L’évolution de la loi et des pouvoirs symboliques à l’heure des réseaux sociaux

12 juin 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Face à l’émergence de nouvelles formes d’autorité, nos démocraties doivent repenser leur rapport au dialogue et au respect de l’altérité pour ne pas perdre leur légitimité.

Le défi de l’autorité contestée

Lors d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, un influenceur masculiniste (Alex Hitchens) interrogé en visioconférence refusait catégoriquement d’entendre le président de la commission qui lui demandait, en substance : « Ce que vous faites fait du mal aux enfants, pourquoi continuez-vous ? » L’influenceur, convaincu du contraire, affirmait que ses actions étaient bénéfiques pour les enfants. Face à l’insistance du président et après un dialogue de sourds, l’influenceur a fini par raccrocher au nez de la commission. Voici la retranscription de la fin de l’échange (à 17’50s) :

  • Président : Par exemple, je vous cite « Une femme après 22h, je ne sais pas ce qu’elle fout dehors », ça c’est des choses que vous avez dites sur quelles plateformes ?
  • Influenceur : Ça c’est sur YouTube, monsieur, mais j’aurais très bien pu tenir ces propos sur TikTok, bien entendu. Maintenant, il aurait fallu peut-être conserver la vidéo originale. Le gros problème, justement, de TikTok, j’en parlais au début, et vous êtes en train de tomber dans le piège, je pense, c’est la désinformation. Vous êtes en train d’isoler mon propos. Donc vous avez pris 10 secondes d’un propos de 8-10 minutes, où j’expliquais justement, parce qu’on va rentrer en détail, on est en train d’en parler, donc pourquoi pas, j’expliquais que le gouvernement était responsable de la sécurité, j’expliquais qu’il n’était pas normal qu’une femme en 2025 ne puisse pas sortir dehors le soir, très tard, sur Paris. Et justement après, je parlais du fait que dans ce monde, dans ce monde qui est dur, que fait une femme dehors après 22h ? Et je poursuivais ensuite : il est préférable de sortir avec une amie, ou avec deux amies, ou avec un homme. Vous, vous avez pris 10 secondes de mon propos, vous l’avez isolé, et vous venez de me le balancer à la gueule. C’est le problème de TikTok...
  • Président (le coupe) : Excusez-moi, mais « Vous prenez son téléphone, c’est une pute, fin de relation », ce n’est pas moins problématique, sur TikTok et sur Youtube...
  • Influenceur (le coupe) : Vous changez de sujet...
  • Président (le coupe) : Laissez-moi finir, s’il vous plaît...
  • Influenceur (le coupe) : Vous changez de sujet...
  • Président (le coupe) : Je vous demande de me laisser finir. C’est moi qui mène l’audition, je suis le président de la commission d’enquête, je vous demande de me laisser finir.
  • Influenceur (le coupe) : Vous êtes peut-être président, mais vous déformez mes propos...
  • Président (le coupe) : Excusez-moi, on va vous couper le son, s’il vous plaît, si vous continuez. Donc, je finis mon propos, s’il vous plaît. Je vous disais...
  • Influenceur (le coupe) : Au revoir, monsieur. (il se déconnecte)

Le président a alors suspendu la séance, rappelant que seule la commission était habilitée à clore les débats, et non la personne auditionnée. L’appareil judiciaire français pourrait sanctionner cette attitude irrespectueuse, condamner et emprisonner (passible de deux ans d’emprisonnement et 7500 euros d’amende) l’influenceur en vertu des lois partagées, pour lesquelles nous votons régulièrement, avec le soutien de la force publique si nécessaire. En théorie, l’influenceur devrait craindre le bras armé de la République française.

Pourtant, cette peur n’existe pas. Le pouvoir est en train de changer de nature. Dans le parcours de jeunes dans certains contextes socio-culturels, le passage par la prison n’est plus perçu comme la privation de notre bien le plus précieux, la liberté, mais comme une expérience fondatrice, créatrice de communauté et d’identité, voire comme l’affirmation ultime de sa souveraineté personnelle au-dessus des lois. « J’ai fait de la prison. J’en suis sorti. J’ai appris. Je suis toujours là. »

L’émergence de nouvelles souverainetés

Dans certains quartiers, des micro-sociétés imposent leur propre loi, et l’appareil policier se voit contraint de composer avec elles car leur pouvoir sur ces territoires dépasse celui de la République. Par ailleurs, des personnalités condamnées parviennent à échapper à la justice : Roman Polanski, condamné il y a près de 40 ans aux États-Unis, évite habilement toute extradition.

