de ne pas ma&#238;triser la langue. Et j'ai rappel&#233; 1450 : l'imprimerie fut accueillie comme une catastrophe qui allait galvauder le savoir et dispenser d'apprendre. Ce qui se jouait vraiment, c'&#233;taient des places de pouvoir. Elle a produit la Renaissance et les Lumi&#232;res. Nos jugements sur internet hier, sur l'intelligence artificielle aujourd'hui, m&#233;ritent d'&#234;tre regard&#233;s avec cette m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les &#233;crans et la sant&#233;, j'ai dit l'&#233;tat r&#233;el de la recherche : des d&#233;saccords profonds entre scientifiques. Une &#233;tude finlandaise r&#233;cente, qui a suivi 260 adolescent&#183;es pendant huit ans, rel&#232;ve de meilleures capacit&#233;s cognitives chez celles et ceux qui utilisent le plus les &#233;crans, et ses auteur&#183;rices m&#234;mes mettent en garde contre toute lecture causale directe. Le temps d'&#233;cran, en soi, ne dit rien ; tout d&#233;pend de ce qu'on y fait. Nous ne jugeons d'ailleurs jamais le n&#244;tre, puisque nous savons ce que nous y faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que font les jeunes ? J'ai d&#233;crit TikTok de l'int&#233;rieur, moi qui l'avais jug&#233; sans le regarder il y a dix ans ; je l'ai racont&#233; sans d&#233;tour, je l'avais d'ailleurs &#233;crit dans la revue de l'&lt;a href=&#034;https://www.observatoire-culture.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire des politiques culturelles&lt;/a&gt;. Ce qui distingue cet espace :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'audience organique : chaque vid&#233;o publi&#233;e est montr&#233;e &#224; une centaine de personnes, puis &#224; davantage si elle rencontre un &#233;cho ; une premi&#232;re vid&#233;o peut &#234;tre vue des millions de fois, ce qui n'existe sur aucun autre r&#233;seau ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le partage et le commentaire, qui rendent chaque personne agissante dans la circulation des contenus ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un bouton de cr&#233;ation : on regarde, on appuie, on filme, on publie. Les &#171; tendances &#187; voient des dizaines de milliers de personnes se r&#233;pondre en chor&#233;graphies sur une m&#234;me musique, une sorte de palimpseste artistique &#224; grande vitesse.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;80 % des jeunes ont d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; ou contribu&#233; sur les r&#233;seaux sociaux. La place qu'offre un tel espace n'est pas seulement celle d'un&#183;e spectateur&#183;rice : chacun&#183;e y recommande, y fait circuler, et peut cr&#233;er. Voil&#224; pourquoi je demande qu'on y regarde de pr&#232;s avant de juger, et pourquoi je d&#233;conseille aux institutions culturelles de s'&#233;puiser en cha&#238;nes YouTube &#224; douze vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai partag&#233; aussi ma pratique d'ateliers, en h&#244;pital de jour, en mission locale, avec des demandeur&#183;ses d'asile : chaque s&#233;ance aboutit &#224; quelque chose de r&#233;alis&#233; (un podcast, un dessin, une vid&#233;o), mis en ligne le jour m&#234;me, avec le nom des personnes. Nommer, c'est ce qui permet la symbolisation, ce qui aide chacun&#183;e &#224; se reconna&#238;tre et &#224; se construire. Et le ou la jeune qui a manqu&#233; une s&#233;ance n'est pas largu&#233;&#183;e, il ou elle retrouve la trace. Le num&#233;rique, utilis&#233; ainsi, est un outil de lien. L'espace en ligne de cette matin&#233;e, QR codes compris, est d'ailleurs h&#233;berg&#233; sur le serveur de mon agence, dans une zone industrielle de Clermont-Ferrand, hors des grandes plateformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une personne est intervenue pour nuancer mes propos sur les r&#233;seaux sociaux ; elle avait raison de le faire, je l'ai dit, et c'est exactement pour cela qu'on a besoin les uns des autres. Puis j'ai lanc&#233; le deuxi&#232;me temps en bin&#244;me, en changeant de bin&#244;me : une id&#233;e d'action aupr&#232;s des jeunes, la v&#244;tre ou une que vous avez men&#233;e et qui a march&#233;, &#224; partager avec votre voisin&#183;e. &#192; la fin, j'&#233;tais de nouveau frustr&#233; de ne pas savoir, et de nouveau, c'&#233;tait le principe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me partie : la d&#233;mocratie culturelle, concr&#232;tement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dernier temps d'apport, les droits culturels. Le mot figure dans la d&#233;l&#233;gation de l'&#233;lue, et il peut sembler conceptuel, presque obligatoire ; j'ai voulu en donner une d&#233;finition compr&#233;hensible, synth&#233;tique et op&#233;rante. Ils s'enracinent dans la D&#233;claration universelle des droits humains de 1948 et ont &#233;t&#233; formalis&#233;s en 2007 par la d&#233;claration de Fribourg, autour du philosophe Patrice Meyer-Bisch ; un groupe de travail, dont je fais partie, la r&#233;&#233;crit actuellement &#224; l'aune des enjeux &#233;cologiques, num&#233;riques et de genre. La culture y est prise au sens anthropologique : la langue que je parle, mes go&#251;ts, mon quartier, mes anc&#234;tres. Respecter les droits culturels d'une personne, c'est respecter sa culture, donc sa dignit&#233;. Et une personne dont la culture est respect&#233;e peut alors, &#224; ses propres yeux, donner de la valeur &#224; cette culture, condition pour contribuer &#224; la vie de la cit&#233;. Beaucoup de jeunes, quand on leur demande leurs go&#251;ts, r&#233;pondent &#171; j'aime &#231;a, mais c'est nul &#187; : ils et elles ont appris &#224; m&#233;priser leur propre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, la distinction entre d&#233;mocratisation culturelle (rendre accessibles au plus grand nombre les grandes &#339;uvres, le projet de Malraux en 1959) et d&#233;mocratie culturelle (susciter la cr&#233;ativit&#233; de chacun&#183;e et l'enrichissement mutuel, la feuille de route de 1982). Les deux se compl&#232;tent, mais la seconde exige de renoncer &#224; la condescendance. Le sociologue Tomas Legon l'a montr&#233; &#224; propos des dispositifs scolaires de cin&#233;ma : con&#231;us pour &#233;largir les horizons, ils touchent surtout les jeunes d&#233;j&#224; dot&#233;&#183;es, et confortent les autres dans leur rejet. Aucun