Neutraliser momentanément la tension narrative par un « charme » qui endort l’opposant permet de créer un rythme émotionnel de nature respiratoire. Cette technique évite l’anesthésie du spectateur, en alternant moments de danger et de détente, redonnant in fine plus d’acuité à la menace.
Pourquoi charmer un serpent ?
Le serpent, dans l’image qu’on en a, est un animal dangereux, imprévisible, attentif, qui a un objectif belliqueux. Et grâce à la musique du charmeur, le serpent devient comme une marionnette inoffensive. Puis, une fois le charme passé, il reprend sa nature.
En scénario, l’astuce du charmeur de serpents consiste à fabriquer une bulle pendant un temps limité au sein de laquelle les opposants sont neutralisés. Les opposants sont les éléments qui vont à l’encontre de l’objectif souhaité par le spectateur pour l’histoire. Par exemple, un méchant, un meurtrier qui souhaite la mort du personnage auquel on s’est identifié et dont on espère qu’il deviendra le président d’un pays. L’opposant n’est pas forcément une personne humaine, ce peut être un nuage, une voiture, ce que l’on veut qui présente un danger.
L’astuce du charmeur de serpent consiste à placer cet opposant dans une situation particulière, liée à un charme ; une musique, une personne qui l’aime, un lieu de son enfance, etc. Le charme va produire que ce personnage dangereux va devenir inoffensif pendant le temps du charme. Cette astuce est un ressort très utile pour faire baisser la tension, la crainte, apporter une respiration nécessaire à la durée, au cœur même de la tension.
Comment charmer un serpent ?
On croit, souvent, à tort, que plus il y a de la tension dans les films, plus on y est attentif. Bien-sûr la tension, comme toute émotion négative, porte en elle sa séduction noire. Mais si elle est trop univoque, trop continue, elle va peu à peu anesthésier le spectateur et le mettre dans une situation où, pour pouvoir tenir pendant le film, il va devoir s’insensibiliser face à ce qu’il reçoit. Et donc dans le scénario, on va devoir en rajouter de plus en plus. Et on le sent bien dans certains films, quand à un moment donné, les effets s’accumulent, et finalement, on décroche, on n’y croit plus.
Le grand intérêt de l’astuce du charmeur de serpent est de mettre de la détente à l’endroit même du plus grand danger. Au sortir du charme, cela redonnera à ce danger une acuité beaucoup plus grande. Cela crée un rythme émotionnel très vivant, comme une respiration entre les moments de diaphragme bloqués et les moments de respiration profonde. Pendant le charme, la respiration est profonde et sereine, on se détend, on se recharge en énergie, pour pouvoir pleinement vivre et résonner avec la tension future.