L’éducation aux médias et à l’information (EMI) confiée aux journalistes pose un problème structurel que la sociologie des médias a documenté : comment celles et ceux qui fabriquent l’information pourraient-ils·elles en être les critiques lucides ? Réflexions après avoir assisté à trois heures de formation par un·e journaliste.
Lors d’une journée de formation professionnelle consacrée à l’éducation aux médias et à l’information, j’ai assisté à la présentation d’un·e journaliste du service public sur les enjeux de l’EMI face aux nouvelles technologies, et notamment l’Intelligence Artificielle. Cette intervention, qui se voulait pédagogique et informative, m’a semblé révéler avec une clarté involontaire les mécanismes que Pierre Bourdieu avait identifiés dans Sur la télévision (1996) : la position de surplomb du·de la journaliste qui parle d’un domaine qu’iel ne maîtrise que partiellement, tout en se présentant comme un·e expert·e légitime.
Ce qui m’a frappé dans cette présentation, ce n’est pas tant les erreurs factuelles et fausses vérités assénées sur le sujet de l’Intelligence Artificielle, qui étaient très nombreuses, que la posture épistémologique sous-jacente. L’intervenant·e parlait des technologies numériques avec l’assurance de celui ou celle qui sait, alors que son expérience se limitait à un point de vue extrêmement partiel et très peu documenté. Iel affirmait des choses sur le fonctionnement technique, sur les implications sociales, sur les évolutions à venir, avec une certitude qui ne correspondait pas à l’état réel de ses connaissances. Et l’assemblée, composée majoritairement d’enseignant·es, recevait cette parole comme une parole d’autorité. Iel aurait pu dire « en l’état actuel de mes connaissances, je pense que… », mais non, tout était affirmations péremptoires, donc iel croyait peut-être lui·elle-même à la vérité. C’était assez glaçant, venant d’une personne dont l’un des rôles est de veiller à l’éthique journalistique dans la structure pour laquelle elle œuvre.
Cette scène, banale dans son déroulement, illustre un phénomène que l’on pourrait nommer l’illusion de la transparence médiatique. Le·a journaliste, parce qu’iel exerce un métier de médiation entre le réel et le public, finit par croire qu’iel accède effectivement au réel. Iel confond sa fonction, raconter des histoires sur le monde, avec une capacité particulière à saisir la vérité de ce monde. Cette confusion n’est pas un accident individuel, c’est une propriété structurelle du champ journalistique.
L’un des mythes fondateurs du journalisme contemporain réside dans la notion d’objectivité. Le·a journaliste se présente comme celui ou celle qui rapporte les faits tels qu’ils sont, en se tenant à distance de toute interprétation personnelle. Or, comme le rappelait déjà Roland Barthes dans ses Mythologies (1957), cette neutralité apparente constitue précisément le masque le plus efficace de l’idéologie. L’objectivité journalistique n’est pas l’absence de point de vue, c’est un point de vue qui s’ignore comme tel.
Prenons l’exemple de l’image. L’intervenant·e affirmait avec conviction qu’une source photographique ou vidéo pouvait être « vérifiée », qu’on pouvait distinguer le vrai du faux dans les images. Cette assertion révèle une méconnaissance profonde de la nature même de l’image. Une photographie, quelle que soit son authenticité technique, est toujours un cadrage. C’est une sélection dans le réel, opérée par quelqu’un·e, depuis un certain point de vue, à un certain moment. Je prends souvent cet exemple : photographier une mairie avec ou sans le ou la sans-abri qui dort sur son parvis produit deux images tout aussi « vraies » et respectueuses de leur source, mais qui racontent pourtant des histoires radicalement différentes sur cette mairie, qui fabriquent deux images opposées du réel. Qu’est-ce que LE réel, ou LA vérité dans ce cas ? Y a-t-il une seule vérité ?
