Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l’expérience créative

12 janvier 2026. Publié par Benoît Labourdette.
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À la DRAC Nouvelle-Aquitaine, des éducateur·rice·s, enseignant·e·s, soignant·e·s et acteur·rice·s culturel·le·s ont vécu ensemble ce que signifie réellement développer les compétences psychosociales.

Cet article relate le séminaire interprofessionnel que j’ai co-construit « Développer les compétences psychosociales par les médias culturels et numériques » le 12 janvier 2026 à la DRAC Nouvelle-Aquitaine à Limoges, dans le cadre de la stratégie territoriale 2025-2028 portée par la DTPJJ Limousin en partenariat avec la DRAC, l’ARS Nouvelle-Aquitaine, le CEMEA, la FOL 87 et Promotion Santé Nouvelle-Aquitaine. Je partage ici mes méthodes d’activation de l’intelligence collective, au service de la mise en œuvre des politiques publiques.

Une salle trop petite pour un rassemblement inédit

Le 12 janvier 2026, à neuf heures trente, David Redon, conseiller Action Culturelle et Territoriale, ouvre la journée dans la salle de la DRAC Nouvelle-Aquitaine à Limoges. Il s’excuse presque de l’exiguïté des lieux : la jauge n’était pas prévue pour accueillir autant de monde. Trente-cinq personnes se sont inscrites, venues de services et d’institutions qui, d’ordinaire, ne se rencontrent pas dans une même pièce. Des éducateur·rice·s de la Protection Judiciaire de la Jeunesse côtoient des infirmier·ère·s de l’ARS, des enseignant·e·s de l’Éducation nationale, des travailleur·euse·s sociaux·ales de l’Aide Sociale à l’Enfance, des conseiller·ère·s d’insertion, des animateur·rice·s culturel·le·s, des représentant·e·s de la Mission locale, de la mutualité, du Centre hospitalier de Limoges.

Je connais bien ce type de rassemblement depuis plus de vingt ans que je travaille dans le champ de la pédagogie artistique et culturelle. Mais celui-ci a une particularité : la plupart des participant·e·s ne savent pas ce que sont les compétences psychosociales. Ils et elles ont entendu le terme, peut-être lu quelques documents, mais le concept reste abstrait. C’est précisément ce qui rend cette journée intéressante. Nous n’allons pas leur expliquer ce que sont les CPS. Nous allons leur faire vivre.

Rachel Pieteraerents, directrice territoriale de la PJJ Limousin, prend la parole après David Redon. Elle rappelle que cette journée s’inscrit dans une dynamique plus large, la feuille de route intersectorielle 2023-2027 pour les enfants et adolescent·e·s placé·e·s sous protection. Elle évoque le partenariat culture-justice qui, depuis Robert Badinter, a fait de l’entrée culturelle un levier de réinsertion. Anne-Laure Tanchoux, de l’ARS, complète le tableau : les politiques de promotion de la santé ont longtemps reposé sur la transmission de messages. Maintenant, on travaille sur les facteurs protecteurs, sur ce qui fonctionne chez les individus.

La diversité des personnes présentes me frappe. Il y a là des gens qui travaillent au quotidien avec des adolescent·e·s en grande difficulté, des professionnel·le·s de la santé mentale, des animateur·rice·s d’éducation populaire, des enseignant·e·s. Certains et certaines se connaissent, d’autres se découvrent. Un·e participant·e me dira plus tard qu’il ou elle n’avait jamais vu autant de partenaires différent·e·s réuni·e·s dans une même salle.

Ce que la majorité ignorait au début de la matinée

J’avais préparé une présentation théorique sur les compétences psychosociales. Les trois catégories définies par l’Organisation mondiale de la santé depuis les années 1990 : compétences cognitives (conscience de soi, capacité de maîtrise de soi, prise de décisions constructives), compétences émotionnelles (conscience de ses émotions et de son stress, régulation émotionnelle, gestion du stress), compétences sociales (communication constructive, développement de relations constructives, résolution des difficultés). J’avais prévu de passer rapidement sur cette partie pour aller vers l’expérimentation.