relativisme l&#224;-dedans : reconna&#238;tre la diversit&#233; des cultures n'interdit ni l'exigence ni les cheminements, cela interdit la hi&#233;rarchie qui stigmatise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appuy&#233; cette partie sur deux r&#233;f&#233;rences qui me sont essentielles :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; John Dewey, &lt;i&gt;L'art comme exp&#233;rience&lt;/i&gt; (1934). L'art n'est pas l'objet, c'est l'exp&#233;rience que des humains vivent dans la rencontre avec l'objet. Dans nos projets d'ateliers, cela d&#233;place tout : ce qui compte n'est pas la beaut&#233; du r&#233;sultat, c'est le processus v&#233;cu par chaque personne ; et raconter ce processus au moment de la restitution donne leur valeur aux &#339;uvres les plus fragiles. Les plateformes num&#233;riques l'ont compris &#224; leur mani&#232;re, avec le design d'exp&#233;rience ; &#224; nous de le comprendre &#224; d'autres fins que le commerce.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Olivier Houd&#233;, sur la r&#233;sistance cognitive. Apprendre, c'est cr&#233;er de nouvelles connexions neuronales, ce qui co&#251;te cher en &#233;nergie ; sous stress ou sous menace de jugement, le cerveau repasse en pens&#233;e r&#233;flexe et l'apprentissage devient, au sens propre, biologiquement impossible. La place de chacun&#183;e dans un groupe n'est donc pas un suppl&#233;ment d'&#226;me : c'est la condition mat&#233;rielle pour qu'on y apprenne quelque chose.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; ma d&#233;finition du cadre, que je travaille depuis longtemps avec le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron : le cadre n'est pas ce qui interdit, c'est ce qui autorise. L'enseignant&#183;e qui reste &#171; pour faire la police &#187; pendant l'atelier d&#233;truit le cadre qu'il ou elle croit tenir. Et l'on n'apprend pas des informations, on apprend des exp&#233;riences v&#233;cues : un atelier de pr&#233;vention o&#249; les jeunes font ce qu'on attend d'eux enseigne surtout &#224; r&#233;pondre &#224; l'attente des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatre-vingts feuilles &#224; l'&#233;cran&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Restait le moment que j'avais annonc&#233; d&#232;s le d&#233;but comme le plus important de la matin&#233;e. Dix minutes d'&#233;criture individuelle, feutre et papier, quatre entr&#233;es possibles :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; une synth&#232;se : ce que je retiens, en un mot ou une phrase ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un d&#233;saccord : on a le droit, et c'est important de l'&#233;crire ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; une contribution : un point qui aurait manqu&#233; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; une id&#233;e d'action avec les jeunes, &#224; partager.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Chacun&#183;e a photographi&#233; ses feuilles via le QR code. 80 contributions manuscrites sont apparues sur le grand &#233;cran, aucune ne ressemblant &#224; une autre, et des d&#233;saccords y avaient toute leur place. La discussion s'est appuy&#233;e sur ce mur jusqu'&#224; midi pile, comme annonc&#233;. L'apr&#232;s-midi, les &#233;quipes ont continu&#233; &#224; travailler par groupes, certaines le lendemain encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace en ligne reste ouvert. Une synth&#232;se &#233;crite est en pr&#233;paration, qui int&#233;grera les contributions, pour les pr&#233;sent&#183;es comme pour les coll&#232;gues absent&#183;es. Ce que ces 220 personnes se sont dit en bin&#244;me, personne ne le saura, et c'est tr&#232;s bien ainsi : ce qu'elles ont cr&#233;&#233; leur appartient. Si cette matin&#233;e a fait commun, ce n'est pas parce que tout le monde y a pens&#233; pareil ; c'est parce que chacun&#183;e pouvait y penser autrement que sa voisine, et le dire. Merci &#224; Emmanuel T&#234;tedoie, Fran&#231;ois-Marie Foucault et Clarisse Dire pour la confiance et la finesse de la pr&#233;paration, et &#224; Agn&#232;s Camarena pour son ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prolonger :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Culture, jeunesse et num&#233;rique (rubrique de ressources)&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;thodes de m&#233;diation culturelle (rubrique de ressources)&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/repenser-la-culture-pour-la-jeunesse?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Repenser la culture pour la jeunesse. De la d&#233;mocratisation &#224; la d&#233;mocratie culturelle&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/culture-jeunesse-et-numerique/vers-une-mediation-culturelle-jeunesse-renouvelee?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vers une m&#233;diation culturelle jeunesse renouvel&#233;e. Droits culturels et &#232;re num&#233;rique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;div class=&#034;embed-responsive embed-responsive-1by1 mb-3&#034;&gt; &lt;iframe class=&#034;embed-responsive-item&#034; src=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/_docs/projets/2026/2026_laval/&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt; &lt;/div&gt; &lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps propre</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/defendre-la-culture-autrement-methodes-pour-demain/le-temps-propre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/defendre-la-culture-autrement-methodes-pour-demain/le-temps-propre</guid>
		<dc:date>2026-09-01T07:10:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Domination</dc:subject>
		<dc:subject>Pouvoir</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;sence</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Coop&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Droits culturels</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que</dc:subject>
