Atelier de réalisation de films en collaboration avec des intelligences artificielles, à destination des adolescents au Studio 13-16 du Centre Pompidou. Proposition de création conçue par Benoît Labourdette, qui s’est déroulée pendant les vacances d’hiver 2024.
Écrire un scénario, imaginer un univers, une histoire, des personnages, puis créer des images, des sons, et enfin en faire le montage, puis la bande sonore, et à toutes les étapes collaborer avec des intelligences artificielles, pour produire autrement, et réfléchir sur ce que ces technologies changent, comment elles nous changent.
Bien-sûr, tout le monde connaît les intelligences artificielles génératives et les utilise, plus ou moins, dans sa vie. Mais créer avec elles, en expérimenter les potentialités d’ouverture à son expression personnelle, apprendre une méthode éprouvée de réalisation audiovisuelle avec les IA, se découvrir des capacités de création plus grandes que ce que l’on croyait, puis le partager avec d’autres et le valoriser, cela peut être une expérience exceptionnelle et même fondatrice.
C’est ce que Benoît Labourdette a co-construit à la demande du Studio 13-16 du Centre Pompidou, avec l’équipe de médiation ainsi qu’un groupe d’étudiantes, pour donner naissance à l’atelier « CinémA.I » (titre proposé par les étudiantes), ouvert pendant les 15 jours des vacances de février 2024. Le temps de participation des adolescents était libre (principe du Studio 13-16). Certains sont revenus plusieurs fois, on consacré beaucoup d’heures à leur projet, d’autres ont fait un film en une demi-heure, ou une demi-journée.
Le but de cet atelier était avant tout de rendre possible des expérimentations concrètes, pour apprendre en créant, pour se découvrir des capacités, pour aboutir, en temps limité et de façon ludique, à des projets de qualité. Aussi, les adolescents pouvaient découvrir des outils de création d’images, de son, de montage vidéo, accessibles car gratuits, et apprendre à les maîtriser.
Pendant les 15 jours des vacances de février 2024 au Studio 13-16 du Centre Pompidou, participez avec l’artiste Benoît Labourdette à un workshop de création vidéo pluridisciplinaire, en collaboration avec des intelligences artificielles.
Comment utiliser les intelligences artificielles comme des atouts pour l’humain, pour la création et la démocratie, en conservant son esprit critique ?
Une scénographie accueille les visiteurs devant le Studio 13-16. Il y a plusieurs pôles de création, identifiés par des signalétiques (scénario, personnages, musique, podcast, vidéo, etc.). Dans chaque pôle, les participants créent des « rushes » : photos dans le Studio 13-16, podcasts, musique, vidéos… et les partagent avec leurs téléphones mobiles dans un espace numérique collaboratif (qui est accessible aussi à l’extérieur du Studio, via un QR code). Puis, à partir de tous ces matériaux, les un.e.s et les autres en prendront ce qu’ils souhaitent, et finalisent des productions, principalement vidéo, avec l’application Capcut. C’est un espace d’intelligence collective pour la création.
L’intelligence artificielle est un partenaire pour la création. L’expérience et les approches collaboratives de Benoît Labourdette avec les machines permettent de trouver des voies pour inventer des mondes imaginaires singuliers. L’intelligence artificielle est comme un nouveau pinceau dans la palette des artistes en herbe, qui peut les aider à avancer. Nous ne l’utiliserons pas comme un outil qui formate le regard, mais comme une interlocutrice qui nous permet de dialoguer pour aller plus loin.
Le Studio 13-16 du Centre Pompidou est un espace ouvert, sans inscription et sans faire la queue, aux personnes de 13 à 25 ans, pour travailler, créer, apprendre, photographier, développer ses projets personnels avec l’aide de médiateurs, et pouvoir participer à des projets artistiques.
Premier et unique espace de programmation dédié exclusivement aux jeunes dans une institution culturelle française, le Studio 13/16 s’attache à accompagner les adolescentes et adolescents vers la découverte de la création et à démontrer que les lieux de culture sont aussi des lieux de socialisation, de plaisir et de partage.
En tant qu’espace attractif et vivant, et grâce à une programmation pluridisciplinaire centrée sur les enjeux sociétaux contemporains, il propose d’associer activement les jeunes au processus de réflexion et de création dans des domaines qui les touchent particulièrement, et fait de la rencontre avec les artistes d’aujourd’hui le point d’orgue de cette expérience artistique et culturelle.
