Enfin, trouver un chemin pour exister soi en l’absence de l’autre.
Ces bougies se sont l’une après l’autre consumées, et puis sont ensuite toutes restées, non organisées, par-ci par-là dans le lieu. À un moment, beaucoup d’activités ont fait que la salle de travail est devenue encombrée. Un jour les bougies, qui étaient sur la même étagère depuis des mois, ont dû laisser leur place à de nouvelles enceintes musicales. Alors elles furent à nouveau en mouvement, leur moment allait advenir, je le sentais, mais je ne savais pas comment. Et un matin, au milieu de piles de livres, de matériel audiovisuel et de valises en partance, elles ont enfin tracé le chemin de leur propre mémoire, et je fus demandé pour les filmer. Puis j’ai parlé. Tout s’est organisé de soi-même. Tout s’est placé.
Les moments d’absence de signal sonore dans un film ramènent le spectateur à une sensation de vide, qui peut être presque insupportable. Y a-t-il un problème technique ? C’est quelque chose d’anormal, qu’il faudrait impérativement remplir. Cela nous met en contact avec le vide extrême. C’est comme une retenue de la respiration, qui nous fait toucher du doigt l’absolu de la mort. Ce film est construit autour du silence insupportable. La voix est solitaire, dans le froid du silence. Et en fait... on a besoin de ce silence, pour pouvoir renaître, se réinventer après le traumatisme ultime.
Qu’est-ce qu’un « documentaire » ? Un regard singulier sur le monde, sur la réalité. Tout film, toute œuvre, au fond, propose une vision du monde, que cela soit par le truchement de la fiction ou pas. D’ailleurs, certains documentaires intègrent de la fiction, et inversement. Alors pourquoi différencier ces deux formes de cinéma ? Peut-être tout simplement pour préciser au spectateur ce qu’il doit attendre de prime abord du film : la proposition de vivre avant tout un rêve dans un imaginaire, ou la proposition de découvrir des pans du monde inconnus, car révélés par un regard unique.