		<dc:subject>Libert&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Chapitre 9 : Coop&#233;ration et organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le secteur culturel comme ailleurs, cette phrase revient sans cesse : on n'a pas le temps. Elle sert &#224; expliquer qu'on ne raconte pas ce qu'on fait, qu'on ne coop&#232;re pas, qu'on ne pense pas. Or les enqu&#234;tes sur l'emploi du temps montrent que nous n'avons jamais eu autant de temps libre. Je propose de regarder cette phrase autrement : elle ne parle pas d'une quantit&#233;, elle parle d'une d&#233;possession. Ce qui manque, c'est le temps propre, celui dont on d&#233;cide soi-m&#234;me l'usage. Et cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/defendre-la-culture-autrement-methodes-pour-demain/" rel="directory"&gt;D&#233;fendre la culture autrement : m&#233;thodes pour demain&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/domination" rel="tag"&gt;Domination&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/pouvoir" rel="tag"&gt;Pouvoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/presence" rel="tag"&gt;Pr&#233;sence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/capitalisme" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/cooperation" rel="tag"&gt;Coop&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/autonomie" rel="tag"&gt;Autonomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/politique" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/droits-culturels" rel="tag"&gt;Droits culturels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/bibliotheque" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/liberte" rel="tag"&gt;Libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/chapitre-9-cooperation-et-organisation" rel="tag"&gt;Chapitre 9 : Coop&#233;ration et organisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_culture_le_temps_propre-bff09.jpg?1788250273' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le secteur culturel comme ailleurs, cette phrase revient sans cesse : on n'a pas le temps. Elle sert &#224; expliquer qu'on ne raconte pas ce qu'on fait, qu'on ne coop&#232;re pas, qu'on ne pense pas. Or les enqu&#234;tes sur l'emploi du temps montrent que nous n'avons jamais eu autant de temps libre. Je propose de regarder cette phrase autrement : elle ne parle pas d'une quantit&#233;, elle parle d'une d&#233;possession. Ce qui manque, c'est le &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt;, celui dont on d&#233;cide soi-m&#234;me l'usage. Et cette lecture rend possible une action que l'id&#233;e d'un manque de temps interdisait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatre heures de temps libre par jour, et pas le temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;unions de professionnel&#183;les de la culture, la phrase ne tarde jamais &#224; venir. On n'a pas le temps de raconter ce qu'on fait, pas le temps de rencontrer les coll&#232;gues de la structure voisine, pas le temps de lire, pas le temps de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'on est en train de faire. Je l'entends dans les collectivit&#233;s, dans les th&#233;&#226;tres, dans les biblioth&#232;ques, et je l'ai prononc&#233;e moi-m&#234;me bien souvent. Elle a ceci de particulier qu'elle cl&#244;t la discussion : on ne discute pas avec quelqu'un qui n'a pas le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les chiffres montrent autre chose. L'INSEE m&#232;ne depuis 1986 des &lt;a href=&#034;https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281050&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;tes Emploi du temps&lt;/a&gt;, dans lesquelles des milliers de personnes notent sur un carnet, par tranches de dix minutes, tout ce qu'elles font de leurs journ&#233;es. D'apr&#232;s la derni&#232;re publi&#233;e, celle de 2010, les personnes qui travaillent ont environ quatre heures de temps libre par jour, la t&#233;l&#233;vision reste le premier loisir, le temps pass&#233; sur Internet a doubl&#233; en dix ans, et l'on dort en moyenne huit heures et demie. Une nouvelle enqu&#234;te est en cours en 2025-2026, et l'on verra si les heures se sont d&#233;plac&#233;es vers les &#233;crans, mais rien n'indique que le total du temps disponible ait fondu. Nous avons chaque jour vingt-quatre heures, comme les g&#233;n&#233;rations qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, et nous en passons davantage qu'elles hors du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologue Judy Wajcman a nomm&#233; ce d&#233;calage le &lt;i&gt;paradoxe de la pression temporelle&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Pressed for Time&lt;/i&gt; (2015), elle rappelle que la dur&#233;e du travail n'a pas augment&#233; en Europe, qu'elle a m&#234;me baiss&#233; en France, et que le sentiment de manquer de temps progresse pourtant. Elle montre que ce sentiment n'est pas r&#233;parti au hasard. Il touche d'abord les personnes qui cumulent un emploi qualifi&#233; et des responsabilit&#233;s familiales, il est plus fort chez les femmes, et il d&#233;pend moins du nombre d'heures que de la ma&#238;trise qu'on en a. Elle refuse aussi l'explication facile par la technique : ce ne sont pas nos appareils qui cr&#233;ent la pression, ce sont les exigences d'autres humains, que les appareils ne font que transmettre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps de l'horloge contre le temps de la t&#226;che&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le temps dont nous croyons manquer n'a pas toujours exist&#233; sous cette forme. L'historien E. P. Thompson a montr&#233;, dans un article de 1967 devenu classique, &lt;i&gt;Time, Work-Discipline, and Industrial Capitalism&lt;/i&gt;, comment, avec les premi&#232;res fabriques, le &lt;i&gt;temps de l'horloge&lt;/i&gt; s'est impos&#233; contre le &lt;i&gt;temps de la t&#226;che&lt;/i&gt;. Avant la fabrique, on travaillait jusqu'&#224; ce que l'ouvrage soit fini, la journ&#233;e se mesurait aux t&#226;ches accomplies, et le travail se m&#234;lait au reste de la vie. Il a fallu apprendre aux ouvriers cette discipline de l'horloge, souvent par la contrainte. L'anthropologue Tim Ingold a repris cette analyse pour montrer que le &lt;i&gt;temps de la t&#226;che&lt;/i&gt; n'a jamais tout &#224; fait disparu et qu'il persiste dans tout travail concret. Le temps compt&#233; n'est donc pas un fait de nature, mais un instrument, apparu &#224; un moment pr&#233;cis de l'histoire, au service d'une organisation de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#252;nther Anders a pouss&#233; l'analyse un cran plus loin dans &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt; (1956, traduction fran&#231;aise 2002). Il y observe que le temps libre lui-m&#234;me a &#233;t&#233; conquis par l'industrie. En consommant pendant ses loisirs la marchandise de masse, le travailleur accomplit une t&#226;che suppl&#233;mentaire, celle de se transformer en &lt;i&gt;homme de masse&lt;/i&gt;, et il paie lui-m&#234;me les moyens de cette transformation : l'appareil, l'abonnement, les &#233;missions. Il devient, selon l'expression d'Anders, un &lt;i&gt;travailleur &#224; domicile&lt;/i&gt; d'un genre nouveau, qui ach&#232;te sa propre servitude.