La maison baroque

9 août 2020. Publié par Benoît Labourdette.
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Plis et replis des âmes, des architectures et de la vie elle-même, faite de résonance synesthésique. Gilles Deleuze abondant Leibniz.

Texte du film

Extraits du livre « Le pli. Leibniz et le baroque » de Gilles Deleuze (Éditions de minuit, 1988).

Le Baroque ne renvoie pas à une essence, mais plutôt à une fonction opératoire, à un trait. Il ne cesse de faire des plis. Il n’invente pas la chose : il y a tous les plis venus d’Orient, les plis grecs, romains, romans, gothiques, classiques... Mais il courbe et recourbe les plis, les pousse à l’infini, pli sur pli, pli selon pli. Le trait du Baroque, c’est le pli qui va à l’infini. Et d’abord il les différencie suivant deux directions, suivant deux infinis, comme si l’infini avait deux étages : les replis de la matière, et les plis dans l’âme. En bas, la matière est amassée, d’après un premier genre de plis, puis organisée d’après un second genre, pour autant que ses parties constituent des organes « pliés différemment et plus ou moins développés ».
[...]
Il est certain que les deux étages commmuniquent. Il y a des âmes en bas, sensitives, animales, ou même un étage d’en bas dans les âmes, et les replis de la matière les entourent, les enveloppent.
[...]
C’est un grand montage baroque que Leibniz opère, entre l’étage d’en bas percé de fenêtres, et l’étage d’en haut, aveugle et clos, mais en revanche résonnant, comme un salon musical qui traduirait en sons les mouvements visibles d’en bas.

Générique

  • Merci à Marie Picard et Emmanuel Vergès.
  • Images, voix musique, réalisation : Benoît Labourdette.
  • Année de réalisation : 2020.
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