Panser l’intelligence artificielle

15 novembre 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Face à l’IA, nous nous épuisons en oppositions stériles. Inspiré par Bernard Stiegler, je propose de « panser » cette technologie : non pas la contrôler, mais soigner nos relations avec elle et entre nous.

Au-delà des postures : l’impasse d’un débat clivé

Le terme « panser » que j’emprunte à Bernard Stiegler appelle à une tout autre approche du débat qui sévit autour de l’intelligence artificielle. Là où certain·e·s s’épuisent en opinions pour et en opinions contre, je crois qu’il faut sortir de cette logique binaire pour penser autrement notre rapport à ces technologies. Panser, c’est-à-dire réparer, soigner, créer les conditions d’une cicatrisation.

Celles et ceux qui critiquent l’IA se positionnent souvent de l’extérieur. Ils et elles sont peu utilisateur·rice·s, peu connaisseur·euse·s des intelligences artificielles qu’ils et elles stigmatisent avec virulence. Pour autant, leurs critiques touchent parfois à des points de pertinence réelle – je ne cherche nullement à les disqualifier. À l’inverse, celles et ceux qui en louent les qualités sont des utilisateur·rice·s averti·e·s. Ils et elles savent ce que ces outils leur apportent, ce qu’ils et elles peuvent faire avec. Certes, certain·e·s le font avec superficialité, mais être utilisateur·rice de l’IA ne fait pas de nous ses otages dépourvu·e·s d’esprit critique. Nous voilà donc face à deux discours : celui de l’extérieur et celui de l’intérieur.

Cette polarisation me rappelle la révolution industrielle du XIXe siècle, tant critiquée en son temps et à juste raison. Pourtant, celles et ceux qui aujourd’hui dénoncent l’IA n’ont plus aucune perspective critique sur l’industrialisation du monde dans lequel ils et elles vivent. Ces personnes utilisent une voiture, prennent de l’essence, naviguent sur internet. Une nouvelle technologie leur fait peur et leur permet peut-être de se sentir utiles, de se croire doté·e·s d’un esprit critique sur le monde. En réalité, cette posture intellectuelle est vaine : tout le monde sait qu’elle n’amènera strictement aucun changement. Quelques groupuscules se présentent comme défenseur·euse·s d’un monde ancien idéalisé, mais seront les premier·ère·s à sombrer dans l’inconscience. Sans doute utilisent-ils/elles, comme tout le monde, le GPS pour se diriger en voiture, sans prendre conscience que le GPS est déjà une intelligence artificielle. J’aimerais bien voir s’il y a des cartes routières dans la voiture d’Éric Sadin, j’en doute fortement.

Les véritables enjeux : penser/panser nos liens

Ces débats pour ou contre me semblent passer à côté d’enjeux autrement importants. Il serait naïf de croire que l’IA ne serait qu’une technologie neutre parmi d’autres, sans implications politiques ni anthropologiques. Elle change le travail, elle transforme la création. Comme Juan Sebastian Carbonell le montre dans Un taylorisme augmenté (2025), l’IA prolonge un processus séculaire d’automatisation et de déqualification du travail, créant ce qu’il appelle un « taylorisme numérique ». Cette analyse nous rappelle qu’il faut construire notre pensée par nous-mêmes. 

Il faut panser l’intelligence artificielle. Qu’entends-je par là ? Que faudrait-il soigner ? Pourquoi l’IA serait-elle malade ou blessée au point de nécessiter un pansement, un pansage ? Parce que les êtres humains qui l’entourent sont malades. Les grand·e·s possédant·e·s, les industriel·le·s d’aujourd’hui étaient les libertaires d’hier. Les inventeurs et inventrices de l’informatique, jusqu’à l’avènement d’internet, passaient pour de doux rêveurs et douces rêveuses apportant à la société une mécanisation ouverte, liée aux logiciels libres, à l’open source, au bricolage. Ce qu’il faut penser, car panser a bien sûr à voir avec penser, ce sont nos liens autour de l’intelligence artificielle.