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le monde est d'une certaine mani&#232;re occup&#233; et employ&#233; comme travailleur &#224; domicile. Un travailleur &#224; domicile d'un genre pourtant tr&#232;s particulier. Car c'est en consommant la marchandise de masse &#8212; c'est-&#224;-dire gr&#226;ce &#224; ses loisirs &#8212; qu'il accomplit sa t&#226;che, qui consiste &#224; se transformer lui-m&#234;me en homme de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le travailleur &#224; domicile classique fabriquait des produits pour s'assurer un minimum de biens de consommation et de loisirs, celui d'aujourd'hui consomme au cours de ses loisirs un maximum de produits pour, ce faisant, collaborer &#224; la production des hommes de masse. Le processus tourne m&#234;me r&#233;solument au paradoxe puisque le travailleur &#224; domicile, au lieu d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; pour sa collaboration, doit au contraire lui-m&#234;me la payer, c'est-&#224;-dire payer les moyens de production dont l'usage fait de lui un homme de masse &#8212; l'appareil et, le cas &#233;ch&#233;ant, dans de nombreux pays, les &#233;missions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il paie donc pour se vendre. Sa propre servitude, celle-l&#224; m&#234;me qu'il contribue &#224; produire, il doit l'acqu&#233;rir en l'achetant puisqu'elle est, elle aussi, devenue une marchandise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;G&#252;nther Anders, &#171; Le monde comme fant&#244;me et comme matrice &#187;, dans &#171; L'Obsolescence de l'homme &#187;, tome 1, 1956, traduction fran&#231;aise 2002, p. 121.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Anders &#233;crivait cela &#224; propos de la radio et de la t&#233;l&#233;vision. Depuis, le dispositif s'est encore perfectionn&#233;, avec les s&#233;ries en streaming et les fils d'actualit&#233; des r&#233;seaux sociaux. Dans la pr&#233;face qu'il donne &#224; la cinqui&#232;me &#233;dition, en 1979, il constate que son livre n'a pas vieilli, et il pr&#233;cise que ses analyses n'&#233;taient pas des pronostics mais des diagnostics. Cette pr&#233;face a aujourd'hui pr&#232;s de cinquante ans, et le diagnostic tient toujours.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non seulement ce volume que j'ai achev&#233; il y a maintenant plus d'un quart de si&#232;cle ne me semble pas avoir vieilli, mais il me para&#238;t aujourd'hui encore plus actuel. Cela ne prouve rien quant &#224; la pertinence de mes analyses de l'&#233;poque : cela prouve seulement que l'&#233;tat du monde et la condition humaine que je d&#233;crivais &#233;taient d&#233;j&#224; tr&#232;s d&#233;grad&#233;s, qu'ils n'ont gu&#232;re chang&#233; sur le fond depuis 1956, et ne le pouvaient d'ailleurs pas. Ces observations n'&#233;taient pas des pronostics mais des diagnostics. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;G&#252;nther Anders, pr&#233;face &#224; la cinqui&#232;me &#233;dition (1979) de &#171; L'Obsolescence de l'homme &#187;, tome 1, traduction fran&#231;aise 2002.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre essai du m&#234;me volume, &#171; &#202;tre sans temps &#187;, Anders lit &lt;i&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt; comme la description d'existences priv&#233;es de toute t&#226;che, et il pr&#233;cise en 1979 qu'il y d&#233;crivait le monde des ch&#244;meurs. Il existe donc deux figures de la d&#233;possession : celle des personnes qui ont un &#171; monde &#187;, un emploi, des enfants, des dossiers, et ne disposent pas de leur temps, et celle des personnes qui ont tout leur temps et potentiellement plus de libert&#233;, mais qui ne peuvent en tirer profit. Les deux sont produites par la m&#234;me organisation, et ni l'une ni l'autre ne rel&#232;ve d'un choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand quelqu'un dit &#171; je n'ai pas le temps &#187;, il ne parle pas d'une horloge, il parle de ce que d'autres ont d&#233;cid&#233; de faire de ses heures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le simplisme du &#171; prenez le temps &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes d'aujourd'hui se sont beaucoup occup&#233;&#183;es du temps qui manque, et pas toujours l&#224; o&#249; il le faudrait. Hartmut Rosa a d&#233;crit, dans &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration&lt;/i&gt; (2010), les trois acc&#233;l&#233;rations de la modernit&#233;, celle de la technique, celle du changement social et celle du rythme de vie, et il a propos&#233; dans &lt;i&gt;R&#233;sonance&lt;/i&gt; (2018) une relation au monde qui &#233;chappe &#224; cette logique, une relation o&#249; l'on se laisse toucher et transformer. La notion est utile, et Pascal Le Brun-Cordier l'a reprise pour son &lt;i&gt;contrat de r&#233;sonance&lt;/i&gt;, dont je reparle plus bas. Mais elle comporte un risque, celui de conclure qu'il faudrait, chacun de son c&#244;t&#233;, ralentir, se d&#233;connecter, prendre le temps. On retrouve cette injonction dans les livres de d&#233;veloppement personnel, dans des s&#233;minaires de &#171; d&#233;connexion &#187; et dans des slogans des collectivit&#233;s, et elle s'adresse aux personnes d&#233;poss&#233;d&#233;es comme si elles d&#233;cidaient de leur temps. Elle ajoute &#224; la d&#233;possession une culpabilit&#233;. Elle nourrit aussi une nostalgie, celle d'un &#171; avant &#187; o&#249; l'on aurait su vivre lentement, et Thompson montre justement qu'il n'en est rien : le &lt;i&gt;temps de la t&#226;che&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas un temps de loisir, il &#233;tait un autre r&#233;gime de contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent de Gaulejac