Ce qui reste, c’est le négatif, l’inverse, la trace en soi de la présence de l’autre, désormais absent.
Il est troublant pour moi que le mot « gravé » se traduise « engraved » en anglais, qui contient « grave », c’est à dire la tombe. Et Hippolyte, lorsqu’il étudiait à l’École Boulle, avait choisi la discipline « gravure en modelé » (« model engraving » en anglais). Les premiers mois il avait forgé, comme les autres élèves, son propre outil de gravure, pour toute sa vie, son burin personnel en métal très dur (« personal engraver »). Puis sa vie fut courte, par sa décision, par son geste définitif de graver la trace de son corps dans le métal d’un train.
La photographie, de par la nature mécanique de son fonctionnement technique, est pour moi une matière de temps plus qu’une matière visuelle : dans ses sels d’argent, ou ses pixels aujourd’hui, c’est du temps qui est capté, conservé, réinventé à chaque regard. Temps de vie, temps de vision, temps de poésie.