Je suis très régulièrement membre de commissions d’attribution d’aides financières à la production de films. Selon mon expérience, quelles sont les bonnes pratiques et les pièges ?
Toutes les commissions n’offrent pas la possibilité aux porteurs de projets de faire une présentation orale. Mais de plus en plus ont cette pratique, qui est très précieuse à mon sens. Les projets sont tout d’abord présélectionnés sur dossier (sur le sujet de la rédaction des dossiers, c’est pour un autre article !), puis, un certain nombre de porteurs de projets sont invités à venir défendre leur projet devant la commission. Généralement, le producteur et le réalisateur sont sollicités. Il arrive, bien-sûr, qu’il n’y ait que l’un des deux qui soit présent. Ce n’est vraiment pas souhaitable.
J’ai vu, de nombreuses fois, les avis sur des dossiers changer radicalement, dans le bon sens ou dans le mauvais, après la présentation orale.
La présentation orale se déroule généralement en « trois actes » :
Comment se fait-il que la présentation orale puisse peser tant dans l’avis d’une commission, dont les membres ont pourtant préalablement tous lu les dossiers ? N’y a-t-il pas des critères « objectifs » ?
A mon sens, il y a un certain nombre de critères « objectifs » pour la rédaction d’un dossier, notamment dans sa partie budgétaire. Mais, concernant la présentation orale, c’est tout à fait subjectif, et c’est bien le sens de la rencontre in vivo : confronter les subjectivités, par des membres de la commission qui ont des avis très différents (souvent les commissions sont bien constituées, par des membres très hétérogènes dans leur vision du cinéma). C’est à dire que le projet touche plus directement la sensibilité de chacun, par cette rencontre.
Alors, on pourrait argumenter qu’il y a une certaine injustice, que les gens qui sont meilleurs orateurs seront avantagés par rapport à ceux qui sont tétanisés par l’émotion. Eh bien, pas tant que cela ! En effet, généralement, les membres de la commission ont tous déjà été dans cette position de défendre eux-mêmes un projet devant un jury. Donc, chacun a bien conscience de la grande difficulté de l’exercice, et tout le monde est au clair sur le fait que l’enjeu est de juger de l’intérêt artistique et de la viabilité de réalisation d’un projet, et non d’une ou deux personnes. Donc, même si vous êtes émotionné, que vous bégayez, que sais-je, cela n’aura pas, en soi, d’impact négatif. Évidemment, c’est mieux d’être le plus à l’aise possible. Mais, de toutes façons, la situation en elle-même est une situation où on n’est pas à l’aise ! Tout le monde en est bien conscient. Et des personnes très sûres d’elles-mêmes dans la situation ne valorisent pas forcément mieux leur projet.
Tout est là !
Les membres de la commission ont tous lu votre dossier, et généralement de façon attentive. N’oubliez pas que les personnes qui sont membres d’une commission ne sont pas payées (ou très peu, c’est plutôt un défraiement), et acceptent d’y siéger pour apporter quelque chose au collectif de ce secteur professionnel. Donc, chacun prend cela très au sérieux.
A mon avis, voici ce que vous pouvez aborder dans votre présentation orale :
Comment se préparer à cet exercice ? Ce n’est pas une scène de théâtre. Si vous êtes deux, répartissez-vous les rôles. C’est très important, car lorsqu’il y a un déséquilibre, dans un sens ou dans l’autre, entre le réalisateur et le producteur, les membres de la commission se sentent très frustrés.
Établissez un canevas des sujets que vous aborderez chacun plutôt que répéter mot à mot votre présentation. Travaillez, vraiment, sur le contenu de votre présentation, c’est à dire de quoi vous allez parler, plutôt que sur la forme.
L’essentiel, c’est d’avancer sur votre projet, et d’en faire état devant la commission. Avancer que ce soit en termes matériels, artistiques, financiers, concrets... Donc, le plus important, c’est votre film, que vous allez faire. Pour certaines étapes, il y a besoin de moyens financiers (c’est le rôle de la commission), mais pour d’autres étapes, ce qui compte, c’est votre énergie, le sens de ce projet pour vous et pour les autres, et cela ce n’est pas une question financière.
Chacun son « boulot » : le vôtre, c’est de créer quelque chose de très bien, et le « boulot » de la commission, c’est de vous soutenir financièrement pour que ce projet puisse aboutir.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.