Synthèse d’une journée de rencontres professionnelles au cinéma Le Trianon à Romainville, croisant les regards de professionnel·les de la culture, du cinéma, du travail social et du soin autour de la santé mentale des jeunes.
Un projet porté par l’ACRIF et Passeurs d’images Île-de-France
Ces rencontres s’inscrivent dans la mission de coordination de Passeurs d’images Île-de-France portée par l’ACRIF (Association des cinémas de recherche d’Île-de-France), qui regroupe 70 salles de cinéma adhérentes et mène des actions de médiation auprès de publics divers, prioritairement en dehors du temps scolaire. Elles ont réuni une soixantaine de professionnel·les dans la salle d’atelier du cinéma Le Trianon à Romainville, en Seine-Saint-Denis.
L’idée de ces rencontres est née d’une initiative de Claudie Le Bissonnais, ancienne coordinatrice nationale de Passeurs d’images, qui en avait posé les bases avant de partir à la retraite. Diane Olivier (coordinatrice Passeurs d’images - ACRIF) et Maxime Bouillon (médiateur cinéma - ACRIF) en ont pris le relais, et nous avons co-construit le programme et les contenus de cette première journée ensemble. La seconde journée, le 15 avril 2026, était co-organisée par l’ACRIF avec Cinémas 93.
Un public volontairement interdisciplinaire
L’ambition de la journée était de faire se rencontrer des personnes qui ne se croisent pas habituellement. Médiateur·rices culturel·les et personnel·les de salles de cinéma, éducateur·rices et travailleur·euses social·es, coordinateur·rices de contrats locaux de santé, psychologues et animateur·rices : les questions de santé mentale des jeunes ne se règlent pas dans un seul champ professionnel. Et le cinéma, en tant qu’espace commun — l’image, le récit, l’émotion partagée — offre un terrain où des gens qui viennent d’horizons très différents peuvent se parler.
Les articles associés
Plusieurs textes accompagnent cette synthèse :
J’ai choisi de commencer par une demi-heure de définitions. Santé mentale, jeunes, images : trois mots qu’on emploie souvent, avec des sens très différents selon d’où on parle. Si on ne s’entend pas sur ce qu’ils recouvrent, la conversation se passe mais elle ne va nulle part. Voici en synthèse les points sur lesquels j’ai insisté ; un article publié séparément en propose un développement plus long.
Les questions assis-debout, et la non-stigmatisation en filigrane
Avant d’entrer dans les définitions, j’ai proposé les questions assis-debout : une série de questions à voix haute où chacun·e se lève si la réponse est oui. En quelques minutes, la salle s’est vue elle-même, ses familles professionnelles, ses pratiques culturelles, sans que personne ait eu à se présenter. Il y avait aussi quelque chose de délibéré mais non dit : plusieurs des participant·es au court-métrage que nous allions voir l’après-midi, des personnes vivant avec des troubles psychiques, étaient là dès le matin, sans étiquette, simplement des participant·es au même titre que tout le monde. Rencontrer des personnes avant d’entendre leur histoire change ce que produit la rencontre.
Santé mentale : trois espaces, pas seulement les pathologies
Quand on entend « santé mentale », on pense spontanément aux pathologies. C’est réducteur. Santé publique France distingue trois espaces : la santé mentale positive (épanouissement, capacité d’agir), la détresse psychologique réactionnelle (liée à un deuil, une rupture, une violence, qui a un impact réel sans être forcément durable), et les troubles psychiatriques qui nécessitent une prise en charge médicale. Ce dernier espace est ce qu’on entend le plus souvent dans le langage courant, alors qu’il n’en est qu’un tiers. Les institutions aussi peuvent être malades, question rarement posée dans le champ culturel.
Les compétences psychosociales : d’abord les nôtres
Les compétences psychosociales (CPS), définies par l’OMS en 1993 et actualisées par Santé publique France en 2022 en trois familles (cognitive, émotionnelle, sociale), nous concernent directement, nous, professionnel·les, avant même qu’elles concernent les personnes qu’on accompagne. Si notre propre capacité à réguler nos émotions ou à comprendre un groupe laisse à désirer, il y a des conséquences concrètes pour les participant·es. C’est un point souvent escamoté. J’y ajoute une distinction utile : l’empathie (comprendre sans vivre à la place de l’autre), la sympathie (fusion émotionnelle), la compassion (réponse affective qui pousse à agir). Ce qui nous concerne professionnellement, c’est l’empathie : comprendre sans se perdre.
