Récit en images de la création poétique partagée de transformations visio-corporelles, proposée par Benoît Labourdette, avec peinture, dessin, vidéoprojecteurs, photographie, téléphones mobiles et outils numériques, au Louvre Lens le samedi 9 décembre 2023, dans le cadre de l’exposition « Animaux fantastiques ».
Ma présence pour animer cette proposition est née d’un partenariat entre le Louvre Lens et le Master Expographie Muséographie de l’Université d’Artois (dirigé par Isabelle Gillet et Serge Chaumier). Les étudiants avaient pour mission de proposer et d’encadrer de multiples propositions participatives pour une journée d’action culturelle dans le cadre de l’exposition « Animaux fantastiques ». Après que j’ai animé un workshop de mapping vidéo, un petit groupe (Loona Gros, Joséphine Vachon, Titouan Delcher, Pauline Tiadina et Drella Hubert) m’a proposé de décliner cette idée. Nous avons donc conçu le projet ensemble, notamment autour des taches d’encre dépliées, proposées par Drella Hubert (référente du groupe pour ce projet) évoquant le test de Rorschach, qui produit de façon presque immédiate des figures organiques, et rejoignent mon travail sur le kaléidoscope.
Du côté du Louvre Lens, Florence Borel et Marion Charneau, chargées de projets de médiation, en ont assuré le portage, l’encadrement et la bonne inscription dans le lieu et avec les équipes. Chaque détail fut co-construit, ce qui a permis, étape après étape, de préciser la proposition. Cette action s’est déroulée dans le « Salon des mécènes », salle ronde vitrée très originale, dont on avait entièrement tiré les rideaux pour la transformer en panorama.
Le projet s’est ensuite articulé avec l’École de la Deuxième Chance de l’Artois (et les deux formatrices Claire De Molenaar et Oxanne Komilkiw) : un groupe de jeunes encadrés par l’établissement sont venus dix jours avant l’événement pour tester la proposition, en préciser le fonctionnement, et surtout se préparer à animer ensemble la médiation au public le samedi 9 décembre 2023. Chacun.e d’entre nous a fait du chemin à cette étape dans le concret, pour ajuster le projet, qui a beaucoup évolué, en appui sur la créativité singulière et la contribution de chacun.e. Le projet artistique (c’est à dire ce qu’on va créer et comment on va le créer) n’aurait pas été le même sans ce groupe (Célya, Coralie, Elsa, Julie, Kari, Laura, Laurine, Mattheo, Nawel, Noah et Ogïez Maïli), il me semble important de le préciser.
Et le « grand jour » est arrivé : encadrés par une dizaine de jeunes médiateurs et médiatrices, une soixantaine de participants ont expérimenté la proposition pendant l’après-midi. Chacun.e a assuré son rôle, et nous adaptions le dispositif au fur et à mesure. Notre plus grand cadeau fut le plaisir et la joie des participants (familles notamment) à s’approprier le dispositif artistique, entre les dessins, la peinture, les projections, la mise en scène de soi, les photographies puis leur mise en ligne, le tout dans l’émerveillement, les rires, la concentration.
L’activité se déroulait en quatre étapes :
J’ai choisi de faire le récit de cette action, car elle incarne les valeurs et méthodes que j’appelle de mes voeux dans le secteur culturel :
Ce type de projet pose la question de la définition de l’art et de la frontière (à déconstruire à mon avis) entre projet artistique et projet d’action culturelle. Le rôle social de l’artiste, la définition de l’œuvre d’art et celle de l’auteur sont alors modifiés, les hiérarchies se transforment. Ce n’est pas moins d’exigence artistique, c’est plus d’exigence humaine dans les projets artistiques, d’attention à l’autre et aux liens, ce qui ouvre à de l’intelligence collective et à des créations encore plus belles selon moi, car chacun.e a une richesse à partager. Le chemin est long, car il bouscule nos identités, mais il ouvre à un art vivant, vivace, partagé et renouvelé. Je rappelle à ce titre une citation du philosophe pragmatiste John Dewey dans « L’art comme expérience » (1934) :
On identifie généralement l’œuvre d’art à l’édifice, au livre, au tableau ou à la statue dont l’existence se situe en marge de l’expérience humaine. Puisque la véritable œuvre d’art se compose en fait des actions et des effets de ce produit sur l’expérience, cette identification ne favorise pas la compréhension.
L’installation, c’est à dire l’existence dans l’espace et le temps des formes artistiques est cruciale, car il s’agit de la façon dont l’œuvre se modifie par sa mise en relation avec le spectateur.