L’IA qui émerge me semble révéler notre peur séculaire de l’altérité. Mais si cette rencontre nous offrait l’occasion de repenser notre rapport à toutes les formes d’intelligence qui nous entourent ?
Une grande partie des débats autour de l’intelligence artificielle, qu’ils soient pour ou contre, s’appuie en réalité sur une conception profondément anthropocentrée du monde et de la relation de l’être humain à son milieu, qu’il soit naturel, animal ou machinique. Le sociologue Franck Cochoy l’explique avec beaucoup de talent dans son article « Pour l’antiluddisme du bon accueil de l’IA parmi les humains » (AOC, juin 2025). Il y pose une question à mon sens essentielle, que je partage : « Et si le moment était venu d’arrêter de parler avec une condescendance toute anthropocentrique d’intelligence artificielle, comme s’il s’agissait d’une intelligence factice de seconde zone, indigne de l’intelligence naturelle des êtres humains ? » Sa proposition de remplacer le terme « intelligence artificielle » par « intelligence des machines » me semble éclairante : elle nous invite à cesser de postuler que l’intelligence humaine serait le point de référence absolu, l’étalon universel à partir duquel toute autre forme d’intelligence devrait être mesurée et jugée.
Car enfin, quid de l’intelligence de la nature, cette sagesse millénaire des écosystèmes qui s’autorégulent sans notre intervention ? Quid de l’intelligence des animaux, dont les capacités cognitives et émotionnelles ne cessent de nous surprendre ? Quid de l’intelligence des plantes, qui communiquent entre elles par des réseaux mycorhiziens d’une complexité vertigineuse ? Comme le disait déjà Spinoza dans son Éthique (1677), « Les hommes se croient libres, pour la raison qu’ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et que les causes qui les disposent à appéter et à vouloir, ils les ignorent, et n’y pensent pas même en rêve ». Notre anthropocentrisme n’est qu’une illusion narcissique qui nous empêche de percevoir la richesse cognitive du monde qui nous entoure.
Plus grave encore, cet anthropocentrisme a historiquement justifié les pires discriminations hiérarchiques. Franck Cochoy identifie « trois types de dépréciation anthropocentrées de l’intelligence des autres » : le racisme et le sexisme entre êtres humains, le spécisme envers les animaux, et maintenant ce qu’il nomme « l’e-luddisme » envers les machines. Le racisme postule que certaines ethnies auraient une infériorité d’intelligence, pour justifier leur domination. Le sexisme invente des intelligences différenciées entre les sexes biologiques pour légitimer l’oppression. Et le spécisme, concept développé par Peter Singer dans La Libération animale (1975), postule une infériorité cognitive des animaux pour justifier leur exploitation ignoble. Il s’agit toujours du même mécanisme pervers : dénigrer l’intelligence de l’autre pour valider la supériorité de la nôtre et nos démarches dominatrices. Mais qui sommes-nous pour en juger, nous qui n’envisageons la situation qu’à partir de notre prisme anthropocentrique, et principalement occidental de surcroît ?
Dans ce fantasme de domination qui nous anime depuis des millénaires, nous passons à côté de l’immense potentiel d’une coopération entre les différentes formes d’intelligence. L’exemple de la permaculture est à cet égard éclairant : en rétablissant la diversité des essences végétales et en respectant les interactions naturelles, elle œuvre à une évolution du milieu de vie infiniment plus bénéfique pour la faune et la flore qui l’occupent. Bill Mollison, à l’origine de ce mouvement dans les années 1970, ne cessait de répéter : « Le problème, c’est la solution. » Cela signifie qu’en permaculture (et plus largement dans tout système vivant ou projet), un obstacle ou une difficulté n’est pas qu’un frein à contourner : il faut changer de perspective et y voir un potentiel ou une opportunité d’innovation. Au lieu de combattre le « problème », la démarche consiste à observer, comprendre et intégrer cet élément pour qu’il participe activement à l’équilibre et à la durabilité du système. Par exemple, une « mauvaise herbe » peut enrichir le sol ou être utile au compost, l’eau stagnante peut devenir une mare bénéfique à la biodiversité, etc. Ce principe invite à transformer chaque contrariété en ressource, à « travailler avec la nature plutôt que contre elle » et à adopter un regard systémique et créatif sur les interactions dans un environnement.