Les images : des fonctions plutôt que des hiérarchies
Il n’y a pas de hiérarchie entre les images amateurs et les images professionnelles. Le sémiologue Roger Odin l’a montré à propos du cinéma privé : ces images ne sont pas inférieures, elles ont des fonctions différentes. Dans nos pratiques avec les jeunes, on part souvent de l’a priori que ce qu’iels font avec leurs téléphones vaut moins que ce qu’on leur montre au cinéma : posture condescendante, qui ferme le dialogue. Je distingue trois fonctions des images pour nos pratiques : symboliser (mettre à distance de soi, ce qui nous constitue en retour ; je préfère d’ailleurs « construction » à « valorisation », qui suppose une dévalorisation préalable), partager (être reconnu·e dans le regard de l’autre), agir (faire comme regarder est une pratique qui s’apprend). Et comme l’a documenté Camille Peugny, « les jeunes » ne forment pas une catégorie homogène.
Éducation aux images et éducation aux médias : deux choses distinctes
Certains et certaines considèrent qu’il ne faut pas faire de différence entre éducation aux images (EAI) et éducation aux médias et à l’information (EMI). Je pense au contraire qu’il y a une utilité réelle à les distinguer. L’EMI est centrée sur les pratiques journalistiques et l’esprit critique face aux contenus ; l’EAI est centrée sur la création et la symbolisation, et travaille sur le processus plutôt que sur le jugement. J’ai aussi un rapport critique à la façon dont l’EMI est souvent conduite par des journalistes, juges et partie : pour une éducation aux médias réellement critique, il faudrait davantage de sociologues, d’anthropologues, de psychologues.
Une dégradation qui précède le Covid
Catherine Embersin, socio-démographe à l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France, est venue avec des chiffres. Ce qu’elle a montré d’abord, c’est que la dégradation de la santé mentale des jeunes ne date pas du Covid. Elle était mesurable entre 2014 et 2018, à travers des indicateurs de risque dépressif, de plaintes somatiques récurrentes, de tentatives de suicide. Le Covid a accéléré quelque chose qui était déjà en cours. Ce point change l’analyse : si la dégradation est antérieure à la crise du Covid, ce sont les structures de fond qu’il faut interroger.
Des signaux d’alerte précoces
Parmi les données les plus frappantes : les hospitalisations pour tentatives de suicide ont augmenté de façon très significative chez les 10-14 ans, et la souffrance psychique se manifeste de plus en plus tôt. La Seine-Saint-Denis concentre des indicateurs parmi les plus défavorables d’Île-de-France : 28 % de chômage chez les 18-24 ans, une forte proportion de familles monoparentales, et des listes d’attente dans les structures de soin qui se comptent en années.
Le biais du·de la soignant·e
Olivier Duris, psychologue clinicien, a commencé par nommer quelque chose d’honnête : le biais du·de la soignant·e. Il ne voit que des jeunes qui vont mal, parce que les autres ne viennent pas consulter. Ce rappel aide à ne pas surjouer la réalité. Les chiffres de Catherine remettent les choses en proportion : une large majorité des jeunes se perçoivent comme étant en bonne santé. La souffrance est réelle et en augmentation, mais elle ne définit pas entièrement la jeunesse, loin de là.
Réseaux sociaux : retourner la question
Olivier Duris a proposé un déplacement sur la question des réseaux sociaux. On entend souvent que ce sont eux les responsables de la hausse de l’anxiété. Mais il a retourné la question : si les jeunes occupent de plus en plus les espaces numériques, c’est peut-être parce qu’ils et elles ont de moins en moins accès aux espaces physiques. Les MJC ferment, les skateparks disparaissent, les adolescent·es en groupe dans un centre commercial se font virer. Les réseaux répondent à un besoin de socialisation que la société a cessé d’organiser autrement. Pour nous, professionnel·les de la culture, ce déplacement a une implication directe : créer des espaces de rencontre, de pratique collective, d’expression partagée, et ce n’est pas périphérique à la question de la santé mentale.