Mais dès les premiers échanges, je comprends que le niveau de connaissance est très hétérogène. Pour certain·e·s, les CPS sont une évidence, ils et elles en ont fait leur métier. Pour d’autres, c’est la première fois ou presque qu’ils ou elles entendent ce terme. Je décide de modifier mon programme. Il faut poser les bases, expliquer d’où vient ce concept, pourquoi il est devenu central dans les politiques publiques.

L’intervention de Marie-Noëlle Clément lors du séminaire territorial de la DTPJJ Limousin du 27 novembre 2025 avait posé un cadre théorique précieux que je reprends en partie. Cette psychiatre, membre fondateur·rice de l’Association 3-6-9-12+ avec Serge Tisseron, avait développé l’idée que l’empathie est à la fois une compétence psychosociale et le socle de toutes les autres. Elle avait distingué l’empathie de la sympathie et de la compassion, montré que l’empathie se construit par strates successives, que chaque étape peut être travaillée, qu’il n’est jamais trop tard.

Je montre un extrait vidéo de son intervention. Dans la salle, l’attention est palpable. Les participant·e·s prennent des notes. Ce qui les touche, je le comprends dans les questions qui suivent, c’est l’idée que l’empathie sociale s’éduque, que l’environnement est déterminant, que l’auto-empathie est le miroir de l’empathie pour autrui. Ce dernier point est essentiel : on ne peut développer l’empathie envers les autres que si l’on est capable de se comprendre soi-même, de reconnaître ses propres émotions, ses propres limites.

Pourquoi j’ai renoncé à l’exercice prévu

J’avais préparé un exercice de prise de parole en binôme. Le principe est simple : on se déplace dans l’espace, on s’arrête au signal, on se met en binôme avec la personne la plus proche, et pendant deux minutes, l’un·e explique à l’autre en quoi les compétences psychosociales concernent son métier. L’autre écoute sans interrompre. Puis on inverse. Cet exercice fonctionne bien avec des publics variés, y compris des jeunes. Il permet d’élaborer une pensée sans la crainte d’être jugé·e, puisqu’il n’y a pas de prise de parole en grand groupe.

Mais le temps presse, et je veux absolument faire l’expérience créative collective. Je décide de décrire l’exercice des binômes sans le faire, pour que les participant·e·s puissent l’utiliser dans leurs pratiques, et de passer directement à la création photographique.

Cette décision illustre un principe que j’applique constamment : le cadre doit s’adapter au groupe, pas l’inverse. On peut avoir le plus beau programme du monde, si le groupe n’est pas prêt, si le temps manque, si l’énergie n’est pas là, il faut savoir modifier ses plans. Ce n’est pas de l’improvisation, c’est de l’écoute. Et c’est aussi une compétence psychosociale.

L’atelier photo : dix minutes pour créer ensemble

Je propose aux participant·e·s de se regrouper par équipes de cinq ou six personnes. Chaque équipe va faire une seule photo, une photo mise en scène, quelque part dans le bâtiment de la DRAC. Cette photo devra nous raconter quelque chose, nous faire ressentir quelque chose, nous faire comprendre quelque chose sur le sujet des compétences psychosociales. Elle n’aura pas de titre. Le titre, ce sera les prénoms des personnes qui l’ont faite.

Je donne une consigne qui peut sembler contre-intuitive : ne commencez pas par discuter de ce que vous allez faire. Commencez par trouver un lieu. Un escalier, un couloir, un recoin. C’est le lieu qui va vous donner des idées. Si vous commencez par avoir des idées, vous allez chercher un lieu qui corresponde à ces idées, et cela va prendre trop de temps. En partant du lieu, vous vous laissez inspirer par l’extérieur, par l’altérité.

