J’accompagne et porte pour la MPAA, dans son étape actuelle, la stratégie, la conception et la réalisation technique de cette plateforme, avec une méthode singulière, adaptée aux enjeux du projet. Ce fut un travail éminemment collectif au sein de l’équipe et avec les artistes, les premiers intéressés, qui a relevé d’un choix fort de la part de la MPAA : développer un outil pérenne, évolutif, libre et contributif, avec une méthode très ouverte.
La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (MPAA, Paris) est le seul établissement en France et en Europe entièrement dédié aux pratiques en amateur, dans tous les secteurs du spectacle vivant. Elle porte une dynamique de soutien aux artistes amateur·ices, par la mise à disposition d’espaces de travail et de spectacle pour les groupes, la proposition d’ateliers et de projets, l’accompagnement, ainsi que plus récemment la création d’un espace collaboratif de ressources sur le web : la plateforme www.ici-azimut.fr
Azimut permet aux artistes, pour le moment principalement à Paris et en région parisienne, de trouver des ressources utiles pour leur activité créative, d’échanger via un forum autant sur leurs besoins concrets que sur des sujets de fond, de créer et d’éditer par eux-mêmes une fiche de présentation de leur groupe dans un annuaire, d’indiquer dans un agenda leurs actualités pour pouvoir communiquer, ainsi que trouver dans l’annuaire des ressources de structures professionnelles pouvant les accueillir.
Le besoin de faire réseau a été beaucoup exprimé par les personnes rencontrées. Azimut vient répondre à trois besoins très clairement exprimés par les intéressé·es : figurer quelque part (reconnaissance, visibilité), se mettre en réseau (se rencontrer les un·es les autres) et échanger (des moyens, des bons plans, mutualiser…). Cette plateforme est là pour contribuer à respecter, encourager et légitimer les pratiques artistiques, dans le sens des droits culturels.
Azimut est lancé officiellement en ce début de mois de février 2025.
Azimut peut nous l’espérons vous être utile directement, et peut-être pouvez-vous trouver sens à le diffuser autour de vous, à vos connaissances, partenaires, collègues ou publics. Je vous invite à le découvrir, et suis ouvert aux remarques.
Même si Azimut est aujourd’hui à l’étape de son début d’existence publique, il me semble intéressant de partager un court récit de sa fabrication, car nous avons employé une méthode atypique dans le champ de la construction de projets numériques, qui nous semble constructive et pérenne, car ouverte à toutes les évolutions potentielles, et le plus possible dans le respect des droits culturels.
J’ai travaillé au développement d’Azimut à la demande de la MPAA, main dans la main avec Sonia Leplat, directrice générale et Éric Seigneur, responsable de l’information. Ce projet ambitieux a toute une histoire, non linéaire, ce qui est intrinsèque à toute dynamique structurante. La mise en place d’un centre de ressources pour les artistes amateur·ices faisait partie du projet d’établissement de la MPAA depuis la prise de poste de Sonia Leplat en 2017. Dès le départ, une dynamique contributive était souhaitée, mais pas à l’œuvre concrètement dans la première version d’Azimut. Puis j’ai été sollicité à la rentrée 2023, pour qu’Azimut puisse être entièrement refondé comme un outil que l’on peut s’approprier pleinement.
Les premières étapes de mon travail ont été à la fois stratégiques et techniques. Stratégiques, par l’organisation de consultations auprès d’artistes amateur·ices pour, à partir du site existant, identifier leurs besoins et envies, auxquels ce type de plateforme pouvait répondre. En parallèle, nous avons mené des études techniques pour déterminer le meilleur chemin pour faire évoluer l’outil afin qu’il permette la contribution.
Dans tout projet numérique, il y a plusieurs approches possibles, plusieurs façons de construire. Le choix d’un type de démarche, c’est à dire la méthode de travail, doit être conscientisé, car cela a un impact fort sur la nature du projet lui-même. L’objectif numéro un pour Azimut était d’être un outil pérenne et extensible, aussi collaboratif et ouvert que possible, capable d’accueillir les contributions des artistes et de répondre à leurs besoins, par nature évolutifs.
Nous avons décidé de sortir rapidement une première version de la refonte du site, afin que les artistes puissent se l’approprier le plus tôt possible, et que nous l’améliorions en fonction des usages, dans une méthode agile. Il fallait donc une méthode et une technique qui permettent une montée en puissance progressive.
