Proposition de formation d’une journée pour les agents d’un service culturel de collectivité. Objectif : que les participant·e·s repartent en capacité de produire régulièrement, avec des méthodes d’intelligence collective et d’intelligence artificielle, les récits dont leur politique culturelle a besoin.
Les budgets culturels baissent presque partout, et les élu·e·s de tous bords se détournent de la culture dans leurs programmes comme dans leurs arbitrages. À mon sens, ce désengagement ne vient pas d’une hostilité à la culture, mais d’un manque d’éléments de compréhension. S’il n’existe pas de récit de ce que font les structures culturelles d’un territoire, de leur rôle social, du sens de leur financement par l’argent public, ni les élu·e·s ni les citoyen·ne·s ne peuvent comprendre à quoi elles servent. Seule la corporation du secteur comprend alors leur utilité, ce qui ne suffit pas en démocratie, car le but de l’argent public n’est pas de soutenir une corporation, il est d’être au service des citoyen·ne·s.
J’ai souvent pris l’exemple de l’agence Arcadi, agence culturelle publique d’Île-de-France qui avait soutenu la diffusion du spectacle vivant pendant vingt-cinq ans. Un choix politique l’a fermée en l’espace de trois mois, et son site Internet a disparu ensuite, emportant l’ensemble des récits de son action et, avec eux, son existence même dans la mémoire publique. Si ses récits avaient été diffusés ailleurs que sur son seul site officiel, dans des journaux, sur d’autres plateformes, dans la parole des habitant·e·s, il aurait été beaucoup plus difficile de la fermer sans que presque personne ne s’en rende compte.
Dans l’espace numérique actuel, ce sont d’ailleurs les textes, bien plus que les images, qui constituent les traces mémorielles. Les moteurs de recherche et les intelligences artificielles indexent et redistribuent l’information en s’appuyant massivement sur l’écrit. Une action culturelle qui n’a pas de récit écrit n’existe donc pas dans cette mémoire, et donc pas dans l’information que reçoivent désormais les citoyen·ne·s comme les décideur·euse·s.
Les récits servent ainsi très concrètement, en donnant aux élu·e·s les éléments pour comprendre et défendre un budget, en légitimant les actions auprès des habitant·e·s, et en tissant une mémoire du territoire qui rend une politique culturelle beaucoup plus difficile à effacer. C’est ce que j’ai appelé, en reprenant le concept de Nassim Nicholas Taleb, l’antifragilité des projets culturels.
Il faut lever ici un malentendu possible. Produire des récits, dans la perspective que je propose, ce n’est pas faire de la communication, et ce n’est pas non plus ajouter une charge à des équipes déjà très occupées. Les récits, lorsqu’on apprend à les collecter et à les produire dans le mouvement même du travail, constituent une matière d’évaluation qualitative que rien d’autre ne fournit. Cette matière permet ensuite de comprendre plus finement ce qui se joue dans les actions, d’argumenter avec des éléments vécus plutôt qu’avec des généralités, de convaincre un·e élu·e ou un partenaire, et aussi de mieux réfléchir soi-même à ce qu’on fait. Le travail y gagne en profondeur et en ampleur, et souvent en vitesse, car on ne repart pas de zéro à chaque bilan, à chaque dossier de subvention, à chaque réunion de préparation.
C’est cette qualité nouvelle du travail, faite de dialogues plus profonds avec les habitant·e·s, les partenaires et les élu·e·s, qu’il me semble nécessaire de cultiver aujourd’hui pour défendre la culture. Le temps et les ressources que cela demande seront, à mon sens, beaucoup plus utiles et plus profonds que ceux qu’on déploie pour entretenir une présence sur les réseaux sociaux dont on peine à mesurer ce qu’elle apporte au fond.
Beaucoup d’agents utilisent déjà ChatGPT ou Claude pour rédiger un email ou résumer un document, et pensent ainsi savoir s’en servir. À ce niveau d’usage, les IA rendent de réels services, au prix souvent de nombreuses itérations pour obtenir un résultat satisfaisant. C’est déjà très utile, mais on peut aller beaucoup plus loin. Le vrai changement est dans des méthodes de travail nouvelles que peu de personnes ont encore construites, parce qu’elles demandent un long temps de recherche et d’expérimentation.