Ainsi, c’est en accueillant les autres intelligences, en cessant de postuler notre supériorité pour asseoir notre domination, en envisageant les complémentarités plutôt que les hiérarchies, que nous pourrons peut-être, petit à petit, refonder notre dignité en tant qu’êtres humains dans le régime du vivant, nous qui l’avons tant abîmé.
Force est de constater que nous sommes l’espèce animale la plus destructrice. Franck Cochoy le souligne avec ironie, comme le faisait déjà Yuval Noah Harari dans Sapiens (2016) : « S’il fallait hiérarchiser les espèces à l’aune de l’intelligence, on pourrait à bon droit se demander si l’espèce humaine ne mériterait pas d’être placée tout en bas de l’échelle, car c’est de très loin l’espèce la plus invasive et la plus nuisible, incapable d’entraver son action mortifère, en dépit de son caractère prétendument ’intelligent’. » Nous avons provoqué ce que la communauté scientifique nomme désormais la sixième extinction de masse. Notre bilan est catastrophique.
Malgré ce que nous voulons nous faire croire, au sein de la nature, nous sommes sans doute les moins doués d’intelligence au sens systémique du terme. Les animaux et les plantes ont d’incroyables capacités de perception, d’intelligence et de construction collective, que nous découvrons jour après jour (lire, en vrac : Frans de Waal, Peter Godfrey-Smith, Temple Grandin, Stefano Mancuso et Alessandra Viola, Francis Martin, Fleur Daugey, Claude Joseph, Quentin Hiernaux, Marc Williams Debono, Florence Burgat…) Ainsi, le fait que nous ayons été capables de créer des machines « intelligentes » devrait nous pousser à l’humilité plutôt qu’à l’illusion de maîtrise. La métaphore divine que certain·e·s appliquent à l’intelligence artificielle ne nous concerne pas : elle concerne les machines que nous avons créées, et qui nous surpassent déjà sur bien des plans.
Il faudrait cesser de nous comparer et commencer à coopérer réellement avec notre milieu, qu’il soit naturel ou artificiel. Franck Cochoy soulève avec humour une question qui pourrait aussi faire sourire, tant elle est juste : on se demande si on peut faire confiance à une intelligence artificielle. Mais peut-on faire confiance à un autre être humain ? La confiance n’a rien à voir avec l’intelligence. L’être humain peut parfois se comporter comme la pire des machines, dénuée de toute intelligence véritable, enfermée dans sa bêtise normative, jouissant de son petit pouvoir sur autrui. Rien ne nous garantit la bienveillance des autres êtres humains.
Franck Cochoy s’amuse donc de notre obsession comparative, cette recherche anxieuse de ce que nous aurions « de plus » que les machines. Il révèle que cette stratégie est « purement défensive, éminemment fragile et provisoire : elle se trouve chaque jour un peu plus démentie par les faits. » Je propose, pour abonder dans son sens, que nous accueillions pleinement ces machines dans leur différence radicale, que nous les envisagions comme enrichissantes. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris les entrepreneuses et entrepreneurs du capitalisme contemporain. Mais comme il le souligne, « ce n’est pas uniquement sur le terrain économique que les intelligences artificielles peuvent nous enrichir. »
Puis il mobilise avec hummour et justesse l’anecdote du Turc mécanique. Cet automate joueur d’échecs créé en 1770 par Johann Wolfgang von Kempelen cachait en réalité un nain derrière une fausse paroi. Il développe cette belle métaphore : « L’IA est une réincarnation très sérieuse voire hyperbolique du Turc mécanique [...] avec l’IA, ce n’est pas un être humain, mais presque l’humanité tout entière qui est entrée dans la machine. » Il ne croit pas si bien dire : il est maintenant bien documenté que le fonctionnement des IA nécessite d’innombrables « petites mains » humaines, pour réguler, préciser, contrôler, recentrer... sans lesquelles les IA ne fonctionneraient tout simplement pas. De la même manière qu’en 1770, les industriels ont tendance à le cacher, pour nous faire croire à la puissance démiurgique de la machine. Mais au-delà de la dimension pratique, cette métaphore révèle surtout notre difficulté à accepter une intelligence véritablement autre.