Cette méthode s’appuie sur des travaux en sciences cognitives qui montrent que la créativité émerge souvent de contraintes extérieures plutôt que d’une réflexion préalable. John Dewey, le philosophe pragmatiste américain, avait montré dès le début du vingtième siècle que l’expérience est centrale dans la construction de la pensée (Dewey, L’Art comme expérience, 1934). Plus récemment, les travaux d’Olivier Houdé sur le développement cognitif ont confirmé que l’apprentissage passe par l’action et la confrontation avec l’environnement.

Les équipes partent dans le bâtiment. Je les préviens : vous avez dix minutes. C’est très court. Mais c’est voulu. Quand on a peu de temps, on n’a pas le temps de se mettre des barrières. On agit. Et souvent, ce qui en sort est bien meilleur que ce qu’on aurait fait en y réfléchissant longuement.

Ce que les photos ont révélé

À midi cinq, tout le monde est de retour. Les photos ont été envoyées sur un espace numérique partagé. Je les projette une à une, dans le noir. Et je propose quelque chose d’inhabituel : ce ne sont pas les auteur·rice·s qui vont commenter leur photo. Ce sont les autres.

Ce renversement est essentiel. Dans la plupart des ateliers de création, on demande aux participant·e·s d’expliquer ce qu’ils ou elles ont voulu faire. Mais ce faisant, on réduit l’œuvre à l’intention de son auteur·rice. Or une image, une création, dépasse toujours celui ou celle qui l’a faite. Elle contient des significations que l’auteur·rice n’avait pas prévues. Et c’est le regard des autres qui les révèle.

Une photo montre une personne seule dans un escalier, en contre-plongée. Quelqu’un y voit l’isolement, la difficulté à monter. Un·e autre y voit l’aspiration, l’élan vers le haut. Une troisième personne remarque la lumière qui vient d’en haut, comme une promesse. L’auteur·rice de la photo, silencieux·euse, découvre des dimensions qu’il ou elle n’avait pas consciemment mises dans son image.

Une autre photo représente des cartons empilés dans un couloir. Quelqu’un y voit le désordre, le capharnaüm mental. Un·e autre y voit l’homogénéité dans le chaos, la cohérence malgré la profusion. Je fais remarquer que les gestes dans l’image sont très doux, que chaque élément semble à sa juste place. Nous parlons de coopération, de travail collectif.

Ce qui se passe à ce moment-là est précisément ce que l’on cherche à développer dans les compétences psychosociales. Les participant·e·s s’écoutent, accueillent des points de vue différents du leur, découvrent que leur création a une valeur qu’ils ou elles n’avaient pas perçue. Et cela se fait dans un cadre bienveillant, sans jugement, où toutes les interprétations sont légitimes.

Le processus de symbolisation en acte

J’ai pris soin que toutes les photos soient signées, avec les prénoms des auteur·rice·s. Ce n’est pas un détail. Une image sans signature, c’est un objet anonyme, interchangeable. Une image signée, c’est une création qui appartient à quelqu’un, qui engage une subjectivité.

Ce mécanisme s’appelle la symbolisation. On fabrique un objet à l’extérieur de soi, et le fait que cet objet existe contribue à nous construire nous-mêmes. Les travaux de Serge Tisseron sur l’image et ses effets psychiques ont largement documenté ce processus (Tisseron, Psychanalyse de l’image, 1995). Mais pour que la symbolisation fonctionne, il faut que l’objet soit reconnu comme nôtre. Si personne ne sait qui a fait cette photo, elle ne peut pas jouer son rôle de construction identitaire.

Pendant l’exercice de regard collectif, j’observe les participant·e·s. Quand c’est leur photo qui est projetée, ils et elles sont tendu·e·s. Ils et elles trouvent souvent que les autres photos sont meilleures que la leur. Ils et elles ne sont pas très fier·ère·s de ce qu’ils ou elles ont fait. Et puis les commentaires arrivent, et les autres y voient des choses qu’eux-mêmes ou elles-mêmes n’avaient pas vues. Des choses positives, riches, profondes.

