Une formation professionnelle avant tout pratique et concrète, pour expérimenter et se positionner personnellement dans le champ des nouveaux médias.
L’ESRA, école de cinéma privée qui existe depuis 1972, propose également des formations professionnelles. Je suis intervenu sur le sujet des nouveaux médias dans le cadre d’une formation professionnelle destinée à des opérateurs de prise de vue, des assistants réalisateurs, des chargés de production et des monteurs.
Le secteur du cinéma et de l’audiovisuel a toujours été lié à la technologie et à son évolution. L’invention du cinématographe lui-même en 1895 en est un exemple : une nouvelle technologie accessible qui a produit de nouveaux usages, de nouveaux modèles économiques, et, par conséquent, de nouveaux contenus. Ces contenus, qu’il s’agisse de films représentant une réalité proche ou lointaine, ou de récits racontant des histoires, sont au cœur de l’industrie cinématographique.
Ainsi, le concept de nouveaux médias est, d’une certaine manière, intrinsèque au cinéma. La nature même du cinéma a toujours été de créer à l’aide de nouvelles technologies. Pourtant, au fil des ans et de l’institutionnalisation des formes d’expression, des modes de production et de diffusion, on en arrive parfois à opposer un cinéma dit « classique » – le « cinéma de papa », comme le disaient les fondateurs de la Nouvelle Vague dans les années 50 et 60 en France – à un cinéma d’innovation.
Ce qui caractérise les nouveaux médias aujourd’hui en 2025, c’est l’abondance d’innovations technologiques qui suscitent de nouveaux usages, des modèles économiques émergents et une évolution des contenus, portés par les grands acteurs du numérique. Ces acteurs, que je qualifie de « nouveaux », sont visibles dans le grand public depuis environ 40 ans, mais ils restent récents à l’échelle de l’histoire du cinéma.
Cette formation de trois jours, dispensée à quatre groupes professionnels distincts (opérateurs de prise de vue, réalisateurs, chargés de production, monteurs), avait pour objectif d’inviter les participants non seulement à apprendre des méthodes de travail et des techniques existantes, mais aussi à inventer par eux-mêmes de nouvelles méthodes et de nouvelles techniques. L’idée était de leur faire comprendre que le cinéma est un domaine en perpétuelle évolution, et que leur capacité professionnelle ne se limite pas à maîtriser les pratiques actuelles, mais inclut également la possibilité d’être acteurs de cette évolution, en inventant de nouvelles formes et de nouvelles manières de faire.
Se positionner comme un inventeur de formes, c’est cela dont l’histoire du cinéma est faite. Pour s’inscrire dans la réalité professionnelle, présente et future, il est essentiel de ne pas innover pour innover, mais de s’autoriser à explorer de nouvelles façons de faire avec les outils disponibles. Cette démarche est, à mon sens, complémentaire à la maîtrise des outils et des méthodes existantes. Il n’y a pas de polémique dans cette approche, et c’est pourquoi il est pertinent d’intégrer cette dimension des nouveaux médias dans une formation professionnelle plus générale.
Le programme que j’ai proposé aux stagiaires était conçu de façon spécifique pour chacune des spécialités, en tenant compte des envies exprimées par les participants :
C’est ainsi que je présente les choses, en distinguant ces quatre axes pour comprendre les nouveaux médias : la technologie, les usages, l’économie et les contenus.
Pour appréhender pleinement le fonctionnement des nouveaux médias, il faut regarder dans plusieurs directions à la fois. En m’appuyant sur des notions économiques, juridiques et artistiques, j’ai proposé une vision pluridisciplinaire, qui est, selon moi, une des clés pour comprendre les nouveaux médias. La démocratisation des outils numériques a rendu chaque personne plus pluridisciplinaire qu’auparavant.
La formation comprenait des temps de compréhension, mais aussi d’appropriation. J’avais apporté de nombreux livres sur ces sujets, pas seulement techniques, mais aussi philosophiques, pour montrer que les enjeux des nouveaux médias dépassent largement la simple réalisation de vidéos pour les réseaux sociaux. Les participants étaient invités à s’approprier ces ressources pour situer les enjeux dans un contexte plus large.
Très vite, nous sommes passés à la pratique et à l’expérimentation. J’avais apporté du matériel innovant : de nouveaux types de caméras, de micros, des logiciels de streaming, etc. Nous avons exploré des méthodes de création, comme le plan séquence, la production rapide d’images fixes, de podcasts, ou encore l’utilisation de l’intelligence artificielle pour produire différemment. Ces expérimentations ont été menées de manière vivante, intense et créative, car la créativité est au cœur du secteur audiovisuel. Sans elle, rien ne peut intéresser ni générer de modèle économique.
Les stagiaires ont exprimé une grande satisfaction, car ils ont vécu des expériences créatives enrichissantes. Ils ont créé des projets avec des outils qu’ils ne connaissaient pas auparavant – petites caméras, micros, systèmes de streaming – et ont ainsi pu explorer de nouvelles possibilités.
Groupe 1 : chargés de production
Groupe 2 : réalisateurs
Groupe 3 : monteurs
Groupe 4 : opérateurs de prise de vue
Benoît Labourdette conçoit et anime des stages de formation professionnelle pour les nouveaux médias, au sein de centres de formation (CEFPF, INA Expert, Universités) ainsi que directement pour des entreprises ou des réseaux professionnels (ARTE, Forum des images, Documentaire sur Grand Ecran, Altermédia, Drôle de Trame, SCAM, NAAIS, CFI...).
La révolution numérique consiste en ces nouvelles technologies qui peuplent notre quotidien et modifient les usages, les contenus produits, les canaux de diffusion, les modèles économiques, les relations, les méthodes de travail...
La formation permet l’appropriation de ces nouveaux langages, technologies et pratiques, dans une perspective de construction professionnelle : découvrir, expérimenter et s’approprier outils, stratégies, techniques créatives, en appui sur des bases conceptuelles solides. Le but est de s’outiller pour pouvoir construire le futur du domaine de l’audiovisuel de façon concrète, ouverte, innovante et économiquement viable.
Vous trouverez ici quelques exemples de déroulés de stages, ainsi que des livrables téléchargeables.