Cette dimension de mise en scène inhérente à toute image, les historiens et historiennes de la photographie la connaissent depuis longtemps. Le suaire de Turin, souvent cité comme l’une des premières « photographies » de l’histoire, a été utilisé pendant des siècles comme preuve de l’existence du Christ, avant d’être révélé comme une fabrication médiévale. Ce qui était une preuve irréfutable pendant des siècles n’était qu’un faux. Donc, l’enregistrement mécanique de l’image n’a jamais été une garantie d’accès au réel. Il y a toujours une intention dans l’acte de captation, une orientation dans le choix de ce qu’on montre et de ce qu’on cache.
Paradoxalement, ce sont parfois les journalistes eux·elles-mêmes qui pervertissent le plus les représentations qu’iels prétendent protéger. Lors de sa présentation, l’intervenant·e a mentionné l’usage d’images générées par intelligence artificielle dans les reportages télévisés, justifié par des considérations « esthétiques » et encadré par de petites mentions légales. Cette pratique, présentée comme déontologique parce qu’accompagnée d’un avertissement, contribue précisément à brouiller la frontière entre le réel et sa simulation. Il aurait mieux valu des images dessinées, qui auraient assumé qu’elles ne font pas semblant d’être réelles. Les journalistes fabriquent ainsi la fausse réalité qu’iels dénoncent par ailleurs.
Bourdieu, dans Sur la télévision, décrivait ce qu’il appelait la « circulation circulaire de l’information » : les journalistes lisent d’abord les autres journalistes, iels travaillent en référence les un·es aux autres, iels cherchent le scoop ou l’angle qui les distinguera de leurs confrères et consœurs tout en restant dans le périmètre de ce qui est dicible. Cette endogamie informationnelle produit une uniformisation paradoxale : une concurrence qui, au lieu de favoriser la diversité, engendre l’homogénéité.
Ce mécanisme s’accompagne d’un biais de confirmation systématique. Les journalistes ne cherchent pas tant à découvrir le réel qu’à trouver des sources qui corroborent leur vision préexistante du monde. Iels considèrent que certaines informations « n’existent pas » simplement parce qu’elles ne correspondent pas à leur grille de lecture. Sur les sujets techniques, comme les technologies numériques, ce biais devient particulièrement visible : l’intervenant·e affirmait que certaines données sur la consommation énergétique des intelligences artificielles n’étaient « pas documentées », alors qu’elles sont abondamment disponibles pour qui se donne la peine de les chercher.
Cette sélection inconsciente des sources produit ce que l’on pourrait appeler une investigation fictive. Le·a journaliste croit faire un travail d’enquête, iel a le sentiment de révéler quelque chose, alors qu’iel ne fait que mettre en forme des éléments qui confirment ce qu’iel pensait déjà. Noam Chomsky et Edward Herman, dans La Fabrication du consentement (1988), ont démontré comment les structures économiques et politiques des médias conditionnent la production de l’information à travers cinq filtres : la concentration de la propriété, la dépendance à la publicité, les sources d’information privilégiées, les pressions et menaces, et l’anticommunisme. Ces filtres ne relèvent pas de la conspiration consciente, mais d’une logique systémique qui oriente naturellement la production d’information dans le sens des intérêts dominants.
Cette analyse conduit à une conclusion inconfortable : les journalistes sont structurellement mal placé·es pour assurer l’éducation aux médias. Non pas en raison de leur mauvaise volonté individuelle, beaucoup sont sincèrement convaincu·es de servir l’intérêt public, mais en raison de leur position dans le champ. Iels sont juges et parties. Iels doivent former à la critique d’un système dont iels sont les producteurs·rices et les bénéficiaires symboliques. D’autres, par contre, savent pertinemment qu’ils ou elles mentent, mais du fait de leur place de domination, pensent que c’est pour la bonne cause, comme l’explique très bien l’historien David Colon dans Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain (2019).
Le philosophe Jacques Rancière, dans Le spectateur émancipé (2008), critiquait déjà cette posture pédagogique qui présuppose l’inégalité qu’elle prétend combattre. Le maître qui veut émanciper l’ignorant·e commence par affirmer sa position de sachant·e, iel creuse l’écart qu’iel dit vouloir combler. De même, le·a journaliste qui prétend apprendre aux élèves à « décrypter l’information » se pose d’emblée comme celui ou celle qui sait décrypter, qui possède les codes que les autres n’ont pas.