Comment tissons-nous nos liens avec ces machines et entre nous ? Comment pouvons-nous cultiver plus de liens en nous-mêmes grâce aux intelligences artificielles, par exemple pour nous découvrir nous-mêmes ? Comment devons-nous cultiver plus de liens entre êtres humains ? Justement en arrêtant ces débats d’opinion stériles, en entrant en dialogue, en cessant de penser que nous avons raison et que les autres ont tort. Panser, c’est exactement cela : mettre un pansement qui rapproche les bords pour que les deux côtés soient proches et, par eux-mêmes, tout en douceur, avec du temps, se retissent, se recollent, se réparent.

Comme le suggère la juriste Antoinette Rouvroy, citée par Frédéric Neyrat dans Traumachine (2025), nous avons besoin d’une « zone de récalcitrance » face à l’automatisation de nos capacités. Panser n’est pas maîtriser, n’est pas contrôler. C’est faire ce qu’on peut, c’est mettre un pansement. Cela peut sembler petit, presque inutile, et pourtant cela change tout. C’est créer un petit espace de protection pour les lieux sensibles et fragiles des liens.

La technologie comme pharmakon : ni bien ni mal en soi

Le sujet des intelligences artificielles touche à des endroits sensibles pour nous. Il a besoin d’être pansé pour que puissent s’y tisser de beaux liens dans la conscience, pour que la vie elle-même, dans son organicité, puisse exister avec ces machines. Si nous ne pansons pas, si nous ne prenons pas ce soin de nos liens humains, si cette technologie nous divise entre pour et contre, alors cette technologie fera du mal parce qu’elle nous aura divisé·e·s.

Panser ne signifie pas aller vers une pensée unique, bien au contraire. C’est assumer nos différences, dialoguer, se comprendre, s’enrichir. Ainsi, grâce au fait de panser, nous penserons peut-être de façon plus large, plus ouverte. Car une technologie n’est pas mauvaise ou bonne en elle-même : c’est son usage, sa manière d’être déployée qui produit du bien ou du mal.

La science atomique offre un exemple saisissant. Elle a produit la bombe qui a mis fin à la Seconde Guerre mondiale dans une efficacité de destruction humaine sans précédent. Certain·e·s peuvent dire que ce fut un bénéfice, ces morts d’Hiroshima et de Nagasaki auraient mis fin à une guerre qui aurait produit encore plus de morts. Mais nous avons plutôt, et c’est mon cas, une image négative de cette capacité de destruction si puissante dans les mains des êtres humains. Pour autant, les recherches qui ont permis à la bombe atomique d’exister ont aussi permis bien d’autres choses : une meilleure connaissance du monde, de son fonctionnement intime, la fabrication de nouvelles technologies, des connaissances médicales. Et aussi des ordinateurs, que même les plus grand·e·s détracteur·rice·s de l’IA utilisent quotidiennement, sans doute sans savoir que ces machines existent grâce à des intelligences artificielles qui permettent de les fabriquer. Ils et elles n’en ont pas conscience, car les intelligences artificielles sont présentes à divers niveaux depuis les années 1950, en fonction de l’acception qu’on donne au mot.

Frédéric Neyrat, encore dans Traumachine, rappelle la prédiction du chercheur Marvin Minsky (1927-2016) formulée en 1985 : « Il semble bien plus probable maintenant que les premiers esprits étrangers [alien minds] que nous rencontrerons seront ceux que nous aurons nous-mêmes construits. » Je renvoie aussi à mon article Présence des petits hommes verts, dans lequel je développe le concept d’« infra terrestre » :

L’infraterrestre représente une altérité paradoxale : surhumaine par ses capacités de calcul et de traitement de l’information, mais profondément ancrée dans la matérialité terrestre de nos infrastructures technologiques. Ces intelligences artificielles sont à la fois impressionnantes et discrètes, surpuissantes et invisibles, omniprésentes parmi nous tout en demeurant fondamentalement autres.
[…]
Les petits hommes verts ne viendront peut-être jamais des étoiles. Mais en créant nos propres formes d’altérité intelligente, nous explorons déjà les territoires inconnus de ce que pourrait être une conscience non-humaine. Et dans ce processus, c’est notre propre humanité que nous redécouvrons, transformée et élargie par cette confrontation avec cet Autre que nous avons nous-mêmes engendré.