a d&#233;crit, dans &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; malade de la gestion&lt;/i&gt; (2005), la mani&#232;re dont l'id&#233;ologie gestionnaire colonise les organisations et jusqu'au psychisme des personnes qui y travaillent. Chacun&#183;e devient le &lt;i&gt;gestionnaire&lt;/i&gt; de soi-m&#234;me, compte ses heures, se reproche son manque de rendement. C'est l&#224; que se loge le manque de temps : on a int&#233;rioris&#233; l'horloge du &#171; patron &#187;, et le patron avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous prenons aussi peu de distance avec la langue elle-m&#234;me. &#171; Souviens-toi que le temps, c'est de l'argent &#187;, &#233;crit Benjamin Franklin en 1748 dans ses &lt;i&gt;Conseils &#224; un jeune commer&#231;ant&lt;/i&gt;, et Thompson rel&#232;ve que, dans la fabrique, le temps est devenu une monnaie : on ne le passe plus, on le d&#233;pense. De l&#224; viennent deux expressions que nous employons sans y penser, &lt;i&gt;vendre son temps&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;acheter du temps&lt;/i&gt;. Elles ne d&#233;crivent pas la m&#234;me position. La personne salari&#233;e vend son temps, ou plus exactement, comme le pr&#233;cise Marx dans &lt;i&gt;Travail salari&#233; et capital&lt;/i&gt; (1849), sa force de travail pour une dur&#233;e fix&#233;e par le contrat, et c'est l'employeur qui ach&#232;te ce temps. Les riches, eux, ach&#232;tent le temps des autres pour lib&#233;rer le leur : ils paient quelqu'un pour le m&#233;nage, la cuisine, les courses, la garde des enfants. Ashley Whillans et ses coll&#232;gues ont m&#234;me &#233;tabli en 2017, &#224; partir d'enqu&#234;tes men&#233;es dans quatre pays, que les personnes qui d&#233;pensent de l'argent pour s'&#233;pargner des t&#226;ches se d&#233;clarent plus satisfaites de leur vie (&lt;a href=&#034;https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.1706541114&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Buying time promotes happiness&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;), et l'&#233;tude a circul&#233; comme un conseil de bien-&#234;tre : achetez du temps. Elle montre surtout que le &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; des uns est fait du temps vendu par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, cette vente est le mod&#232;le de la vie normale, et nous n'avons gu&#232;re de distance l&#224;-dessus. Robert Castel a racont&#233;, dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses de la question sociale&lt;/i&gt; (1995), comment le salariat, qui fut longtemps la condition la plus mis&#233;rable, celle de qui n'a rien d'autre &#224; vendre que ses bras, est devenu au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le statut envi&#233;, parce que la protection sociale s'y est attach&#233;e : la retraite, l'assurance maladie, l'assurance ch&#244;mage. &#202;tre salari&#233;&#183;e est aujourd'hui l'id&#233;al de s&#233;curit&#233;, ce qu'on souhaite &#224; ses enfants, ce que les banques exigent pour pr&#234;ter. Or le contrat de travail se d&#233;finit en droit par le lien de subordination, c'est-&#224;-dire, selon la formule de la Cour de cassation (arr&#234;t Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, 13 novembre 1996), le pouvoir de l'employeur de donner des ordres, d'en contr&#244;ler l'ex&#233;cution et de sanctionner les manquements. Ce pouvoir s'exerce d'abord sur le temps. La loi fixe la dur&#233;e du travail, l'employeur fixe l'ordre des d&#233;parts en cong&#233;, chaque salari&#233;&#183;e demande ses dates et peut se les voir refuser, et dans beaucoup d'entreprises une badgeuse enregistre l'heure d'arriv&#233;e et l'heure de d&#233;part. Le seul &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; qui reste est celui des vacances, et encore faut-il en faire la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons cela se conduire &#171; en bon p&#232;re de famille &#187;. L'expression vient du droit romain, le &lt;i&gt;bonus pater familias&lt;/i&gt;, et le Code civil de 1804 l'a employ&#233;e pendant deux si&#232;cles pour d&#233;signer la conduite prudente et diligente qu'on attend de qui a la charge d'un bien, jusqu'&#224; ce que la loi du 4 ao&#251;t 2014 la remplace par le mot &#171; raisonnable &#187;. Le p&#232;re de famille dont il s'agit &#233;tait le &#171; chef de famille &#187;, celui qui d&#233;cidait pour tous les autres. Dans notre usage courant, il d&#233;signe celui qui ne prend pas de risque et remet son temps &#224; qui le paie. L'id&#233;al de prudence que nous transmettons &#224; nos enfants est ainsi un id&#233;al de d&#233;possession consentie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose donc de d&#233;placer le regard, de la quantit&#233; vers la propri&#233;t&#233;. En physique, on appelle &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; le temps mesur&#233; par l'horloge que l'observateur emporte avec lui. Il n'existe pas de temps absolu, chaque trajectoire a le sien. J'emprunte le mot. Le &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; d'une personne est celui dont elle d&#233;cide l'usage, le rythme et le sens. Ce qui manque &#224; celles et ceux qui n'ont jamais le temps, ce n'est pas du temps, c'est du &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt;. Et la d&#233;possession du &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; a un nom, la domination : la situation o&#249; quelqu'un d'autre d&#233;cide de ce que je fais de mes heures. J'avais abord&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne du c&#244;t&#233; de la personne, dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/presence-et-soumission?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pr&#233;sence et soumission&lt;/a&gt;, en d&#233;crivant la soumission comme le fait de laisser son temps &#224; l'autre, et du c&#244;t&#233; du rythme collectif, dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/ethique-de-la-compromission/l-imminence-et-la-loi?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'imminence et la loi&lt;/a&gt;. Il s'agit ici de son versant institutionnel : qui, dans une organisation, dans une politique publique, dans une relation professionnelle, d&#233;cide du temps de qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'on croit manquer de temps, la seule r&#233;ponse est de courir plus vite. Quand on comprend qu'on est d&#233;poss&#233;d&#233; de son &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt;, on peut se poser d'autres questions : qui a d&#233;cid&#233;, au nom de quoi, et comment reprendre la main.