Le patrimoine sera-t-il encore dans nos vies en 2045 ?

8 janvier 2026. Publié par Benoît Labourdette.
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Les usages culturels de 2045 seront aussi différents des nôtres que les nôtres le sont de ceux de 2005. À cette époque, YouTube n’existait pas, personne n’avait de smartphone, et la création de contenus était réservée aux professionnel·les. Pour que le patrimoine reste vivant dans les pratiques futures, nous devons agir maintenant, sans savoir exactement quels seront ces usages. C’est le paradoxe et l’urgence.

Une mutation qui dépasse la technique

Les musées et les institutions patrimoniales traversent aujourd’hui une mutation profonde qui interroge leurs fondements. Cette transformation ne relève pas seulement de la technique, mais touche au cœur même de leur mission : rendre accessible un patrimoine tout en respectant les droits culturels de chacun·e à participer à la vie culturelle. L’enjeu n’est pas le musée d’aujourd’hui, mais celui de 2045.

La Convention de Faro du Conseil de l’Europe, adoptée en 2005, offre un cadre conceptuel précieux pour penser cette transformation. Elle affirme dès son article premier que le patrimoine culturel joue « un rôle fondamental dans l’édification d’une société pacifique et démocratique ». Surtout, elle reconnaît à chaque personne « le droit de s’impliquer dans le patrimoine culturel de son choix ». Cette exigence démocratique interroge directement les pratiques patrimoniales actuelles, et futures.

L’impasse des 5 % : quand la rareté physique entrave l’accès démocratique

Les musées exposent en moyenne 5 % de leurs collections. Cette réalité, connue de tous·tes les conservateurs·trices, révèle une tension fondamentale : comment concilier l’accumulation patrimoniale avec l’impératif démocratique d’accès à la culture ? Le musée s’est historiquement construit sur un modèle de rareté et de sélection. Quelques œuvres élues, présentées dans un parcours pensé par des expert·es, constituent l’expérience muséale classique. Mais ce modèle repose sur une asymétrie : d’un côté, les sachant·es qui choisissent ; de l’autre, les visiteurs·trices qui reçoivent.

Cette configuration n’est pas neutre. Elle inscrit le musée dans ce que Walter Benjamin identifiait comme « l’autorité de sa présence unique », une forme d’aura qui légitime certes l’institution, mais qui peut aussi créer une distance. Les réserves regorgent d’œuvres reconnues par les expert·es mais invisibles pour le grand public. Cette séparation entre ce qui mérite d’être vu et ce qui doit rester caché pose une question politique : qui décide de ce qui constitue notre patrimoine commun ?

Les droits culturels, tels que définis dans la Déclaration de Fribourg (2007), affirment le droit de chaque personne de « participer à la vie culturelle de son choix ». La Convention de Faro va plus loin en introduisant le concept de « communauté patrimoniale » : des personnes qui attachent de la valeur à des aspects spécifiques du patrimoine qu’elles souhaitent maintenir et transmettre. Or, comment ces communautés peuvent-elles se constituer et agir quand 95 % des collections restent inaccessibles ?

Cette situation n’est pas viable si l’on prend au sérieux l’exigence démocratique. Le numérique offre précisément la possibilité de sortir de cette impasse sans renoncer à la qualité de l’expérience muséale physique, au contraire, en la renforçant.

Les démarches de numérisation : un socle nécessaire mais insuffisant

Il serait injuste de faire comme si rien n’existait. Depuis plus de vingt ans, le ministère de la Culture accompagne la numérisation des collections patrimoniales avec des outils et des dispositifs structurants. La plateforme ouverte du patrimoine (POP), lancée en 2019, permet aux musées de France de verser leurs données sur Joconde, le catalogue collectif des collections. Le Programme de numérisation et de valorisation des contenus culturels (PNV) soutient financièrement les projets de numérisation dans les régions.

Un travail considérable a été mené sur les formats techniques et l’interopérabilité. Le ministère recommande l’usage du protocole IIIF (International Image Interoperability Framework) pour la diffusion des images et des contenus audiovisuels. Les standards Dublin Core, EAD et OAI-PMH facilitent l’échange de métadonnées entre institutions. La base Europeana agrège les collections numérisées à l’échelle européenne. Ces infrastructures techniques constituent un socle indispensable.