Aujourd’hui, certaines personnalités, lanceurs d’alerte protégés dans certains pays et poursuivis dans d’autres, ou membres du mouvement masculiniste déclarés persona non grata, multiplient les nationalités et gèrent leurs avoirs internationaux avec habileté pour fonder une souveraineté symbolique qui transcende les cadres législatifs nationaux. Des figures anonymes mais influentes, comme le créateur du Bitcoin, choisissent délibérément d’exister en dehors des cadres légaux traditionnels. Ces personnes ne se contentent pas de défier la loi : elles établissent de nouvelles normes et exercent un pouvoir social réel grâce à leur influence et à leurs millions de followers.

Ce pouvoir symbolique se transforme en pouvoir concret qui leur permet d’éviter les sanctions. Roman Polanski bénéficie ainsi de la protection d’une communauté artistique internationale qui s’opposerait à son incarcération. Cet exemple montre que cette évolution ne concerne pas uniquement des personnages aux intentions douteuses, mais touche aussi des figures légitimées par l’intelligentsia progressiste occidentale.

Les tenants des institutions traditionnelles croient encore détenir le pouvoir, mais de nouveaux paradigmes s’imposent progressivement. L’influenceur sait qu’il est plus libre qu’on ne voudrait le lui faire croire. Il refuse qu’on lui impose une vision du monde qu’il ne partage pas et l’affirme ouvertement. De même, Julian Assange, emprisonné pendant des années, n’a jamais renoncé à son combat pour la transparence politique, qu’il juge vertueuse, tandis que ses détracteurs la considèrent dangereuse pour nos sociétés.

Ces situations révèlent des enjeux de pouvoir fascinants. Pardonnez-moi de rapprocher dans mon analyse des masculinistes, des violeurs, des lanceurs d’alerte et Nelson Mandela, mais ce dernier illustre parfaitement mon propos : 27 ans de prison pour ses convictions politiques, et le choix délibéré d’y rester plusieurs années supplémentaires plutôt que de renier ses idées. Sa liberté de pensée primait sur sa liberté physique, et cette position inflexible a été le fondement du changement politique majeur survenu après sa libération en Afrique du Sud.

Il est crucial de comprendre que les lois régissant les communautés humaines sont en pleine mutation, et ce de manière transnationale. Les méthodes réglementaires européennes présentent un double visage : précieuses d’un côté, décadentes de l’autre. Elles affirment la supériorité de la pensée des Lumières sur toute autre forme de raisonnement. L’enjeu dépasse le juridique : il est fondamentalement symbolique. L’ancien monde, convaincu de sa vertu supérieure, croit encore détenir le pouvoir, comme les personnages de la Cerisaie de Tchekhov qui ne voient pas que leur époque est révolue.

La réalité montre pourtant que le pouvoir a déjà basculé vers un nouveau monde en gestation. Mon propos n’est pas de capituler face à de nouveaux despotes aux valeurs opposées aux nôtres, mais de repositionner le débat : abandonner notre prétention à la suprématie et notre certitude d’imposer la raison par la force, pour revenir au respect de l’autre et créer d’authentiques espaces de dialogue démocratique.

Réinventer le dialogue démocratique

L’avenir de la démocratie repose sur sa capacité à intégrer ce qui la déstabilise le plus. Sa force ne viendra pas de certitudes dogmatiques mais de sa capacité à respecter des paroles jugées dangereuses aujourd’hui. Ces paroles fondent pourtant les nouvelles lois du monde. Pour préserver la démocratie, nous ne pouvons ni les mépriser, ni les invisibiliser, ni les étouffer. Derrière ces discours se trouvent des êtres humains qui méritent respect et écoute.

Plutôt que de diaboliser ces masculinistes radicaux, dialoguons avec eux pour peut-être réveiller une sensibilité qu’ils ont enfouie. En les méprisant continuellement, en les présentant comme dangereux alors qu’ils se perçoivent comme des sauveurs, nous ne faisons que renforcer leur conviction d’être des visionnaires face à notre obscurantisme, car c’est ainsi qu’ils nous voient. S’ils sont incapables de dialogue, c’est à nous de créer ces espaces d’échange, de redoubler d’efforts pour rétablir les liens plutôt que d’étouffer ces forces émergentes. Voulons-nous un monde fracturé, sans dialogue, où des groupes antagonistes se déshumanisent mutuellement ? Je crois que nous aspirons à l’inverse.