Ce·tte journaliste illustrait parfaitement cette posture lors de cette journée de formation. Iel présentait son métier de façon corporatiste, comme une activité d’intérêt général nécessitant des compétences spécifiques que seul·es les professionnel·les posséderaient. Iel affirmait que « ceux et celles qui savent » sont les journalistes, les universitaires et les organes d’État, désignant ainsi les sources de légitimité officielles tout en s’y associant. Or l’État n’est pas un arbitre neutre de la vérité (ou dans 1984 de Georges Orwell, avec le ministère de la vérité). Dire cela est une énormité à mon sens. L’État défend un point de vue sur le monde qui correspond aux intérêts qu’il porte, c’est une évidence, et il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’esprit critique pour le savoir. Je ne veux pas dire que l’État ne serait que mensonger (quoi que c’est ce que disent bon nombre de politiques après avoir quitté « les affaires »), je ne le pense pas, mais prendre en compte que la parole du pouvoir est située, orientée en fonction d’une politique, c’est son objet, et c’est le point de départ de ce que dit l’ethnologie. À ma connaissance, les ethnologues ne sont pas des « complotistes » ! Les dirigeant·es des médias publics sont nommé·es par les élu·es. Croire en une indépendance totale du journalisme par rapport au pouvoir relève de la naïveté, de la mauvaise foi, ou du mensonge conscient.
L’affirmation selon laquelle le service public serait exempt de la logique de l’audimat constitue une autre illusion que cet·te intervenant·e entretenait. Les études sur les pratiques télévisuelles montrent que toutes les chaînes, y compris celles réputées culturelles, sont soumises à la pression des chiffres d’audience. Cette pression détermine les choix éditoriaux, les formats, les sujets traités. Nier cette réalité, c’est participer à la construction d’une image idéalisée du journalisme qui empêche précisément la critique lucide que l’EMI devrait permettre.
Face à ces jugements assez durs de ma part, quelle alternative je propose ? Je défends depuis plusieurs années une approche différente, centrée sur l’éducation aux images plutôt que sur l’éducation aux médias. Cette distinction n’est pas seulement terminologique, elle engage une posture épistémologique radicalement autre.
L’éducation aux médias, telle qu’elle est généralement pratiquée, présuppose qu’il existe des informations vraies et des informations fausses, des sources fiables et des sources douteuses, et que le rôle de l’éducateur·rice consiste à transmettre les critères permettant de distinguer les unes des autres. Cette approche, malgré ses intentions louables, reconduit la logique de domination qu’elle prétend combattre. Elle maintient une hiérarchie entre celles et ceux qui savent (les journalistes, les institutions) et celles et ceux qui doivent apprendre (le public, les élèves).
L’éducation aux images part d’un présupposé différent : toute image est une construction. Il n’y a pas d’image « objective » qui serait le reflet transparent du réel. Dès lors, la question n’est plus de distinguer le vrai du faux, mais de comprendre comment les images sont fabriquées, par qui, pour quoi, depuis quelle position. Cette approche, qui s’inscrit dans la tradition des Cultural Studies et de la philosophie de l’image, permet une véritable émancipation du regard. Elle ne dit pas « voici ce que vous devez croire », elle dit « voici comment regarder ce qu’on vous montre ».
Concrètement, cela implique de passer par la pratique. Dans les ateliers que j’anime avec des élèves ou des adultes, nous fabriquons des images. Nous écrivons des scénarios, nous filmons, nous montons. Cette expérience de production démystifie le processus médiatique bien plus efficacement que n’importe quel cours sur la « vérification des sources ». Quand on a soi-même décidé où placer la caméra, quoi garder au montage, quelle musique ajouter, quelle voix-off écrire, qui peut changer radicalement le sens de l’image, on comprend intuitivement que toute image est le résultat d’une série de choix. Paulo Freire, dans Pédagogie de l’opprimé (1968), rappelait que « personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les êtres humains s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde ». Cette phrase résume l’esprit de mes ateliers : il ne s’agit pas de transmettre un savoir constitué sur les médias, mais de créer les conditions d’une élaboration personnelle et collective de la pensée critique.
