Écrire, lire, parler... mais quoi ? Et en quelle langue ? Je ne sais pas... j’écoute sans chercher à comprendre.
Qu’est-ce qu’une écriture ? Des symboles tracés, qui font référence à un langage, avec ses deux faces, le signifiant (la forme) et le signifié (le sens). Ceci est la vision intellectuelle de l’écriture.
Mais si l’on se prend à rêver, à contempler le monde, alors peut-être qu’il y a des écritures dans la nature, peut-être que les signes tracés par l’homme se complètent avec ses traces de pas, avec les traces du vent et des éléments ou des animaux dans la matière. Peut-être que tout est écriture. Mais alors, écriture de quel langage ? D’une langue universelle des sens, peut-être, qui sera entendue de façon différente par chaque être, humain ou pas.
Qu’est-ce qu’entend un chat face à ces caractères tracés par l’homme ? Et qu’est-ce qu’entend un homme face aux caractères tracés par les traces de pas d’un chat dans le sable ?
Comment ces écritures, vues et vécues autrement, à un niveau purement sensible, peuvent-elles être dites ? Quelles paroles, autres qu’intérieures, peuvent émaner de ces écrits singuliers ? C’est une exploration que propose ce film.
Si certaines références peuvent nourrir la visite de ce film, elles sont à sonder du côté de la poésie sonore, et notamment Bernard Heidsick, Isidore Isou, François Dufrêne, Brion Gysin.
Le kaléidoscope, figure constituée de la réplication en miroir de la même image, propose une vision très « organique » des choses. Comme une métaphore visuelle de la division cellulaire, il ouvre à un champ de perceptions et d’émotions assez peu fréquenté, bien au delà du décoratif qu’il pourrait sembler incarner de prime abord. Cette figure, très rare dans les films, m’a toujours questionné, c’est pourquoi j’en fais depuis longtemps de nombreuses explorations cinématographiques.
C’est une belle surprise de voir des kaléidoscopes animés fleurir sur les écrans depuis quatre ou cinq ans, dans des génériques de films et de séries notamment. Je vous invite à lire le texte manifeste de la pratique du kaléidoscope animé, que j’ai écrit il y a dix ans, en 2014 : « Penser l’image du kaléidoscope animé ».