Été culturel 2023 avec Cultures du coeur : « La machine à voyager dans le futur »

12 juillet 2023. Publié par Benoît Labourdette.
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Pendant l’été 2023, Cultures du cœur propose à huit structures du champ social en France que leurs bénéficiaires participent à la création de récits collectifs et individuels sur le thème du futur. Créations graphiques, vidéo, musicales, numériques, podcasts, utilisation de l’intelligence artificielle... pour rêver ensemble le monde de demain ! Ateliers conçus et animés par Benoît Labourdette, avec la collaboration de Loussiné Villelegier.

www.ateliersnumeriques-culturesducœur.org/2023

À Bordeaux, la Maison relais COS est un logement adapté : les bénéficiaires ont leur propre appartement, très peu cher. Une mini équipe accueille ces personnes, qui sont autonomes, mais ne pourraient pas aller dans un appartement lambda. Le travail des accompagnants est très dense, et se fait avec des partenaires. Les bénéficiaires sont en grande précarité, en situation d’isolement, ont de très faibles revenus. C’est un espace où on est à l’abri, où on fait du lien, on est dans un lieu bienveillant, on reprend confiance en soi. Les parcours des uns et des autres sont très différents, c’est un public mélangé, intergénérationnel, des familles... Les bénéficiaires viennent à la Maison relais pour une période de transition, de reconstruction.

L’atelier s’est déroulé toute la journée dans la salle commune. Franck Angibaud, animateur dans la structure, avait préparé, commencé à partager des visions du futur avec les résidents, sur un tableau commun. Puis, nous avons installé ordinateurs, micros, caméras, appareils photos, feutres, papiers à découper, paires de ciseaux, instruments de musique... transformant le lieu en une vaste fabrique créative. Chacun s’est mis directement à créer avec la matière avec laquelle il se sentait à son aise. Nos pôles de création (studio de tournage, studio d’enregistrement, création musicale, fabrique à histoires, machine à émotions, etc.) encouragent chacun à aller au bout, à se dépasser, à se découvrir des capacités insoupçonnées. Les productions sont de qualité, et le moment de restitution en commun en fin de journée est fort et investi.

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Se découvrir à soi-même, récit de l’atelier par Benoît Labourdette

« Ce n’est pas un contenu que j’ai à transmettre, je m’en garderais, chaque âme est dans une telle richesse. Mais il faut que cette richesse soit réveillée. La transmission, c’est cette attention portée à un autre qui fait qu’en lui surgit le meilleur de lui-même. »

Christiane Singer, écrivaine (1943-2007), citée dans le livre collectif « Transmettre » (Paris, J’ai Lu, 2019).

En préparant les ateliers de cet été, ma préoccupation était avant tout d’imaginer un dispositif qui ait pour vertu d’ouvrir des portes de l’expression pour chaque personne. Nous allions venir, nous « spécialistes de l’art », proposer une pratique créative à des personnes dont ce n’est pas la pratique quotidienne ; quelle prétention, et puis comment faire ?

Ma proposition peut être résumée en trois mots : outils, pratique, partage.

Les outils
Tout d’abord, nous transformons le lieu quotidien en un espace de production créative. Pour ce faire nous apportons beaucoup d’outils, accessibles : instruments de musique, micros, appareils photo, ordinateurs, paires de ciseaux, papier à découper, feutres, etc. Les zones dans lesquelles nous disposons les outils sont identifiées par ces signalétiques avec des pictogrammes, pour donner sens à leur usage :

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Ce ne sont pas simplement des feutres et du papier, c’est un « atelier dessin » ; ce n’est pas une caméra branchée à un ordinateur et un vidéoprojecteur, c’est un « studio de tournage », etc.

Un outil de travail et de médiation, que nous avons inventé pour l’occasion, est le moodboard, une planche personnelle sur laquelle on peut dessiner, et disposer toutes ses idées, ses inspirations, qui est un espace identifié et légitimé de la traduction concrète des idées et envie de la personne, qui l’accompagnera tout au long de la journée (merci à Loussiné pour cette idée du « moodboard » concret, à partir des planches que j’avais prévu d’apporter).

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Le patient travail de collecte préalable des outils et des idées de leur mise en œuvre est déjà un travail d’attention à l’autre, et de rencontre avec des objets qui me semblent pouvoir être accueillants. Au fil de l’été, de nouveaux outils vont s’inviter dans les ateliers, grâce à ce que j’y apprends. Pour la prochaine fois, une tablette Ipad Pro avec un stylet sera des nôtres pour le dessin, et un instrument électronique qui vient d’être inventé aux États-Unis, l’Artiphon Orba 2, émerveillera nos oreilles.

La pratique
Chaque outil va « parler » plus ou moins à chaque personne. Ce que nous proposons, c’est une pratique immédiate, spontanée, autorisée. On se découvre dans la rencontre avec un objet.

  • Par exemple, Siham (9 ans), dès qu’elle a posé ses doigts sur le synthétiseur Novation MiniNova, nous a fait entendre des mélodies, des sons, qui immédiatement « sonnaient », de façon presque magique. Ce fut donc son outil privilégié pour la journée, et elle enregistré plusieurs morceaux, seule ou en collectif, et fait la musique de plusieurs des films.
  • Pour Daniel, à partir de son moodboard, le talent qu’il s’est découvert fut celui d’improvisateur vocal, d’inventeur d’histoire à partir d’éléments disparates, rejoignant ainsi les grandes traditions fondatrices des poètes surréalistes du début du XXe Siècle.
  • Pour Guillaume, qui ne souhaitait pas parler, la construction de son moodboard filmée par la caméra, lui a donné et nous a donné à tous la découverte que ce qu’il avait créé était un récit écologique puissant.
  • Et ainsi de suite, pour les un.e.s et les autres...