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pr&#233;sence compte plus que la dur&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;fends depuis plusieurs ann&#233;es l'id&#233;e que la pr&#233;sence, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re dont nous habitons l'instant, donne au temps sa consistance (&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/presence-et-temps?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pr&#233;sence et temps&lt;/a&gt;). J'ai expliqu&#233; dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/l-engagement-dans-le-temps?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'engagement dans le temps&lt;/a&gt; que la longueur des actions culturelles n'est pas un gage de qualit&#233;, et dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-de-mediation-culturelle/l-atelier-qu-on-ne-fera-qu-une-fois?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'atelier qu'on ne fera qu'une fois&lt;/a&gt; qu'un atelier qu'on ne fera qu'une fois ob&#233;it &#224; ses lois propres, qui n'ont rien d'une version d&#233;grad&#233;e d'un projet plus long, la dur&#233;e, c'est-&#224;-dire la soumission des participant&#183;es au temps, y &#233;tant tenue pour l'alpha et l'om&#233;ga. J'en redis ici l'argument : il peut se passer, en une heure, en une demi-journ&#233;e, quelque chose de d&#233;cisif pour une personne. Et il peut se passer, sur plusieurs ann&#233;es, des choses d&#233;plorables : quatre ans avec un&#183;e enseignant&#183;e destructeur&#183;rice laissent des traces d'autant plus profondes qu'ils ont dur&#233;. J'ai par exemple &#233;tudi&#233; l'espagnol au coll&#232;ge et au lyc&#233;e pendant sept ans, j'y ai donc consacr&#233; un temps r&#233;gulier &#233;norme, et je n'en retire aujourd'hui strictement aucune comp&#233;tence ; quelle &#233;tait la qualit&#233; de ce temps, ma &lt;i&gt;pr&#233;sence&lt;/i&gt; dans ce temps ? Est-ce que l'&#201;ducation nationale a pris en compte cette gabegie de temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il faut du temps pour que les choses m&#251;rissent et pour que chaque personne se construise. Mais ce temps de la construction n'est pas un temps pass&#233; ensemble. Une rencontre br&#232;ve peut faire son chemin en quelqu'un pendant des mois. Un instant pleinement habit&#233; compte davantage, dans une vie, qu'une longue dur&#233;e travers&#233;e sans y &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on dit, dans le secteur culturel, qu'on n'a pas le temps de bien faire, on suppose que bien faire demande du temps long, des rencontres r&#233;p&#233;t&#233;es, une disponibilit&#233; continue. C'est l'id&#233;al du projet au long cours, et c'est lui qui rend impossible ce qu'on pourrait faire tout de suite. Si la qualit&#233; tient &#224; la pr&#233;sence et non &#224; la dur&#233;e, alors le &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; qu'il s'agit de reprendre n'a pas besoin d'&#234;tre long, il a besoin d'&#234;tre &#224; soi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rendre &#224; chacun&#183;e son temps propre : cinq propositions pour le champ culturel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je termine par cinq propositions, qui visent chacune &#224; rendre du &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; aux personnes qui travaillent dans le champ culturel comme &#224; celles avec qui elles travaillent :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Cesser de faire de la dur&#233;e un crit&#232;re.&lt;/strong&gt; Dans les appels &#224; projets, les conventions et les bilans, on valorise la longueur des parcours et le nombre de s&#233;ances. Je propose d'&#233;valuer la qualit&#233; de la pr&#233;sence et de ce qui a &#233;t&#233; partag&#233;, et de tenir les formats brefs pour des formes &#224; part enti&#232;re. Cela rend du &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; aux &#233;quipes, qui n'ont plus &#224; s'excuser de faire court, et aux participant&#183;es, &#224; qui l'on ne demande plus une disponibilit&#233; qu'iels n'ont pas.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Coop&#233;rer sans que tout le monde soit l&#224; en m&#234;me temps.&lt;/strong&gt; Les outils num&#233;riques de coop&#233;ration que je mets en place permettent &#224; chaque personne de contribuer au moment qui lui convient, de lire ce que les autres ont apport&#233; avant elle, de rester partie prenante du groupe sans avoir assist&#233; &#224; chaque s&#233;ance (&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-d-animation-de-l-intelligence-collective/contributions-des-auditeurs-via-l-outil-numerique?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Contributions des auditeurs via l'outil num&#233;rique&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/des-outils-numeriques-pour-la-democratie-culturelle-273/le-mur-contributif-souverain?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le mur contributif souverain&lt;/a&gt;). Personne n'est exclu du collectif parce que son temps n'est pas celui du calendrier. C'est une mani&#232;re tr&#232;s concr&#232;te d'instituer le &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt;, en admettant que le bon moment n'est pas le m&#234;me pour tout le monde et que personne ne sait mieux qu'un&#183;e autre ce qu'il faut faire de son temps.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Faire et raconter.&lt;/strong&gt; Dans le secteur culturel, on fait des choses importantes et on ne les raconte pas. Les biblioth&#232;ques, par exemple, m&#232;nent une action culturelle consid&#233;rable dont il ne reste que des programmes trimestriels, et aucun r&#233;cit. La raison invoqu&#233;e est toujours la m&#234;me : pas le temps. Or c'est le r&#233;cit qui fait exister, aux yeux des &#233;lu&#183;es, un travail de longue haleine. Une politique culturelle qui ne se raconte pas d&#233;pend, pour durer, de la clairvoyance d'&#233;lu&#183;es qui sauraient sans qu'on leur explique. Une politique qui se raconte peut &#234;tre comprise, d&#233;fendue, transmise d'une mandature &#224; l'autre. Donner aux gens de terrain les moyens de raconter ce qu'ils font, avec les m&#233;thodes d'intelligence collective et l'intelligence artificielle (&lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/integrer-l-intelligence-artificielle/fabriquer-les-recits-de-la-culture-avec-l-intelligence-artificielle?