On tourne, je tourne sur moi-même, et on ne regarde plus rien, je me laisse dire.
Quel est le temps qui manque entre chaque image ? Quelle est sa nature ? Est-ce ce temps manquant qui nous donne l’illusion du mouvement, qui impulse l’énergie du regard d’une image à l’autre, en réponse au vide qui les sépare, qui crée le désir de l’image suivante ? Quelle est la plus petite unité de temps que nous puissions percevoir ? Des flashes ? Côte à côte, ils nous donnent une sensation d’immobilité, alors que pourtant le mouvement est là, invisible et puissant, toujours. Tant de différences entre chacune de ces images qui semblent se ressembler ! Tout a pu changer de l’une à l’autre, d’un instant à l’autre. Tout.
La photographie, de par la nature mécanique de son fonctionnement technique, est pour moi une matière de temps plus qu’une matière visuelle : dans ses sels d’argent, ou ses pixels aujourd’hui, c’est du temps qui est capté, conservé, réinventé à chaque regard. Temps de vie, temps de vision, temps de poésie.