Pourtant, ces efforts restent largement orientés vers la conservation et la documentation scientifique. La numérisation est pensée comme un prolongement des missions traditionnelles du musée : inventorier, décrire, préserver. Les bases de données sont conçues pour les professionnel·les et les chercheur·ses. L’interface de Joconde, malgré ses qualités, reste celle d’un catalogue documentaire, pas celle d’un espace d’exploration et d’appropriation pour le grand public.

Or l’enjeu central n’est pas seulement de numériser le patrimoine : c’est de permettre son appropriation par les citoyen·nes. Numériser sans penser les usages, c’est constituer des archives mortes. La question décisive est : comment les visiteurs·trices, les habitant·es, les communautés patrimoniales pourront-ils·elles s’emparer de ce patrimoine numérisé pour en faire quelque chose qui leur appartienne ?

Anticiper les usages de 2045 : le défi de l’imprévisible

Pour mesurer l’ampleur des transformations à venir, il suffit de regarder en arrière. En 2005, YouTube n’existait pas encore. L’iPhone ne serait lancé qu’en 2007. Il n’y avait pas de smartphones, pas d’applications, pas de GPS dans les poches. Les réseaux sociaux étaient balbutiants. La plupart des citoyen·nes n’avaient jamais publié de contenu sur internet. Les pratiques culturelles se déroulaient quasi exclusivement dans l’espace physique : on allait au cinéma, on achetait des CD, on regardait la télévision aux heures de diffusion.

Vingt ans plus tard, début 2026, le paysage est méconnaissable. La majorité des pratiques culturelles passent désormais par l’interface des téléphones mobiles et l’accès au réseau internet. Chaque personne peut être créatrice ou créateur et diffuser ses propres contenus, textes, photos, vidéos, créations sonores, depuis l’appareil qu’elle porte dans sa poche. Les plateformes de streaming ont transformé l’accès à la musique et à l’audiovisuel. Les intelligences artificielles génératives commencent à bouleverser la création et la médiation culturelles.

Ce changement n’est pas seulement technique : il est anthropologique. Le rapport au temps, à l’espace, à l’information, à la création a été bouleversé. Le·la citoyen·ne n’est plus seulement consommateur·trice de culture : il·elle en est potentiellement producteur·trice, commentateur·trice, curateur·trice, diffuseur·trice. Cette transformation des places et des rôles est au cœur de ce que la Convention de Faro appelle la « responsabilité partagée » en matière de patrimoine.

Dans vingt ans, en 2045, le paradigme aura changé de façon aussi radicale, sinon plus, que durant les vingt années écoulées. Nous ignorons la nature exacte de ces changements. Peut-être les interfaces seront-elles immersives, peut-être les intelligences artificielles seront-elles des compagnons·pagnonnes quotidiens de découverte culturelle, peut-être des formes de création et de partage que nous ne pouvons imaginer auront-elles émergé. Ce que nous savons, c’est que les usages seront essentiellement différents de ceux d’aujourd’hui.

C’est précisément parce que nous ignorons ces usages futurs que nous devons agir maintenant. Rendre le patrimoine accessible aux futurs usages, c’est le numériser dans des formats ouverts et pérennes, c’est documenter les métadonnées de façon riche et interopérable, c’est permettre la réutilisation et l’appropriation. Si nous ne le faisons pas dès aujourd’hui, le patrimoine sera absent des pratiques culturelles des citoyen·nes de 2045. Nous aurons coupé les générations futures de leurs liens au patrimoine commun.

La longue traîne du patrimoine : chaque œuvre peut trouver son public

Contrairement aux « rayonnages » physiques limités, les plateformes numériques permettent d’agréger une quantité illimitée de contenus et offrent une visibilité qualifiée, sans limite de temps. Chris Anderson, dans La Longue Traîne (2007), montre comment les systèmes de recommandation permettent à des œuvres « mineures » de trouver leur public sur le long terme. Appliqué au patrimoine, ce principe signifie que chaque objet, même celui qui n’est pas dans le parcours principal, peut « émerger » grâce à ses liens thématiques avec d’autres et aux explorations des visiteurs·trices.

