Les intelligences artificielles génératives transforment notre rapport à la création et à l’attribution. Entre amnésie technologique et opportunité de renouveau, elles nous obligent à repenser la notion d’auteur·ice.
Les intelligences artificielles génératives se nourrissent de l’ensemble de la connaissance humaine accessible. Contrairement à une idée reçue, elles peuvent créer de nouvelles connaissances à partir de la mise en relation de connaissances diverses. La création et l’innovation émergent précisément de la mise en relation nouvelle de choses préexistantes qui n’étaient jusque-là pas connectées.
Cette capacité de mise en relation fonde les systèmes disruptifs. Uber, par exemple, a mis en relation le besoin de transport individuel avec les plateformes numériques. Dans le champ artistique, Stanley Kubrick, avec 2001 l’Odyssée de l’espace (1968), a mis en relation la musique classique académique avec l’anticipation du futur, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Il a également connecté les photographies spatiales de la NASA avec la représentation fictionnelle de l’espace au cinéma, créant ainsi une représentation de la technologie que personne n’avait imaginée avant lui/elle.
Le vrai tournant des intelligences artificielles à apprentissage profond s’est manifesté avec la créativité d’AlphaGo en 2016. La machine a battu l’humain grâce aux nouvelles ouvertures et aux suites de coups qu’elle a su inventer, que l’humain n’avait jamais imaginées jusque-là, et dont l’humain s’inspire aujourd’hui. On peut donc considérer que la machine est autrice de quelque chose. Pourtant, elle n’est jusqu’à présent jamais rémunérée pour son travail, avec un statut d’autrice ! Nous avons tendance à lui dénier ces capacités en termes d’auctorialité et, paradoxalement, à nous approprier ce travail d’auteur·ice quand elle nous aide à écrire, nous fait des propositions pertinentes, alors que c’est la machine qui l’a accompli. Idem pour la création d’images.
On pourrait objecter que lorsqu’on soumet un prompt à ChatGPT et qu’on lui demande d’écrire sur un sujet, les échanges successifs avec la machine nous permettent de lui faire écrire ce que nous souhaitons. Dans ce cas, ne sommes-nous pas légitimement l’auteur·ice ? En réalité, non. En France, le droit d’auteur·ice ne protège pas les idées, il protège l’expression des idées. Cette distinction est fondamentale. Le droit d’auteur·ice diffère du droit des brevets. Dans le cadre du droit d’auteur·ice, c’est l’expression des idées qui compte.
Lorsqu’il y a plagiat, ce qu’on examine, c’est s’il y a eu copie, non pas de l’idée, car l’idée ne peut pas recevoir de protection au titre du droit d’auteur·ice. Si quelqu’un·e a repris les idées de quelqu’un·e d’autre et les a exprimées complètement autrement, ce n’est pas du plagiat et le droit d’auteur·ice ne protège pas de cela. Cette distinction est soumise à interprétation, bien-sûr : qu’est-ce qui relève de l’idée elle-même et de son expression ? Où se situe précisément la frontière entre les deux ? Ce sujet reste ouvert à l’interprétation et, en cas de désaccord, sera tranché par un·e juge.
Et la justice n’est pas la vérité. Elle constitue une tentative, nécessairement subjective, de construire un récit performatif. Ce récit n’est pas en lien avec une vérité immanente, c’est un récit, justifié par ses sources, par la généalogie de sa constitution, qui trouve ainsi sa légitimité. Ce qui le montre bien, c’est qu’une nouvelle source, même bien plus tard, un nouveau prélèvement ADN ou un nouveau témoignage par exemple, peuvent remettre en question tout le récit et conduire à produire un nouveau récit. On le voit avec les rebondissements de l’affaire Gregory, depuis plus de 40 ans.
Le sujet du droit d’auteur·ice soulève une question essentielle : celle de l’antériorité, de la traçabilité, de la reconnaissance qu’une source existe, qu’on peut la nommer, qu’on peut la repérer dans l’identité, dans l’espace, dans le temps, dans la culture. C’est ce qui permet à la justice de construire ses récits : la preuve matérielle apportée par quelqu’un·e, ou le témoignage sous serment de quelqu’un·e d’autre. Si ce même témoin, quelques années plus tard, révèle que son témoignage était faux, cela peut changer le récit. Un récit, pour être légitime, doit signifier qu’il n’invente pas, mais qu’il s’appuie sur des sources.