Commencer par la pratique, trouver, en le manipulant, l’objet avec lequel notre corps et notre esprit se mettent en résonance, c’est partir à l’aventure sur le chemin de ses propres capacités, dont nous ignorions nous même l’existence. Il ne s’agit pas de se « valoriser », mais de se découvrir à soi-même. Ce processus m’a été renvoyé, et explicité, par plusieurs des personnes participantes. Si on n’avait pas démarré par la pratique, les images de soi, de ses incapacités, auraient tout bloqué.

Le partage
Cette dynamique créative a lieu dans un espace commun, dans lequel chacun a son lieu personnel (et circulant, grâce au moodboard). Nous recevons, nous bénéficions, de tout ce que les uns et les autres découvrent et inventent. Ainsi, c’est une véritable émulation qui s’opère. Le partage avec les autres des diversités de créations est intrinsèque à ce dispositif. En fin de journée, nous organisons un moment de « restitution » commune, qui est très important, car il signe l’importance de ce qui a été traversé. Mais au fur et à mesure de la journée, des collaborations se mettent en place, par capillarité, si l’on peut dire.

Le partage est donc partie-prenante de la pratique créative, dans son présent. On n’est pas seul. On est pleinement soi, dans une communauté. Notre contribution sera d’autant plus riche qu’elle sera singulière. Par exemple, Barnabé n’a pu être présent que le matin : il a enregistré un podcast avec Philippe et Najwa, et ils ont constitué ensemble un moodboard, en nous confiant la mission, pour l’après-midi, de créer un film à partir des éléments du moodboard et de la bande son (qui contient aussi la musique de Siham et Franck). Emmanuelle et Lou ont fait le film, avec mon accompagnement. Ainsi le film « À la maison relai » existe grâce aux apports partagés et successifs d’au moins six personnes.

Je mets les productions en ligne au fur et à mesure sur la plateforme web dédiée (www.ateliersnumeriques-culturesducœur.org/2023). Le QR code d’accès est donné à celles et ceux qui ont des téléphones, j’envoie aussi directement le lien par SMS à certains, et j’ai mis un raccourci vers cette plateforme sur l’ordinateur collectif de la Maison relais COS. On identifie que ce travail créatif est fait pour être partagé, avec d’autres personnes aussi, et ce d’emblée. J’organise la restitution de fin de journée en utilisant la plateforme web pour visionner et écouter les productions des uns et des autres : ce que je fais là, chacun.e pour le faire par soi-même ensuite.

Et ici, les photographies du processus de l’activité, faites par Loussiné et Franck, font partie des habitudes (Franck anime la fabrication d’un journal trimestriel). Je me rends compte que mettre en ligne ces plus de 200 photos, qui relatent très en détail certains moments, fait partie des productions artistiques de la journée. Donner à voir le processus de création, en faire récit par l’image, c’est en soi un travail de création, riche et qui permet de partager le cheminement (et non pas uniquement les résultats).

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La plateforme web

Cultures du cœur

+ de 20 ans d’expertise au service de l’investissement social par l’accès aux pratiques culturelles, sportives et de loisirs.

Depuis 1998, Cultures du Cœur se fait l’écho de la Déclaration universelle des droits de l’Homme des Nations Unies (1948) qui pose la culture comme un droit fondamental auquel chacun doit pouvoir accéder ainsi que de la déclaration de Fribourg sur les droits culturels.

Elle s’appuie également sur la loi de lutte contre l’exclusion de 1998 art.140 qui pose l’égal accès de tous à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs.

L’action du réseau national, forte de ses 34 structures territoriales, se nourrit de la conviction, partagée avec ses partenaires, que l’expérimentation de pratiques culturelles permet non seulement l’exercice de la citoyenneté mais contribue aussi à réparer ou retisser les liens sociaux, à apaiser et remobiliser les personnes.

Constituée autour de principes fondamentaux que sont l’égalité d’accès à la culture, la liberté de choix, de ses expériences culturelles, leur appropriation par le partage, l’association Cultures du Cœur s’engage pour une société plus juste, plus ouverte et soucieuse du collectif.

En 2022, ce sont plus de 300 000 invitations qui sont mises à disposition des structures sociales dans l’ensemble du territoire pour leur permettre de toucher les personnes en situation d’exclusion. Et ce sont plus de 5 000 structures culturelles qui nous soutiennent chaque année pour créer cet écosystème de la solidarité.

Pour en savoir +  :
https://www.culturesducœur.org/

Portfolio
Été culturel 2023 avec Cultures du coeur : « La machine à voyager dans le futur » - 1 © Benoît Labourdette 2023. Été culturel 2023 avec Cultures du coeur : « La machine à voyager dans le futur » - 2 © Benoît Labourdette 2023. Été culturel 2023 avec Cultures du coeur : « La machine à voyager dans le futur » - 3 © Benoît Labourdette 2023.

La créativité est essentielle dans tous les champs de la vie et des activités, comme une relation à soi, une découverte de ses capacités, et puis oser le partage et l’expression. Ainsi des ateliers de créativité peuvent être utiles dans tous types de contextes : professionnels, scolaires, artistiques...


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