Ce moment est une petite graine qu’on sème. Les participant·e·s ne l’acceptent pas forcément tout de suite. Ils et elles peuvent se dire que les autres sont gentil·le·s, que c’est du « foutage de gueule », que leur photo n’est pas si bien que ça. Mais la graine est plantée. Dans l’espace social, devant témoins, leur création a été reconnue comme ayant de la valeur. Et cette reconnaissance, même si elle n’est pas immédiatement intégrée, laisse une trace.

L’après-midi : retours d’expérience et intelligence collective

Après la pause déjeuner, l’après-midi commence par trois retours d’expérience de dix minutes chacun. Édouard Nebie, de Promotion Santé Haute-Vienne, présente la synthèse d’un diagnostic territorial réalisé auprès de trois cents professionnel·le·s. Ce diagnostic montre que les CPS sont un besoin identifié sur le terrain, mais que les professionnel·le·s se sentent souvent démuni·e·s face à leur mise en œuvre.

Thibaut Genet, de la Fédération des Œuvres Laïques 87, présente le Parcours des veilleurs de l’information, un outil libre sur les fake news qui mobilise les compétences psychosociales. Ce qui m’intéresse dans sa présentation, c’est la manière dont l’éducation aux médias peut être un levier pour développer la pensée critique, l’empathie, la capacité à comprendre le point de vue de l’autre.

Évanne Jeanne-Roze, des CEMEA Nouvelle-Aquitaine, témoigne d’une intervention concrète avec un groupe PJJ. Il parle de projets de création , graff, slam, spectacle , où les jeunes sont acteur·rice·s. Il évoque la question de l’aménagement des lieux de vie, souvent négligée : quand les murs d’un établissement ne reflètent pas la vie de ceux et celles qui y habitent, comment s’étonner qu’ils ou elles ne s’y sentent pas bien ?

Le World Café : quatre tables, quatre thématiques

Le format du World Café est connu en animation de groupe. On dispose plusieurs tables, chacune avec une thématique et un·e animateur·rice. Les participant·e·s tournent de table en table, passant vingt minutes sur chacune. Ce qui a été dit par les groupes précédents enrichit la discussion pour les suivants.

Les quatre tables portent sur : la méthodologie (comment construire des interventions CPS ?), la posture professionnelle (quelle posture adopter ? comment développer ses propres CPS ?), les outils et ressources (quels outils ? quelles ressources manquent ?), les perspectives de collaboration (comment travailler ensemble ? quelle communauté de pratique ?).

Sur la table méthodologie, animée par Anne-Laure Tanchoux, les participant·e·s ont travaillé l’idée que développer les CPS est une activité spécifique menée avec une posture spécifique dans un environnement favorable. L’activité part des besoins du public, cherche à rendre les participant·e·s sachant·e·s d’eux-mêmes ou d’elles-mêmes, privilégie le processus sur l’objectif.

Sur la table posture professionnelle, animée par Évanne Jeanne-Roze, une expression a émergé qui a circulé ensuite dans les autres groupes : se rencontrer et faire commune l’humanité. Les discussions ont porté sur la place des vulnérabilités dans le travail, sur le droit à l’erreur, sur la question de savoir si l’on doit séparer le professionnel du personnel.

Sur la table outils et ressources, animée par Thibaut Genet, les participant·e·s ont réalisé que tous les outils peuvent servir à travailler les CPS , photolangage, podcasts, réseaux sociaux, jeux , pourvu qu’on les utilise avec la bonne posture. Le besoin d’un réseau pour centraliser les connaissances et partager les expériences a été fortement exprimé.

Sur la table perspectives de collaboration, animée par David Nguyen de la DTPJJ, les participant·e·s ont unanimement dit leur envie de poursuivre cette dynamique. Une collègue a proposé d’institutionnaliser cette rencontre une fois par an. D’autres ont suggéré des temps plus rapprochés, tous les trois ou six mois.

