La technique du trompe l’œil

13 mars 2025. Publié par Benoît Labourdette.
  3 min
 |  Télécharger en PDF

La technique du trompe l’œil, utilisée dans l’ancienne technique d’effets spéciaux « matte painting », peut être transposée au scénario pour étendre l’univers du film en suggérant un monde plus vaste autour des personnages principaux.

Star Wars en plein Paris ?

Avez-vous déjà vu sur des pignons de bâtiments des peintures en trompe l’œil ? On croit qu’il y a des fenêtres, des balcons, des personnes aux fenêtres, on croit que c’est un immeuble réel, alors que ce n’est qu’une peinture, une illusion de réalité dans la réalité. C’est un tableau, une surface qui se fait prendre pour une réalité épaisse.

Dans le cinéma, l’ancienne technique de trucage « matte painting », utilisée dans beaucoup de films de science-fiction notamment, consiste à peindre sur une vitre les parties supérieures d’un immeuble par exemple, et les acteurs avec la partie inférieure du décor, bien réels, sont filmés à travers la vitre. La peinture et le décor réel sont précisément connectés l’un à l’autre par cette superposition. La peinture est en trompe l’œil. On le voit aussi dans certaines scènes du premier Star Wars par exemple (Un nouvel espoir, Georges Lucas,1978), où tous les soldats n’étaient pas dupliqués numériquement, mais peints, alignés les uns à côté des autres, figés, avec d’autres soldats au milieu qui eux bougeaient et étaient joués par des acteurs. La confusion entre le réel des acteurs et une peinture ressemblant aux mêmes acteurs est tout l’art de la technique du trompe l’œil.

Nous croyons beaucoup plus à quelque chose qui ressemble à ce qui l’entoure, car nous savons que ce qui l’entoure est réel, qu’à quelque chose qui serait complètement incongru. Par exemple, dessiner un vaisseau spatial en trompe l’œil sur un pignon de bâtiment en plein Paris : personne ne croirait au trompe l’œil. Alors que des fenêtres, une façade, des gens à la fenêtre, on peut en voir à côté, donc les passants mélangent le réel et l’imaginaire.

De la ville au scénario

Dans le scénario, on peut aussi jouer du mélange entre réel et imaginaire, dans but d’étendre le réel du film. Le trompe l’œil dans la ville étend le réel, grâce à la peinture. Ce n’est pas juste pour faire joli ou mettre de l’art dans la ville, c’est surtout pour donner plus de vie à la ville et étendre son réel pour les habitants et visiteurs.
Nous pouvons de la même manière ajouter, autour de nos personnages vivants incarnés par des acteurs, qui interprètent des dialogues, qui vivent des émotions, en arrière-plan ou en avant-plan, des personnages similaires esquissées, des situations proches, sur lesquelles, nous ne donnerons aucun détail, mais qui ressemblent aux détails principaux et incarnés. Et grâce à cela, nous créons dans l’esprit du spectateur un univers beaucoup plus grand.

Cette technique est souvent assez mal employée. On nous fait croire à un univers où, par exemple, tous les humains seraient transformés en zombies. Mais quand on voit les 25 figurants zombies, on n’y croit pas une seconde. On s’amuse à rentrer dans cette histoire, mais on ne croit pas à la véracité du fait que tous les humains auraient été transformés en zombies. Pourquoi ? Parce que la technique du trompe l’œil est mal employée : on n’a pas suffisamment, dans l’écriture du scénario, juxtaposé aux quelques personnages que nous suivons, des plans larges où on en voit d’autres similaire au loin, ou leur présence régulièrement citée dans les dialogues par exemple. On n’a pas assez multiplié autour du sujet principal une duplication de sujets relativement similaires, qui sont en trompe l’œil, mais rende l’univers global plus tangible. C’est quelque chose auquel il faut être très attentif, à mon sens, pour pouvoir créer un univers crédible au film.

Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.

Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?

Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?

Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.

Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.


QR Code d'accès à cette page
qrcode:https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/creer-penser-ecrire-des-scenarii-aujourd-hui/la-technique-du-trompe-l-oeil