En tant que cinéaste, je m’interroge souvent sur ce qui rend un film organique et captivant. L’alternance du jour et de la nuit, rythme naturel de notre existence, est un outil puissant pour créer de la vraisemblance et ancrer le spectateur dans l’histoire. Je vous propose des façons d’intégrer cette dimension temporelle dans l’écriture d’un scénario, pour renforcer l’immersion et l’émotion, que ce soit dans un court ou un long métrage.
Un film vivant et organique ?
Est-ce que le film que vous êtes en train de regarder vous semble organique, naturel, vivant, entraînant, ou est-ce qu’il vous semble un petit peu faux, un petit peu fabriqué et pas très convaincant en termes de vraisemblance ? Non pas de réalisme, mais de vraisemblance. Il est d’ailleurs important, et c’est Alfred Hitchcock qui le souligne, de distinguer le réalisme de la vraisemblance. Le cinéma n’a rien à voir avec la réalité, c’est une mise en scène, donc le réalisme n’est qu’un leurre. Par contre, la vraisemblance, c’est-à-dire l’envie de croire à ce qu’on nous raconte, est absolument essentielle pour que nous recevions ce que le film a à nous offrir.
Il me semble utile d’envisager, à l’étape de l’écriture du scénario, le sujet de l’alternance entre le jour et la nuit. Car dans notre vie réelle, chaque jour, la nuit vient, et chaque matin, le jour revient. Il y a quelque chose qui rythme nos sens, nos capacités de concentration, nos émotions, dans cette alternance entre le jour et la nuit. C’est concrètement un effet de la terre qui tourne autour du soleil. C’est donc un des éléments structurels les plus essentiels de la nature, mystérieuse, insondable et magnifique, au sein de laquelle nous vivons.
Il me semble importante de penser, lors de l’écriture du scénario, à ce sujet de l’alternance du jour et de la nuit, que ce soit dans un court-métrage ou un long-métrage. C’est une façon d’envisager une des dimensions de la relation organique entre le spectateur et le film.
Mettre en œuvre l’alternance, même si elle n’y est pas
Je ne veux pas dire qu’il faut absolument qu’il y ait une alternance simpliste entre le jour et la nuit. Dans le cas d’un long métrage, cela peut bien aider à créer un rythme organique, justement, dans le film, comme une sorte d’évidence de la succession des scènes et des actions, car on inscrit l’historie dans ce naturel imparable de l’enchaînement des jours et des nuits. Mais, en sachant que ce sera très déstabilisant pour le spectateur, on peut aussi décider qu’un film ne se passe que de jour ou que de nuit. Que la nuit n’existe pas ou que le jour n’existe pas. C’est, à mon avis, difficile à manier.
Dans un court métrage, bien-sûr, en fonction de sa durée, nous n’aurons peut-être pas autant le loisir de créer ce rythme général que dans un long métrage. Mais penser l’écriture du scénario tout de même sous l’angle de sa temporalité dans le rythme du jour et de la nuit, peut lui apporter de l’organique. Par exemple, tout simplement, si les personnages, dans les dialogues, font référence à quelque chose qui s’est passé la nuit précédente ou qui se passera demain quand il fera jour. Ces simples dialogues vont apporter aux spectateurs une sensation de réalité de ce film.
On souhaite bien sûr susciter l’adhésion des spectateurs à son film, pour plusieurs raisons : pour des raisons commerciales évidentes, bien sûr, mais aussi parce qu’en tant que cinéaste, nous souhaitons que, a priori, les spectateurs bénéficient de tout ce qu’on souhaite leur offrir. Ce travail sur l’alternance entre le jour et la nuit, ou sur la présence de cette alternance, est l’un des moyens pour que le spectateur se sente naturellement entraîné dans le rythme de ce film, sans qu’il puisse expliquer exactement pourquoi. Et nous savons maintenant que l’un des critères de son adhésion est la prise en compte, dans le scénario, de l’alternance entre le jour et la nuit.