Images et sons existent par notre perception. L’œil et l’oreille transforment lumière et pression en signaux électriques, interprétés par le cerveau. Cette porosité interne entre image et son enrichit notre expérience et inspire la création audiovisuelle.
Quand on parle d’image et de son, on envisage les objets extérieurs à nous, que sont une photo, un film sur un écran, un haut-parleur, un casque, un lecteur audio, etc. C’est ce que j’appelle la perception externe de l’image et du son. Je propose d’aborder le sujet du côté interne, car les images et les sons n’existent que parce que nous les percevons. Bien sûr, nos perceptions proviennent de phénomènes externes à nous. Je ne dis pas que tout est imaginaire, mais que nous y avons accès uniquement via nos perceptions.
Comment une image se forme-t-elle dans notre conscience ? Notre œil est un système optique, une mécanique biologique un système de lentilles, qui fait que les rayons lumineux projettent sur notre rétine une image du réel, tout comme à l’intérieur de la chambre noire d’un appareil photo, par exemple. Tout comme le capteur d’un appareil photo est doté de pixels photosensibles, le fond de notre œil est doté de cellules photosensibles, les cônes et les bâtonnets. Les cônes sont destinés à la vision des couleurs et les bâtonnets à la vision des intensités lumineuses. La zone dans laquelle l’image est nette est extrêmement petite. C’est ce qu’on appelle la fovea. Tout le reste est flou. Alors pourquoi voyons-nous les images nettes ? Eh bien, c’est dû à la mobilité oculaire. Nos yeux bougent en permanence, sans que nous en ayons conscience. Et notre cerveau reconstitue une image générale parfaitement nette. Ce n’est pas du tout l’image réelle qui existe au fond de notre œil. Et ces cellules photosensibles envoient des influx électriques à notre cerveau, qui les interprète et nous donne l’impression que nous voyons.
Nous vivons dans un gaz, l’air, qui a une certaine pression et qui nous donne la vie, car nous le respirons. Qu’est-ce qu’un son, extérieurement à nous ? C’est une variation de pression de l’air. Par exemple, si je tape dans mes mains, c’est un peu la même chose qui se passe quand je lance un caillou dans l’eau : on voit bien que cet événement produit un changement de pression dans l’eau, qui se transmet, faisant ces auréoles particulières qui petit à petit s’évanouissent et deviennent de plus en plus petites, avec la distance et le temps. Il se passe exactement la même chose dans l’air quand je tape dans mes mains : cela produit fait un changement de pression qui se transmet tout autour de façon sphérique. Notre oreille est dotée d’un tympan, une très fine membrane qui est au contact de l’air, et s’il y a un changement de pression dans l’air, cette membrane vibre. Ces vibrations actionnent les mécanismes de l’oreille interne, ce qui produit au final des influx électriques, des informations qui sont traitées par notre cerveau, qui nous donne ensuite la sensation d’entendre.
Donc, qu’il s’agisse d’images ou de sons, ce sont des informations perçues par nos organes de perception, qui sont transformées en des influx électriques, enfin traités par notre cerveau pour arriver à notre conscience. C’est pour cette raison-là qu’à l’intérieur de nous, la distinction entre images et sons est beaucoup plus poreuse qu’à l’extérieur, et il me semble important d’en prendre conscience pour bien comprendre notre relation aux images et aux sons.
Quand quelqu’un me raconte une histoire, je peux tout à fait voir des images dans ma tête, des lieux qu’il me décrit par exemple. Je ne suis pas devant une image et pourtant, cela active ma perception visuelle. De la même manière, si je vois une image muette d’une cloche qui s’agite, cela va activer ma perception auditive. Et notre cerveau crée de toutes pièces des images et des sons dans nos rêves par exemple.
Je fais cet éclairage sur la réalité de notre perception des images et des sons pour donner des pistes de réflexion et ouvrir des perspectives pour la création audiovisuelle. Dans la création audiovisuelle, notre but est de faire naître des images et des sons dans l’esprit du spectateur, avec les outils techniques de l’image et du son. Ce processus est beaucoup plus fin et complexe que juste lui montrer des images et lui faire écouter des sons, qu’il percevrait comme tels de façon simpliste.
L’image est devenue un langage que chacun et chacune pratique au quotidien, depuis que les outils numériques l’ont mise entre toutes les mains. Ce qui se joue dans les images nous touche désormais très directement, sur les plans psychologique, social, politique, artistique. Faire l’économie d’une pensée critique sur les images, leurs technologies et leurs usages ne me paraît plus possible. Je travaille en cherchant à partir de la pratique, dans une démarche ethnométhodologique, en observant ce que les gens font réellement des images plutôt qu’en plaquant sur elles et eux des modèles préétablis. Je partage ici mon regard sur ce terrain : des réflexions nées de la pratique, des concepts, des méthodes, entre éducation aux images et recherche, là où transmettre et penser l’image sont un seul et même geste.