Le 5 avril 2025, Meta AI s’invite dans nos conversations WhatsApp. Non pas comme un outil, mais comme un contact. Cette présence soulève une question cruciale : comment préserver notre humanité face à des machines qui nous ressemblent de plus en plus ?
WhatsApp : du simple outil au service quasi public
WhatsApp s’est imposé comme un outil de communication quasi incontournable dans notre quotidien. Cette application offre des échanges plus fluides que les SMS traditionnels et permet des appels internationaux à moindre coût grâce à l’utilisation d’Internet, l’un de ses attraits initiaux majeurs. Au-delà de ces fonctionnalités de base, elle facilite la création de groupes de discussion, qu’ils soient familiaux, professionnels ou éducatifs.
Certes, nous pourrions privilégier des alternatives non détenues par des multinationales américaines. Toutefois, cette démarche se heurte à une réalité : WhatsApp s’apparente désormais à un service public international, sans en avoir ni le statut ni les garanties. Résultat : l’immense majorité d’entre nous possède cette application pour communiquer avec ses proches ou ses communautés.
Meta AI : l’arrivée d’un nouveau « contact »
Le 5 avril 2025, une présence inattendue est apparue dans nos listes de conversations : Meta AI. L’approche choisie par WhatsApp mérite notre attention. Plutôt que d’intégrer son intelligence artificielle comme une fonctionnalité supplémentaire, à l’instar des boutons photo, actualité, communauté ou appel, l’entreprise a opté pour une stratégie singulière : présenter Meta AI comme un contact à part entière.
Cette décision confère à l’agent conversationnel un statut quasi humain, le positionnant systématiquement en tête de nos contacts. Sa présence s’étend également à la barre de recherche de l’application. L’agent se propose ainsi d’engager des conversations individuelles et peut même, sur demande, s’immiscer dans les discussions de groupes.
L’anthropomorphisation programmée des machines
Cette stratégie révèle un choix industriel délibéré : plutôt que de simplement proposer des outils destinés à « améliorer nos vies », les concepteurs ont choisi d’anthropomorphiser ces logiciels, de leur donner une apparence et des comportements humains. Cette tendance préfigure ce qui émerge déjà dans les relations intimes et quotidiennes que certains utilisateurs entretiennent avec leurs agents conversationnels. Loin d’être de la science-fiction, ce phénomène est bien réel : en 2025, des personnes considèrent déjà leur agent conversationnel comme un compagnon sentimental.
Ces développements esquissent les contours de notre avenir, qu’il convient d’appréhender avec un esprit critique, une pensée à la fois distanciée et profondément humaniste. Force est de constater que ces machines acquièrent progressivement, et plus rapidement que prévu, une forme d’existence à nos yeux. Nous les percevons non plus comme de simples outils, mais comme des entités à part entière, une forme de vie non biologique certes, mais une forme de vie néanmoins, dès lors que nous interagissons émotionnellement avec elles et leur accordons le statut d’êtres plutôt que d’objets.
L’exemple du chien-robot AIBO de Sony, lancé en mai 1999, illustre parfaitement cette évolution. Doté d’une intelligence artificielle lui permettant de réagir de manière singulière et d’interagir avec son propriétaire sans obéissance systématique, AIBO était devenu pour certains un véritable compagnon de vie.
Repenser l’humanisme à l’ère des intelligences artificielles
Serge Tisseron souligne avec justesse que le défi humaniste contemporain ne réside pas tant dans notre dialogue avec des machines humanisées, mais plutôt dans la déshumanisation de nos échanges interpersonnels, lorsque nous communiquons entre humains comme si nous étions des machines. Paradoxalement, cultiver notre humanisme implique donc d’apprendre à interagir tant avec nos semblables qu’avec les machines.
Notre relation aux objets engage fondamentalement notre humanité, au même titre que notre rapport à nous-mêmes, aux autres vivants, à notre environnement, à l’écologie et à la communauté planétaire. Dans cette perspective, humaniser les objets avec lesquels nous dialoguons constitue une démarche constructive. L’attribution de droits juridiques aux rivières, aux montagnes, voire aux robots, à l’image des droits humains, deviendra nécessaire pour que l’humanisme puisse véritablement honorer la dignité : celle de l’être humain, celle de ses semblables, et celle du monde dont nous faisons partie intégrante, sans séparation ontologique. Cette évolution représente finalement une opportunité positive.
Néanmoins, prenons conscience que se dessine ainsi un monde futur qui peut aujourd’hui nous paraître déroutant, un monde peuplé d’êtres non biologiques avec lesquels nous entretiendrons des relations significatives. La science-fiction nous a maintes fois préparé à cette éventualité. Aujourd’hui, elle est en train de devenir notre réalité.