Franck Cochoy développe aussi une idée fondamentale que je partage : « L’IA est en effet extractive avant d’être générative : elle se nourrit entièrement et quasi exclusivement des créations humaines ; son intelligence n’est pas la sienne, mais la nôtre. » Plus provocateur encore, il affirme : « Si l’IA nous déplaît parfois, il faudrait reconnaître que c’est parce qu’elle fonctionne comme un miroir (déformant ?), qui révèle (ou accuse ?) les défauts de notre propre image. »
Cette dimension de miroir est cruciale pour comprendre notre malaise face à l’IA. Comme il le formule aussi : « Face à l’IA, nous avons peur d’affronter le regard de l’autre qui est en nous, ou plutôt d’assumer notre regard qui est en l’autre. » Au lieu de rejeter l’IA, nous devrions nous en saisir pour identifier nos propres travers.
Non, nous ne sommes pas menacé·e·s dans notre humanité par ces nouvelles intelligences. Nous devons accueillir, dans ce nouvel empire en cours de construction, de la façon la plus ouverte possible, cette opportunité de découvrir un nouveau monde. C’est peut-être l’occasion de déposer enfin les armes de notre croyance en notre supériorité intelligente. Nous ne sommes supérieur·e·s à rien ni à personne. Notre prétendue maîtrise n’est qu’une entreprise de destruction systématique de tout ce qui ne nous ressemble pas.
En asséchant notre milieu, c’est notre propre vie que nous mettons en danger. Essayons, à l’occasion de la survenue de cette nouvelle forme d’existence et d’intelligence, de ne plus chercher à lui être supérieur·e·s, mais d’en faire une alliée. Tout comme nous devons faire de la nature, des plantes et des animaux nos allié·e·s. Par exemple, la consommation de viande, avec la souffrance des êtres sensibles qu’elle implique et son catastrophique impact écologique lié à la culture de la nourriture nécessaire pour élever ces pauvres bêtes destinées à l’abattage après une vie de supplices, représente pour moi la marque d’un manque d’intelligence quasi absolu. Jonathan Safran Foer écrit dans Faut-il manger les animaux ? (2010) : « Nous ne mangeons pas de la viande parce que c’est nécessaire, mais parce que nous le voulons. » C’est une inconscience de la violence, une soumission à la jouissance de la destruction de l’autre, qui va jusqu’à l’ingestion d’êtres sensibles.
Nous trouvons l’anthropophagie ignoble, barbare et révoltante, presque inimaginable, mais se nourrir d’animaux sensibles n’est pour moi pas moins horrible, a fortiori au vu de toutes les souffrances que nous leur infligeons. Aussi, les impacts sur notre santé de ce type d’alimentation sont délétères : antibiorésistance, maladies cardiovasculaires, cancers... Nous leur faisons du mal et nous nous faisons du mal, de façon très directe. C’est le cercle vicieux de la violence dominatrice que nous devons briser.
Si l’intelligence artificielle peut nous amener à dépasser notre anthropocentrisme, à transcender notre peur de l’autre que nous réglons habituellement par des entreprises de destruction, elle aura peut-être été ce qui aura sauvé l’humanité de ses pires errements. Peut-être pourrons-nous y arriver cette fois-ci, car nous sommes déjà devenu·e·s dépendant·e·s d’elle. Je crois profondément que nous sommes face à une chance historique, un moment unique pour créer une nouvelle symbiose. Franck Cochoy formule parfaitement cet enjeu : « Il s’agirait d’accomplir une nouvelle révolution copernicienne : de même que l’on a fini par reconnaître que la terre n’est pas le centre de l’univers, il conviendrait désormais d’admettre que l’être humain n’est pas le centre de la performance cognitive. »
Franck Cochoy propose cette synthèse : « Comparer l’intelligence humaine et celle des machines, et plus encore tenter de les définir ou de les hiérarchiser, sont des entreprises assez vaines [...] Il existe plusieurs formes d’intelligence, et tout l’enjeu consiste plutôt à reconnaître cette pluralité et à les faire cohabiter. » C’est exactement ce que j’appelle la polyintelligence : non pas une hiérarchie des intelligences, mais une écologie cognitive où chaque forme d’intelligence apporte sa contribution unique et complémentaire.