On questionne rarement la validité des sources, sauf parfois dans le cadre d’une instrumentalisation juridique ou d’une bataille juridique, si on prétend que quelqu’un·e ment par exemple. Mais in fine, après accord, toujours très subjectif, sur la probité de la personne source, on s’appuiera inconditionnellement sur elle pour élaborer un récit. Dans l’histoire de l’art, les influences des artistes les un·e·s sur les autres sont reconnues. Les artistes ne s’en cachent pas : elles et ils ont des sources, elles et ils peuvent citer leur maître ou maîtresse, et elles et ils créent aussi, du fait de leur singularité, quelque chose dont elles et ils seront pleinement l’auteur·ice, tout en citant leurs sources.
Ce fut le cas, par exemple, pour Moby qui, en 1991, a créé le morceau Go, son premier grand succès public, qui lança véritablement son immense carrière. Il citait explicitement sa source, son inspiration, son canevas : le morceau du générique de la série Twin Peaks de David Lynch, composé par Angelo Badalamenti. Moby ne s’est pas caché, et cela s’entend : il y a une réappropriation du morceau Twin Peaks.
Autre sujet dans le domaine de la musique, si on reprend un sample, c’est-à-dire un morceau d’enregistrement d’une autre musique, et qu’on le transforme suffisamment pour rendre impossible le lien à la source, nous n’avons alors aucun droit d’auteur·ice à régler, et pas l’obligation de mentionner la source. Nous sommes libres de le faire, bien entendu, mais cela ne constitue en aucun cas une obligation, et surtout cela ne nous force à aucune rétribution des auteur·ice·s. C’est précisément ce qui se passe avec les intelligences artificielles génératives et leurs relations aux sources, car elles les transforment tant que la source n’est plus reconnaissable ; c’est comme s’il n’y avait pas d’antériorité, pas de liens, pas de généalogie.
Dans le champ du logiciel, les licences copyleft sont ce qui fait fonctionner l’immense majorité des ordinateurs, de l’Internet, des centres de données, et les intelligences artificielles elles-mêmes. Ces logiciels libres ont des auteur·ice·s successif·ive·s identifiables, auxquel·le·s on fait toujours référence. Ces auteur·ice·s ont accepté le partage à titre gratuit, mais sans être invisibilisé·e·s dans leur rôle et dans ce qu’elles et ils ont apporté au logiciel, et cela s’applique aussi dans le futur, c’est la règle établie. Tout est tracé. Cette approche permet de signifier les antériorités et, comme dans les récits de justice, de construire des récits collectifs incarnés, ancrés dans un réel collectif identifié comme tel, par le suivi de la chaîne d’antériorité.
Sean O’Brien, fondateur·trice du Yale Privacy Lab, alerte sur cette question : « Lorsque les systèmes d’IA générative ingèrent des milliers de projets de logiciels libres et régurgitent des fragments sans aucune provenance, le cycle de réciprocité s’effondre » (ZDNet, 2025). On ne sort pas, dans le champ du logiciel libre, de l’identification des agent·e·s humain·e·s qui sont bien considéré·e·s comme auteur·ice·s, reconnu·e·s comme tel·le·s, alors même qu’elles et ils acceptent de rendre leur travail accessible, disponible, partageable gratuitement. Dans la licence GNU-GPL, le principe reste que les conditions soient respectées à l’identique : on trace l’antériorité.
Cette traçabilité ne vise pas à revendiquer des droits financiers, mais à mieux comprendre la manière dont les systèmes sont construits et l’histoire qu’ils contiennent. Mieux comprendre cela, l’inscrire dans le code lui-même, permet une meilleure compréhension de la diversité de ce qui construit le réel. Dans l’évolution des systèmes ou dans leurs mises à jour, cela permet d’être beaucoup plus pertinent, efficace et légitime par rapport à l’histoire humaine qui se trouve derrière.