Ce qui a été appris, ce qui a été vécu

Enfin, nous passons à la restitution finale. Les quatre animateur·rice·s présentent une synthèse de ce qui s’est dit sur leur table. Mais ce qui me frappe, c’est moins le contenu des synthèses que l’atmosphère dans la salle. Les participant·e·s sont fatigué·e·s, c’est une journée intense. Mais ils et elles sont aussi nourri·e·s, connecté·e·s les uns aux autres, enthousiastes.

Samera Zemani, conseillère technique en promotion de la santé à la DTPJJ, prend la parole pour clore la journée. Elle rappelle que cette stratégie partagée va se déployer sur trois ans, que d’autres temps de rencontre et de formation seront proposés, que l’objectif est de créer une communauté de pratique qui fasse vivre ces questions sur le territoire.

Ce qui s’est passé pendant cette journée dépasse la simple transmission de connaissances. Les participant·e·s ont vécu ce que signifie développer les compétences psychosociales. Ils et elles l’ont vécu dans l’atelier photo, où ils et elles ont dû coopérer, faire confiance, se risquer à créer quelque chose ensemble. Ils et elles l’ont vécu dans les regards croisés sur les images, où ils et elles ont découvert que leur travail avait une valeur reconnue par les autres. Ils et elles l’ont vécu dans les discussions du World Café, où ils et elles ont partagé leurs doutes, leurs questionnements, leurs envies.

Ce que les pratiques artistiques mobilisent réellement

Depuis plus de vingt ans, j’observe ce qui se passe quand on propose à des personnes de créer ensemble. Des personnes qui n’ont aucune formation artistique, qui pensent souvent qu’elles ne sont pas créatives, qui ont peur de se ridiculiser. Et j’observe que, dans un cadre adapté, ces personnes produisent des œuvres d’une vraie valeur, parfois en quelques minutes seulement.

Le cadre est déterminant. Il doit être à la fois exigeant et bienveillant. Exigeant parce que la création demande de l’engagement, de la concentration, de la prise de risque. Bienveillant parce que sans sécurité psychologique, personne ne peut se risquer à créer. Ce double impératif rejoint directement les conditions de développement des compétences psychosociales : un environnement sécure qui autorise l’expression.

Les pratiques artistiques mobilisent naturellement les trois catégories de compétences psychosociales. Les compétences cognitives sont sollicitées dans la réflexion sur ce qu’on veut exprimer, dans la prise de décision face aux contraintes, dans la capacité à s’adapter quand quelque chose ne fonctionne pas. Les compétences émotionnelles sont sollicitées dans la reconnaissance de ce qu’on ressent, dans la gestion du stress lié à l’exposition de son travail, dans l’acceptation de ses limites. Les compétences sociales sont sollicitées dans la coopération avec les autres, dans l’écoute des retours, dans la construction d’une œuvre collective.

Mais attention : les pratiques artistiques ne développent pas automatiquement les compétences psychosociales. Tout dépend de la posture de celui ou celle qui les propose, de la manière dont le cadre est construit, de ce qui est fait des productions. Un atelier artistique peut très bien être vécu comme humiliant, compétitif, anxiogène. C’est la responsabilité du professionnel ou de la professionnelle de créer les conditions pour que l’expérience soit constructive.

L’empathie comme socle : retour sur les apports de Marie-Noëlle Clément

Parmi toutes les compétences psychosociales, l’empathie occupe une place particulière. Marie-Noëlle Clément l’a montré lors de son intervention du 27 novembre 2025 : l’empathie est à la fois une compétence psychosociale parmi d’autres et le socle sur lequel toutes les autres reposent. Sans empathie, pas de communication constructive. Sans empathie, pas de résolution de conflits. Sans empathie, pas de régulation émotionnelle , car réguler ses émotions suppose de les reconnaître, ce qui est une forme d’auto-empathie.