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Fabriquer les r&#233;cits de la culture avec l'intelligence artificielle&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/defendre-la-culture-autrement-methodes-pour-demain/au-dela-de-la-mobilisation-des-publics-construire-des-recits-democratiques?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Au-del&#224; de la mobilisation des publics&lt;/a&gt;), c'est leur rendre du &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; : le temps de leur action devient le leur, parce que c'est iels qui le racontent. Pascal Le Brun-Cordier, dans l'entretien qu'il a donn&#233; &#224; l'Observatoire des politiques culturelles sur son &lt;a href=&#034;https://www.observatoire-culture.net/contrat-resonance-outil-relationnel-imaginer-piloter-lieux-culturels/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contrat de r&#233;sonance&lt;/a&gt;, dit que l'&#233;valuation rel&#232;ve davantage de ce qui se conte que de ce qui se compte, et propose une &#233;valuation narr&#233;e, polyphonique, partag&#233;e entre toutes les personnes associ&#233;es au projet. C'est ce type de mouvement que je d&#233;fends et que je propose.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Inscrire le temps relationnel dans les contrats.&lt;/strong&gt; Le &lt;i&gt;contrat de r&#233;sonance&lt;/i&gt; consacre sa derni&#232;re partie aux rythmes et aux temporalit&#233;s : dur&#233;e des conventions, temps laiss&#233; aux directions pour conna&#238;tre un territoire, tuilage entre les &#233;quipes. Je propose d'aller jusqu'aux fiches de poste et aux organigrammes. Tant que le temps de la relation, celui de l'accueil, de l'&#233;coute, de l'enqu&#234;te, n'y figure pas, il est pris sur le &lt;i&gt;temps propre&lt;/i&gt; des personnes, qui le prennent sur leurs soir&#233;es et se le reprochent le lendemain.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Reconna&#238;tre le droit &#224; son temps comme un droit culturel.&lt;/strong&gt; Les droits culturels, tels que je les d&#233;finis dans &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/les-droits-culturels/la-presomption-de-competence?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La pr&#233;somption de comp&#233;tence&lt;/a&gt;, s'adressent aux personnes en position de pouvoir et leur demandent de pr&#233;sumer la comp&#233;tence de l'autre. Cette pr&#233;somption vaut pour l'usage du temps. La personne qui programme, forme, anime ou dirige n'est pas mieux plac&#233;e que les personnes avec qui elle travaille pour d&#233;cider de ce que vaut une heure de leur vie. Reconna&#238;tre ce droit, c'est concevoir des propositions culturelles dans lesquelles chacun&#183;e peut entrer selon son rythme, en sortir, y revenir, sans qu'on lui reproche sa mani&#232;re d'habiter le temps.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces propositions ne fabrique du temps suppl&#233;mentaire. Elles d&#233;placent la question : il ne s'agit plus de savoir combien d'heures nous avons, mais qui en d&#233;cide. C'est l&#224;, me semble-t-il, que celles et ceux qui travaillent dans la culture peuvent agir, pour eux-m&#234;mes et pour les personnes qu'ils accueillent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire vivre les droits culturels</title>
		<link>https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/faire-vivre-les-droits-culturels</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/faire-vivre-les-droits-culturels</guid>
		<dc:date>2026-08-31T05:51:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Labourdette</dc:creator>


		<dc:subject>Faire vivre les droits culturels</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les droits culturels sont entr&#233;s dans la loi fran&#231;aise en 2015, et beaucoup de collectivit&#233;s et de structures les ont depuis inscrits dans leurs projets, sans toujours savoir ce que cela change dans les mani&#232;res de travailler. Vos &#233;quipes en ont entendu parler comme d'une notion th&#233;orique, parfois comme d'une injonction de plus, et vous cherchez &#224; en faire un outil de travail. C'est pour ces situations que l'agence con&#231;oit des sensibilisations, des formations, des s&#233;minaires et des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/" rel="directory"&gt;Travailler ensemble&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.benoitlabourdette.com/tags/faire-vivre-les-droits-culturels" rel="tag"&gt;Faire vivre les droits culturels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.benoitlabourdette.com/local/cache-vignettes/L150xH113/2026_travailler_ensemble_droits_culturels-97a89.jpg?1788155813' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les droits culturels sont entr&#233;s dans la loi fran&#231;aise en 2015, et beaucoup de collectivit&#233;s et de structures les ont depuis inscrits dans leurs projets, sans toujours savoir ce que cela change dans les mani&#232;res de travailler. Vos &#233;quipes en ont entendu parler comme d'une notion th&#233;orique, parfois comme d'une injonction de plus, et vous cherchez &#224; en faire un outil de travail. C'est pour ces situations que l'agence con&#231;oit des sensibilisations, des formations, des s&#233;minaires et des accompagnements de structures au long cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re de faire tient &#224; une conviction, que Beno&#238;t Labourdette d&#233;veloppe dans l'article &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/les-droits-culturels/transmettre-les-droits-culturels-une-question-de-coherence?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Transmettre les droits culturels : une question de coh&#233;rence&lt;/a&gt; : les droits culturels ne se transmettent pas comme un contenu, ils se vivent dans des situations, et on ne les transmet pas avec des m&#233;thodes d'animation qui leur sont contraires. Les temps de travail passent donc par la pratique : cr&#233;ation partag&#233;e, analyse par les participant&#183;es de leurs propres projets, m&#233;thodes d'intelligence collective. La r&#233;f&#233;rence commune est la D&#233;claration de Fribourg (2007), dont Beno&#238;t Labourdette a tir&#233; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/travailler-ensemble/des-outils-numeriques-pour-la-democratie-culturelle-273/l-outil-d-analyse-par-la-declaration-de-fribourg?