Projection itinérante la nuit à Valence, dans le cadre du Festival international des scénaristes, sur la thématique de l’évolution de l’écriture audiovisuelle en fonction des technologies.
En clôture du festival, le 7 avril 2018, rendez-vous est donné pour une projection de courts métrages et d’extraits de films sur les murs de la vieille ville de Valence. Une cinquantaine de personnes sont présentes.
Pour la programmation de cette séance, je savais que je projetterais un extrait du documentaire « La télévision, oeil de demain » (J.K Raymond Millet, 1947) où sont imaginés de façon ludique les usages futurs de la télévision mobile. Film frappant, car il décrit très précisément nos usages contemporains.
Autour de cela, je souhaitais montrer des films tournés au téléphone portable, des films faits dans le cadre d’ateliers, des films militants, des films sur l’art et la technologie... j’avais beaucoup d’idées, mais pour que la programmation se finalise, il fallait qu’elle s’incarne dans les lieux.
Il me semblait que cela ferait sens de projeter un de mes derniers films, « L’Exemple », réflexion philosophique sur la fonction politique de l’œuvre d’art, qui résiderait dans sa forme même. Je souhaitais aussi montrer certains films muets réalisés dans le cadre de L’atelier cinéma animé au Musée de l’Homme, car des mots et images en papier découpé me paraissaient pouvoir bien faire vivre des façades d’immeubles.
Deux étudiants en arts du spectacle, Teddy Trouiller et Owen Poulain, m’accompagnent pour organiser cette projection. Eux-mêmes réalisent des films, expérimentent l’écriture en fonction des outils sous la houlette de Stéphane Colin à l’université de Valence. Je décide d’intégrer plusieurs de leurs films dans le parcours.
Puis, ils me proposent de découvrir des rues de la vieille ville que je ne connaissais pas, notamment la rue d’Arménie, dans laquelle il y a un mémorial du génocide arménien de 1915. Il m’apparaît alors comme évident d’y projeter un extrait d’un film d’Artavazd Pelechian, grand expérimentateur du cinéma comme fait poétique et politique.
Je voulais projeter un film réalisé au téléphone avec un gros plan de main. Teddy et Owen me disent qu’ils ont programmé quelques jours plus tôt dans le cadre d’un événement qu’ils organisaient le film « Fear thy not » de Sophie Sherman, grand prix du Festival Pocket Films 2010, qu’elle avait réalisé dans le cadre d’un workshop que j’avais animé au Fresnoy - Studio national des arts contemporains. Nous intégrons donc ce film à la programmation.
L’après-midi avant la séance, je croise une manifestation d’anonymous vegan, qui montrent sur leurs ordinateurs portables des vidéos de souffrance animale. L’idée me vient alors comme une évidence de montrer une vidéo d’abattoir, car ces vidéos d’activisme politique, si importantes, sont permises par des caméras miniatures cachées. Je leur demande de me faire parvenir des vidéos.
C’est fort de tout cet enrichissement multiple que j’ai construit le programme des films. Le soir, la projection fut un moment magique.
Etre à l’écoute intime des rencontres, savoir ce que l’on veut tout en conservant sa capacité de mouvement, accueillir l’imprévu comme une richesse, c’est ce qui a constitué l’essence de ce programme de films. C’est ce qui a fait je crois que la rencontre entre les lieux, les œuvres et les spectateurs fut juste et riche, qu’elle a fait sens dans son contexte.
Cela m’amène à une réflexion philosophique : la vie elle-même n’est-elle pas intrinsèquement qu’une rencontre ? C’est le fait que deux gamètes, étrangères l’une à l’autre, se rencontrent et fusionnent qui crée la vie. C’est ce risque immense qui est pris qui nous emmène vers la découverte de l’inconnu, qui fait grandir le monde. Je pense qu’un moment de partage artistique doit être nourri de cette exigence là, cette vérité de la rencontre, de l’enrichissement mutuel. Se risquer à la rencontre de l’autre et à ses magnifiques conséquences.
Photos : Teddy Trouiller.
Des films à la rencontre d’un quartier... Depuis 2011, nous proposons des projections itinérantes de courts métrages dans un quartier ou au sein d’un bâtiment. Aucune installation au préalable ; ces projections sont réalisées à l’aide d’un « pico-projecteur » (vidéoprojecteur portable, apparu en 2010). Il s’agit de « projection mobile », sur les murs de la ville, du quartier. On utilise cette technologie encore nouvelle, pour des moments de rencontre entre des œuvres, un lieu, les gens.
Le public vit lors de ces séances un moment exceptionnel ; on redécouvre la magie de la projection et les films donnent aux lieux du quotidien une dimension créative et poétique.
Cette proposition peut être abordée sous la forme d’un atelier : un groupe de spectateurs construit la projection et en assure l’animation. Ils préparent un programme de films, pensé pour être projeté sur les murs de leur quartier, la nuit, en public. Le choix de films ou extraits, puis le choix de lieux qui soient des écrins pour ces films, les prises de parole, le sens de cette rencontre, la façon dont le quartier a été investi, dont la projection a été préparée en lien avec les habitants, les temps de répétition, notamment technique, renforcent l’implication de tou·te·s et font vivre de très originales expériences de cinéma aux spectateurs.
Des projections itinérantes ont eu lieu à : Festival Via Pro Mons, Festival d’Avignon, École Normale Supérieure, Festival des scénaristes, Agglomération d’Évry, Maison des métallos, Festival Travelling Rennes, Passeurs d’images Île-de-France, Musée de l’Homme, ALCA Bordeaux, Festival War on Screen, Les Lilas, Saint-Denis, Fontenay-sous-Bois, Mitry-Mory, Saint-Michel sur Orge, Ivry-sur-Seine...