Descendre l’escalier en marche arrière

22 février 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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La technique du flashback inversé permet d’explorer les origines d’une situation en remontant progressivement dans le passé, enrichissant la compréhension du présent par une démarche quasi archéologique.

Le flashback comme système d’approfondissement

Le flashback est la survenue d’un événement du passé, à partir du présent. Il peut être court ou même très long. Certains films sont entièrement un très long flashback à partir d’une scène originelle au présent. C’est une modalité narrative très intéressante, car cela place le spectateur dans la position du souvenir, et cela rend le souvenir présent, car la narration d’un film se vit au présent, dans l’immense majorité des cas.

La technique « descendre l’escalier en marche arrière » est un système de flashback inversé, dans lequel l’histoire sera racontée en ordre décroissant. On peut utiliser cette technique à plusieurs reprises dans un même film. D’un côté, on avance dans le temps présent, et de l’autre côté on remonte le temps. Le film « L’Étrange Histoire de Benjamin Button » de David Fincher (2009) était plus ou moins construit sur ce concept. Mais l’histoire elle-même était celle d’un personnage qui rajeunit ; l’histoire mettait en abîme le principe du flashback inversé.

L’intérêt de cette technique est que plus on remonte le temps, plus du sens et de la profondeur viennent aux personnages. Ce qui semblait initialement relativement superficiel, car c’était au début du film (on ne les connaissait pas encore), prend de l’épaisseur, non pas par les aventures qu’ils vivent au présent, mais par ce que nous découvrons à mesure qu’on remonte dans leur passé.

La pyramide qui se découvre et nourrit le présent

C’est comme si le présent était le sommet d’une pyramide, et que nous creusions pour découvrir que ce petit caillou sur lequel nous sommes, qui semble anodin, est en fait le sommet d’une immense pyramide enfoncée dans le sable, dont nous n’avions pas conscience. D’ailleurs, les pyramides d’Égypte étaient dans ce cas : elles n’ont été rendues visibles que parce qu’elles ont été sorties de leur gangue immense de sable. C’est une sorte d’archéologie passionnante.

Mais avec cette technique, il faut tout de même être attentif à ce que ces événements découverts de plus en plus profondément dans le passé aient un impact sur le présent. Sinon, cela peut être relativement démobilisant pour le spectateur. Ou alors, il faut réussir un exercice d’équilibriste très délicat : raconter une histoire à l’envers et non pas à l’endroit. C’est un peu ce qu’avait essayé de faire Christopher Nolan dans « Interstellar » (2014). On arrive alors dans une forme qui peut être très complexe et qui correspond à un certain style de films très cérébraux.

En tout cas, cette technique, qui place le spectateur en position d’archéologue et de compréhension progressive des causes et des enjeux, peut rendre un film très dense et donner envie de le revoir. Car le plaisir n’est plus tant de vivre les péripéties d’une aventure présente, que de déplier couche après couche le sens des choses, c’est-à-dire le sens de la vie elle-même. C’est une démarche cousine de la généalogie.

Du généalosime scénaristique

On peut appliquer cette technique de descendre l’escalier en marche arrière à tous types de sujets, y compris les plus abstraits. Cela peut être une généalogie des personnes, des familles, des mots, des lieux, des nations, ou même de la nature. Ce qui est passionnant pour le spectateur dans cette démarche, c’est le processus de compréhension vers de plus en plus de complexité. C’est une sorte de démarche philosophique qui nous fait vivre la découverte et atteindre peu à peu à la certitude que le monde est bien plus complexe que ce que nous percevions de prime abord.

Vivre dans nos émotions, dans nos découvertes, le fait de se sentir de plus en plus ancré, est un sentiment très gratifiant, qui peut même être très enrichissant pour soi, bien au-delà de la narration et de l’histoire vécue par les personnages.

Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.

Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?

Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?

Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.

Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.


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