Lorsqu’on demande à une intelligence artificielle de créer du code informatique pour nous, elle s’inspire de l’open source, forcément, de ce qui a été partagé. Dans la mesure où elle a été nourrie de ces données et qu’elle fait ensuite son raisonnement elle-même, à sa manière, avec des systèmes de pondération extrêmement complexes et construits par elle-même au fil de milliards de milliards de milliards d’itérations et de rétroprogration, elle n’a pas, en tout cas jusqu’à aujourd’hui, la capacité de savoir d’où viennent exactement ces connaissances, car tout est reconstruit. Finalement, la vision humaine, par exemple, qu’on croyait être une perception objective, est aussi en réalité une reconstruction permanente à partir d’éléments partiels et disparates, la mémoire humaine aussi, qui est absolument sans rapport avec un disque dur. Certaines intelligences artificielles comme Perplexity tracent la généalogie par rapport à des recherches internet, mais pas par rapport à ce qui est intrinsèque à leur langage lui-même, qui leur permet de « comprendre » leurs recherches. Leur compréhension du monde vient de ce dont elles se sont inspirées, mais elles ne peuvent pas l’envisager autrement que comme leur propre compréhension du monde, de même que nous envisageons notre vision comme notre propre vision, qui plus est objective, et non pas comme une reconstruction dont le processus nous est complètement opaque et le restera.
Cette situation ressemble au musicien·ne qui a tellement transformé le sample originel que c’est pleinement devenu sa musique. Peut-être que lui-même ou elle-même ne fait plus le lien et n’est même plus en capacité, tellement cela a été transformé, modélisé, de se souvenir de quelle était la source ! Il/elle en devient l’auteur·ice, et nous n’avons plus de traces de l’histoire. Comme l’exprime Sean O’Brien au sujet du code informatique généré par des IA à notre demande : « Le code est libéré de son contrat social et les développeur·euse·s ne peuvent pas rendre la pareille parce qu’elles et ils ne savent pas où envoyer leurs contributions » (ZDNet, 2025). Ce phénomène qu’il nomme « l’amnésie de la licence » s’applique au-delà du seul domaine logiciel.
Cette indéfinition de l’auteur·ice pose question, bien-sûr. Nous faisons table rase d’un passé qui nous a totalement nourri·e·s, mais dont nous ne sommes plus capables de savoir quelle fut l’histoire qui fait que nous sommes là aujourd’hui. Nous pouvons, vis-à-vis des machines, profiter de ce trouble et nous approprier des créations faites par des machines, nous présentant comme en étant les auteur·ice·s. Certaines personnes souhaitent mentionner la provenance, signaler que le texte a été retravaillé par l’intelligence artificielle ou écrit entièrement par elle. Mais en réalité, il y a de plus en plus de choses qui le sont. Et comme les intelligences artificielles ne peuvent pas le tracer elles-mêmes, même lorsque nous citons un texte en essayant d’en apporter la meilleure traçabilité, ce texte lui-même a peut-être été écrit en grande partie par une intelligence artificielle, sans que nous le sachions. Donc, ça y est, la fusion est faite.
Même une « démarche pure », d’écriture sans IA, devient donc assez illusoire aujourd’hui, vu la place très importante des intelligences artificielles, que nous le sachions ou non. Cela me fait penser à l’écoute d’un morceau, où nous entendons un son et nous nous disons « ah, c’est une création de Moby », sans savoir que c’est quelque chose qu’il a peut-être complètement repris de quelqu’un·e d’autre, complètement transformé. Nous vivons une étape très particulière d’une construction nouvelle basée sur toute la connaissance humaine, qui intrinsèquement perd la mémoire de sa propre histoire, que ce soit la mémoire des machines et même la mémoire des humain·e·s.