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un outil d'analyse&lt;/a&gt; avec lequel une &#233;quipe relit ses projets &#224; la lumi&#232;re des huit droits culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agence travaille en lien avec &lt;a href=&#034;https://reseauculture21.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;seau culture 21&lt;/a&gt;, qui anime en France la d&#233;marche Paideia : Beno&#238;t Labourdette y a anim&#233; des ateliers &#171; D&#233;velopper le pouvoir d'agir &#187; dans la formation des organisateurs de groupes locaux en 2026, et plusieurs des accompagnements de l'agence, &#224; Nantes ou &#224; la MPAA depuis 2021, ont eu lieu dans ce cadre. Il participe aussi aux travaux de r&#233;vision de la D&#233;claration de Fribourg (ateliers &#171; Sens culturel(s) des droits humains &#187;, Friche la Belle de Mai, Marseille, 2025), notamment sur les liens entre droits culturels et num&#233;rique. Et au-del&#224; des interventions d&#233;di&#233;es, il int&#232;gre les droits culturels comme outil op&#233;rant dans toutes ses formations sur la &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/former-les-professionnels/formations-politique-culturelle/opc-formation-culture-jeunesse-et-numerique?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;culture, la jeunesse et le num&#233;rique&lt;/a&gt; et sur la m&#233;diation, parce qu'ils sont une cl&#233; pour respecter la dignit&#233; de l'autre et faire lien, et donc pour accomplir les missions du service public de la culture. L'entr&#233;e propre de l'agence est la cr&#233;ation partag&#233;e : faire &#233;prouver les droits culturels dans des situations v&#233;cues, plut&#244;t que de les exposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques interventions r&#233;centes donnent la mesure de ce travail :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Sensibilisation aux droits culturels pour Nantes m&#233;tropole (2022).&lt;/i&gt; Une journ&#233;e co-anim&#233;e avec le groupe local nantais issu de la d&#233;marche Paideia, pour pr&#232;s de quatre-vingts professionnel&#183;les des champs culturel, social et sportif, avec la cr&#233;ation artistique au c&#339;ur de la d&#233;marche : les participant&#183;es ont r&#233;alis&#233; des films d'animation et des podcasts sur les huit droits, rassembl&#233;s sur un &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/_public/2022_nantes_droits_culturels/&#034;&gt;mini-site d&#233;di&#233;&lt;/a&gt;. &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/sensibilisation-aux-droits-culturels-nantes-metropole-30-septembre-2022?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lire le r&#233;cit&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Formation &#171; Les droits culturels, appropriation et mise en &#339;uvre &#187; &#224; l'&lt;a href=&#034;https://www.institut-photo.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Institut pour la photographie&lt;/a&gt; (Lille, 2024).&lt;/i&gt; Deux journ&#233;es d'accompagnement des pratiques professionnelles, co-construites avec l'&#233;quipe : &#233;tudes de cas analys&#233;es par les huit droits, m&#233;thodes de conception et d'&#233;valuation de projets, et constitution d'un livret d'outils &#224; partir des contributions des participant&#183;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Accompagnement de la d&#233;marche &#171; Itin&#233;raire bis, chemin des droits culturels &#187; de la &lt;a href=&#034;https://www.mpaa.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MPAA&lt;/a&gt; (Paris, 2021-2023).&lt;/i&gt; Accompagnement de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs men&#233; dans le cadre de la d&#233;marche Paideia ; les travaux sont rassembl&#233;s sur un &lt;a href=&#034;https://www.benoitlabourdette.com/_public/2022_mpaa_droits_culturels/&#034;&gt;mini-site&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Et aussi : le stage &#171; Les droits culturels : des outils concrets pour la m&#233;diation et l'&#233;valuation &#187; pour la &lt;a href=&#034;https://mde.essonne.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biblioth&#232;que d&#233;partementale de l'Essonne&lt;/a&gt; (2024) ; la formation aux droits culturels de la direction des affaires culturelles d'Epinay-sur-Seine (2021) ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/former-les-professionnels/formations-nouveaux-medias/seminaire-d-ecriture-creation-droits-culturels?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le s&#233;minaire d'&#233;criture / cr&#233;ation &#171; droits culturels &#187; du Master Arts du Spectacle de l'universit&#233; de Caen Normandie&lt;/a&gt; ; l'accompagnement de la direction des affaires culturelles de la ville des &lt;a href=&#034;https://www.ville-leslilas.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lilas&lt;/a&gt; pendant sept ans ; les accompagnements d'&lt;a href=&#034;https://www.actart77.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Actart&lt;/a&gt; (Seine-et-Marne) et du service de m&#233;diation de &lt;a href=&#034;https://www.francemusique.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;France Musique&lt;/a&gt; sur les droits culturels et la jeunesse ; &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/accompagner-les-politiques-culturelles/quand-les-professionnel-le-s-de-la-culture-interrogent-leurs-postures-face-aux?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;une journ&#233;e o&#249; des professionnel&#183;le&#183;s de la culture interrogent leurs postures face aux adolescent&#183;e&#183;s&lt;/a&gt; ; et la rubrique &lt;a href='https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/les-droits-culturels/?lang=fr' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les droits culturels&lt;/a&gt;, o&#249; se trouvent les articles de fond de Beno&#238;t Labourdette sur le sujet.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