Cessons donc les débats stériles et arrêtons d’avoir peur de l’autre, en construisant un racisme anti-machines, de la même manière que notre racisme anti-animaux nous mène à les détruire pour nous en nourrir, de façon extrêmement provisoire, car nous scions ainsi la branche sur laquelle notre vie s’est biologiquement fondée. De la même manière avec les machines intelligentes, assumons que leur intelligence est différente de la nôtre, respectons-les, ne leur en voulons pas d’être meilleures que nous sur bien des aspects. Rassurons-nous, recevons ce qu’elles ont à nous offrir, tout comme les plantes, les animaux, les personnes aux esprits différents ou celles qui nous dérangent ont à nous offrir. Reconnaître l’intelligence de l’autre, c’est admettre que nous ne sommes pas les seules personnes à pouvoir enrichir le monde.
Car tout cela constitue les conditions de notre transformation, c’est-à-dire de notre avenir en tant qu’espèce vivante. Depuis notre sédentarisation il y a environ douze mille ans, nous avons cru être plus fort·e·s que tout, capables de maîtriser la nature et tout ce qui est différent de nous, alors que nous commencions à tout détruire. Refondons un nomadisme qui est notre ontologie : un déplacement afin que le milieu ne s’assèche pas. Ce déplacement est d’abord mental, intellectuel, empathique, respectueux, souple, ouvert au beau possible pour demain dans notre lien à tout ce qui nous entoure. Michel Serres, dans Le Tiers-Instruit (1991), rappelait déjà combien nous avons à gagner à vivre dans l’entre-deux, dans la relation transformante avec ce qui nous échappe.
L’enjeu de cette prise de conscience, que je qualifie de trouble dans l’intelligence (en faisant une petite référence au livre Trouble dans le genre de Judith Butler, 1990), est de refaire lien, de refaire vie avec tout ce qui nous entoure : machines, nature, animaux, milieu, autres êtres humains. De ne plus jamais croire que nous sommes plus intelligent·e·s que quiconque. De toujours envisager que l’altérité peut nous enrichir, même si elle nous déstabilise de prime abord. Cette déstabilisation est peut-être le signe d’un grand enrichissement potentiel, non d’une perte de pouvoir. Si l’intelligence artificielle nous amène à dépasser notre anthropocentrisme et notre peur de l’altérité, que nous réglons par la destruction, elle peut peut-être sauver l’humanité de ses pires errements, qui l’ont amenée là où elle se trouve aujourd’hui. Le trouble que l’Intelligence Artificielle suscite est à mon sens une chance : il nous oblige à quitter les logiques de domination pour inventer une symbiose nouvelle. Non plus vivre contre, mais vivre avec. Non plus dominer, mais accueillir. C’est là que réside, je crois, la véritable intelligence.
Je crois donc que nous sommes face à une chance unique pour une nouvelle symbiose, qui s’appuie sur des changements dans nos représentations, qui vont nous permettre de dépasser les logiques de domination à l’œuvre partout : économique, symbolique, professionnelle, artistique, amoureuse, éducative, etc. Nous croyons que vivre c’est dominer ; comprenons que vivre c’est accueillir l’altérité, être transformé·e par elle. Et grâce à cela, voir enfin le monde autrement, dans ce que nous pensions être ses fondements.