Que faire ? Notre histoire est en jeu, et la validité politique et anthropologique de notre histoire aussi. C’est pour cette raison que j’ai pris l’exemple de la construction juridique. Comme nous ne pouvons pas arrêter ce mouvement, et qu’il n’y a pas, à mon avis, de solution technique en vue qui permettrait de récupérer l’antériorité, car les intelligences artificielles génératives ne sont pas construites de cette manière, du fait de leurs méthodes d’apprentissage profond, qui est ce qui leur donne paradoxalement toute leur pertinence, je pense que pour que ce mouvement n’amène pas à une annulation de notre histoire, il me semble important que nous-mêmes pensions le plus régulièrement possible à nommer les liens, les références, et notamment les liens humains.
Avec l’intelligence artificielle, par exemple, nommer ChatGPT, Claude ou Perplexity comme co-auteur·ice·s du texte n’aurait pas grand sens. On peut le faire, mais cela n’a pas de stabilité temporelle, comme un·e auteur·ice qui naît à un certain moment dans une certaine culture. On ne peut pas retrouver quelque part « les œuvres de ChatGPT ». Ne cherchons pas, me semble-t-il, à imposer aux intelligences artificielles quelque chose qu’il est intrinsèquement impossible d’obtenir. Par contre, en tant qu’êtres humain·e·s, citons-nous beaucoup plus les un·e·s les autres. Reprenons et demandons à l’intelligence artificielle de nous aider à le faire. Redonnons de la valeur aux liens entre nous humain·e·s, via nos connaissances.
Beaucoup plus qu’avant, prenons la peine de nous connaître mieux mutuellement, pour nous reconnaître en tant qu’êtres humain·e·s, et ainsi ne pas perdre notre propre histoire. Pour ce faire, nous pouvons d’ailleurs nous faire aider des intelligences artificielles, car elles sont justement en immense capacité de mettre des choses en lien, du fait qu’elles ont cette connaissance presque ubiquitaire. Demandons-leur de nous citer des auteur·ice·s qui auraient travaillé sur un sujet connexe au nôtre. Découvrons grâce à cela de nouvel·le·s auteur·ice·s, citons-les, mettons-nous en lien, en empathie, encore plus les un·e·s avec les autres, grâce aux capacités que nous apporte l’intelligence artificielle.
Ce faisant, peut-être même que l’intelligence artificielle va nous apporter des outils pour encore mieux inscrire nos créations, nos idées, nos intuitions dans l’histoire humaine collective, avec un respect de la généalogie des idées, de leurs expressions. Allons vers le plus de subjectivité partagée possible. Il faut, à mon avis, le faire volontairement, car si nous ne signifions pas volontairement les liens entre nous, êtres humain·e·s, nous allons aboutir à une sorte de consensus absolu, où on aurait l’impression qu’il n’y aurait plus du tout d’auteur·ice, que tout serait une moyenne de tout et qu’il n’y aurait plus de point de vue, plus rien qu’un immense consensus, tellement dangereux, car cela est un totalitarisme.
Cette perspective du consensus global doit à tout prix être évitée, parce que c’est la pensée unique, c’est l’obscurantisme scientiste, où on veut nous faire croire, et on pourrait nous faire croire, dans la mesure où ces machines sont opérées par des industriel·le·s, qu’il n’y a qu’une seule vision du monde qui en constitue la vérité. O’Brien précise : « Une fois que les ensembles d’entraînement à l’IA subsument le travail collectif de décennies de collaboration ouverte, l’idée de bien commun mondial risque de devenir une ressource non renouvelable, exploitée et jamais reconstituée » (ZDNet, 2025).
Je crois fortement et réellement que si nous sommes attentif·ive·s, plutôt que seulement citer les auteur·ice·s humain·e·s dont nous nous sommes explicitement inspiré·e·s, si nous demandons aux intelligences artificielles de nous aider à nous mettre en relation avec les auteur·ice·s humain·e·s que nous ne connaissions même pas mais qui sont en relié·e·s avec nous, nous allons pouvoir nous mettre en capacité de retisser une histoire finalement plus grande, plus respectueuse, plus diversifiée, plus intéressante, plus enrichissante, plus existante.