 Nous y voilà : pour le grand public, sous les traits d’applications d’intelligence artificielle présentes dans nos smartphones, ces robots conversationnels omniscients sont déjà là. Pourtant, comme l’écrit Neyrat : « plus la planète est smart, moins les êtres humains ont l’occasion d’être intelligents ». Cette inversion mérite d’être pensée. « Moins nous nous sentons capables de choisir, de nous décider « entre » (inter) des possibilités réelles (comme nous le dit l’étymologie du mot « intelligence », inter legere), de cueillir et recueillir (legere), sélectionner et mettre ensemble ces possibilités afin de nous constituer le savoir portatif nécessaire pour de prochaines décisions. »

Prendre soin : connaissance, conscience et exploration

Notre humanité se joue dans les liens : liens avec nous-mêmes, liens avec le vivant qui nous entoure, liens entre êtres humains, et aussi liens avec les machines. C’est cela qu’il faut panser, c’est de cela dont il faut prendre soin. Si certain·e·s ne souhaitent pas utiliser d’intelligences artificielles, ou en tout cas pas volontairement, car involontairement ils et elles en utilisent forcément, il n’y a pas de mal à cela. Mais si d’autres les emploient, ils et elles ont besoin de ne pas être stigmatisé·e·s pour cela, ni dans un sens ni dans l’autre. Il faut dialoguer, panser les liens.

Prenons soin de nous-mêmes, de nos liens humains, de nos liens au monde qui nous entoure, y compris au monde machinique. Prendre soin, c’est aussi entrer en connaissance de l’autre, en connaissance de la nature, en connaissance de la machine. C’est employer concrètement les outils, si on le souhaite, être encouragé·e à les explorer, à en comprendre le fonctionnement, tout simplement.

Ce soin n’est pas de les utiliser car ils sont pratiques, en en ayant un peu honte, comme on peut avoir honte de prendre l’avion car on ne se sent pas aligné·e·s avec notre conscience écologique. C’est les utiliser pleinement et comprendre ce qu’ils sont. C’est comme prendre soin de son jardin, ou pas. Prendre soin de son jardin n’est pas tout maîtriser au cordeau, c’est s’y promener, c’est entrer en connaissance de ce milieu d’existence. Peut-être que ce soin va nous faire découvrir d’autres liens très riches dont nous ignorions complètement l’existence. Si panser notre lien aux machines se fait dans le lien entre êtres humains, dans le dialogue, cela va aussi ouvrir de nouveaux liens entre des êtres humains.

Éric Sadin écrit dans Le Désert de nous-mêmes (L’Échappée, 2025), l’IA risque de conduire à « la déprise de nous-mêmes » et à un processus d’« anhumanisation ». Mais cette critique ne doit pas nous empêcher d’agir. Au contraire, elle nous rappelle l’urgence de penser nos usages. Sadin propose sept exigences éthiques, dont la reconnaissance du « droit à ne pas se plier à l’injonction technologique » et l’appel au « développement de contre-expertises ». Même si je ne partage pas l’ensemble de sa posture, loin de là, ces propositions rejoignent mon intuition : il faut panser pour ne pas laisser la division s’installer, pour ne pas abandonner notre capacité à penser par nous-mêmes.

Cultiver la conscience face à l’automatisation

Pensons les intelligences artificielles en conscience pour agrandir notre conscience, pour dépasser les a priori que nous avons autant quand nous en parlons de l’extérieur que quand nous en parlons de l’intérieur. Carbonell montre dans Un taylorisme augmenté que l’IA représente une nouvelle étape dans « l’automatisation de la décision », forme contemporaine d’un « taylorisme numérique » qui prolonge un processus historique d’automatisation, de contrôle et de déqualification. Il faudrait, écrit-il, « recontextualiser » cette dégradation du travail qui marque l’histoire industrielle depuis deux siècles.

La question que pose quelqu’un·e comme Eric Sadin est : certaines technologies doivent-elles tout simplement être développées ou déployées ? Comment en décider démocratiquement, alors qu’il s’agit de projets capitalistes sans freins ? Et quel pouvoir a-t-on vraiment ? Croit-il qu’il aurait le pouvoir d’inciter des personnes à aller poser des bombes dans les centres de données ? C’est un discours qui se veut « engagé », mais qui est en fait complètement disjoint des possibilités d’action réelle qui sont les nôtres. 

