L’anthropomorphisme domine le cinéma, attribuant des traits humains aux non-humains. Face à l’anthropocène, il est crucial de dépasser cette vision pour raconter le monde autrement, en explorant des logiques narratives non anthropocentrées. Une invitation à réinventer les récits.
Dans les films qui mettent en scène des actants autres qu’humains—animaux, nature, phénomènes climatiques, mécaniques, etc.—l’anthropomorphisme est de règle. Cela signifie que les éléments non humains sont dotés par le scénaristes de fonctionnements psychologiques humains, pour que les spectateurs puissent les comprendre : les animaux ont des sentiments identiques à ceux des humains, les objets prennent vie comme de petits humain, ets. Souvent les non-humains gagnent en humanité : au départ, ils sont des sortes de sauvages non-humains, et petit à petit, ils découvrent et adoptent les sentiments et les valeurs humaines, comme une émancipation de leur nature brute. Bref, l’anthropomorphisme représente l’idéal du vivant.
Ainsi, dans le cinéma académique, la réalité est anthropocentrée. Or, aujourd’hui, avec des concepts comme l’anthropocène, nous avons découvert que la culture à cultiver pour s’émanciper de la destruction de notre milieu—qui peut mener à notre propre destruction—nécessite de raconter le monde en se décentrant de l’anthropomorphisme.
Les histoires et les fictions nous aident à nous représenter notre monde. En tant que raconteurs d’histoires, nous avons donc une responsabilité importante ; la manière dont nous racontons les histoires est cruciale, en réalité. Il me semble essentiel de dépasser l’anthropomorphisme dans les films et de se risquer à explorer d’autres logiques que la psychologie humaine pour faire avancer les récits. Il s’agit d’arrêter de projeter nos sentiments sur les cailloux, les nuages, les chiens ou les lions.
Mais comment faire ? Cela demande un travail d’observation, même directement par soi-même, ne serait-ce qu’en prenant le temps de regarder le ciel. Par exemple alors, au lieu de projeter sur le climat une logique de punition divine—ce qui est proprement anthropomorphique—on pourrait essayer de ressentir un lien à une logique non psychologisée, mais peut-être plus organique. Essayer d’ouvrir en nous l’espace pour inventer de nouvelles manières de raconter des histoires.
Je n’ai pas la solution ou la modalité narrative adaptée au « non-anthropomorphique », et c’est précisément ce qui rend la chose passionnante. En tant que scénariste, il est stimulant d’aller chercher autour de nous, et non plus en nous, d’observer, de ressentir, et d’essayer d’adopter d’autres modalités de comportements et d’explicatiosn des phénomènes que les modalités psychologisitantes anthropomorphiques.
On peut aussi s’inspirer d’auteurs ou de chercheurs scientifiques pour raconter le monde autrement. Par exemple, les travaux de Bruno Latour sur les systèmes d’interaction entre humains et non-humains ouvrent des perspectives narratives étonnantes. À partir de là, je suis persuadé qu’on peut inventer des sujets et des façons de raconter capables de parler au plus grand nombre.
Je ne crois pas que les seules manières de faire fonctionner des histoires soient anthropomorphiques. Bien au contraire, les spectateurs peuvent certainement être passionnés par d’autres régimes narratifs.