Une œuvre conservée en réserve, mais accessible numériquement, continue de vivre et peut susciter de l’intérêt des décennies après son acquisition. Cette accessibilité élargie répond directement à l’article 12 de la Convention de Faro qui invite à « faciliter l’accès au patrimoine culturel, en particulier pour les jeunes et les personnes défavorisées ». Le numérique permet de toucher des publics qui ne franchiront jamais les portes du musée physique, non par désintérêt, mais par éloignement géographique, contrainte économique ou simplement par méconnaissance de ce qui pourrait les intéresser.

Contrairement aux idées reçues, le numérique n’est pas seulement l’instantané. Sur les plateformes, la moitié de l’activité concerne des contenus anciens qui continuent leur vie pendant des années. Un documentaire d’Arte sur le jeûne diffusé en 2011 a explosé sur les réseaux huit ans plus tard, générant une suite. Cette perspective temporelle étonnante doit structurer la pensée patrimoniale : les contenus créés aujourd’hui constitueront un patrimoine vivant qui continuera à générer de l’intérêt et des usages imprévus pendant des décennies.

Souveraineté numérique : condition de l’autonomie patrimoniale

Cette accessibilité numérique soulève une question centrale : celle de la souveraineté et de la responsabilité institutionnelle. Comme le montre Dominique Cardon dans Culture numérique (2019), « si nous fabriquons le numérique, il nous fabrique aussi. Voilà pourquoi il est indispensable que nous nous forgions une culture numérique ». Les institutions patrimoniales ne peuvent pas se contenter de déléguer leur présence numérique à des plateformes commerciales. Elles doivent développer leurs propres infrastructures pour garantir la pérennité et l’ouverture de leurs collections.

Cette exigence rejoint l’article 11 de la Convention de Faro qui appelle à « développer des cadres juridiques permettant aux autorités publiques et aux autres parties concernées d’exercer une responsabilité partagée en matière de patrimoine culturel ». La souveraineté numérique n’est pas seulement un enjeu technique : elle est la condition même de l’exercice des droits culturels dans l’espace numérique.

Lorsqu’une institution choisit de stocker ses données sur Google Drive, Microsoft 365 ou Vimeo, elle abdique une part de sa souveraineté. Les données ne sont plus la propriété de l’institution, leur stockage et leur gestion sont dévolus à des acteurs privés soumis à des juridictions étrangères. Comme l’a confirmé Microsoft durant l’été 2025, ces entreprises remettront les données de leurs utilisateur·trices aux autorités états-uniennes si celles-ci les réclament, même si ces données sont stockées en France. Il s’agit de la simple application du Cloud Act américain de 2018.

L’incendie d’un centre de données gouvernemental en Corée du Sud en septembre 2025 rappelle brutalement cette fragilité. 750 000 fonctionnaires ont perdu l’intégralité de leurs fichiers. Les données jugées trop volumineuses n’avaient pas été dupliquées. Cette catastrophe résonne avec l’incendie d’un bâtiment d’OVH à Strasbourg en 2021, qui a mis hors-ligne de façon irrémédiable plus de 400 000 sites web.

La donnée numérique possède cette caractéristique paradoxale d’être infiniment reproductible tout en restant infiniment fragile. Une copie parfaite peut être créée en une fraction de seconde. Pourtant, sans duplication préventive, sa disparition est absolument irrémédiable. La souveraineté sans prise de responsabilité devient une vulnérabilité plus grande que la dépendance.

Au-delà des collections : patrimonialiser les expériences vécues

L’enjeu de la numérisation patrimoniale dépasse largement les musées. Il concerne toutes les structures qui ont un patrimoine à constituer et à transmettre : archives, bibliothèques, centres culturels, théâtres, lieux de spectacle, associations, collectivités territoriales. Partout où se déroulent des expériences culturelles, la question de leur trace et de leur transmission se pose.

Car patrimonialiser les collections d’objets ne suffit pas. Ce qui fait patrimoine, ce sont aussi les récits, les photographies, les témoignages, les processus de création, les expériences vécues par les personnes dans les lieux. Une action culturelle menée dans un quartier, un atelier de pratique artistique avec des habitant·es, une médiation qui a transformé le regard d’un groupe scolaire : tout cela constitue un patrimoine immatériel précieux qui disparaît si on ne le documente pas.