Neyrat affirme pour sa part que critiquer l’IA en tant que technologie de contrôle social, ou du point de vue des biais racistes et sexistes des algorithmes, ou encore comme facteur de destruction écologique extractiviste, ne suffit pas. La crise ouverte par la rencontre avec l’IA est « mentale ». « On ne peut en effet défendre la vie des corps sans défendre simultanément la vie intellectuelle, l’écologie du vivant sans l’écologie de l’esprit », écrit-il. « Vie intellectuelle » : ces deux mots ne nous sont jamais apparus aussi ontologiquement connectés, autant que technologiquement dissociés.

Dans sa logique, ce sentiment de dissociation dans la vie de l’esprit est le signe que l’IA produit des « morts-vivants », comme les hordes de travailleurs et travailleuses dans Metropolis, le film de Fritz Lang (1927), évoqué par Neyrat pour analyser les transferts entre monde analogique (la matière, les corps) et monde numérique (l’algorithme qui se substitue à l’esprit). Mais les « zombies du numérique » que nous sommes toutes et tous potentiellement résistent en partie à la « virtualisation du monde ». Comme dans une prophétie venant « contre-dire » une technologie qui s’emploie constamment à « pré-dire » les comportements, Neyrat imagine que ces zombies que nous deviendrons, traumatisé·e·s par l’IA, viendraient rencontrer ce qu’il appelle les « spectres de l’analogique ».

Désirer le monde numérique ou l’habiter autrement ?

Carbonell va dans le même sens : ces fantômes venus d’un passé que le progrès technologique a refoulé attendent un corps et une matérialité pour incarner certains projets d’émancipation abandonnés. Ce pourraient être les luddites, ces « briseurs et briseuses de machine » qui tentèrent de résister, au début de la révolution industrielle, au vol de leur savoir-faire par les machines. Le plaidoyer de Carbonell pour un « renouveau luddite dans le monde du travail » va dans ce sens. L’invitation de Neyrat à savoir « déserter le monde numérique » en déploie une figure.

Dans sa spéculation philosophique, qui assume sa dimension fictive et poétique, Neyrat ajoute un outil inattendu pour armer nos espoirs de zombies émancipé·e·s refusant les injonctions d’un « techno-fascisme » triomphant : un « robot dérobé ». Il s’agirait d’une IA elle-même « traumatisée » plutôt que brisée. Dérobée à son programme, elle cesserait de communiquer, se livrant à un « don de signes détachés de toute fonction ». Cette « amachine » tournée vers son propre abîme serait alors une véritable « intelligence alien », occupée à bien autre chose qu’à nous imiter ou à penser à notre place.

Cette spéculation rejoint mon propos initial : panser l’IA, c’est créer un espace où l’on cesse de vouloir tout contrôler, où l’on accepte de ne pas savoir, où l’on cultive le lien plutôt que la maîtrise. Ce n’est pas déserter par refus ou par peur. C’est habiter autrement l’espace technologique, en conscience, avec soin.

L’enjeu n’est pas de crier au feu lorsque la maison brûle, comme le suggère Sadin dans Le Désert de nous-mêmes, mais de nous aider à « être en éveil ». Car la question de l’IA ne se pose pas sous l’angle d’une comparaison coûts-bénéfices. Cette approche utilitariste, dominante dans les débats, constitue un piège dont profitent les grandes entreprises de la technologie. Les gouvernants et gouvernantes y plongent avec un enthousiasme irresponsable. La vraie question, pour Eric Sadin, qui a organisé un « contre-sommet de l’IA » à Paris en février 2025, se pose en termes civilisationnels et anthropologiques. Avec l’IA générative et le lancement de ChatGPT en novembre 2022, un « tournant intellectuel et créatif » de la technologie a été pris qui représente, selon lui, « un seuil inédit dans l’histoire de l’humanité ».

Sadin appelle à rendre obsolète Homo faber autant qu’Homo sapiens en externalisant « la quasi-totalité de nos aptitudes » jusqu’à altérer « nos compétences neuronales, linguistiques et comportementales ». Le développement et l’adoption de l’IA conduisent à « la déprise de nous-mêmes » et à un processus d’« anhumanisation ». Si l’humain est en danger à travers ce qui le définit en propre, alors il faut raisonner non pas en termes de régulation mais de droits humains.

