L’astuce narrative de la télépathie propose d’intégrer dans le scénario des transferts d’informations inexpliqués entre personnages, créant ainsi une dimension rhizomique qui renforce le sentiment de réel par sa complexité même.
Dans une histoire, nous considérons généralement que les informations sont transmises de façon rationnelle. Le fait que tel ou tel personnage soit au courant de telle ou telle information passe par la rationalité. C’est-à-dire : quelqu’un la lui a transimise, il l’a lue, il l’a découverte par lui-même, ou alors il est doté de pouvoirs surnaturels et l’a devinée grâce à ses capacités. Mais même dans le surnaturel, nous restons dans le cadre d’une rationalité, car le surnaturel peut constituer la normalité de l’univers du film (la diégèse) et expliquer le fait que ce personnage ait eu accès à telle ou telle information.
Je propose, pour que la logique des scénarios déborde de la stricte rationalité, non pas de basculer dans le surnaturel, mais d’envisager des transferts d’informations hors de toute explication. Par exemple, à certains moments, sur certaines choses (pas forcément les plus importantes dans le récit d’ailleurs), des connaissances ou des savoirs arriveront à certains personnages sans aucune explication, sans aucune justification rationnelle. Ainsi, le film s’inscrira dans une logique narrative en partie rhizomique, c’est-à-dire via un réseau d’interconnexions profond, complexe, inaccessible et pourtant bien réel.
Dans la nature, il existe bien des phénomènes dont nous ignorons l’explication, qui pourtant ne sont pas surnaturels. Cette conscience, qui nous est évidente dans le monde réel, dont nous comprenons très peu de choses, nous met, dans un film, en lien avec un réel impossible à réduire, et qui nous passionne d’autant plus que des pans entiers nous échappent. Nous pouvons explorer, essayer d’expliquer des choses inexplicables, mais elles sont tellement nombreuses que nous devons surtout accepter de vivre avec. Et ce faisant, nous nous mettons en contact avec une réalité riche et complexe, car irréductible.
Pour aider à mettre en œuvre cette dimension dans les scénarios, je propose l’idée d’une télépathie inexplicable, non justifiée et pourtant existante. On ne sait pas nous-même, en tant que scénariste, comment cette information est arrivée à ce personnage. On n’en sait rien, et on choisit de ne pas le chercher. Mais on donne cette information à ce personnage, on crée une télépathie non documentée ni expliquée.
L’idée est donc, dans le scénario, d’user de l’astuce télépathique. C’est-à-dire que le personnage sait certaines choses, et nous ne savons pas du tout comment il a pu les savoir. Peut-être y a-t-il eu une transmission de pensée, peu importe. Chacun peut, s’il le souhaite, se l’expliquer à sa manière. Mais on assume qu’il n’y a aucune explication rationnelle à cela, et qu’on ne cherchera pas à l’éclairer dans la narration. On ne peut pas l’expliquer nous même, personne ne peut l’expliquer, et pourtant cela fait partie de la réalité.
Cela aura un impact fort sur l’histoire, sur le personnage, sur le déroulement. Ne le faisons pas trop souvent, sinon les spectateurs risquent de se sentir trop perdus et de lâcher le fil conducteur du film, de perdre leur attention. Mais, de temps en temps, par petites touches, cela ajoute au film un effet de réel très puissant.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.