Après bien des tergiversations, questions, réflexions et consultations, nous sommes arrivés à l’évidence que le développement allait se faire à partir d’un logiciel libre et collaboratif très employé en France depuis 25 ans pour créer des sites web : SPIP, qui est très ouvert dans sa communauté de développeurs·euses. Cela permettrait à la plateforme d’évoluer sans être dépendante d’un prestataire particulier. Et nous avons aussi finalement décidé que j’en encadrerai directement le développement technique avec mon agence, en veillant toujours à ne pas être dans une posture de prestataire technique dont la MPAA deviendrait dépendante, mais dans une ouverture pleine et entière du code source, des informations techniques, et une documentation à la fois dans le code informatique lui-même et sous forme de vidéos, de textes, de podcasts et de rencontres régulières autour de la construction du site. Ces ressources et documentations internes font partie intégrante du site et sont accessibles pour les administrateurs. Cela afin que d’autres intervenants puissent se le réapproprier de façon ouverte, ce qui a déjà eu lieu à deux reprises.
Pendant la première phase de fabrication, qui a duré de février à juin 2024, nous avons organisé de façon très régulière non seulement des consultations avec les personnes qui utilisent Azimut, mais aussi des présentations et appropriations de la plateforme par l’équipe de la MPAA. C’est un nouvel outil qui va s’intégrer dans le travail quotidien, qu’il faut s’approprier, et c’est bien mieux de le faire au fur et à mesure de sa construction. C’est en recueillant les avis au fil de l’eau que cette plateforme a pu se construire d’une manière cohérente et appropriée.
Mon rôle a été d’animer cette communauté en partenariat avec l’équipe, notamment Sonia Leplat et Éric Seigneur. Pour des développements très spécifiques de fonctions contributives, nous avons fait appel à Anne-Lise Martenot, développeuse full stack, qui a réalisé pour Azimut les fonctions d’inscription, de création des groupes, etc. Le système technique que nous avions construit avec SPIP lui était ouvert dans sa conception, ce qui lui a permis de contribuer à le faire grandir.
La logique choisie pour le développement technique est modulaire. C’est-à-dire que lorsqu’on développe une nouvelle fonction, on fait en sorte qu’elle s’intègre dans l’ensemble de l’écosystème afin de pouvoir bénéficier des évolutions progressives de SPIP. Nous sommes donc toujours dans la pensée de rendre possibles les futures évolutions de cet objet technique. Par ailleurs, SPIP est exceptionnel car il contient son propre langage de développement, qui permet de créer des fonctions sophistiquées de façon accessible.
La première refonte d’Azimut est sortie le 7 juin 2024, et des artistes amateur·ices ont commencé à se l’approprier. Son webdesign initial était très minimal, s’appuyant sur le framework CSS Bootstrap. Nous avions décidé de laisser vivre et de vérifier le bon fonctionnement du système ainsi que son appropriation par ses usagers·ères avant de passer à la phase suivante : des évolutions de fonctionnalités et l’habillage graphique dans la charte définie originellement pour la première version du site.
Pour mettre en œuvre cet habillage, dans le respect de la charte initiale, nous avons décidé de travailler avec une graphiste, Martha Dro, elle-même artiste amatrice, qui utilise les services de la MPAA pour les spectacles auxquels elle participe. C’était donc une personne idéalement placée pour comprendre les besoins des artistes, puisqu’elle en fait partie elle-même. Le code source de SPIP étant facile à comprendre et développé dans ce sens, la graphiste peut intervenir directement dans le code pour faire évoluer et améliorer progressivement le webdesign du site. C’est d’ailleurs encore en cours !
Et enfin, ce site est hébergé en France chez O2Switch, avec un dispositif en doublon (serveur de développement + serveur de production), et toutes les clés de la gestion administrative et technique du serveur appartiennent à la MPAA, afin que sa souveraineté sur son outil soit pleine et entière.
Notre démarche est exigeante, ce n’est pas une approche traditionnelle « cahier des charges / prestataire », car nous avons inventé une méthode, adaptée aux valeurs, objectifs et nécessités particulières du projet. La MPAA a choisi et pris le risque d’aller vers l’innovation méthodologique, et nous sommes passés par des phases de remises en question parfois déstabilisantes, qui font partie du chemin et sont au final très constructives, en impliquant directement les bénéficiaires au cœur du projet.
Nous accompagnons la conception et la mise en œuvre de projets web, pour articuler les enjeux stratégiques, éditoriaux, technologiques, démocratiques, patrimoniaux, d’organisation du travail et méthodologiques.
Nous accompagnons, oeuvrons et fabriquons :
Vous trouverez ici les récits de la fabrication de plusieurs projets web, ce qui peut être inspirant, que ce soit en termes méthodologiques ou en termes de technologies employées.