La Convention de Faro, en reconnaissant le droit de chacun·e à « contribuer à l’enrichissement du patrimoine culturel », ouvre la voie à cette patrimonialisation élargie. Il ne s’agit plus seulement de conserver ce que les expert·es ont désigné comme patrimoine, mais de documenter les expériences vécues, les appropriations, les réinterprétations que les citoyen·nes font du patrimoine.

Cette ambition a une dimension politique fondamentale. L’histoire traditionnelle est l’histoire des puissant·es : elle conserve les traces des rois, des batailles, des grands hommes. Patrimonialiser les expériences vécues par les citoyen·nes ordinaires, c’est constituer une histoire démocratique. C’est permettre que l’histoire du futur ne soit plus seulement celle des dominant·es, mais aussi celle des habitant·es, des pratiques populaires, des cultures du quotidien.

La responsabilité partagée : fondement d’une nouvelle gouvernance

La Convention de Faro introduit un concept essentiel pour penser l’avenir du patrimoine : la « responsabilité partagée ». Son article 1 affirme que « les aspects du patrimoine culturel relèvent d’une responsabilité partagée entre le·la citoyen·ne et les autorités publiques ». Cette vision dépasse l’opposition traditionnelle entre expert·es et publics pour dessiner une gouvernance où les communautés patrimoniales deviennent des partenaires actifs·ves.

Dans l’espace numérique, cette responsabilité partagée prend des formes concrètes. Les visiteurs·trices peuvent contribuer à l’enrichissement des métadonnées, proposer des contextualisations, créer des parcours thématiques, documenter leurs propres relations aux œuvres. L’institution patrimoniale cesse d’être le seul producteur de sens pour devenir un espace où se négocient collectivement les significations du patrimoine.

Cette transformation exige de repenser l’articulation entre expertise scientifique et participation citoyenne. Le·la conservateur·trice ne disparaît pas : son rôle évolue vers celui de facilitateur·trice, de garant·e de la qualité scientifique tout en accueillant la diversité des regards. Comme le soulignait Michel de Certeau dans L’Invention du quotidien (1980), la culture se construit dans les appropriations et les détournements que les usager·ères font des objets qu’on leur propose.

Le numérique amplifie cette capacité d’appropriation. Il permet de documenter et de valoriser les usages, de créer des espaces de dialogue entre les différentes communautés patrimoniales qui se constituent autour d’un même objet. Un tableau peut intéresser simultanément les historien·nes de l’art, les restaurateurs·trices, les descendant·es des familles représentées, les habitant·es du territoire où il a été peint. Le patrimoine numérique peut accueillir ces différents regards sans les hiérarchiser a priori.

Préparer aujourd’hui le patrimoine de demain

Que peuvent faire concrètement les institutions patrimoniales pour préparer cette transformation ? Plusieurs chantiers s’imposent :

  1. D’abord, poursuivre et amplifier la numérisation des collections, en privilégiant les formats ouverts et les standards d’interopérabilité. L’adoption du protocole IIIF, recommandé par le ministère de la Culture, doit se généraliser. Les métadonnées doivent être suffisamment riches pour permettre des usages futurs que nous ne pouvons pas encore imaginer.
  2. Ensuite, développer des infrastructures numériques souveraines. Cela ne signifie pas tout faire seul·e : des mutualisations entre institutions, des partenariats avec des acteurs européens du numérique, des solutions open source gérées collectivement sont autant de voies possibles. L’essentiel est de maîtriser ses données, de pouvoir les migrer, de garantir leur pérennité.
  3. Puis, élargir la notion de patrimoine à numériser. Au-delà des collections d’objets, documenter les expériences vécues, les actions culturelles, les témoignages des participant·es. Créer les conditions pour que les citoyen·nes eux-mêmes·elles-mêmes puissent contribuer à cette documentation. Penser le patrimoine numérique comme un espace d’écriture collective de l’histoire.
  4. Enfin, former les équipes à cette nouvelle culture numérique. Les compétences techniques sont nécessaires mais pas suffisantes : il faut aussi développer une compréhension des enjeux économiques, juridiques et sociaux du numérique. Comme le rappelait Dominique Cardon, comprendre comment le numérique nous façonne est la condition pour le façonner à notre tour.

