Santé mentale et cinéma - Habiter le monde en images

9 avril 2026. Publié par Benoît Labourdette.
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Les 14 et 15 avril 2026, l’ACRIF, au titre de sa mission de coordination de Passeurs d’images en Île-de-France, organise au cinéma Le Trianon de Romainville (Seine-Saint-Denis) deux journées de rencontres professionnelles sur le cinéma, l’éducation aux images et la santé mentale des jeunes.

J’ai co-construit le programme et les contenus de la première journée avec Diane Olivier, coordinatrice Passeurs d’images Île-de-France, sur une base de travail proposée par Claudie Le Bissonnais, et j’en assure l’animation. La seconde journée est co-organisée par l’ACRIF avec Cinémas 93.

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Programme détaillé

Espace d’échanges entre professionnels de la santé et du cinéma, ces rencontres proposent une réflexion sur les rôles des films et des salles, entre « voir » et « faire », afin de mieux accueillir, être à l’écoute et sensibiliser les jeunes.

Jour 1 — Les jeunes, leurs images, leurs espaces : nouveaux paradigmes ?

Matinée — Regards croisés sur la santé mentale des jeunes aujourd’hui
9h30 - 12h30

De quoi parle-t-on quand on évoque « la santé mentale des jeunes » ? En croisant trois regards issus du champ clinique, de la socio-démographie et des pratiques culturelles, les échanges porteront sur les réalités concrètes de la santé mentale des jeunes : symptômes, causes, facteurs de vulnérabilité et spécificités territoriales en Seine-Saint-Denis.

À partir de ces constats, nous approfondirons la réflexion en explorant le potentiel du cinéma et des pratiques d’éducation aux images comme outils face à ces enjeux. Nous aborderons notamment le « glissement des missions », où professionnels de la culture, de l’éducation ou de l’animation se retrouvent confrontés à des situations de détresse psychologique sans y être toujours préparés.

La matinée et l’après-midi se concluront par un temps de contribution écrite, invitant les participant·es à partager leurs retours, questionnements et propositions, afin d’alimenter une réflexion collective.

Avec :

  • Olivier Duris, psychologue clinicien et chargé d’enseignement à l’Université Paris Diderot
  • Catherine Embersin, chargée d’étude socio-démographe à l’Observatoire régional de santé Île-de-France
  • Benoît Labourdette, cinéaste, pédagogue, chercheur et consultant en innovation culturelle

Animé par Benoît Labourdette

Après-midi — Participer : créer avec, créer ensemble
14h - 17h30

Quelles postures adopter en médiation et en création collective pour prendre en compte la santé mentale, tant dans les processus que dans les conditions d’accueil et la place accordée aux participants ? Comment prend-on en compte cet enjeu sans en être spécialiste ? Comment aborder la santé mentale sans la « santé-mentaliser » ?

Pour réfléchir à ces questions, un atelier participatif de création photographique proposé par Benoît Labourdette invite les participant·es à explorer la santé mentale à travers l’image, avant un temps de restitution centré sur les regards et les interprétations.

Puis, nous découvrirons les regards croisés de coordinateur de projet culturel, travailleur social, réalisateur et participants avec un retour d’expérience autour d’un atelier de réalisation mené avec des adultes souffrant de troubles psychiques.

Avec :

  • Anne-Sophie Charpy, coordinatrice Passeurs d’images à Normandie Images
  • accompagnée d’Amaury Voslion, auteur, réalisateur et photographe
  • et d’Adèle Colange, animatrice coordinatrice à la Résidence Accueil Séraphine de Rouen
  • ainsi qu’Océane Paquin, Océane Badji, Vincent Boivin, Jérémie De Saint Léger, Germain Filezac De L’Étang, Albin Legendre, Pierre Marchand, participants à l’atelier de réalisation

Animé par Benoît Labourdette

Jour 2 — Les possibles du cinéma : un espace refuge ?