Depuis trois ans, je mène ce travail de recherche de façon approfondie, dans mes propres productions éditoriales et dans l’accompagnement de structures culturelles. C’est notamment en construisant la plateforme collaborative Azimut pour la MPAA (Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de la Ville de Paris) que j’ai mesuré l’ampleur du problème. Un espace de ressources reste vide tant qu’on ne dispose pas de méthodes pour produire ces ressources, car l’écriture de qualité coûte un temps que les équipes n’ont pas. Les méthodes que j’ai mises au point répondent à ce problème, et elles sont aujourd’hui transmissibles.
Pour ne pas rester abstrait, voici les méthodes concrètes sur lesquelles repose la formation. Toutes sont issues de ce travail de recherche, toutes sont documentées, et toutes seront abordées pendant la journée, la plupart par la pratique.
Ces méthodes ne valent pas seulement pour l’usage interne. Une fois acquises, elles se transmettent, aux élu·e·s d’abord, qui ont besoin de ces éléments de compréhension, mais aussi aux autres acteur·rice·s culturel·le·s du territoire, et la formation donne aux agents les premiers outils de cette transmission.
Elles ouvrent par ailleurs un terrain que je crois décisif, celui de la coopération intersectorielle. Travailler entre la culture, le social, l’éducation, la santé ou l’urbanisme est notoirement difficile, parce que chaque secteur a ses documents, ses logiques, ses temporalités et son vocabulaire. Les intelligences artificielles, utilisées avec méthode, permettent de croiser ces documents et ces logiques, de produire des synthèses qui font dialoguer des cadres de pensée différents, et donc de coopérer là où la coordination échouait jusqu’ici faute d’une matière commune.
La journée alterne apports, expérimentation et production réelle. Elle est conçue pour que les participant·e·s ne repartent pas avec des notes, mais avec un récit produit, une méthode éprouvée et un outil réutilisable.
Matinée
Après-midi
Les participant·e·s sauront recueillir la matière narrative de leur territoire, au quotidien et dans des temps collectifs dédiés, constituer des corpus exploitables par les IA, produire des récits qui portent la singularité de leur action, réemployer cette matière dans leurs différents documents de travail, et entretenir cette production grâce aux instructions réutilisables, avec des repères clairs de confidentialité et de souveraineté. Ils et elles disposeront aussi des premiers outils pour transmettre ces pratiques à leurs partenaires et pour les mettre au service de coopérations intersectorielles.
À mon sens, c’est cette capacité de production régulière, bien plus qu’aucun outil de communication, qui peut consolider durablement la place d’une politique culturelle auprès des élu·e·s et des habitant·e·s, en changeant la qualité même du travail qui la porte.
Modalités pratiques. Une journée de 9h30 à 17h30, pour un groupe de 8 à 12 agents. Chaque participant·e vient avec un ordinateur portable ; les accès aux IA nécessaires pour la journée sont fournis. Une salle modulable, avec des tables déplaçables, est préférable. Un temps de suivi à distance, quelques semaines plus tard, peut être ajouté pour accompagner les premières productions autonomes.
Ce programme est une base de travail, qui sera adaptée de façon détaillée et attentive aux réalités du service, à ses projets en cours et aux récits dont il a besoin en priorité.
En appui sur les expériences de terrain d’innovation culturelle depuis plus de 30 ans de Benoît Labourdette et son travail de recherche et de méthodologie, l’agence Benoît Labourdette production accompagne les politiques culturelles dans leurs besoins d’innovation, de meilleures rencontres avec les populations, d’usages des outils numériques et de coopération, de définition de stratégies de médiation, d’accompagnement d’équipes artistiques, de techniciens ou d’élus. La méthode est toujours basée sur l’intelligence collective, la coopération et la capacitation des personnes et des structures. Nous accompagnons des villes ou autres collectivités, des réseaux nationaux, des institutions, des associations.