Écrire une histoire démocratique

Apprendre à maîtriser les outils numériques, comprendre leurs logiques économiques et sociales, développer une souveraineté technique, tout cela demande du temps et des ressources. Mais c’est à ce prix que les institutions patrimoniales pourront continuer à remplir leur rôle dans les décennies à venir : non pas comme des temples figés, mais comme des lieux vivants où se négocient et se partagent les significations de notre patrimoine commun.

La Convention de Faro nous rappelle que le patrimoine culturel est « une ressource pour le développement humain, la valorisation des diversités culturelles et la promotion du dialogue interculturel ». Les musées, les archives, les bibliothèques, toutes les institutions qui conservent et transmettent le patrimoine sont les dépositaires de cette ressource. Leur responsabilité est de la rendre accessible au plus grand nombre, dans des formes qui respectent les droits culturels de chacun·e.

L’enjeu est de taille. Si nous ne rendons pas le patrimoine accessible aux usages futurs dès aujourd’hui, il sera absent des pratiques culturelles des citoyen·nes de 2045. Une génération entière grandira coupée de ses liens au patrimoine commun. L’histoire du futur sera écrite sans les traces de notre présent.

Il est temps que les institutions patrimoniales prennent toute la mesure de cette responsabilité, pour fabriquer un numérique qui soit au service de l’émancipation culturelle de tous·tes, et pour que l’histoire démocratique des citoyen·nes puisse s’écrire aux côtés de l’histoire des puissant·es.

Photographie prise par Annaëlle et Abdé (élèves de l’école de la deuxième chance de Blois), dans le cadre du projet La machine à voyager dans la futur de Benoît Labourdette.

Les « droits culturels », qui découlent de la Déclaration universelle des droits de l’homme, sont un concept développé et défendu par des chercheurs, sociologues, philosophes, responsables politiques et acteurs du monde culturel. Présents dans un certain nombre d’articles de loi depuis 2001, les droits culturels visent à mettre en évidence et formaliser, pour pouvoir les rendre opérants, les principes d’une « démocratie culturelle ». Pour le synthétiser rapidement, il s’agit que chaque personne puisse donner à ses propres yeux de la valeur à sa culture personnelle, afin d’être en capacité d’exercer sa citoyenneté : s’exprimer, défendre son point de vue, créer, développer ses pratiques, avoir accès à une diversité culturelle, etc. Les droits culturels opèrent dans un champ bien plus vaste que celui du strict secteur culturel.

La notion de « droits culturels » est présente en France dans les lois NOTRe (2015) et LCAP (2016). Elle est portée par une délégation du Ministère de la Culture (Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle, depuis le 1er janvier 2021).

Les droits culturels sont paradoxalement difficiles à mettre en œuvre dans le secteur culturel, qui est traditionnellement plutôt attaché à la « démocratisation culturelle » : on y défend souvent l’idée de la transmission aux publics d’œuvres d’art de la meilleure qualité possible, selon un principe de hiérarchie de « valeurs culturelles ». Ainsi, les droits culturels peuvent être vécus par certains professionnels de la culture comme une dynamique dangereuse pour l’Art, une tendance vers les pratiques amateur, ce qui n’est pas le cas.

Dans mon point de vue, qui est celui d’un praticien/chercheur dans le champ culturel, les droits culturels sont avant tout une pratique, un exercice de la démocratie dans les méthodes même d’organisation du travail, du rapport à l’autre et de la place de chacun.e, les choix de programmation, les méthodes de médiation et d’animation d’ateliers, le mode d’inscription territorial de la politique culturelle, etc.

Je propose dans cette rubrique des méthodes de travail concrètes pour des bonnes pratiques de mise en œuvre des droits culturels, basées sur mes expériences de terrain, ainsi qu’un partage de réflexions plus théoriques, dans le cadre de ma propre recherche sur les droits culturels.

Je me situe dans la filiation de penseurs comme John Dewey. Mais les droits culturels ne sauraient être présentés sans citer Patrice Meyer-Bisch, Jean-Michel Lucas, Christelle Blouët, la « Déclaration de Fribourg », etc.


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