Dans le cadre du dispositif « Classe culture » de la ville de Lille, j’ai accompagné une classe de CM2 à l’Institut pour la photographie pour créer, faire la médiation et installer une exposition photographique, en deux lieux et en numérique, dans le cadre de la programme « Nature et Utopie » de Lille 3000.
La méthode que j’ai employée pour donner toute la place à la créativité des enfants, fut de poser d’emblée un cadre au sein duquel chacun.e d’entre elles.eux auraient une responsabilité précise : faire des dessins, faire de la musique, préparer la scénographie, fabriquer des objets, faire des photographies, créer des cabanes avec des morceaux de bois, découper des photos, etc. En m’appuyant sur l’écoute des envies des enfants, une mission précise, décidée ensemble, était confiée à chacun.e. Ainsi, ils.elles ont travaillé en parallèle les un.e.s des autres, à leur manière, ce qui a pu produire une grande quantité de « contenus », complémentaires et constructifs d’une richesse. Comme chacun.e était responsable, la motivation et l’émulation étaient impressionnantes. Puis ils.elles ont installé l’exposition et en ont préparé la médiation. Et l’après-midi même du premier jour, des visiteurs sont venues visiter l’exposition.
C’était l’automne, et entre autres créations, comme il y avait beaucoup de branchages dans la cour de l’Institut, j’ai proposé que certain.e.s construisent des cabanes, ce qui fut l’incarnation de la thématique « Nature et utopie », en utilisant ce qui était là. Mon travail étant d’être à l’écoute des envies des jeunes, ainsi que du possible offert par le milieu dans lequel nous étions inscrits, ce qui est une démarche écologique, au sens étymologique du terme.
Le lendemain matin, d’autres visiteurs (responsables institutionnels) sont venus le matin. Au lieu qu’ils soient spectateurs du travail, les enfants les ont considérés comme des visiteurs et ont animé une médiation pour eux. Cela leur a donné pour la deuxième fois la place de transmettre ce qu’ils avaient créé. Ensuite, ils avaient très envie de faire des photographies, qu’ils ont faites avec plusieurs appareils photo, en petits groupes en parallèle, pour se les montrer mutuellement au retour. Puis ils ont fait des masques, se prenant en photo avec aussi.
La deuxième journée s’est terminé par une nouvelle restitution, de l’exposition étendue par leurs nouvelles créations. Pour eux, une troisième médiation, devant des membres du personnel de l’Institut pour la photographie.
Le projet a eu une deuxième étape, quelques semaines plus tard, lors de laquelle ils ont préparé, à partir de toutes leurs productions faites la première fois, une mise en espace très précise sur deux grands panneaux, qui allaient accueillir leur exposition de façon publique lors d’un grand événement collectif, auquel ils ont participé aussi avec toutes les autres « classes cultures » de la ville. L’expérience qu’ils avaient acquise lors de la première session, et la même méthode de « missions parallèles » basées sur leurs envies, leur a permis une grande concentration et la fabrication d’une exposition très construite.
Entre ces deux moments, l’exposition numérique, accessible via un QR Code donné à chaque élève, et au contenu validé ensemble, a permis de faire lien.
Les allers-retours entre création et présentation, et les missions, la grande confiance donnée aux enfants, leur responsabilisation, constitue une méthode atypique, assez déstabilisante au départ pour l’enseignant, car on respecte aussi les façons de faire des enfants (notamment leur liberté de mouvement), ce qui peut de prime abord sembler désordonné, alors que c’est en fait extrêmement productif, car chacun.e fait à sa manière, ce qui est donc bien plus efficace.
Le partenariat avec l’équipe de médiation de l’Institut pour la photographie (Alice Rougeulle et Noé Kiefer), qui m’avaient commandé cette mission, fut aussi très constructif, par la confiance qui m’a été faite de mener un projet d’une façon moins normative et disciplinaire qu’à l’accoutumée. Les images et les notes de travail jointes permettent je l’espère, de rentrer dans l’univers de cette aventure, sans doute assez fondatrice pour certains des élèves. Les photographies présentées ici ne sont qu’une petite partie du bon millier de photographies réalisées et présentées par les enfants.
Photographies faites par les enfants, Alice Rougeulle et Benoît Labourdette.
La créativité est essentielle dans tous les champs de la vie et des activités, comme une relation à soi, une découverte de ses capacités, et puis oser le partage et l’expression. Ainsi des ateliers de créativité peuvent être utiles dans tous types de contextes : professionnels, scolaires, artistiques...