L’écologie photographique propose d’utiliser l’image comme méthode d’ouverture à soi. Non pas moins photographier, mais explorer autrement : photographier avec instinct, sans cadres préconçus, puis s’enrichir de ce que nos images révèlent de nous-mêmes et du monde.
On pourrait croire que je défends, comme bien des gens, l’idée que faire moins de photos, consommer moins de numérique, serait une façon de redonner une valeur aux choses. Non. Ce que je nomme écologie, c’est plutôt une façon de se laisser nourrir, entamer, transformer par ce qui nous entoure, par notre milieu, de se laisser enrichir. Nous envisager nous-mêmes non pas comme un individeu, mais comme un milieu fait de millions d’organismes en coopération les uns avec les autres, et de faire de même dans nos représentations du monde par la photographie. C’est-à-dire de photographier avec son corps, avec son instinct, plutôt qu’avec des traditions de représentation, de cadrage de « bon sujet », etc.
Le titre de cet article aurait pu être « Pour une permaculture photographique » : utiliser la photographie, que l’on fait tous et toutes au quotidien, comme un véritable outil de découverte du monde et non pas une simple trace des choses et des événements. En photographiant au hasard, en photographiant des détails, en photographiant sans regarder, et surtout en travaillant à l’exercice de notre regard, c’est-à-dire en prenant le temps de nous enrichir de ce que nos photographies nous disent. C’est-à-dire dépasser la croyance que nous aurions une maîtrise de nos images et que nos images nous appartiendraient, que nous en serions les auteurs, prendre conscience que nous sommes un agent qui appuie sur le bouton d’un appareil mais que cet agent s’inscrit dans un écosystème qui le fait agir.
Dans cet écosystème, il y a les mots que vous êtes en train de lire, qui peut-être auront une certaine influence sur les photos que vous ferez, il y a aussi les appareils, les relations, etc. Et donc, une permaculture écolo-photographique, c’est créer plein d’images d’une façon plus improbable, plus approximative, pas moins nombreuse, puis prendre le temps de nous enrichir de ce que nos photos nous font découvrir sur nous-mêmes et sur le monde, prendre le temps de les regarder pour en apprendre sur nous et sur le monde. C’est aussi jouer beaucoup plus, sans attente de quelque résultat que ce soit. Puis jouer à regarder, à être surpris.
L’image est devenue un langage que chacun et chacune pratique au quotidien, depuis que les outils numériques l’ont mise entre toutes les mains. Ce qui se joue dans les images nous touche désormais très directement, sur les plans psychologique, social, politique, artistique. Faire l’économie d’une pensée critique sur les images, leurs technologies et leurs usages ne me paraît plus possible. Je travaille en cherchant à partir de la pratique, dans une démarche ethnométhodologique, en observant ce que les gens font réellement des images plutôt qu’en plaquant sur elles et eux des modèles préétablis. Je partage ici mon regard sur ce terrain : des réflexions nées de la pratique, des concepts, des méthodes, entre éducation aux images et recherche, là où transmettre et penser l’image sont un seul et même geste.