Matinée — La salle de cinéma comme lieu d’accueil
9h30 - 12h30

À partir de plusieurs expériences, en salles et en festival de cinéma, cette matinée sera l’occasion de réfléchir collectivement à la manière dont les professionnel·les de la salle de cinéma peuvent mieux accueillir les jeunes sans être eux·elles-mêmes des soignant·es, et comment les professionnel·les de santé ou les aidant·es peuvent mieux aborder et accompagner des sorties au cinéma.

En partant de la notion de parcours spectatoriel en salle de cinéma, de l’accès à l’information à l’expérience collective de projection, cette matinée abordera les enjeux de communication, d’accueil et de médiation. Des pistes concrètes pour adapter les pratiques seront proposées : mise en place de partenariats entre salles de cinéma et structures de santé, outils de communication inclusifs, attention portée aux environnements sensoriels, posture des équipes d’accueil et de médiation et construction de projets culturels adaptés. Nous terminerons par un temps pratique de construction d’une séance de cinéma en groupe afin de réfléchir collectivement aux outils pratiques et postures à adopter.

Avec :

  • Julie Guégan, responsable de communication et médiation au Cinéma Le Trianon de Romainville
  • Nicolas Revel, directeur du Cinéma L’Étoile de La Courneuve
  • accompagné de Charlotte Serrano, médecin au centre municipal de santé Salvador Allende à La Courneuve.

Animé par :

  • Claire Mayot, journaliste, conceptrice et animatrice des rencontres dans le cadre du festival À la folie
  • Léna Nilly Urbaneja, chargée de mission diffusion, formation salles de cinéma et communication à Cinémas 93.

Après-midi — La santé mentale à l’écran : représentations et programmation
14h - 17h30

Que programmer ensemble ? Comment l’atelier de programmation peut-être un espace fertile à l’élaboration d’un regard commun ? Que permet la mise en action par l’atelier ?

L’association Étonnant Cinéma mène et coordonne, depuis de nombreuses années, des ateliers de pratique et d’éducation au regard à destination de différents publics. Elles viennent nous présenter leur travail dans le cadre de deux ateliers : l’un auprès de jeunes adolescents de L’Entracte-Hôpital Avicenne-Bobigny, l’autre auprès de personnes bénéficiaires du RSA.

Entretien avec Nicolas Philibert autour de son film Sur l’Adamant (2023). Quelles représentations de la santé mentale le cinéma nous donne-t-il à voir ? Comment ce film a-t-il été accompagné et reçu ?

Avec :

  • Clara Ipparaguirre, déléguée générale d’Étonnant Cinéma, réalisatrice et intervenante cinéma, accompagnée de Bénédicte Loyen, réalisatrice et intervenante cinéma et de Denia Benguedda, participante à un atelier de programmation
  • Nicolas Philibert, cinéaste

Animé par :

  • Maxime Bouillon, médiateur cinéma à l’ACRIF
  • Diane Olivier, coordinatrice Passeurs d’images Île-de-France à l’ACRIF

À qui s’adressent ces journées ?

Ces rencontres s’adressent à un public large et volontairement intersectoriel : professionnel·les des salles de cinéma et de la médiation culturelle, mais aussi éducateur·rices, travailleur·euses sociaux·ales, coordonnateur·rices de contrats locaux de santé, psychologues, animateur·rices, enseignant·es. C’est cette diversité qui fait le pari de la démarche. Les questions de santé mentale des jeunes ne se résolvent pas dans un seul champ professionnel. Et le cinéma a cette qualité d’offrir un terrain commun, l’image, le récit, l’émotion partagée, où des professionnel·les qui ne se croisent pas habituellement peuvent se parler.

Ces journées arrivent à un moment où le contexte national est favorable : la santé mentale est grande cause nationale en 2025 et 2026, les Semaines d’information sur la santé mentale d’octobre 2026 auront pour thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts », et la stratégie nationale de développement des compétences psychosociales, signée par huit ministères en 2022, identifie la culture comme levier. C’est le moment, pour les professionnel·les de la culture, du cinéma, de l’éducation aux images, de se positionner clairement : pas comme des auxiliaires du soin, mais comme des acteur·rices de la santé mentale positive.