L’enjeu de cette réflexion dépasse largement le cadre scolaire de l’EMI. Il touche à la question fondamentale du fonctionnement démocratique. Comme le soulignait Bourdieu, le journalisme exerce un pouvoir de consécration : il décide ce qui est visible et ce qui reste invisible, ce qui mérite d’être dit et ce qui peut être tu. Ce pouvoir, qui s’exerce souvent de façon inconsciente, a des effets politiques considérables. Et fort heureusement depuis Bourdieu, les réseaux sociaux sont arrivés, ouvrant au possible d’une parole publique pour les citoyen·nes. Je ne veux pas dire qu’ils sont parfaits, mais ils sont un espace d’expression démocratique. Les journalistes les discréditent, car iels croient que leur métier est menacé, précisément par l’expression démocratique. Iels révèlent ainsi leur biais de domination.
Le philosophe Jean-Jacques Wunenburger, dans Philosophie des images (2001), rappelait que l’image nous oblige à penser une nature double, faite d’une combinaison paradoxale de Même et d’Autre. Une image qui ressemble trop à ce qu’elle représente fait oublier qu’elle est une image ; une image qui s’en éloigne trop perd sa fonction représentative. C’est dans cet entre-deux que se joue la question de la vérité en régime médiatique.
Former des citoyen·nes capables de naviguer dans cet entre-deux ne peut pas être la mission de celles et ceux qui produisent les images dominantes. Cela ne signifie pas qu’il faille exclure les journalistes de tout rôle éducatif, mais qu’il faut repenser leur place. Iels peuvent témoigner de leur pratique, expliquer leurs contraintes, montrer leurs hésitations. Mais iels ne peuvent en aucun cas prétendre enseigner la vérité sur l’information qu’iels fabriquent.
La démocratie culturelle, telle que la définit la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels (2007), implique de reconnaître que chaque personne possède une capacité de jugement et de création. Les jeunes qui pratiquent TikTok, que les adultes regardent le plus souvent avec condescendance, développent des compétences de mise en scène, de narration, de lecture critique des codes visuels. Ces compétences, acquises par la pratique et le partage entre pairs, constituent peut-être une forme d’éducation aux images plus efficace que bien des dispositifs institutionnels.
L’enjeu, finalement, n’est pas de former des consommateurs·rices avisé·es d’information, mais des producteurs·rices conscient·es d’images. Non pas des spectateurs·rices qui sauraient distinguer le vrai du faux selon des critères transmis par les sachant·es, mais des acteurs·rices capables de comprendre, par leur propre expérience, comment se construisent les représentations du monde. C’est à cette condition seulement que l’éducation aux médias pourra tenir ses promesses démocratiques.
Une dernière réflexion s’impose à moi, inspirée par les débats contemporains sur l’intelligence artificielle. L’intervenant·e journaliste dans cette journée de formation évoquait les « hallucinations » des systèmes d’IA comme un défaut majeur disqualifiant ces outils comme sources d’information. Ce terme d’hallucination, emprunté à la psychiatrie, désigne les cas où le système produit des informations fausses avec l’apparence de la certitude.
Or, ce que les neurosciences nous apprennent sur le fonctionnement du cerveau humain devrait nous rendre plus humbles. Notre perception du monde est elle-même une reconstruction permanente. Ce que nous voyons n’est pas le réel, c’est une modélisation que notre cerveau construit à partir de signaux partiels. Nous « hallucinons », nous aussi, en permanence. Nous comblons les lacunes, nous interprétons les ambiguïtés, nous projetons nos attentes sur ce que nous percevons. On peut en faire l’expérience quand on veut, en demandant à plusieurs personnes présentes au même endroit au même moment d’en faire le récit après-coup, c’est toujours surprenant de diversité ! Des personnes peuvent affirmer que quelqu’un était là par exemple, alors que d’autres affirment le contraire. C’est un sujet bien connu par les cours de justice.
