Hommage vu du ciel à l’œuvre de Victor Vasarely.
Film réalisé dans le cadre du séminaire de recherche « Images à risques » (2017).
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Pourquoi filmer le bâtiment de la Fondation Vasarely (Aix-en-Provence), avec un drone qui plus est ? Pour apporter quoi, alors que l’œuvre de Vasarely est si puissante, interactive et parlante par elle-même ? Pourquoi en rajouter ? Quel est le sens d’une telle re-médiation ? Pour ce film et en général.
Victor Vasarely (1906-1997) était un artiste-chercheur, fondateur de ce que l’on nomme « l’art optique ». Un art absolument abstrait mais populaire, proposant à son spectateur une véritable expérience de perception. Des images fixes dont l’agencement produit du mouvement dans le cerveau du regardeur. Mouvement optique, mais aussi mouvement philosophique, car ces images nous remettent en question, du fait du trouble essentiel dans lequel elles nous plongent. Elles nous font penser sur nous-mêmes.
Avec un petit groupe « d’explorateurs » (Emmanuel Vergès, Colette Tron, Perrine Boissier, Denis Corgiat, ...), qui réfléchissons au sujet des risques des images et de leurs outils contemporains, nous avons mis en place en 2017 un séminaire de recherche, « Images à risques », à la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence. Des moments d’expérimentations pratiques entre science, art et machines.
Vasarely avait anticipé la fabrication d’images géométriques par les futures machines « intelligentes », qui commencent aujourd’hui à peupler notre quotidien, dont le drone est l’un des avatars les plus évidents. C’était un expérimentateur du mouvement. Pourquoi filmer avec un drone le bâtiment de sa Fondation, ouverte en 1975, qu’il avait lui-même créée et dessinée ? Précisément parce qu’il avait à mon sens déjà dessiné, dans son art, des pistes d’investigations sensibles sur notre future relation à ce type de machines.
Ce film, ces images, résultent d’expérimentations, de questionnements, en profondeur, sur la relation entre l’homme et la machine, entre l’humain et sa peur, entre l’automatisation de la vie et ses risques, en écho et en immersion dans le lieu créé par Vasarely. Ce que ce film propose et le sens de son existence, en relation avec les œuvres de Vasarely, ce n’est pas une réinterprétation, c’est le prolongement d’une dynamique du même ordre. Ainsi ce film, création vivante contemporaine assumant sa filiation et son partage de regard avec ce que Vasarely a légué au monde, tisse en toute humilité un lien entre les représentations, outils et préoccupations actuelles et ce dont Vasarely nous a enrichis.
Pour répondre à la question initiale, pourquoi ce film : pour faire lien, en profondeur, avec ce qui nous a été légué, pour tisser la toile de notre histoire, de nos existences en tant qu’êtres humains, toujours aussi étonnés de se découvrir nous-mêmes face à la mathématique (ou plutôt face à l’informatique) qui nous donne existence, de façon si mystérieuse.
Le drone est un objet volant automatique contrôlé par un algorithme (une « intelligence » rudimentaire). Sa façon de regarder, comme en miroir, les images fixes-mobiles de Vasarely dans l’espace architectural, d’y réagir à sa manière, nous offre, je crois, comme une brèche pour étudier et éprouver de façon sensible des questions philosophiques liées au mystère de notre existence.
Les trois citations qui suivent (André Breton, Gilles Deleuze et Mark Alizart) apporteront peut-être un peu d’éclairage à ce mystère. Je les mets en regard ensemble, puis en regard avec les œuvres de Vasarely et en regard avec le regard du drone qui a donné naissance à ce film. Elles ont trente ans de distance les unes des autres, le film aussi. Comme une proposition de triade autour de la « génétique ».
Le titre « Roaalysieovtfadnn » est un tout simple mystère anagrammique, lui aussi petit miroir déformant ludique de la double hélice de l’acide désoxyribonucléique qui nous donne existence.
Des films tournés exclusivement avec des drones, pour explorer les dimensions politique, philosophique et esthétique auxquelles ces machines au regard automatisées peuvent nous inviter à réfléchir.