  • Lien d’inscription
  • Ces rencontres sont organisées par l’ACRIF / Passeurs d’images Île-de-France, en partenariat avec Cinémas 93, avec le soutien de la Région Île-de-France, du CNC, du FDVA et du département de la Seine-Saint-Denis.
  • Référente : Diane Olivier, coordinatrice Passeurs d’images Île-de-France : olivier acrif.org

Je partage ici les réflexions qui ont nourri cette co-construction, dans l’espoir qu’elles soient utiles au-delà de l’événement lui-même.

Trois mots, trois malentendus

La première journée part d’un constat simple : les mots « santé mentale », « images » et « jeunes », qu’on accole de plus en plus souvent dans les politiques publiques, sont porteurs de malentendus considérables. Et ces malentendus ont des conséquences pratiques directes sur la façon dont on conçoit les projets.

  • La santé mentale, d’abord, ce n’est pas la maladie mentale. Santé publique France distingue trois dimensions : la santé mentale positive (le bien-être, la capacité à agir), la détresse réactionnelle (liée à des événements de vie) et les troubles psychiatriques. Quand on confond les trois, on médicalise tout. Or la plupart des professionnel·les qui travaillent avec des jeunes, médiateur·rices culturel·les, animateur·rices, enseignant·es, éducateur·rices, ne sont pas des soignant·es, et n’ont pas à le devenir. Mais ils et elles se trouvent de plus en plus souvent confronté·es à des situations de détresse psychologique qu’ils et elles n’ont pas les outils pour accueillir. C’est ce qu’on peut appeler le « glissement des missions » : un phénomène massif, rarement nommé, qui concerne à peu près tous les secteurs en contact avec la jeunesse.
  • Les images, ensuite, ce ne sont pas « les écrans ». Il y a un écart considérable entre la consommation passive de contenus et la création active d’images. Quand un·e jeune réalise un film, une photo, une mise en scène, il ou elle ne consomme pas : il ou elle symbolise. Il ou elle met en forme une expérience, construit du sens, s’inscrit dans un espace symbolique partagé. C’est la distinction entre éducation aux images, qui relève de l’art, de la création, de la symbolisation, et éducation aux médias et à l’information. Nous sommes ici à l’endroit de l’art.
  • Les jeunes, enfin, ne sont pas un public homogène. Les inégalités sociales face à la souffrance psychique sont massives. La Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de France métropolitaine et le plus pauvre. On y attend huit à neuf ans pour une place en IME. Ces réalités territoriales ne sont pas un arrière-plan : ce sont des déterminants de santé mentale aussi lourds que les facteurs individuels. Et les jeunes ne sont pas que des porteur·euses de symptômes. Ils et elles sont aussi producteur·rices de sens, de culture, de résistance. Ce rappel n’est pas rhétorique : il change la façon dont on pense un projet.

Pourquoi le cinéma ?

La question qui a guidé la construction de ces journées : qu’est-ce que l’expérience cinématographique, au sens large, le fait de voir et de faire des images, apporte de spécifique face aux enjeux de santé mentale, et en particulier pour la jeunesse ?

Mon hypothèse, après plus de vingt-cinq ans de pratique pédagogique avec des publics très divers, de la PJJ aux écoles d’art, est que la création d’images agit sur ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle les compétences psychosociales : la conscience de soi, la régulation émotionnelle, l’empathie, la communication, la pensée critique. Non pas parce qu’on le décrète, mais parce que le processus même de création met en jeu ces aptitudes. Quand on fabrique une image ensemble, on négocie, on écoute, on accepte que le résultat échappe à son auteur·rice. Quand on regarde ensemble ce qu’on a produit, les regards des autres sur ma propre production m’accompagnent à la légitimer, moi qui ne lui donnais pas de valeur.

Mais il y a un préalable, et c’est peut-être le point le plus important de ces journées : avant de travailler sur les compétences psychosociales des jeunes, il faut travailler sur les nôtres. Sur nos propres rapports aux images, nos propres jugements, nos propres fragilités. C’est un principe que j’ai découvert concrètement dans le travail que je mène avec la PJJ et la DRAC du Limousin autour des compétences psychosociales et des pratiques culturelles : les CPS des professionnel·les passent avant celles des publics. Si je ne suis pas moi-même en capacité de nommer mes émotions face à une image, comment puis-je accompagner un·e jeune à le faire ?

