La technique du « flou de mouvement », essentielle en animation pour créer des transitions fluides et naturelles, peut s’appliquer à l’écriture scénaristique pour rendre plus organiques les moments de transformation narrative.
Ce qui rend le mouvement d’un dessin animé fluide, c’est d’une part les 24 images par seconde qui décomposent les diverses positions des mouvements, et d’autre part le léger flou présent dans chaque image fixe sur les bords des objets ou des corps en mouvement. En effet, à 24 images par seconde, lorsqu’on filme des mouvements relativement rapides, chaque image étant exposée à la lumière pendant 1/48e de seconde, les bords des objets et les objets eux-mêmes apparaissent légèrement ou très flous (car ils bougeaient pendant le temps de la prise de vue). On pourrait croire que c’est un défaut. Mais si chaque image était exposée à la lumière pendant 1/1000e de seconde par exemple et que chaque image décomposant le mouvement était nette (c’est très facile à faire dans les appareils de prise de vue contemporains), cela semblerait a priori plus correct. Mais le mouvement serait comme on dit « stroboscopique » : la sensation du mouvement serait saccadée, il n’y aurait aucune fluidité, et cela ferait extrêmement mal aux yeux. On peut regarder quelques secondes de ce type de mouvement, mais au-delà de 30 secondes, c’est insupportable, on ne peut plus regarder le film. On réserve cela à des effets très ponctuels.
Ainsi, pour que le mouvement soit techniquement fluide et ressenti comme naturel par le spectateur, il doit y avoir du flou sur les mouvements. C’est bien connu dans le cinéma d’animation. Par exemple, le logiciel d’animation numérique After Effects intègre le filtre Motion Blur, qu’on met toujours, qui est l’une des conditions d’une animation réussie.
On peut appliquer ce concept de flou de mouvements à la narration elle-même, c’est-à-dire dès l’étape du scénario : lorsque quelque chose bouge, lorsqu’il y a une transition d’un état à un autre—qu’il soit psychologique, mécanique, géographique, etc.—, pour que cela paraisse naturel et soit vécu comme tel par le spectateur, il faut qu’il y ait, dans ces moments-là, de l’imprécision, du flou, de la surprise, de l’incohérence. C’est ce qui donnera une dimension de battement de vie, presque naturelle, à ce mouvement. Si le mouvement est trop parfait, il sera ressenti comme mécanique, il donnera une impression de rigidité, justement, nous le ressentirons pas comme naturel, et nous aurons du mal à y croire.
J’invite donc à penser au flou de mouvement dans l’écriture du scénario, dans les moments dans l’histoire où il y a des changements forts : la naissance, la mort, la rencontre, un basculement dans l’histoire.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.