En creusant, nous découvririons souvent que ces personnes qui nous semblent ignobles ont des vies et des relations qui nous surprendraient. Inversement, ceux qui tiennent des discours bien-pensants révèlent parfois de profondes contradictions personnelles. Cette période exige humilité et ouverture au dialogue sans jugement préalable. C’est à ce prix que nous pourrons progresser et, espérons-le, assouplir les représentations de chacun.

Considérons les jeunes générations qui regarderaient cette commission d’enquête sur TikTok, car contrairement aux idées reçues, les débats parlementaires y sont accessibles. Que penseront-ils ? Ils s’identifieront naturellement à l’influenceur masculiniste : il est noir, parle leur langage, assume ses idées avec ce qu’ils perçoivent comme du courage. Face à lui, une institution qu’ils jugent obsolète, incarnée par des personnes blanches, sûres de leur bon droit, tentant d’étouffer sa parole dans ce qui peut apparaître comme une forme de néocolonialisme. Je ne prétends pas que c’est le cas, et je ne remets nullement en cause les bonnes intentions de cette commission. Je décris simplement la perception symbolique qu’en auront ces jeunes spectateurs.

L’influenceur, le lendemain de la commission, a posté une vidéo où il tient ce discours :

Chaque jour, l’État vous écrase. Chaque jour, vous vous mettez à genoux devant celui-ci. Et pour une fois qu’une personne a l’audace de dire à un « président de commission » qu’il préfère se barrer plutôt que d’entendre des inepties, vous essayez de le juger. Vous devriez plutôt acclamer les gens qui se lèvent contre ce gouvernement. Mais vous, non. Vous êtes idiots. Parce que lorsque vous détestez une personne ou lorsque vous n’êtes pas en accord avec ses propos, vous perdez la raison. Et vous encouragez tout et n’importe quoi, comme la censure. C’est ça votre problème. C’est que vous n’êtes pas malins. Vous n’êtes pas malins.

C’est pourquoi les institutions doivent faire preuve d’une probité démocratique, d’une ouverture d’esprit et d’un respect de l’autre absolument irréprochables, notamment en matière de droits culturels. C’est ainsi que nous refonderons la démocratie dans ce nouvel espace, avec ces nouvelles lois émergentes et ces paradigmes relationnels inédits qu’il nous faut construire.

Si nous fermons les yeux sur ces transformations, nous abdiquons. Nous nous berçons de l’illusion de notre force tout en cédant le terrain, ce qui serait dramatique. La réflexion politique de ces nouveaux influenceurs est souvent superficielle, et je suis convaincu qu’ils accueilleraient favorablement l’enrichissement intellectuel d’institutions qui les respectent et les écoutent. Écouter ne signifie pas valider, confusion fréquente. On peut parfaitement écouter quelqu’un puis exposer et argumenter nos désaccords profonds. C’est là le cœur de la démocratie, non dans la censure des pensées divergentes.

Les périls de la fermeture au débat

Hélas, même des personnes bien intentionnées peuvent dériver vers cette censure. La période Covid en fut l’illustration : toute voix discordante par rapport au discours officiel était stigmatisée comme antidémocratique, alors que c’était précisément la censure du débat qui l’était. Sur un sujet d’importance capitale, alimenté par la peur, nous avons vécu un moment politique grave sous prétexte sanitaire. La réalité de l’épidémie dangereuse était indéniable, mais sa gestion publique s’est faite de manière non démocratique.

Cette période a d’ailleurs renforcé les mouvements d’extrême droite contestataires. Des citoyens qui constataient l’absence de débat démocratique et ressentaient une atteinte à leurs libertés personnelles se sont, pendant deux ans, ralliés à des mouvements dangereux à bien des égards. Construisons l’inverse, en respectant l’autre, en cultivant le dialogue pour deux. Et si, vraiment, notre projet est la démocratie, alors exerçons la, cultivons la, dans nos modalités relationnelles avec nos opposants.

Épilogue avant les suites

Le surlendemain de la commission, l’influenceur a posté plusieurs vidéos, dont voici deux citations, qui ont été en moins d’une journée partagées et visionnées des millions de fois. Leur impact politique est donc très fort. Je crois qu’il faut réfléchir avec sérieux à ce qui se joue en termes politiques, et œuvrer à éteindre les feux par l’écoute, plutôt que mettre de l’huile sur le feu en croyant à sa supériorité, car elle n’est plus.