Cette analogie n’est pas une boutade. Elle pointe vers une réalité que les journalistes, dans leur prétention à l’objectivité, peinent à reconnaître : l’accès direct au réel est une illusion. Toute connaissance est médiatisée, construite, située. Les fausses informations ont toujours existé, bien avant les réseaux sociaux et les intelligences artificielles. Ce qui change, ce n’est pas la nature du phénomène, c’est l’échelle et la vitesse de circulation.
Reconnaître cette réalité n’implique pas de sombrer dans le relativisme. On peut maintenir des exigences de rigueur, de vérification, de confrontation des sources, tout en acceptant que ces opérations ne garantissent jamais un accès transparent à la vérité. C’est précisément cette humilité épistémologique qui manque trop souvent dans les discours sur l’EMI. En prétendant transmettre des outils de distinction entre le vrai et le faux, on entretient une fiction dangereuse : celle d’un monde où la vérité serait accessible à qui possède les bonnes méthodes.
Une éducation aux médias véritablement émancipatrice devrait commencer par cette reconnaissance : nous sommes tou·tes, journalistes compris·es, des producteurs·rices de représentations partielles et situées. La question n’est pas de savoir qui détient la vérité, mais comment nous pouvons, ensemble, construire une pluralité de regards qui enrichisse notre compréhension du monde. Cette perspective, qui s’inscrit dans la tradition des droits culturels et de la démocratie culturelle, reste largement absente des dispositifs institutionnels d’EMI. Il serait temps de l’y introduire.
L’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) est une dynamique qui fait consensus quant à sa nécessité dans le monde contemporain, de la même manière que l’éducation critique au langage proposée par les structuralistes des années 1960, avec en premier lieu Roland Barthes, qui avait propulsé l’analyse du discours hors du champ artistique, pour aller jusqu’à l’analyse des images de la publicité par exemple. Il semble essentiel de conscientiser la manière dont les médias et l’information fabriquent nos opinions et nos visions du monde, ce qui, d’un côté, crée de la cohésion, mais qui, bien souvent, se fait au prix d’une manipulation de masse, manipulation qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, est le propre des grandes démocraties contemporaines (cf. David Colon).
Les démocraties tiennent sur des règles communes ainsi que sur la capacité des citoyennes et citoyens à penser par soi-même, de façon libre, afin de pouvoir, au fur et à mesure, faire évoluer ces règles pour qu’elles ne deviennent jamais des dogmes emprisonnants. Ainsi, l’Éducation aux Médias et à l’Information est, à mon sens, une démarche de construction de l’esprit critique, c’est-à-dire la capacité de penser par soi-même, ce qui est diamétralement opposé à « penser comme il faut ».
L’Éducation aux Médias et à l’Information doit donc embrasser la critique de tous les médias, y compris ceux qui sont les plus légitimés par les pouvoirs en place, et dont on découvre généralement après coup à quel point leur rôle était parfois bien davantage de désinformer que d’informer. Penser par soi-même est l’un des plus grands risques sociaux qui soient, car c’est prendre le risque d’être rejeté·e, exclu·e. Le grand paradoxe réside dans cette polarité : d’un côté, la pensée unique, pétrie de mensonges institutionnalisés ; de l’autre, la pensée relativiste qui remet tout en question et engendre ce que l’on nomme le complotisme.
Comment ne pas perdre sa raison et se mettre en capacité de cultiver toujours sa curiosité, sa créativité, son ouverture d’esprit et sa capacité de remise en question ? C’est cela, à mon sens, l’enjeu de l’Éducation aux Médias et à l’Information. Je partage ici des méthodes, des réflexions et des propositions fondées sur mes nombreuses expériences dans ce domaine.