La réalité du terrain en Seine-Saint-Denis
Olivier Duris a aussi décrit la situation concrète des structures spécialisées dans le 93, et ce qu’il a dit était difficile à entendre : des listes d’attente de huit ans pour des places en IME, des CMP qui ont cessé d’inscrire de nouvelles et de nouveaux patient·es, des jeunes de 14 ans pour lesquels il n’y a nulle part où aller. Il faut garder cela en tête quand on parle de pratiques culturelles comme levier de santé mentale. Il faut bien être conscient du contexte dans lequel on travaille.
Ce que les images font avant la parole
Après la pause, Olivier Duris est resté seul avec moi pour la dernière séquence de la matinée, centrée sur ce que les images peuvent faire spécifiquement dans un travail d’accompagnement. Le premier point qu’il a posé : les images font quelque chose avant que la parole intervienne. Elles génèrent des émotions, elles activent quelque chose dans le corps. C’est précisément ce premier temps, pré-verbal, qui est intéressant en médiation. Bion a décrit comment le parent traduit les sensations confuses du bébé en quelque chose de pensable. L’image peut jouer ce rôle : elle reçoit quelque chose d’encore opaque pour une personne et le lui renvoie sous une forme qui commence à faire sens. Mais ça ne se passe pas seul : il faut une médiation, une conversation, quelqu’un·e pour accueillir ce que l’image a remué.
Peur structurante, peur déstructurante
Il a distingué la peur structurante de la peur déstructurante. La peur structurante est celle que l’image met en scène de façon cadrée : on travaille quelque chose sans être submergé·e, et ça se résout. La peur déstructurante est celle qui reste en suspens, qui revient sous forme d’évitement ou d’angoisse diffuse. La différence ne tient pas au contenu de l’image, elle tient à ce qui se passe après. Le temps de discussion après une projection fait donc pleinement partie du dispositif thérapeutique.
Ce que la création d’images permet en plus
Sur la création d’images, il a identifié quelque chose qui lui semble spécifique par rapport à d’autres médiations : la combinaison d’une dimension narrative (une image raconte quelque chose, choisit ce qu’elle montre) et d’une dimension d’exposition (faire une image, c’est montrer quelque chose de soi, même très indirectement). C’est cette double dimension qui rend la création d’images pertinente quand la parole directe est difficile. Par exemple, des patient·es anorexiques qui trouvent plus facile de se filmer pour dire quelque chose à leurs parents que de le dire en face à face. Des jeunes autistes pour qui l’image sert d’intermédiaire dans une relation qui serait autrement trop intense. L’image fonctionne comme un tiers.
Ne pas hiérarchiser les images
Il a mis en garde contre la hiérarchisation des images : on valorise les films qu’on va montrer aux jeunes, on dévalorise ce qu’iels regardent. Si on veut créer une relation, elle commence par la curiosité pour ce qui parle à l’autre. Cela vaut aussi dans la pratique clinique : l’outil de médiation fonctionne d’autant mieux que le·la médiateur·rice lui-même·elle-même l’investit avec plaisir, et que cet investissement est perçu par la personne accompagnée.
Le dispositif
L’après-midi a commencé par l’atelier photographique que j’avais annoncé le matin. Neuf groupes, quinze minutes dans les rues de Romainville, une photo mise en scène par groupe. La consigne était intentionnellement ouverte : la thématique est celle de la journée, mais la photo n’a pas à l’illustrer. Elle peut l’approcher obliquement, la contourner, s’en éloigner. Les groupes étaient autonomes : il y avait une consigne, et ensuite chacun·e faisait comme il·elle voulait.
Les images que j’ai découvertes à leur retour étaient toutes différentes. Un groupe avait photographié des poubelles jaunes débordantes avec deux silhouettes qui photographiaient un tag dans le fond. Un autre avait retourné son téléphone et pris trois personnes en pied, à l’envers, comme suspendues. Un autre encore avait reconstitué un visage avec trois téléphones tenus par des mains différentes, superposés devant le vrai visage d’une personne. Ce n’étaient pas des illustrations d’un sujet. C’étaient des images qui avaient quelque chose à dire, et qui le disaient autrement qu’avec des mots.
Le protocole du regard inversé
La restitution a suivi un protocole que j’utilise depuis longtemps : les personnes qui ont fait la photo n’ont pas le droit de parler quand elle est projetée. Ce sont les autres qui disent ce qu’iels y voient. Ce renversement désoriente toujours un peu au départ. Et ensuite quelque chose se passe : les gens voient des choses que les auteur·rices n’avaient pas mises. Les auteur·rices découvrent leur propre image à travers le regard des autres, et c’est bien plus riche que ce qu’iels auraient dit eux-elles-mêmes. Quand on explique ce qu’on a voulu faire, on réduit. Quand les autres regardent, ils et elles ouvrent.