Ici, il reprend exactement l’argument de Nelson Mandela :

Ces gens-là se pensent au-dessus de moi. Parce que ce sont eux qui font les lois. C’est tout. Mais à mes yeux, c’est d’humain à humain. Maintenant, si tu veux m’enfermer, si tu as fait des lois pour pouvoir m’enfermer, eh bien, enferme-moi. Mais tu n’auras pas ma soumission. Tu n’auras pas ma soumission. Je n’ai jamais volé, je n’ai jamais tué, je n’ai jamais fait ce genre de choses. Si tu veux m’enfermer, enferme-moi. Mais tu n’auras pas ma soumission.

Et là, l’affirmation d’une volonté politique, présentée comme une nécessité démocratique :

Je ne peux plus arrêter, ils m’ont lancé. Vous ne comprenez pas que c’est une guerre qui vient d’être lancée ? On en parlait il y a une semaine les gars pour ceux qui étaient là : je prévoyais d’arrêter, tout le monde en est témoin. Je prévoyais d’arrêter. Mais je ne peux plus arrêter.

Les gars, si j’arrête maintenant, ils diront quoi ? Ils diront qu’ils ont gagné. Ils diront que le mec qui est au top, qui est tout en haut, a arrêté, il diront avoir réussi à battre son idéologie. Là, j’ai une responsabilité vis-à-vis de toutes les personnes qui pensent comme moi, et vis-à-vis de tous les gars qui font des vidéos comme moi. J’ai la responsabilité de tout le monde sur les épaules. Si j’arrête, c’est terminé. C’est terminé.

Ça veut dire que là, en fait, je vais vous dire un truc mais je le pense vraiment : ça ne concerne même plus que moi. J’ai la responsabilité d’énormément de personnes. Je dois continuer à me battre. Je n’ai pas le choix. Même si arrêter de faire des vidéos, c’est quelque chose auquel j’avais déjà pensé depuis longtemps. Mais ce serait comme un aveu de faiblesse vis à vis d’eux. Ça sonnerait en tout cas comme un aveu de faiblesse, le fait que j’abandonne. Je ne peux plus arrêter. Ils m’ont lancé.

Dans les jours suivants, il rebondit à nouveau sur la situation :

Rappelez-vous juste une chose, c’est que la société dans laquelle vous êtes là maintenant en France a été bâtie par des personnes qui se sont soulevées contre le gouvernement. Si vous connaissez un peu votre histoire, vous connaîtrez cette date. Des gens ont estimé que l’État abusait et se sont soulevés contre celui-ci.

Il est extrêmement important pour un jeune de comprendre que l’État n’a pas forcément toujours raison. J’ai vu la vidéo de personnes qui disaient, et je trouve que ce sont des paroles qui sont très graves, qui disaient, non, il n’avait pas à faire ça, c’est l’État, tu te tais et tu t’écrases. Tu te tais et tu t’écrases.

Si on avait subi ce mode de pensée, on ne serait pas en République française. C’est important de le préciser. Donc un jeune qui me regarde là maintenant, l’action que j’ai faite est très parlante pour lui et ils le savent très bien là-bas.

Ne t’inquiète pas, j’ai eu des échos. Ils savent très bien que là, j’ai prouvé à tout le monde que l’on pouvait, oui, se dresser face au gouvernement et qu’il ne fallait pas avoir peur de celui-ci. La preuve, ils veulent que je serve de leçon.

Mais je ne vais pas flancher justement pour tous ces jeunes qui me regardent. Il est important pour eux de savoir que oui, lorsque vous êtes en accord avec vos idées ou même lorsqu’on vous manque de respect, peu importe qui est en face de vous, n’ayez pas peur de prendre la bonne décision. C’est super important.

Ou encore, en se posant en éducateur :

J’ai pas eu besoin d’argent pour affronter cette commission, j’ai pas eu besoin d’argent pour garder mon honneur et quitter cet appel lorsque j’ai compris que c’était simplement un piège et que le but était simplement de m’humilier. J’ai pris des risques en faisant cela. Ça c’est pas une question d’argent, c’est une question d’honneur, c’est une question de mindset.

