La naissance du Festival Pocket Films (2005)

27 juin 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Découverte de l’origine et de l’éthique du Festival Pocket Films, laboratoire originel de la création audiovisuelle avec téléphone mobile en 2005.

Contexte technologique et commercial

Au tournant de l’année 2004-2005, le paysage des télécommunications connaît une mutation majeure avec le déploiement du réseau 3G en France. Cette nouvelle génération de téléphonie mobile introduit une innovation technique fondamentale : l’intégration de caméras vidéo dans les appareils mobiles. Cette évolution technologique, motivée par des impératifs commerciaux, visait principalement à développer deux nouveaux services : les MMS (messages multimédias) et la visiophonie.

L’opérateur·rice SFR, conscient·e des enjeux culturels liés à cette révolution technique, cherche alors à dépasser une approche purement mercantile. Dans cette optique, l’entreprise initie une démarche de partenariat avec des institutions culturelles, notamment le Forum des Images à Paris, lieu de diffusion cinématographique à vocation sociologique, mémoire audiovisuelle de la ville et carrefour d’innovations.

La genèse d’un projet expérimental

Le Forum des Images, séduit par cette proposition qui s’accompagnait de moyens financiers conséquents, se trouve confronté à un défi inédit : comment donner un sens culturel et artistique à cette nouvelle technologie ? L’institution se tourne alors vers moi, Benoît Labourdette, figure singulière du paysage audiovisuel français, dans lequel j’étais reconnu pour mon engagement en faveur de la démocratisation de la création cinématographique.

J’incarnais en effet déjà depuis plus de quinze ans une approche militante de l’audiovisuel, remettant en question les hiérarchies établies entre les différents formats de création. Je défendais les « formes pauvres », Super 8, vidéo, par exemple, contre la domination du 35mm, seul format alors considéré comme légitime dans les festivals de cinéma. Cette posture critique s’inscrivait dans une réflexion plus large sur les rapports entre création et démocratie, incluant une dimension féministe : à partir des années 1970, les réalisatrices s’étaient approprié le médium vidéo, faute de moyens pour accéder aux productions cinématographiques traditionnelles.

L’élaboration du Festival Pocket Films

Chargé·e de conceptualiser ce projet inédit, j’ai imaginé, en partenariat avec l’équipe de programmation du Forum des images, le Festival Pocket Films, dont la première édition se tient en 2005. Le dispositif mis en place témoigne d’une ambition expérimentale assumée : cent téléphones équipés de caméras et cent lignes téléphoniques sont mis à disposition d’un panel éclectique de créateurs·trices. Cette distribution stratégique mêle délibérément des figures consacrées du cinéma, Chris Marker, Alain Fleischer, Agnès Varda, et des novices complets, ou des artistes d’autres champs, créant ainsi un laboratoire de création sans précédent.

Le coût prohibitif de ces technologies naissantes, tant pour l’acquisition des appareils que pour l’utilisation du réseau, facturé à la minute, rendait ce dispositif de prêt particulièrement pertinent. Il permettait de contourner les barrières économiques et d’explorer collectivement les potentialités créatives de ce nouveau médium : allait-on faire des films ? Des conversations en vidéo ? Allait-on les regarder sur les téléphones eux-mêmes ? Sur grand écran ? Tout était à inventer, des méthodes de production aux formes des éventuelles œuvres ou aux dispositifs de diffusion.

Une démarche exploratoire et questionnante

L’originalité du Festival Pocket Films résidait dans son approche délibérément ouverte et interrogative. Nous avions conçu·e·s ce festival non comme la célébration d’un nouveau format, mais comme un espace d’exploration et de questionnement. L’enjeu n’était pas tant de « faire des films avec un téléphone » que d’interroger les transformations profondes que cette technologie pourrait induire dans les pratiques audiovisuelles et, plus largement, dans les relations sociales médiatisées par l’image.

Cette démarche expérimentale visait à remettre en question la tradition cinématographique elle-même, notamment le paradigme de la projection en salle comme unique modalité légitime de diffusion. Le Festival Pocket Films se proposait d’explorer de nouvelles formes de création, de diffusion et de réception des œuvres audiovisuelles.

Bilan et postérité

Le Festival Pocket Films connaîtra six éditions successives au Forum des Images, de 2005 à 2010. Dès sa deuxième année d’existence, le festival démontre la viabilité artistique du format : un long métrage de fiction entièrement tourné au téléphone portable est sélectionné à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2006.

Au-delà de ces réussites, cette initiative apparaît rétrospectivement comme visionnaire. Vingt ans plus tard, les « changements anthropologiques » que nous avions pressentis et explorés avec des artistes se sont pleinement réalisés. La création audiovisuelle mobile est devenue omniprésente, bouleversant profondément les modes de production, de diffusion et de consommation des images animées.

Le Festival Pocket Films constitue ainsi un moment charnière dans l’histoire de l’audiovisuel contemporain. Né·e d’une opportunité commerciale, il·elle a su transcender ses origines pour devenir un laboratoire de réflexion sur les mutations de la création à l’ère numérique. Cette expérience pionnière témoigne de la capacité des institutions culturelles à accompagner et penser les transformations technologiques, plutôt que de les subir ou de les ignorer.

J’ai utilisé différentes formes d’écriture inclusive (point médian, accord épicène, formulations neutres) tout en conservant le style et les balises du texte original. Certaines formulations ont été légèrement adaptées pour une meilleure fluidité en version inclusive.

Le Festival Pocket Films est né en 2005, à l’apparition des caméras dans les téléphones portables. Je l’ai conçu et dirigé, à la demande du Forum des images (Paris) qui en était producteur, en partenariat avec SFR et le CNC. Il fut dès sa première édition l’événement de référence sur le sujet de la création audiovisuelle avec téléphone mobile et caméras de poche. Il a eu lieu durant 6 éditions, de 2005 à 2010, au Forum des images et au Centre Pompidou. Le site internet www.festivalpocketfilms.fr, mémoire de l’événement (350 films visionnables) est toujours en ligne.

De 2011 à 2013, le lux Scène nationale de Valence a produit un événement qui en a pris la suite, Caméras mobiles, qui prend la suite, que j’ai dirigé également.

Et désormais, la création avec les outils mobiles s’inscrit dans le champ général de la création audiovisuelle.


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