C’est une expérience très concrète de quelque chose qu’on dit souvent de façon abstraite : une image n’appartient pas entièrement à celle ou celui qui l’a faite. Dès qu’elle est vue, elle appartient aussi à celles et ceux qui la regardent. Et ces regards multiples ne la relativisent pas : ils l’enrichissent. Une description détaillée de l’atelier, avec les photos et les échanges qu’elles ont suscités, est disponible dans l’article dédié. Et c’est une expérience de regard, qui construit. Et c’est loin d’être facile, de regarder, savoir ce que l’on ressent et le partager.
Ce que ça apprend sur la restitution
À l’issue de l’atelier, j’ai dit quelques mots sur la question de la restitution dans les projets de pratique artistique. On la traite souvent comme un moment de valorisation : on montre le film, on applaudit, on repart. Mais cette logique suppose qu’il y a quelque chose à juger, et ce jugement peut fragiliser même quand il est bienveillant. Ce qui m’intéresse davantage, c’est restituer le processus autant que le résultat : par quelles étapes on est passé·es, ce qui s’est construit en chemin. Ça suppose de l’avoir documenté au fur et à mesure, ce qui veut dire que quelqu’un·e, dans le groupe, prend des notes ou des photos pendant que les choses se passent. C’est une décision à prendre en amont.
Le projet : la résidence Séraphine de Rouen
Le projet présenté par Anne-Sophie Charpy, coordinatrice Passeurs d’images Normandie, s’était construit autour de la résidence Séraphine de Rouen, un habitat inclusif accueillant des personnes en souffrance psychique stabilisée. Un·e médiateur·rice des bibliothèques de Rouen animait des ateliers d’écriture mensuels depuis plusieurs années. Les textes qui en sortaient étaient introspectifs, souvent traversés par l’expérience du handicap psychique, et Adèle Colange, animatrice coordinatrice de la résidence, trouvait dommage qu’ils ne trouvent pas d’autre forme. D’où un projet associant écriture et image, financé par un appel à projets Culture, Santé, Médico-Social de la métropole de Rouen, avec le réalisateur Amaury Voslion.
Faire un film avec des gens, pas pour des gens
Amaury Voslion a décrit une façon de travailler qui repose sur le même principe que l’atelier photo : on ne part pas avec un scénario préétabli. On part avec les gens. En deux heures de première séance, à partir d’une liste de mots que chacun·e avait écrits, cinq esquisses de sketchs avaient émergé. La structure du film est venue d’Océane, l’une des participantes, qui a eu la vision de l’ensemble dès les ateliers d’écriture : un groupe de parole filmé, traversé par des sketchs de fiction.
C’est un point qui va à l’encontre d’une idée reçue dans les projets participatifs : avec des publics fragiles, il faudrait un cadre très balisé, peu de marge d’improvisation. L’expérience de ce projet dit le contraire. C’est précisément quand les participant·es ont eu la liberté de proposer, de modifier, de décider, que quelque chose s’est mis en mouvement. Ce fut une véritable co-réalisation.
La forme du film : un choix artistique et éthique
Le film articule deux modes : un groupe de parole filmé, où plusieurs participant·es témoignent de leur expérience du handicap psychique, et des sketchs de fiction qui ponctuent et éclairent ces témoignages. La fiction n’est pas là pour rendre les choses plus légères. Elle est là pour rendre accessibles des vérités que la seule forme documentaire ne pourrait pas porter aussi bien. Un des sketchs représente la schizophrénie à travers un dispositif proche de la science-fiction, inspiré directement du témoignage d’un·e participant·e. Ce n’est pas une façon de contourner quelque chose : c’est une façon de permettre à celle ou celui qui a partagé son expérience de le faire sans être réduit·e à ses symptômes.
La discussion après la projection
Plusieurs des participant·es au film ont décrit le diagnostic psychiatrique comme un soulagement, la fin d’une errance, la possibilité enfin de mettre un mot sur quelque chose qui était là depuis longtemps. Jérémy a utilisé le mot de coming out, et ce mot était juste. Plusieurs d’entre eux et elles avaient eux-elles-mêmes eu des préjugés sur la maladie mentale avant d’en être affecté·es. Ce mouvement, où quelqu’un·e dit « moi aussi, avant, je pensais que c’était pour les autres », a une force que n’a aucun discours de sensibilisation préparé.
