La technique des doigts palmés en écriture relie chaque élément narratif à deux autres, créant une force collective, qui pousse l’histoire et sa cohérence, à l’image des membranes sur les pattes d’un canard, qui poussent puissamment l’eau pour produire un mouvement vers l’avant.
Les doigts palmés, comme ceux d’un canard, par exemple, ont deux fonctions :
Dans l’écriture de scénarios, quand on fait avancer l’histoire par la juxtaposition ou l’enchaînement de situations et de faits, on peut comparer ces éléments narratifs à des actions faites par les doigts, qui posent des actions ponctuelles les unes après les autres. Le travail narratif est fait, mais sans puissance.
La technique des doigts palmés dans l’écriture de scénarios consiste à penser chaque action que nous posons dans l’histoire, chaque élément que nous introduisons, dans ses relations avec les deux autres éléments proches, les deux autres « doigts » de part et d’autre, en envisageant une surface qui les relie. Cela peut sembler évident d’envisager un élément dans sa relation aux autres, mais quand on est « le nez dans le guidon » de l’écriture et qu’on a besoin de faire avancer les choses, on se focalise souvent sur un seul élément, sans conscience à cette étape de toutes ses interactions. Elle sont très nombreuses, et naturellement difficiles à envisager. C’est à cet endroit précis que cette technique de travail peut être utile.
La technique des doigts palmés permet, en visualisant mentalement ce doigt relié aux autres par des membranes, de déplacer beaucoup plus de volume que si les trois doigts étaient envisagés isolément. Cette image aide à ne jamais oublier de relier un élément narratif à au moins deux autres éléments, et à envisager ce que ces éléments vont faire avancer dans l’histoire, même si cela reste invisible ou inconscient. La vision d’ensemble étant tellement difficile à avoir, cette technique permet de prendre en compte l’ensemble sans s’y perdre, car on envisage la relation d’un élément avec seulement deux autres, pour créer cette « surface de poussée ». On imagine pousser un grand volume d’eau, qui est toujours indistinct et pourtant si important, car il est l’énergie globale de la narration, en tension avec l’élément unique qu’on est en train de travailler.
Par exemple, la phrase « ils furent heureux et eurent de nombreux enfants » est une technique de doigts palmés. Elle donne des informations narratives précises, mais en entraîne infiniment plus. C’est toute une vie qui est poussée par cette phrase. Il est dommage que cela intervienne souvent seulement à la fin des histoires, car précisément dans ce flux puissant, chaque élément narratif se trouverait entraîné et puissamment poussé en avant, entraînant aussi l’ensemble.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.