Le petit vélo du scénario

Pour une mécanique rythmique de l’écriture.

9 février 2025 Benoît Labourdette  2 min

Un scénario est une mécanique narrative, qu’on pourrait comparer à la mécanique d’un vélo : l’énergie des personnages et l’histoire avancent dans le temps, guidées par des engrenages précis. Une métaphore utile pour repérer les faiblesses et construire une harmonie dans l’écriture.

Un scénario, c’est un canevas narratif qui va permettre à un film d’exister et aux spectateurs d’y être entraînés. C’est comme un voyage qui est proposé. Pour que ce voyage puisse être vécu de façon riche, presque organique, il faut une structure solide. Cependant, un film n’est pas un organisme vivant, c’est une mécanique technique.

Je vous propose donc d’envisager la construction scénaristique sous l’angle de la mécanique : des engrenages, des chaînes de transmission, des pneus, de la force motrice, etc. Nous prendrons la mécanique du vélo comme métaphore, plutôt que celle de la voiture ou du train. Une métaphore, à mon sens, tout à fait utile et aidante pour l’écriture.

Dans un vélo, c’est nous qui impulsons l’énergie avec nos muscles, et cette énergie est transformée, grâce à une mécanique, en un déplacement dans l’espace et dans le temps. Un film est un peu similaire : on avance dans le temps entre un point de début et un point de fin. Si on compare un film à un déplacement en vélo, il y a comme une dimension implacable aux mouvements qu’on a lancés et qu’on soutient. Et si la mécanique est bonne, le voyage est très agréable.

On pourrait comparer chaque tour de roue à un plan du film, dans lequel il y a la coexistence en permanence de tous les éléments : le sujet, c’est la force de l’énergie des personnages, ainsi que les différents composants du vélo : la selle, le guidon, la roue avant, la roue arrière, les engrenages, les pneus, l’air à l’intérieur des pneus, etc.
Nous savons que pour que le voyage se passe de la meilleure manière possible, il faut prendre soin même de l’huile sur la chaîne, que nous envisageons comme l’un des éléments du scénario. Il suffit qu’un élément soit grippé, manquant ou déficient pour que potentiellement l’ensemble s’arrête, soit freiné, ou que le voyage devienne par moments très désagréable.

Par ailleurs, le vélo avance dans un espace, et l’espace dans lequel il avance, c’est l’esprit et les sensations du spectateur. Le film entre au fur et à mesure à l’intérieur de l’espace du spectateur. Et il doit y emprunter les bonnes routes, les chemins sur lesquels des pavés ne vont pas tout faire vibrer ! Ou pourquoi pas, parfois, il peut y avoir des côtes difficiles à franchir, pour lesquelles on a besoin d’encouragements, ou des pentes dangereuses où on va trop vite.

L’objet de votre travail est de faire en sorte que les conditions intérieures de l’histoire et de la narration, soient en bonnes relations avec les conditions extérieures. C’est-à-dire d’organiser la rencontre entre la mécanique du film et l’intériorité du spectateur de façon soit harmonieuse. Une relation tissée, construite, souple.

Cette vision d’un scénario comme un petit vélo, sur lequel le scénariste serait assis en train de pédaler, est bien sûr un grand pas de côté ! Mais je crois que ce pas de côté permet, par un regard tout à fait inhabituel sur les éléments constitutifs d’un scénario, d’observer certaines faiblesses, certaines difficultés, certains freins que nous ne voyions pas lorsque nous étions concentrés uniquement sur les personnages, l’histoire, etc.

Voir aussi

Dans la rubrique Créer, penser, écrire des scénarii aujourd’hui 64 publications

Cet article est long : vous pouvez l'emporter.

Télécharger en PDF