En écriture de scénario, le « bouton poussoir » est une action déclenchant un mécanisme irréversible qui propulse l’histoire dans un point de non-retour, comme une minuterie en marche. Utilisé avec parcimonie, il donne une forte énergie au récit.
On connaît le fonctionnement d’un interrupteur classique qu’on allume et qu’on éteint. L’interrupteur à bouton poussoir, lui, déclenche une minuterie. Il n’est ni ouvert ni fermé, il envoie une impulsion, et c’est ensuite une machine qui gère l’allumage de la lumière et sa durée. Avec un bouton poussoir, nous n’allumons pas la lumière directement, nous déclenchons une machine qui s’en occupe pour nous.
Si on utilise cette métaphore dans le cadre de l’écriture de scénarios, cela peut représenter le déclencheur d’un phénomène. Par exemple, lancer dans le vide une voiture avec des passagers à l’intérieur. À partir du moment où nous avons appuyé sur le bouton poussoir du lancement de la voiture, le phénomène se déroule malgré nous. Ici, c’est l’attraction terrestre qui agit. Là, ce pourrait être d’autres phénomènes, psychologiques par exemple.
Un personnage qui fait un mensonge à un autre, sur un sujet de responsabilité, appuie sur le bouton poussoir d’un enchaînement de faits, comme la vengeance, qui sont a priori inarrêtables. Dans le cas d’une minuterie liée à une lampe, la machine est lancée, mais on pourrait couper le courant de l’immeuble pour éteindre la lampe avant la fin de la minuterie. De la même manière, la voiture lancée dans le vide pourrait être rattrapée par un immense filet lancé à partir d’un hélicoptère.
Ce concept du bouton poussoir donne un boost puissant, un élément énergétique qui propulse le récit dans un enchaînement de faits sans retour. Très énergique, cet effet ne doit pas être utilisé à outrance. Il faut le réserver à quelques moments clés de l’histoire. Si on l’utilise trop souvent dans une même narration, il pourrait anesthésier l’émotion du spectateur. Son usage à deux ou trois reprises dans un long métrage peuvent apporter une puissance et une énergie qui auront un impact fort sur les spectateurs.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.