Ça s’achète pas ce genre de mentalité. Ça ne s’achète pas. C’est pas quelque chose que tu peux quantifier. C’est au plus profond de toi, les convictions que tu as. Est-ce que tu es un bon parleur ou est-ce que tu assumes tes propos ? Effectivement, oui, je suis une grande gueule, mais il y a une chose que l’on ne peut pas me reprocher, c’est que j’ai toujours été en accord avec mes propos. Toujours.

Et c’est super important quand, en tant qu’homme, si tu es en train de me regarder, tu assumes tes propos et que tu es une ligne directrice. Tu dois savoir précisément quel type d’homme est-ce que tu veux devenir. Ça doit être précis.

C’est pas « je veux réussir ». Je veux réussir, ça ne veut rien dire. Tu veux réussir à quel niveau ? Tu veux être qui, quoi ? Tu veux être juste un gars avec de l’argent, c’est tout, mais un gars qui n’est pas inspirant ? Tu veux avoir de l’argent, mais un gros ventre comme ça ? Tu veux être qui, quoi, où ? C’est ça les questions que vous devez vous poser. Si tu es en train de me regarder là maintenant, que tu as 15, 16 ans, 17 ans, pose-toi la question. Quel type d’homme veux-tu devenir dans les prochaines années ?

La commission d’enquête a rendu ses conclusions le 4 septembre 2025, que j’ai jointes, et sur ce sujet précis, en page 20 du Tome 1 du rapport, il est écrit :

La déconnexion, en cours d’audition, d’Alex Hitchens, a donné lieu à de nombreux commentaires voire à des détournements humoristiques. Au-delà des suites judiciaires qu’il conviendra de donner aux actes de celui qui s’est soustrait à cette audition, constatons qu’Alex Hitchens, qui avait par bravade lancé une formation pour former à la rhétorique contre les députés, a depuis cessé de faire des formations. Il déclarait pourtant qu’il s’agissait de sa principale source de revenus. L’impunité doit cesser.

Il est vraiment dommage que la puissance publique manque à ce point de probité et de volonté d’objectivité, car cela va à l’encontre d’une régulation grâce à l’écoute et au respect, et non pas aux a-priori validés par la mauvaise foi et le pouvoir. Cette écoute est pourtant tellement nécessaire à un bon accompagnement des jeunes et à la démocratie !

L’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) est une dynamique qui fait consensus quant à sa nécessité dans le monde contemporain, de la même manière que l’éducation critique au langage proposée par les structuralistes des années 1960, avec en premier lieu Roland Barthes, qui avait propulsé l’analyse du discours hors du champ artistique, pour aller jusqu’à l’analyse des images de la publicité par exemple. Il semble essentiel de conscientiser la manière dont les médias et l’information fabriquent nos opinions et nos visions du monde, ce qui, d’un côté, crée de la cohésion, mais qui, bien souvent, se fait au prix d’une manipulation de masse, manipulation qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, est le propre des grandes démocraties contemporaines (cf. David Colon).

Les démocraties tiennent sur des règles communes ainsi que sur la capacité des citoyennes et citoyens à penser par soi-même, de façon libre, afin de pouvoir, au fur et à mesure, faire évoluer ces règles pour qu’elles ne deviennent jamais des dogmes emprisonnants. Ainsi, l’Éducation aux Médias et à l’Information est, à mon sens, une démarche de construction de l’esprit critique, c’est-à-dire la capacité de penser par soi-même, ce qui est diamétralement opposé à « penser comme il faut ».

L’Éducation aux Médias et à l’Information doit donc embrasser la critique de tous les médias, y compris ceux qui sont les plus légitimés par les pouvoirs en place, et dont on découvre généralement après coup à quel point leur rôle était parfois bien davantage de désinformer que d’informer. Penser par soi-même est l’un des plus grands risques sociaux qui soient, car c’est prendre le risque d’être rejeté·e, exclu·e. Le grand paradoxe réside dans cette polarité : d’un côté, la pensée unique, pétrie de mensonges institutionnalisés ; de l’autre, la pensée relativiste qui remet tout en question et engendre ce que l’on nomme le complotisme.

Comment ne pas perdre sa raison et se mettre en capacité de cultiver toujours sa curiosité, sa créativité, son ouverture d’esprit et sa capacité de remise en question ? C’est cela, à mon sens, l’enjeu de l’Éducation aux Médias et à l’Information. Je partage ici des méthodes, des réflexions et des propositions fondées sur mes nombreuses expériences dans ce domaine.


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