La première journée : les jeunes, leurs images, leurs espaces

Le matin pose un cadre de réflexion commun : qu’est-ce que la santé mentale des jeunes, concrètement, en Seine-Saint-Denis ? Quels sont les signaux d’alerte, les spécificités territoriales, les déterminants ? Et en quoi le cinéma et les images peuvent-ils être des leviers ? La matinée croise trois regards : celui d’Olivier Duris, psychologue clinicien et co-directeur du DU d’art et médiation thérapeutique à Paris Cité, qui travaille quotidiennement avec des adolescent·es en hôpital de jour ; celui de Catherine Embersin, socio-démographe à l’Observatoire régional de la santé d’Île-de-France, qui apporte les données de terrain ; et le mien, depuis l’endroit de la création et de la pédagogie artistique. Le format n’est pas celui de trois conférences successives mais d’un dialogue thématique, où chaque question est abordée collectivement depuis ces compétences complémentaires.

L’après-midi passe au concret des actions. Je commence par proposer un atelier participatif de création photographique, en invitant les participant·es à réaliser par petits groupes une photo mise en scène sur le thème de la santé mentale des jeunes. La restitution suit un protocole que je pratique depuis des années : les auteur·rices n’ont pas le droit de parler, les autres expriment ce qu’ils et elles voient et ressentent. C’est un moment où l’on touche concrètement à la polysémie de l’image et à la reconnaissance par le regard de l’autre. Ensuite, la projection d’un court-métrage documentaire réalisé dans le cadre de Passeurs d’images en Normandie, avec des personnes vivant avec des troubles psychiques, ouvre un échange avec Anne-Sophie Charpy, coordinatrice du projet, le réalisateur Amaury Voslion, la référente de la résidence d’accueil Séraphine à Rouen, et plusieurs participant·es au film eux-mêmes et elles-mêmes. La question qui traverse cette après-midi : comment prend-on en compte la santé mentale dans les processus de création, sans être spécialiste ? Comment aborder la santé mentale sans la « santé-mentaliser » ?

La seconde journée : la salle de cinéma comme lieu d’accueil

La seconde journée, co-organisée par l’ACRIF avec Cinémas 93, déplace le regard vers la salle de cinéma elle-même. Comment les professionnel·les de la salle peuvent-ils et elles mieux accueillir les jeunes sans être eux-mêmes et elles-mêmes des soignant·es ? Comment les professionnel·les de santé peuvent-ils et elles mieux accompagner des sorties au cinéma ? Le matin aborde ces questions à partir d’expériences concrètes de salles et de festivals du territoire. L’après-midi explore la programmation : que programmer ensemble, et comment l’atelier de programmation peut-il être un espace d’élaboration collective ? L’association Étonnant Cinéma y présente son travail mené avec des publics très différents, et un entretien avec Nicolas Philibert autour de Sur l’Adamant interroge les représentations de la santé mentale que le cinéma nous donne à voir.

Portfolio
Santé mentale et cinéma - Habiter le monde en images - 1 © Benoît Labourdette 2026. Santé mentale et cinéma - Habiter le monde en images - 2 © Benoît Labourdette 2026.

En appui sur les expériences de terrain d’innovation culturelle depuis plus de 30 ans de Benoît Labourdette et son travail de recherche et de méthodologie, l’agence Benoît Labourdette production accompagne les politiques culturelles dans leurs besoins d’innovation, de meilleures rencontres avec les populations, d’usages des outils numériques et de coopération, de définition de stratégies de médiation, d’accompagnement d’équipes artistiques, de techniciens ou d’élus. La méthode est toujours basée sur l’intelligence collective, la coopération et la capacitation des personnes et des structures. Nous accompagnons des villes ou autres collectivités, des réseaux nationaux, des institutions, des associations.


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