Grâce à l’intelligence artificielle, nous allons découvrir des auteur·ice·s qui travaillent sur le même sujet que nous, ou sur d’autres sujets mais qui ont des approches similaires aux nôtres, des auteur·ice·s donc que nous ne connaissions pas et qui vont enrichir notre vision du monde. Nous n’allons pas nous les approprier sans le dire, mais signifier ces liens plutôt deux fois qu’une, encore plus qu’avant. À titre purement personnel, je vois cela dans ma propre pratique : grâce aux découvertes que me permettent de faire l’intelligence artificielle, je mets en œuvre ce dont je suis en train de parler ici. Ainsi mon discours et mes propositions ne sont pas du tout théoriques, mais pleinement pratiques.
J’enrichis ma connaissance des autres auteur·ice·s grâce aux intelligences artificielles, et je me mets en relation, je mets en relation ma pensée plus qu’avant avec les pensées d’autres auteur·ice·s. J’ai bien sûr ma propre bibliothèque physique que je peux consulter dans les étagères chez moi, ou les bibliothèques dans lesquelles je peux me rendre, qui déjà me permettent de faire cela. Mais l’intelligence artificielle me permet d’accéder à d’autres bibliothèques dont j’ignorais même l’existence dans d’autres pays et, à l’intérieur même des bibliothèques, à d’autres notions, à des compréhensions différentes.
L’intelligence artificielle, contrairement à ce qu’on croit, n’a absolument pas accès à tout. Elle n’a accès qu’à ce qu’on lui a rendu disponible sur internet. Au demeurant, elle a quand même accès à énormément de choses. Voilà ma suggestion et la grande opportunité que je vois pour redonner une place encore plus légitime aux auteur·ice·s humain·e·s : un approfondissement des liens entre les êtres humain·e·s, au présent et dans le passé, et une reconstruction d’une généalogie, si ce n’est une étymologie de la pensée humaine.
Nous devons avoir explicitement la générosité et l’ouverture, dont nous allons beaucoup recevoir, d’activer volontairement plus de liens. Si nous ne sommes pas volontaristes, à l’écriture de nos textes, dans nos citations, plus importantes qu’avant, d’autres auteur·ice·s que nous ne connaissions, nous allons avancer vers une amnésie potentiellement grave. C’est pour cette raison que je formule cette proposition : utilisons les intelligences artificielles non pas pour effacer notre histoire, mais pour la redécouvrir, l’enrichir et la partager avec plus de générosité qu’avant.
L’intelligence artificielle s’est émancipée des laboratoires de recherche et des œuvres de science-fiction à la faveur du lancement public en novembre 2022 du robot conversationnel ChatGPT, qui a été très rapidement approprié par un nombre immense de personnes de façon internationale, dans les contextes professionnels, scolaires et même privés. Le fait que l’intelligence artificielle soit désormais repérée par la communauté humaine comme faisant partie de la vie quotidienne ouvre enfin la porte à une sensibilisation à l’esprit critique à ce sujet.
Bien-sûr, l’intelligence artificielle concerne l’industrie, le travail, la création, le droit d’auteur... et nous devons anticiper ses usages productifs futurs, afin de rester « à jour ». Mais pour accompagner nos vies qui intègrent désormais cette nouvelle facette, il me semble essentiel de produire une pensée critique, c’est à dire se mettre en capacité de réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui nous change, pour rester lucides et capables de liberté de pensée et d’action.
Qu’est-ce qu’une « pensée critique » ? C’est questionner, de l’extérieur, des pratiques qui sont intériorisées. Pour ce faire, je crois que l’expérimentation, l’action culturelle, le jeu, le détournement, sont des outils de recherche, d’exploration, de diffusion et de réflexion très opérants. Pour moi, la recherche est collaborative, et l’intelligence est collective, créative. Cela nécessite de mettre en place de bonnes méthodes de coopération, entre êtres humains et avec les machines. Je rassemble ici des récits d’expériences et des textes méthodologiques et pratiques. Je partage des pistes concrètes pour que l’intelligence artificielle, comme tout autre outil, soit investie au service de l’humanisme.
Voici déjà quelques ouvertures pour une pensée critique de l’IA, sous forme de questions :