Qu’est-ce qu’une histoire ?

De la fractalité narrative.

19 février 2025 Benoît Labourdette  3 min

Une histoire se définit comme la transformation d’une situation initiale en une situation finale à travers une série d’événements. Ce changement d’état se manifeste à toutes les échelles du récit, des grands arcs narratifs jusqu’aux scènes individuelles.

La structure de base d’une histoire

Une histoire, c’est :

  • une situation originelle : c’est-à-dire des éléments dans un certain état de relation les uns avec les autres,
  • une situation finale : les mêmes éléments dans d’autres relations les uns avec les autres,
  • ainsi qu’un certain nombre d’enchaînements de situations qui vont amener de l’état initial à l’état final.

Deux exemples :

  1. Ils sont amoureux, il est juif et elle est musulmane. Leur amour est impossible, ils ne pourront jamais se marier à cause de la culture, de la religion et des familles. Et il va y avoir un certain nombre d’événements qui vont faire qu’à la fin, finalement, la situation aura changé, et ils vont pouvoir se marier et vivre leur amour.
  2. Le monde va être détruit dans 24 heures par des extraterrestres très méchants qui portent des bonnets avec des étoiles rouges. Donc, la situation initiale est que le monde va être détruit dans 24 heures. Des héros américains fort sympathiques vont réussir, contre toute attente, à tuer tous les méchants extraterrestres. Et à la fin, le monde sera sauvé.

Ce qui caractérise une histoire, c’est ce changement entre le début et la fin. C’est, à mon sens, la chose principale à avoir en tête sur la globalité du film : quel est l’état initial, quel est l’état final, et ce quelle que soit la durée du film.

L’histoire à ses différents niveaux de granularité

Cette logique entre situation initiale, développement, et situation finale (différente de la situation initiale) se retrouve à toutes les échelles du film. Si on divise le film en trois actes, on va trouver cette structure dans chacun des trois actes. Et dans chacune des séquences (unités d’actions) qui constituent les actes, on retrouvera ce fonctionnement. Même dans un plan, on va le retrouver. Par exemple : quelqu’un entre dans une chambre et y découvre une information qu’il ne connaissait pas avant. Il y a une situation initiale (il ne connaît pas cette information) et une situation finale (il connaît l’information).

Donc, il faut penser « histoire » à tous les degrés. On peut même appliquer ce concept parallèlement sur chaque personnage. On peut faire le parcours de chaque personnage, général puis de plus en plus particulier, sur ce principe-là. On peut même faire le parcours du décor, du lieu, des accessoires, de la météo... Par exemple : la maison est en ruine au début, elle sera réparée à la fin. Donc, on peut faire l’histoire de cette maison, c’est-à-dire son début, son développement, jusqu’à sa fin.

Ce regard souple, mais exigeant — une origine, une transformation, et une arrivée — me semble très fonctionnel pour que le spectateur se sente toujours pris dans une histoire en train de se dérouler. C’est-à-dire dans un changement en train d’avoir lieu vers un nouvel état, souhaité ou imposé.

Note sur la structure en trois actes

Certains disent que toutes les œuvres fonctionnent avec la règle en trois actes. Ce n’et pas mon cas. Je crois que c’est surtout leur façon de regarder toutes les œuvres, qui les expliquent par la règle des trois actes. Mais on pourrait tout à fait expliquer les mêmes œuvres avec d’autres règles que celles-là.

Je trouve cela assez restrictif et théorique. C’est tout à fait intéressant. Mais croire que les auteurs, dans leur écriture de l’histoire, ont tenu compte de la règle des trois actes pour écrire et être inspirés, je demande à voir… Peut-être est-ce le cas de certains auteurs, oui, et peut-être certains auteurs pas du tout, quand bien même on peut analyser leurs films avec cette grille d’analyse, comme avec n’importe quelle autre. Je ne trouve pas que ce soit très utile pour inventer de nouveaux récits.

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