Un scénario qui donne, à la lecture, la sensation de la bande son du film, aura une puissance d’évocation rare, extrêmement convaincante.
Un film est, physiologiquement, un objet qui s’adresse à seulement deux de nos sens : vision et audition. Le scénario est la préfiguration du film, son moment et son espace d’invention, et il traite un nombre immense d’éléments. A partir de seulement quelques mots, il doit faire naître dans l’esprit du lecteur : une histoire, des personnages, des costumes, des décors, ambiances sonores, musiques, bruitages, contextes historiques, émotions...
Dans l’expérience du spectateur, j’ai coutume de dire que le son représente 70% du film. Pourquoi cette hypothèse, assez basique il est vrai ? Car nous sommes physiologiquement plus libres face à l’image que face au son : il est facile de fermer les yeux, de détourner le regard, mais beaucoup moins de sortir d’un son dans lequel nous sommes plongés. On pourra m’objecter que cela est vrai dans le cas d’un visionnage en salle de cinéma mais beaucoup moins dans le cas d’un visionnage sur téléphone portable par exemple : nous sommes moins beaucoup baignés dans le son (à part si l’on porte un casque audio, auquel cas le son peut être encore meilleur que dans une salle de cinéma). Au demeurant, comme un film peut être vu dans différents contextes, et notamment en étant baigné dans la bande son, le son n’en devient, en aucun cas, un élément secondaire du cinéma.
Imaginez-vous un son strident, heurté, désagréable, sur des images magnifiquement cadrées et éclairées : le film vous sera insupportable en trente secondes et vous sortirez sans doute très rapidement de la salle. Imaginez-vous maintenant des images floues, mal filmées, tremblantes, servies par une bande son magnifique de contrepoints profonds entre musique orchestrale et bruitages réels : vous vivrez une puissante expérience de cinéma. C’est pourquoi je propose cette idée simpliste que le son représente 70% du film. Ce qui ne signifie pas que les 30% du travail sur l’image ne sont pas indispensables, bien-sûr !
Cela n’a rien de compliqué en soi d’écrire, dans son scénario, des évocations sonores. Le tout est d’y penser, et surtout de penser, en se relisant, à ce que nous entendons dans notre tête pendant la lecture.
Au cinéma, on a coutume de séparer le son en quatre « pistes » :
On se rend compte, lorsqu’on « écrit le son » dans son scénario, que ces éléments sonores nouveaux que l’on intègre peuvent, pour certains, du fait qu’on a pris la peine de les décrire, devenir de vrais actants dramaturgiques : le son de la cloche d’école va devenir un élément majeur de la psychologie du personnage, qui interviendra à un moment clé du film, pour amener à une prise de conscience fondamentale dans l’histoire, par exemple.
Bref, en choisissant « d’écrire le son » dans votre scénario, vous vous donnez l’occasion que le son devienne véritablement acteur dans le film. Pour le spectateur final ce sera une sensation cinématographique d’autant plus intense. Pour le lecteur du scénario, sa lecture sera d’un agrément exceptionnel. Et pour le scénariste, c’est l’occasion de trouver de nouvelles idées cinématographiques.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.