Le modèle développemental de l’empathie proposé par Serge Tisseron distingue plusieurs strates : l’empathie affective (ressentir ce que l’autre ressent), l’empathie cognitive (comprendre ce que l’autre pense), l’empathie réciproque (reconnaître que l’autre aussi peut comprendre ce qu’on ressent). Chaque strate peut être travaillée à tout âge. Il n’est jamais trop tard pour développer son empathie.

Ce qui m’a frappé lors de cette journée du 12 janvier, c’est à quel point les participant·e·s ont spontanément mobilisé leur empathie dans l’exercice de regard sur les photos. Personne ne leur a demandé de faire preuve d’empathie. Mais le cadre proposé , regarder le travail des autres sans jugement, chercher ce qu’on y voit, accueillir des interprétations différentes de la sienne , a naturellement sollicité cette compétence.

Ce qui reste à construire

Cette journée n’est qu’un début. Elle s’inscrit dans une démarche de trois ans, co-construite entre la DRAC Nouvelle-Aquitaine et la Direction Territoriale de la PJJ Limousin. D’autres temps de rencontre auront lieu. Des formations seront proposées. Des projets seront expérimentés avec les jeunes.

Le défi est de passer de l’événement ponctuel à la pratique régulière. Les participant·e·s sont reparti·e·s avec des idées, des contacts, une meilleure compréhension de ce que sont les compétences psychosociales. Mais ce qui fera la différence, c’est ce qu’ils ou elles feront demain, dans leur quotidien professionnel, avec les jeunes et les collègues qu’ils ou elles accompagnent.

La communauté de pratique qui se construit sur ce territoire est un outil pour cela. Elle permet de sortir de l’isolement, de partager ses doutes et ses réussites, de mutualiser les ressources. Elle permet aussi de maintenir l’exigence, car développer les compétences psychosociales demande un travail constant sur soi-même et sur ses pratiques.

Pour conclure : le processus avant le résultat

Si je devais résumer ce qui s’est passé le 12 janvier 2026, je dirais que trente-cinq professionnel·le·s ont vécu, le temps d’une journée, ce que signifie travailler les compétences psychosociales par les médias culturels. Ils et elles ne l’ont pas seulement compris intellectuellement. Ils et elles l’ont éprouvé dans leur corps, dans leurs émotions, dans leurs relations avec les autres participant·e·s.

Cette approche par l’expérience est au cœur de ma pratique depuis plus de vingt ans. Elle s’appuie sur une conviction : on n’apprend pas les compétences psychosociales comme on apprend une leçon. On les développe en les pratiquant, dans des situations qui les sollicitent, avec des retours qui permettent de progresser. Le processus compte plus que le résultat.

Les photos réalisées ce jour-là n’ont peut-être pas une grande valeur esthétique. Ce n’était pas l’objectif. Ce qui compte, c’est ce qui s’est joué pendant leur réalisation et pendant leur visionnage collectif. Les micro-apprentissages, les prises de conscience, les connexions entre personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement. Ces traces invisibles sont les véritables acquis de la journée.

Portfolio
Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 1 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 2 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 3 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 4 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 5 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 6 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 7 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 8 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 9 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 10 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 11 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 12 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 13 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 14 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 15 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 16 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 17 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 18 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 19 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 20 © Benoît Labourdette 2026. Quand trente-cinq professionnel·le·s découvrent leurs compétences psychosociales par l'expérience créative - 21 © Benoît Labourdette 2026.

En appui sur les expériences de terrain d’innovation culturelle depuis plus de 30 ans de Benoît Labourdette et son travail de recherche et de méthodologie, l’agence Benoît Labourdette production accompagne les politiques culturelles dans leurs besoins d’innovation, de meilleures rencontres avec les populations, d’usages des outils numériques et de coopération, de définition de stratégies de médiation, d’accompagnement d’équipes artistiques, de techniciens ou d’élus. La méthode est toujours basée sur l’intelligence collective, la coopération et la capacitation des personnes et des structures. Nous accompagnons des villes ou autres collectivités, des réseaux nationaux, des institutions, des associations.


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