Panser pour penser plus large

Je ne suis pas du tout d’accord avec Eric Sadin, je trouve son intuition juste, mais son discours déconnecté de toute réalité, c’est une posture d’une grande facilité intellectuelle à mon sens, car théorique. Panser l’intelligence artificielle, c’est refuser cette fatalité / facilité de la division. C’est choisir le soin plutôt que le contrôle, le dialogue plutôt que l’opposition, la connaissance plutôt que la posture. C’est reconnaître que nous avons besoin les un·e·s des autres, utilisateur·rice·s et critiques, optimistes et pessimistes, pour comprendre ce qui se joue réellement.

Les technologies ne sont ni nos ennemies ni nos sauveuses. Elles sont ce que nous en faisons, les liens que nous tissons avec elles et grâce à elles. Si nous pansons, si nous prenons soin, peut-être parviendrons-nous à penser plus large, plus ouvert. Peut-être découvrirons-nous des possibilités insoupçonnées, des relations nouvelles, une conscience élargie de ce que signifie être humain dans un monde peuplé de machines.

Ce travail de panser demande du temps, de la patience, de l’humilité. Il demande de renoncer à la certitude d’avoir raison. Il demande d’accepter la vulnérabilité de ne pas tout maîtriser. Mais c’est précisément dans cette vulnérabilité assumée, dans ce soin porté aux liens fragiles, que se trouve peut-être notre meilleure chance de construire un avenir vivable, et même souhaitable, avec l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle s’est émancipée des laboratoires de recherche et des œuvres de science-fiction à la faveur du lancement public en novembre 2022 du robot conversationnel ChatGPT, qui a été très rapidement approprié par un nombre immense de personnes de façon internationale, dans les contextes professionnels, scolaires et même privés. Le fait que l’intelligence artificielle soit désormais repérée par la communauté humaine comme faisant partie de la vie quotidienne ouvre enfin la porte à une sensibilisation à l’esprit critique à ce sujet.

Bien-sûr, l’intelligence artificielle concerne l’industrie, le travail, la création, le droit d’auteur... et nous devons anticiper ses usages productifs futurs, afin de rester « à jour ». Mais pour accompagner nos vies qui intègrent désormais cette nouvelle facette, il me semble essentiel de produire une pensée critique, c’est à dire se mettre en capacité de réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui nous change, pour rester lucides et capables de liberté de pensée et d’action.

Qu’est-ce qu’une « pensée critique » ? C’est questionner, de l’extérieur, des pratiques qui sont intériorisées. Pour ce faire, je crois que l’expérimentation, l’action culturelle, le jeu, le détournement, sont des outils de recherche, d’exploration, de diffusion et de réflexion très opérants. Pour moi, la recherche est collaborative, et l’intelligence est collective, créative. Cela nécessite de mettre en place de bonnes méthodes de coopération, entre êtres humains et avec les machines. Je rassemble ici des récits d’expériences et des textes méthodologiques et pratiques. Je partage des pistes concrètes pour que l’intelligence artificielle, comme tout autre outil, soit investie au service de l’humanisme.

Voici déjà quelques ouvertures pour une pensée critique de l’IA, sous forme de questions :

  • L’intelligence artificielle est-elle un sujet en soi ? N’est-ce pas plutôt un milieu d’existence, à l’instar du numérique, dont il conviendrait de distinguer les champs en détail ?
  • Pourquoi ne parle-t-on jamais d’écologie quand on parle d’intelligence artificielle ?
  • Quelles œuvres de science fiction se rapprocheraient le plus de ce que nous vivons en ce moment avec les IA ?
  • Comment détourner de façon ludique des intelligences artificielles ? Et ainsi imaginer des activités créatives, pour jeunes et moins jeunes ?
  • De quelle nature est l’intrication entre l’intelligence artificielle et le projet capitaliste ?
  • Où se situe la ou les dimensions politiques de l’intelligence artificielle ?
  • En quoi l’intelligence artificielle concerne la philosophie ? Quels philosophes travaillent sur le sujet aujourd’hui ?
  • Quelle est l’histoire de l’intelligence artificielle ? Autant ses mythes successifs que l’évolution de ses technologies.
  • Comment créer soi-même des intelligences artificielles ? Et notamment avec le langage Python.
  • Y a-t-il des intelligences artificielles non visibles qui ont de grandes influences sur notre vie ?
  • Qu’est-ce que l’intelligence artificielle apporte à la création ? Comment l’expérimenter ?

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