Et pour une réalisatrice, qui avait créé une photo avec l’une des participantes une heure plus tôt sans savoir qui elle était, la projection a produit quelque chose de fort. Elle avait d’abord rencontré une personne. L’histoire est venue ensuite.
Ce que ce projet montre
Une création artistique peut être un espace de déstigmatisation plus efficace qu’un discours sur la nécessité de ne pas stigmatiser. Parce qu’on rencontre des personnes avant de rencontrer leurs diagnostics. Et que quand les deux se rejoignent, c’est elles et eux qui choisissent comment et quand ça se passe. La diffusion de ce film de façon régulière fait désormais partie du projet pour les participant·es, non comme obligation mais comme choix. Océane l’a dit : ce qu’elle n’aurait pas imaginé au moment du tournage, c’est que quelque chose qu’iels avaient fait pour eux-elles-mêmes deviendrait un outil pour d’autres.
Le glissement des missions est réel, et il demande d’être nommé
Les professionnel·les de la culture se retrouvent de plus en plus souvent face à des situations de détresse psychologique sans y être formé·es, parce que les structures spécialisées sont saturées et que les jeunes fragilisé·es arrivent dans toutes sortes d’espaces. Le nommer, c’est déjà quelque chose. Trouver des partenaires, savoir orienter, ne pas se croire seul·e responsable de ce qui dépasse son rôle : ce sont des compétences professionnelles qui s’apprennent.
Les CPS des professionnel·les passent avant celles des publics
Si on n’est pas soi-même en capacité de réguler ses émotions face à une situation difficile, de reconnaître ses propres biais, de ne pas projeter ses difficultés sur les personnes qu’on accompagne, les pratiques qu’on met en place peuvent produire l’inverse de ce qu’on espère. Le travail sur les compétences psychosociales des jeunes commence par un travail sur les nôtres. C’est un principe que j’essaie de tenir, et cette journée l’a confirmé.
La relation horizontale n’est pas un idéal, c’est une méthode
Ce qui a fait la force du projet de Rouen n’est pas d’abord la qualité artistique du film. C’est la qualité de la relation dans laquelle il a été fabriqué. Faire un film avec des personnes implique de vraies décisions pratiques : ne pas arriver avec un scénario préétabli, laisser le groupe décider, ne pas corriger les productions pour les rendre plus présentables. Ça a un coût en temps. Ça produit aussi des choses qu’aucune autre approche ne produit.
Le regard sur les images de l’autre change ce qu’on fait avec les siennes
L’atelier photo a montré quelque chose de simple mais de difficile à intérioriser : on ne sait pas ce qu’on a fait avant que les autres l’aient regardé. L’image qu’on juge nulle est parfois celle dans laquelle les autres voient le plus. Quand on explique ce qu’on a voulu faire, on réduit. Quand les autres regardent, iels ouvrent. Ce mouvement a besoin d’un groupe, d’un temps, et d’un cadre qui autorise les regards à être dits.
Le cinéma vivant existe
La projection du film de la résidence Séraphine, avec ses participant·es présent·es dans la salle, a rappelé quelque chose qu’on sait mais qu’on oublie : un film change selon qui le regarde, dans quel contexte, avec qui. Et quand celles et ceux qui l’ont fait sont là, quelque chose de particulier se passe qui n’a pas de nom exact mais qu’on reconnaît quand on le vit. Les salles de cinéma ont quelque chose d’irremplaçable, non pas parce qu’elles offrent une meilleure image ou un meilleur son, mais parce qu’elles organisent une expérience collective qui ne se produit pas autrement.
En appui sur les expériences de terrain d’innovation culturelle depuis plus de 30 ans de Benoît Labourdette et son travail de recherche et de méthodologie, l’agence Benoît Labourdette production accompagne les politiques culturelles dans leurs besoins d’innovation, de meilleures rencontres avec les populations, d’usages des outils numériques et de coopération, de définition de stratégies de médiation, d’accompagnement d’équipes artistiques, de techniciens ou d’élus. La méthode est toujours basée sur l’intelligence collective, la coopération et la capacitation des personnes et des structures. Nous accompagnons des villes ou autres collectivités, des réseaux nationaux, des institutions, des associations.