Un scénario captivant puise dans les émotions vécues de l’auteur. En explorant ses propres peurs, joies ou peines, l’auteur crée des situations authentiques et fortes, qui résonnent en profondeur chez les spectateurs. L’écriture devient alors un voyage introspectif, révélateur et universel.
Retrouver ses émotions
Le scénario, qui structure le futur film, doit parler aux émotions des spectateurs. Sinon, le film n’aura pas d’intérêt à être vu. Or, les émotions ne sont pas quelque chose qui s’invente. Par définition, l’émotion se vit, s’éprouve. Ainsi, pour pouvoir structurer un scénario autour d’émotions vraies et engageantes pour les spectateurs, la voie la plus efficace et riche, me semble-t-il, est d’aller chercher au cœur de ses propres émotions.
Cultiver l’inconfort
Le processus d’écriture peut être particulièrement inconfortable, car pour écrire, on va se remettre en lien avec nos émotions vécues. Même s’il s’agit de l’émotion de joie, cela peut nous apporter de la nostalgie par la suite. Et si ce sont des émotions de peur, de honte ou d’immenses peines, nous allons revivre des moments particulièrement difficiles. Mais c’est à partir de ce vécu que nous allons pouvoir écrire des situations vraies et fortes.
C’est au prix de ce que nous risquons de nous-mêmes dans l’écriture que celle-ci contiendra en elle une humanité dont elle ne sera que la surface, mais dont tout le monde sentira qu’elle est présente. Je n’entends pas par là qu’il s’agit de raconter sa vie, mais plutôt d’aller, dans l’histoire d’un personnage qui vit une émotion (la peur, par exemple), chercher en nous nos propres émotions de peur dans des situations réelles. Ainsi, nous pourrons trouver les bons dialogues, les bonnes attitudes, les bons gestes, les bons regards, les bonnes contradictions, les bons mensonges que le personnage devra produire dans la situation pour pouvoir vivre avec.
L’inspiration de nos vécus est particulièrement enrichissante. Nous nous appuyons sur nos émotions et tous les actes qu’elles nous ont amenés à faire, pour nourrir les personnages d’actes et de situations vraies, puissantes et passionnantes pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes. C’est là que ce processus d’écriture devient encore plus passionnant. Nous allons, grâce à cela, nous explorer nous-mêmes plus en profondeur. Ces personnages vont aussi nous révéler des choses sur nous-mêmes, pendant le travail d’écriture et parfois même bien après. Et si c’est le cas, c’est le signe que cela révélera aussi des choses à d’autres personnes que nous.
Évaluer à l’aune de notre vécu
Je propose cette vision pour donner une grille d’analyse : est-ce que je me suis vraiment appuyé sur moi ? Est-ce que je découvre des choses de moi-même à travers ce que j’ai écrit ? Ou est-ce que j’ai la sensation de maîtrise et de contrôle ? Ce qui est un mauvais signe, car cela signifie qu’on aura écrit un objet extérieur à nous. Et s’il est extérieur à nous, émotionnellement parlant, il sera aussi extérieur au spectateur.