- Un espace dédié aux jeunes et à la création contemporaine.
- Une programmation in situ, hors-les-murs et numérique.
- Des collaborations avec des artistes contemporain(e)s.
- Des enjeux partagés : identité, environnement, collectif.
Les outils de création, y-compris les outils de l’intelligence artificielle générative, ne sont que des outils, qui ne prennent sens que si on les utilise dans une intention et avec une méthode. Sans cela, nous en restons des utilisateurs superficiels. C’est pourquoi cet atelier proposait, d’une façon mise en scène par la scénographie, une méthode de création audiovisuelle en coopération avec des intelligences artificielles, conçue par Benoît Labourdette en collaboration avec l’équipe de médiation du Studio 13-16 et un groupe d’étudiantes.
Cette méthode s’appuie sur la proposition formulée par Serge Tisseron (lors de son intervention dans le cadre la rencontre Le numérique, un outil de médiation et de démocratie culturelle) : pour tirer le meilleur de l’intelligence artificielle, il ne faut pas lui demander de produire à notre place, car ce sera très banal et formaté, mais lui faire nos propositions, construites à notre manière, à partir desquelles elle va réagir, nous enrichir, et devenir un interlocuteur pertinent, vis à vis duquel nous restons libres et responsables.
Faire un film, c’est :
Ces quatre facettes étaient identifiées par des espaces distincts, et investies. Les médiateurices du Studio 13-16 avaient été formé.es par Benoît Labourdette, ainsi l’atelier CinémA.I était, dans l’animation, une proposition collective.
Les images, sont et montages des films, partiels ou définitifs, ainsi que les expérimentations, étaient mis en ligne dans cet espace de partage numérique collectif (
https://www.benoitlabourdette.com/_docs/projets/2024/2024_cinemai/), qui permettait de s’inspirer et éventuellement d’utiliser des images et des sons des autres, revoir ses créations, les partager, et découvrir celles des autres, avant, pendant et après l’atelier. Le numérique est ainsi facteur de lien et donne de la valeur et de la consistances à ces démarches.
Une trentaine de films ont été réalisés, dont une bonne partie est visible ci-dessous. Les jeunes ont été accompagnés dans la méthode, mais étaient autonomes dans leurs explorations créatives et les sujets de leurs films. Chacun.e était accompagné par rapport à ses besoins. La satisfaction a été unanime parmi les participants, qui ont évoqué des grandes ouvertures permises par cet atelier.
L’intelligence artificielle s’est émancipée des laboratoires de recherche et des œuvres de science-fiction à la faveur du lancement public en novembre 2022 du robot conversationnel ChatGPT, qui a été très rapidement approprié par un nombre immense de personnes de façon internationale, dans les contextes professionnels, scolaires et même privés. Le fait que l’intelligence artificielle soit désormais repérée par la communauté humaine comme faisant partie de la vie quotidienne ouvre enfin la porte à une sensibilisation à l’esprit critique à ce sujet.
Bien-sûr, l’intelligence artificielle concerne l’industrie, le travail, la création, le droit d’auteur... et nous devons anticiper ses usages productifs futurs, afin de rester « à jour ». Mais pour accompagner nos vies qui intègrent désormais cette nouvelle facette, il me semble essentiel de produire une pensée critique, c’est à dire se mettre en capacité de réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui nous change, pour rester lucides et capables de liberté de pensée et d’action.
Qu’est-ce qu’une « pensée critique » ? C’est questionner, de l’extérieur, des pratiques qui sont intériorisées. Pour ce faire, je crois que l’expérimentation, l’action culturelle, le jeu, le détournement, sont des outils de recherche, d’exploration, de diffusion et de réflexion très opérants. Pour moi, la recherche est collaborative, et l’intelligence est collective, créative. Cela nécessite de mettre en place de bonnes méthodes de coopération, entre êtres humains et avec les machines. Je rassemble ici des récits d’expériences et des textes méthodologiques et pratiques. Je partage des pistes concrètes pour que l’intelligence artificielle, comme tout autre outil, soit investie au service de l’humanisme.
Voici déjà quelques ouvertures pour une pensée critique de l’IA, sous forme de questions :