L’ère numérique transforme le scénario traditionnel en un objet plus complexe et modulaire. Au cinéma comme dans les œuvres institutionnelles ou pour les réseaux sociaux, l’anticipation des usages multiples, déjà sur DVD depuis la fin des années 90 et désormais en streaming, influence la conception narrative, remplaçant la linéarité par des parcours spectateurs interactifs sans règles prédéfinies.
Il est bien-sûr difficile de faire des généralités. Il faut regarder dans différents domaines. Prenons-en deux : le cinéma et le film institutionnel.
De plus en plus, lorsqu’on tourne un film, avec une version longue, plus conforme aux désirs du réalisateur par exemple, on va prendre en compte l’usage final sur DVD. On saura, on anticipera, que tel ou tel « couac » d’un acteur se retrouvera sur les bonus ou dans le bêtisier. Les acteurs du film ne sont donc plus seulement acteurs des rôles qu’ils interprètent dans la fiction, ils deviennent aussi interprètes d’une sorte de relation intime avec le spectateur, qui est présent aussi dans l’envers du décor.
Le scénario du film lui-même pourra être peut-être plus souple, plus modulaire, car le résultat n’est plus un seul film, mais plusieurs films éventuels, une « navigation » du spectateur dans un ensemble de matériaux à sa disposition.
Le film institutionnel est souvent support d’une relation. Il est rare qu’il soit diffusé pour lui-même. Le fait qu’il puisse être interactif, avec un DVD, chapitré, qu’on puisse y rentrer par là où on veut, ou le diffuser avec ses éléments dans l’ordre que l’on souhaite, tout cela fait qu’à la conception même du scénario, il arrive souvent qu’on ne conçoive plus le film comme une linéarité, mais comme un objet physiquement interactif avec son spectateur. Ce ne sont plus des séquences les unes derrière les autres, ce sont plusieurs parcours possibles qui sont conçus dès l’origine.
La relation à l’image, son usage, changent, évoluent, du fait des changements techniques. Et le scénario lui aussi ne peut qu’évoluer dans ses formes.
Peut-être qu’on ne va plus écrire le scénario d’un film, même une fiction, mais le scénario du DVD, de l’ensemble de l’expérience du spectateur avec les moyens d’aujourd’hui ? Quelle est la dramaturgie de ce nouveau type d’expérience ? Il n’y a pas encore de règles rebattues, et c’est plutôt tant mieux !
Cela, certainement, ne sonne pas le glas du film « classique », linéaire, qui, comme la peinture figurative, restera sans doute toujours une forme existante, au milieu de tant d’autres nouvelles.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.