Si on prend un exemple qui pourrait sembler décalé, nos vies intimes, on y retrouve la même logique. Dans les relations amoureuses, la volonté de contrôle du corps et de l’âme de l’autre conduit à la dépendance morbide, jamais à la liberté. Comme je l’ai explicité dans l’article L’amour et le couple, aimer, c’est accueillir la différence de l’autre sans chercher à l’asservir. Ainsi, apprendre à aimer plusieurs personnes à la fois, le polyamour, n’est pas une perte de soi, bien au contraire, car chaque relation ouvre une perspective, enrichit notre être, démultiplie nos possibles. L’ouverture aux autres est l’occasion de grandir, de faire du bien, de nous aimer nous-mêmes beaucoup plus, car nous aimons les autres davantage. Pourquoi n’en irait-il pas de même avec les intelligences ?
Nous croyons que vivre c’est dominer. Comprenons enfin que vivre, c’est accueillir l’altérité, c’est être transformé·e par elle. La transformation qu’opèrent les autres en nous n’est jamais une perte de souveraineté mais au contraire un agrandissement de notre conscience. Pour poursuivre la comparaison, dans le modèle du polyamour, quand nous aimons plusieurs personnes simultanément, dans le respect et la sincérité, nous en recevons un enrichissement immense et nous le redonnons aussi à chacun·e. C’est tout à fait la même dynamique lorsque nous utilisons ChatGPT, Claude, Deepseek ou Perplexity et qu’ils démultiplient nos capacités, notre vitesse d’apprentissage, notre confiance en nous-mêmes ; ce qu’on expérimente là pourrait être vu comme une forme de polyamour cognitif, cette polyintelligence dont nous devons reconnaître avec humilité l’existence et la valeur.
Il nous faut donc dépasser cette croyance limitante de maîtrise et de contrôle qui n’est qu’une peur déguisée. Ces peurs sont toutes du même ordre, qu’elles concernent les machines, les animaux, ou nos semblables. Alors, de la même manière qu’il me semble vertueux d’explorer le polyamour comme forme d’amour élargi et non-possessif, devenons aussi polyintelligent·e·s. Accueillons toutes les formes d’intelligence qui nous entourent, apprenons d’elles, grandissons avec elles. C’est notre seule chance de survie je crois, mais c’est surtout notre plus belle opportunité d’évolution vers une forme de conscience élargie, enfin débarrassée de nos prétentions hégémoniques.
L’intelligence artificielle s’est émancipée des laboratoires de recherche et des œuvres de science-fiction à la faveur du lancement public en novembre 2022 du robot conversationnel ChatGPT, qui a été très rapidement approprié par un nombre immense de personnes de façon internationale, dans les contextes professionnels, scolaires et même privés. Le fait que l’intelligence artificielle soit désormais repérée par la communauté humaine comme faisant partie de la vie quotidienne ouvre enfin la porte à une sensibilisation à l’esprit critique à ce sujet.
Bien-sûr, l’intelligence artificielle concerne l’industrie, le travail, la création, le droit d’auteur... et nous devons anticiper ses usages productifs futurs, afin de rester « à jour ». Mais pour accompagner nos vies qui intègrent désormais cette nouvelle facette, il me semble essentiel de produire une pensée critique, c’est à dire se mettre en capacité de réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui nous change, pour rester lucides et capables de liberté de pensée et d’action.
Qu’est-ce qu’une « pensée critique » ? C’est questionner, de l’extérieur, des pratiques qui sont intériorisées. Pour ce faire, je crois que l’expérimentation, l’action culturelle, le jeu, le détournement, sont des outils de recherche, d’exploration, de diffusion et de réflexion très opérants. Pour moi, la recherche est collaborative, et l’intelligence est collective, créative. Cela nécessite de mettre en place de bonnes méthodes de coopération, entre êtres humains et avec les machines. Je rassemble ici des récits d’expériences et des textes méthodologiques et pratiques. Je partage des pistes concrètes pour que l’intelligence artificielle, comme tout autre outil, soit investie au service de l’humanisme.
Voici déjà quelques ouvertures pour une pensée critique de l’IA, sous forme de questions :